lundi 11 juillet 2011

Les Vacances

Une petite série d'illustrations d'André Pécoud, charmantes et de saison.
Ce livre était abandonné au bord d'une route.
Il porte pourtant en lui les stigmates de l'amour :

 

 In memoriam :


Les Vacances par la Comtesse de Ségur,
illustrations d'André Pécoud (1880-1951). Hachette.

- Monsieur -

jeudi 7 juillet 2011

Écritures théâtrales - recueil volume 10

Fando et Lis est l'une des premières pièces du théâtre d'Arrabal, l'une des plus belles et des plus émouvantes qui soit. On ne peut que pardonner les excès et les provocations de son auteur quand on reçoit ce texte-là ; peut-être le plus touchant qu'il n'ait jamais écrit. Tout est là, face à nous, toute l'humanité, avec ses souffrances et ses fragilités. Tout l'humain.
C'est l'Amour, l'Amour nu, l'Amour infini, l'Amour le plus profond qu'il nous donne en partage.
Fando et Lis est une pièce bouleversante, d'ordre religieux. C'est une pietà, un chemin de croix qui nous malmène le bide et nous laisse la gorge nouée.

On ne remerciera jamais assez les éditions théâtrales du Grand Sud-Ouest (ETGSO) de l'avoir rééditée dans leur collection de recueils.
D'autant que le choix des textes rassemblés dans leurs compilations permet d'exaltantes (re)découvertes.

Chaque ouvrage présente, après une courte préface, plusieurs pièces de théâtre d'auteurs contemporains.
Le volume 10 accueille cinq dramaturges qui ne laissent pas indifférents. Il couvre une cinquantaine d'années. Théâtre du rire et de la peine, théâtre qui bouscule, porté par le plaisir du texte ! À travers ces quelques compositions, on retrouve l'amour des mots, la force des dialogues. Ce travail du verbe est merveilleux, c'est de l'orfèvrerie ! Il y a une grâce puisée dans la puissance et la justesse des mots, un goût de l'échange ciselé, une épure ! Voilà du grand, du beau travail que l'on prend plaisir à lire à voix haute.

Chaque recueil est une façon de replonger avec bonheur dans le théâtre, le langage, et, par la cérémonie, de revenir au Livre.

Écritures Théâtrales du Grand Sud-Ouest, collection de recueils

- Monsieur -

dimanche 3 juillet 2011

De l'usage d'Internet et de la librairie.

Depuis une dizaine d'années, les initiatives se multiplient pour valoriser le marché de la librairie et contrecarrer les géants de la vente en ligne. Faute d'apports financiers lourds, la lutte n'est pas égale mais une dynamique est créée. La prise de conscience par rapport à l'utilisation de l'Internet ouvre de nouvelles espérances.

Certains sites marchands offrent ainsi une véritable complémentarité aux librairies physiques, que ce soient  :
des adresses en nom propre avec un vrai travail de rédaction et de bibliographie (la librairie Compagnie, la librairie de la mer et bien d'autres encore... )
des plates-formes qui servent d'intermédiaires et mondialisent la clientèle (AbeBooks pour les  libraires de livres anciens... ).

De leur côté, des municipalités, des départements et des collectivités, ont créé des sites vitrines afin de mettre en avant l'ensemble de leurs librairies (la ville de Caen...).

Certains syndicats professionnels référencent leurs membres autour d'une même adresse (SLAM pour les librairies anciennes... ), des collectifs se créent afin de mutualiser leur force de vente et leur savoir-faire (Librest... ).
Le syndicat de la librairie française a initié le projet de 1001 libraires qui propose, en plus de la recherche de livres, un appareil critique rédigé par des libraires indépendants.

Même une société de service, Tite-Live, a compris l'intérêt de développer un site en ligne : profitant de la mise en réseau de ses adhérents et des capacités de son logiciel de gestion de stock, Place des libraires permet de retrouver et réserver un livre, disque ou DVD, dans le magasin le plus proche de chez soi.


Récemment est apparu le Comité Quartier Latin. Il regroupe autour d'une même adresse des libraires indépendants - "victimes" de leur localisation prestigieuse - pour qu'ils ne deviennent pas les dernières pièces d'une ville-musée.
Présentation du quartier, vie culturelle, théâtres et librairies...
Le maillage est serré, ancré sur le 5ème et 6ème arrondissement de Paris, deux arrondissements qui souffrent de la désertification estudiantine et de la spéculation immobilière.
L'initiative est intéressante à plus d'un titre : elle valorise, par le biais du réseau, les différences et complémentarités de chaque libraire, leurs spécificités. Ce qui est une fragilité (nombreuses petites structures individuelles, spécialisation...) devient un atout.
L'union dans la diversité. L'union face à l'adversité.
Si tout le monde joue le jeu, le principe est gagnant-gagnant, pour le client comme pour le libraire.

Reste à convaincre certains "vendeurs" partenaires que CQL n'est pas un annonceur de plus, une vitrine sur laquelle on appose un nom (je sais, j'ai parfois mauvais esprit).

Quand j'ai découvert l'existence du site, c'était le 17 mai à 5h46, j'ai voulu l'essayer.
C'est mon côté joueur.
Parmi les nombreux livres que je recherche, j'en choisis un qui me tient à cœur : Fando et Lis de Fernando Arrabal.
Difficile à trouver, je n'en connais que l'édition de Christian Bourgois
(Théâtre 1), depuis longtemps épuisée.
Je lance donc une recherche, sans y croire, prêt à maugréer une fois de plus contre le monde du Livre. 

Nous avons bien enregistré votre recherche de livre: « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) »
Les libraires en sont informés et vous proposeront leurs exemplaires sous peu.
Consultez les offres en cliquant ici.
Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.
La recherche est relayée de façon anonyme par le Comité

À 13h46 , je reçois cette réponse inattendue :

Votre demande express « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) ».
Le libraire « PALIMPSESTE » vient de saisir une offre.
Vous pouvez la consulter en cliquant ici. Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.

Voici la réponse de la librairie :

Bonjour,

le texte que vous cherchez figure dans un volume publié par les éditions théâtrales du grand-ouest, que nous n'avons pas mais que nous pouvons vous commander. les délais ne sont malheureusement pas aussi rapide qu'ils le sont d'habitude, du fait du caractère très confidentiel de l'éditeur. Si vous nous confirmez votre commande, nous pouvons espérer le recevoir dans environ une semaine.

Dans l'attente de votre éventuelle confirmation de commande,

Sincères salutations.

Illico, je commande l'ouvrage ! Je suis fou de joie !
Non seulement CQL a prouvé son efficacité mais l'équipe de Palimpseste a réussi, par son professionnalisme (transmission du savoir, qualité de la réponse), à capter un lecteur et l'amener à elle.

Chapeau bas !


Une semaine plus tard, après un courriel du libraire confirmant la réception de mon livre, je me rends au 16 rue Santeuil.
Je découvre une librairie universitaire qui semble sortie des années 70. N'allez pas y chercher de fioritures, il n'y en a pas. Par contre, il y a du choix, de la "bibliodiversité", des livres intéressants et de nombreuses revues (sciences humaines, littérature, cinéma... ).

- Monsieur -

lundi 27 juin 2011

Un libraire en colère

Le livre d'Emmanuel Delhomme a eu droit à plusieurs papiers dans la presse, suffisamment pour aiguiser la curiosité. Peut-être que nous allions apprendre des choses, avoir une autre vision du métier et de ses problématiques... tel n'est pas le cas. Les points essentiels sont là, couchés dans les articles sélectionnés par l’Éditeur (Libération... ), le reste n'est qu'un billet d'humeur.
Il faut reconnaître qu'Un libraire en colère n'est pas une réflexion ni un essai sur les maux qui affectent la librairie. C'est un cri. c'est la voix du mourant qui s'accroche à la vie. C'est une colère pour sortir de l'indifférence. C'est le dernier message avant l'effacement, l'oubli et la disparition. Emmanuel Delhomme voit son commerce menacé. Il se sait condamné. Il dresse le bilan, fait le constat, vomit ce monde nouveau et connecté.
Ceux qui attendent de son ouvrage une portée générale (par rapport au commerce indépendant, aux changements sociaux...) seront déçus. Emmanuel Delhomme prêche pour sa paroisse et n'atteint jamais l'universel. Ce n'est pas le but mais cela restreint d'autant l’intérêt de ses remarques.
Pourtant, il touche les vrais problèmes mais sans approfondir, il focalise sur quelques faits et y revient obsessionnellement. Ah ! Internet ! les portables ! La colère est revendiquée mais elle est simplificatrice. L'auteur frappe maladroitement, parfois injustement. Il n'est pas tellement honnête, intellectuellement parlant, quand il passe indifféremment de la crise du Livre à celle de la lecture (qui n'est pas prouvée). Et malgré quelques jolies pages, plus on avance dans le texte, plus on le sent aigri, plus on se lasse, plus... il nous perd.

Un libraire en colère de Emmanuel Delhomme, aux éditions L’Éditeur, mai 2011.

Je profite de cette critique pour renvoyer à un article précédemment écrit sur les maux du Livre.

Ajoutons, concernant la librairie, que :

- La spéculation immobilière a des conséquences dramatiques autant sur les commerces que sur le pouvoir d'achat et le moral des ménages. La mairie de Paris essaye difficilement de trouver des solutions : Vital'quartier.
- Le prix unique du Livre, restreint à quelques pays, ne correspond plus aux habitudes de consommation (généralisation de la seconde main, internationalisation du commerce, nombreuses opérations éditoriales : un livre en cadeau pour l'achat de deux... ). Que faire ?  L'abrogation de cette loi serait, pour les libraires indépendants, suicidaire.
- Le système qui permet les retours d'ouvrages invendus en contrepartie d'un avoir est d'une grande perversité. Quand les ventes diminuent, les retours en provenance des librairies augmentent. Pour couvrir et compenser les avoirs, les éditeurs produisent plus de livres. La machine s'emballe. C'est le système de cavalerie. Emmanuel Delhomme compare cela à juste raison au système bancaire (crédits... ).
- L'accueil en librairie est un des points noirs de la profession. Réputé froid, caustique et peu engageant, le libraire intimide. Même si l'image est en train de changer et que les choses bougent, il est difficile de ramener à soi un client refroidi.
On pourrait rapprocher cela des bistrots "à l'ancienne" où les patrons bougons et peu aimables ont râlé contre la concurrence des fast food sans se remettre en cause. Il a fallu l'arrivée d'une nouvelle génération avec d'autres concepts pour faire revenir la clientèle.
Alors, ne désespérons pas.

- Monsieur -

dimanche 19 juin 2011

Women traffic

 Version française : Trafics de femmes

Frightening.
Women traffic is an investigation about the mysteries of women and children exploitation for sexual purposes.
With stories who bring us from Japan to Mexico, while passing by Burma and Middle East, Lydia Cacho reveals to us the mafia mechanisms and the backstage of sexual trade, which became the most profitable traffic in the world, along with arms and drug trafficking.
All of the defaults of human societies are highlighted in these dramas: sexism, racism, violence, and the lure of profit…
It makes us wonder about the place of women and minorities, globalization, corruption and misery (both educational and financial).
There are a few illustrations presented in the booklet inside. We forget about the captions of the pictures very quickly, as they seem derisory and useless (despite all of the horror, and maybe because of the emotional load of the book).
We will dwell upon maps who detail the deals of people around the world (sexual tourism, corruption…). Their readings are eloquent.
Based on a field work and a deep legislative and political knowledge, Lydia Cacho defines the problems of sexual exploitation, but doesn’t evade its complexity.
She highlights the importance of army and wars in the developing of this phenomenon, the links between the different types of traffic: weapons, people (immigrant, workforce…), organs; the impossible fight without neither education nor sex equality, without solving misery. The balance is hard to find between the struggle against the exploitation of human beings, while respecting liberties and avoiding recoveries (religious, extremists…)
To conflict with this world of violence, corruption, dehumanization is not without danger. Lydia Cacho knows the collusion between some police officers, mafia mobs and politicians. She paid the price for it (as much as many witnesses interrogated and defenders of liberties, without forgetting that a few of them deceased…)
As a conclusion, which is not really optimistic, the book includes a terminology of terms that are used, like “mafia”, “traffic”, “slavery” or “deals”. As many precisions necessary to understand the subject and approach it without misunderstanding it.
Lydia Cacho ends the book with an annex where she gives tracks to fight, at our scale, against the exploitation of fragile and weakened persons, children in particular.
Even if some advices are from an activist, the implication ensues from awareness.
The only thing left to do is either fight or give up.
Talking about it already an improvement.

- Monsieur -

Translated by Mademoiselle

Trafics de femmes to Lydia Cacho
Nouveau Monde Publishers

jeudi 16 juin 2011

La Part des Anges

La Part des Anges est le troisième disque du groupe Casse-Pipe.
Couronné par le prix de l'académie Charles Cros, on peut considérer que celui-ci a été reconnu pour ses qualités et son intérêt culturel.
Depuis, le groupe qualifié de néo-réaliste s'est dissous.
L'album est épuisé mais toujours disponible en occasion de 1 à... 25 euros !
Par contre, il est bien difficile de l'écouter sur la Toile.
Le site Domiblog liste bien la discographie de Casse-Pipe mais la lecture n'en paraît plus possible (si vous y arrivez merci de nous en indiquer la manière).

Une fois de plus, l'offre légale sur Internet, de plus en plus soumise au paiement en ligne, n'est pas à la hauteur. Malgré les annonces et l'alléchante quantité de titres proposés à l'écoute, les grands sites de streaming et de téléchargement font l'impasse sur de nombreuses créations. Il suffit qu'elles aient été expurgées des catalogues de l'industrie musicale, qu'elles soient trop confidentielles ou qu'il y ait eu des tracas judiciaires pour en priver l'auditeur potentiel.
De son côté, le Web citoyen contient beaucoup de lacunes dès que l'on sort des sentiers battus ou que l'on s'aventure dans des contrées un peu plus... difficiles.
On n'est finalement pas loin de la réalité physique où il faut dénicher ses "adresses".

Et le problème se pose aussi pour la littérature bien que l’État se soit engagé auprès des éditeurs à numériser une partie des œuvres indisponibles mais toujours sous-droit. Il convient de rester méfiant quant à la qualité et au tarif qui nous seront imposés.

La question se pose alors : doit-on enfreindre la légalité pour découvrir une chanson ou un disque ?
Sachant que les auteurs ne touchent rien sur la vente en seconde main et qu'une partie du patrimoine disparaît des mémoires sans que personne ne s'en émeuve vraiment, je ne ressens pas de scrupules à diffuser les textes suivants (si toutefois des ayants-droits s'offusquent de la manœuvre, je m'engage à les retirer de cet article) : 

Casse-Pipe, extraits de l'album La Part des Anges, 1998.
Les textes sont, sauf mention contraire, de Denis Flageul.

Les peintures et illustrations qui accompagnent le livret sont de Tonio Marinescu.
Louis Pierre Guinard est au chant.


- Fréhel (extrait) -

Dans le rouleau de toutes les douleurs
Berce-moi
Dans le rouleau de toutes les douleurs
Berce-moi, berce mon cœur.
Il paraît que la mer est un grand cimetière
Où git le souvenir de nos amours corsaires.
Et sur le sable d'or
La vague roule encore
Éternellement lasse
Des amours qui trépassent...

Denis Flageul / Gil Riot - Philippe Onfray.

- Les dortoirs (extrait) -

En ce temps là j'étais dans mon adolescence
Je rêvais le dimanche en lisant du Cendrars.
Je voulais sur les quais voir les trains en partance
M'enivrer des odeurs d'impossibles départs...
Quand l'Automne allumait ses talus dans la brume.
Je devinais au loin l'avance des brouillards.
Et le pas des chevaux dans la terre qui fume.
Et je sentais monter d'agréables cafards...

Denis Flageul / Gil Riot - Philippe Onfray.

- Détournement de voyageurs (gare du Nord) (extrait) -

Je bois à nos amours
Démaquillées
Diaphane dans le matin glacé
Je bois à ton départ
Je bois à ton départ
Hôtel de l'arrivée

Sylvie Rouch / Gil Riot.

- À Maurice Pilorge -

Un enfant de vingt ans à la démarche digne
Regarde le bourreau tout droit au fond des yeux
Et puis il s'agenouille en ignorant la ligne
Du couperet luisant qui le lance au ciel bleu
Pilorge était son nom, il était condamné
Pour avoir un beau soir trucidé son amant
Et là, dans la prison, il a rencontré Jean
Et ils ont fait l'amour contre l'éternité

Une histoire de passion
Un amour de prison
Dans le printemps breton
A roulé dans le son
Une histoire de passion
Un amour de prison

Une histoire de passion
Un amour de prison
Dans le printemps breton
A roulé dans le son
Une histoire de passion
Un amour de prison

À l'enfant assassin ils ont tranché à la tête
Au nom de la justice parce qu'il était voleur
Et c'est pourquoi Genêt sans faire de détours
A écrit en rageant comme un hymne à l'amour
"La chanson qui traverse un monde ténébreux
C'est le cri d'un marlou porté par ta musique
C'est le chant d'un pendu raidi comme une trique
C'est l'appel enchanté d'un voleur amoureux
Un marin de seize ans appelle des bouées
Que nul marin ne lance au dormeur affolé
Un enfant reste droit, contre le mur collé
Un autre dort bouclé dans ses jambes nouées"

Une histoire de passion
Un amour de prison
Dans le printemps breton
A roulé dans le son
Une histoire de passion
Un amour de prison

Mars mil neuf cent trente neuf, prison de St Brieux

Christian Caujolle - Denis Flageul - Jean Genet / christophe Menguy.
"... dans le train du retour, j'ai relu "le Condamné à Mort". J'étais heureux de vérifier que j'éprouvais la même émotion que la première fois, la certitude de lire le plus beau des textes amoureux." C. Caujolle
- Monsieur -

P.S.: De nombreux chanteurs ont interprété Jean Genet.
Si vous ne pouvez vous offrir un enregistrement de Casse-Pipe, vous pourrez vous consoler aux côtés de Marc Ogeret qui prête sa voix au Condamné à Mort sur une musique d'Hélène Martin.

dimanche 12 juin 2011

La Mise à part : de l'importance des mots et du choix de ceux-ci.

Metteur à part : employé chargé de préparer les commandes d'ouvrages, de la réception des colis, du tri des articles, de leur mise en rayon, des retours de marchandise...

Cette qualification est spécifique à l’Édition, on parle ailleurs de magasinier.
Ce métier n'existe pas à proprement parler dans les petits établissements où la polyvalence est de rigueur. Il tend à disparaître dans les grosses structures où le taux d'erreurs non reconnues lors de la réception (marchandise mal servie, erreur de quantité ou problème de qualité) semble moins coûteux que la charge salariale.

Par extension, le local où est relégué le réceptionnaire (terme plus général et non spécifique aux métiers de l'Édition) s'appelle la mise à part. Cette réserve est souvent une cave ou un sous-sol, parfois un entrepôt, quelquefois un réduit.
"Travailler en mise à part n'aide pas à se sentir valorisé."

Et "mettre à part" ? Qu'est-ce que ça signifie ?
Logisticien du Livre ? Soutier de l’Édition ? Manut' ?

En musardant sur le Net, j'ai fini par trouver un petit historique qui me semble convaincant.
Je l'adresse aux employeurs et à ceux qui rédigent des conventions collectives sans pouvoir expliquer ce que recouvre un nom, aux sans-grades de l'Édition et de la librairie, à celles et ceux qui s'interrogent sur la signification du terme.

D'après le Dictionnaire François de César-Pierre Richelet édité en 1680 il faut y voir une pure faute d'impression, il faudrait dire "metteur à port". (page 58)

Un metteur à port est un ouvrier sur les quais qui décharge les provisions des bateaux pour les mettre sur le port.
Et l'on y voit beaucoup plus clair.

On pourrait étendre nos recherches avec le "boute-à-port" et les fonctions de débacleur (de Gallica en Google-Livres, de bibliothèque en librairie).
Et de mot en mot, on se perdrait en dictionnaires et on rêverait de nouveaux horizons...

- Monsieur -

mercredi 8 juin 2011

Le lion

Au pied du Kilimandjaro, une réserve naturelle, le Parc royal, protège les animaux sauvages de la cruauté de l'homme. Ce parc est visité régulièrement par des touristes occidentaux pas vraiment conscients de ce qui les entoure.

Un homme, plus attentif que les autres à la beauté de la nature sauvage, se voit accordé la confiance du directeur du parc royal et de sa fille.
C'est elle, après une rencontre au frontière de la réalité, qui l'entraînera hors des sentiers battus, dans les recoins ignorés du parc, à la rencontre des peuples de ce pays, Masaï, Kikouyou, Wakamba, et du plus grand fauve d'Afrique : le lion.

Celle que l'on appelle la fille du lion s'est rendue maître de ces félins, au grand dam de sa mère effrayée et pour la plus grande fierté d'un père fasciné par les bêtes sauvages.

En osmose avec la nature, la petite fille donne une leçon de vie, de courage et de caractère que personne ne peut s'attendre à trouver chez une enfant.

Et c'est un homme profondément touché par ce qu'il a découvert dans cette Afrique sauvage qui raconte son périple dans cette réserve.

Roman d'aventures et récit de voyage, Le lion nous touche par la beauté renversante de la nature africaine et par les descriptions psychologiques des personnages. Tous, qu'ils aient un rôle important ou non, directeur du parc, chauffeur, Masaïs, mère angoissée, chasseur ou fillette, laissent une trace dans l'histoire comme dans le souvenir que l'on en garde, longtemps après la lecture.

- Madame -

Le lion
de Joseph Kessel
éditions Folio Gallimard

lundi 6 juin 2011

Amos et les pissenlits

Amos et les pissenlits est un joli ouvrage dont on peut regretter le prix excessif au vu des finitions (traces de colle sur tous les exemplaires parcourus, allure légèrement de guingois) et du format réduit (15x11cm, 20 pages).
Il faut, pour être honnête, préciser que le papier est solide, épais et que le livre a une bonne prise en main.

Ajoutons qu' Amos est un personnage attachant pour les tout petits : un koala coloré qui découvre le monde en noir et blanc (les pissenlits, la pluie... ) avec une curiosité naïve et rêveuse. Ses premiers pas sont racontés et mis en image de façon rafraîchissante sans être mièvre ni ridicule, ce qui n'est pas si fréquent.

- Monsieur -

Amos et les pissenlits d'Anne Cortey et Janjk Coat (illustration), aux éditions Autrement, 2011. 10 euros.
Amos et les gouttes de pluie d'Anne Cortey et Janik Coat, aux éditions Autrement, 2011. 10 euros.

(minimalistes, ces livres-accordéons sont fins et poétiques, doux comme les yeux d'un enfant qui s'endort dans des bras protecteurs)

Amos et le pays noir, aux éditions Autrement,  2009. 16,50 euros.

samedi 4 juin 2011

Londres 2012 et autres dérives

Londres 2012 et autres dérives de Iain Sinclair est avant tout un bel objet.


Intrigant dans sa forme, il apparaît mystérieux.
Au dos de celui-ci, un cartouche fournit quelques informations, sommaires.


Seuls des noms de lieux dont l'auteur parlera sont mentionnés sur la carte qui enveloppe l'ouvrage. Dépliée, elle dévoile une couverture noire.
Titre, auteur : une ligne. Le nom de l'éditeur est placé en retrait.
Sobriété des couleurs, pureté de la typo. Chapeau !
Un patchwork de photos, illustrations du texte, complète le plan de Londres.


Londres 2012 et autres dérives est aussi un livre de combat, humain, politique. Il aurait pu être écrit à Paris, Bruxelles ou Pékin, dans toutes les capitales livrées aux promoteurs. Partout où l'on constate les mêmes dégâts, l'absurdité et la violence froide. Sinclair dénonce la politique de l'expulsion et de la table rase. Il témoigne de ce qui est, de ce qui n'est déjà plus. Il défend l'âme d'une ville, sa respiration, sa population contre l'oubli, l'effacement des traces, des souvenirs. Il est dans la lignée de Prévert, Doisneau, Brassaï ; le réalisme poétique.

Et son arme, c'est le style, car Sinclair nous bluffe.

Qu'est-ce que c'est beau les mots quand ils sont bien choisis ! Quand la géométrie d'un lieu, l'urbanisme influe sur la pensée, sur le comportement. Il n'y  pas d'images. Une description, une simple description. Iain Sinclair part d'un lieu, décrit un arbre, un mur, une rue, digresse, de la littérature au cinéma, voyage... des pieds à la tête... et retour à l'endroit que l'on n'a pas quitté. Il laisse parler les mots. L'alliance de ceux-ci, l'assemblage des phrases, tout est dit. Quelle musique merveilleuse quand ils sont bien choisis, les mots ! Le style, le bonheur de goûter l'écriture comme on peut boire aux lèvres ! Comme cela fait du bien un phrasé appliqué dans la simplicité !

Et puis, il y a l'humour, féroce, mauvais, vachard. L'humour incisif de celui qui dénonce. L'humour, élégance du désespoir, de celui à qui l'on prend l'Amour, qui le voit malmener, défiguré, qui, d'un sourire détourne la larme de sa joue quand il faut témoigner de la souffrance humaine, du quotidien.
C'est la gouaille du mauvais garçon à qui l'on vole un passé, l'histoire de sa cour, de son terrain de jeu, ses voisins, ses copines, ses copains. C'est une sorte de gavroche érudit, un piéton bagarreur et moqueur.

Mais Sinclair est aussi assassin quand il s'agit de dénoncer les coupables ; sa prose se fait coups de poing, matraquage, démolissage en règle. Il avance seul contre une pieuvre, sans masque ni cagoule, invulnérable, implacable. Le geste est beau, terriblement bandant ! Et peu importe qu'on soit d'accord ou pas, que l'on partage sa vision des choses, son radicalisme amoureux, l'attachement viscéral à son quartier de Londres, pour peu que l'on soit sensible au lyrisme, Londres 2012 et autres dérives est une première approche (une compilation d'articles et de textes choisis) avant d'aborder l’œuvre de ce flâneur invétéré.

Londres 2012 et autres dérives de Iain Sinclair, traduction d'Héloïse Esquié et de Yann Perreau
Manuella Éditions, février 2011

- Monsieur -

jeudi 2 juin 2011

Books lovers never go to bed alone

Books lovers never go to bed alone
ressemble au titre d'une chanson.
Il nous rappelle les doux refrains d'enfance
quand les petits en pyjama se réfugiaient
avec leur livre au fond d'un lit douillet.

Books lovers never go to bed alone
est un album-photo, album en construction.
Des bibliothèques et des livres, des livres à foison,
des agrégats de livres...
des étagères, des piles, des murs.

Pas besoin de parole, on se comprend, on savoure
l'envahissement.
On est bien dans notre château de livres.
Books love... on ne guérit pas de ce bonheur-là.


- Monsieur -

jeudi 26 mai 2011

Je suis né ni fille ni garçon

Pour qui connaît les Éditions Eyrolles (spécialisées en informatique, techniques et management) ce genre de titre peut susciter l'étonnement. Il en va ainsi de nombreuses maisons "historiques" qui élargissent leur positionnement. Avec la collection Histoires de vie, on est dans le "trauma".

Je suis né ni fille ni garçon est un document - témoignage sur un phénomène connu depuis l'origine de l'humanité : "l'intersexuation" (on parle plus communément d'hermaphrodisme).
Dany Salomé, l'auteur de cette biographie, est né(e) avec un sexe masculin et un sexe féminin visibles mais atrophiés. Ses parents ont "dû" choisir le sexe (le genre) de leur enfant.

Dany nous raconte son parcours scolaire, l'armée, les années d'égarement, l'envie de paternité (et la vie de couple), son changement d'identité et sa conversion religieuse, les amants de passage, la trithérapie et ses effets secondaires, les rencontres sur Internet et l'âge qui apporte la sérénité... une vie chaotique mais finalement assez ordinaire.
Après avoir multiplié les traitements hormonaux, navigué d'un genre à l'autre, Dany assume enfin son "androgynie", "son unité" comme il la nomme.

Avant d'en arriver là, le lecteur a subi les poncifs de l'enfance, d'une vie de couple ennuyeuse et les schémas de genre bien définis (la fille qui s'occupe des fleurs et de la maison, le garçon qui aime la mécanique). Le tout n'a pas beaucoup d'intérêt.

Dany, en collaboration avec Cécile Potel, écrit sans pathos, avec beaucoup de pudeur, trop peut-être. Il manque des détails, de l'intime (puisque c'est le sujet). On ne connaît rien des autres, de leur contact, de leur rapport profond avec Dany, avec le corps de Dany (comment l'abordent-ils ? Comment est son corps, son sexe ? ). Bien sûr, il n'était pas question de rentrer dans le sordide mais l'écriture aurait pu, aurait dû, apporter des sentiments, de l'émotion. Un peu moins d'égocentrisme, un peu plus d'empathie n'aurait pas nui au propos. Dany n'est pas en cause, seul le style aurait pu sauver ce témoignage d'une navrante banalité. C'est raté.

Il faut toutefois souligner les deux préfaces écrites par Ariane Giacobino, médecin généticienne et Tom Reucher, psychologue clinicien. Elles tiennent en moins de vingt pages mais ne faisons pas la fine bouche. Il s'en dégage une intelligence, une humanité rare. Leur modestie par rapport à la recherche, leur expérience, leur réflexion sur la génétique, l'identité et la norme confortent l'idée qu'il aurait été plus intéressant d'avoir une étude émaillée d'exemples qu'un document brut sans analyse ni recul.

- Monsieur -

Je suis né ni fille ni garçon de Dany Salomé aux Éditions Eyrolles, 2011.

samedi 21 mai 2011

Connaissez-vous Paris ?

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau regroupe 456 questions - réponses sur la ville de Paris.

Il ne s'agira pas ici de savoir pourquoi cette plaque a été posée de cette façon :

À lire dans un miroir.

ni où se niche ce libraire magnifique :

photo en provenance du site de Stu Mead.

On n'y apprendra pas non plus le nom de la personne qui a sculpté le Génie Chercheur de la pharmacie située au numéro 20 de la rue des Écoles :

Nom du sculpteur

Queneau est mort trop tôt pour le dire... et le voir, et puis son propos est historique : c'est un analyseur de sédiments, un explorateur du temps qui passe. Il s'attache au patrimoine et remonte à la source.


 
 
Tout commença par la recherche... d'un revenu régulier : il faut bien vivre.
Raymond Queneau eut l'idée de poser trois questions par jour aux lecteurs du journal L'Intransigeant.
Très vite, il se prit au jeu et les lecteurs aussi (preuve, s'il en est encore besoin, d'un véritable amour entre Paris et ses habitants). Sa chronique dura  plus de deux ans, de 1936 à 1938. Deux ans durant lesquels il baguenauda dans les rues, voyagea de passages en bibliothèques, de stations de métro en terrains vagues. Notant les singularités, accumulant les livres (et l'on pense à Lorànt Deutsch pour l'écriture du Métronome), rectifiant les erreurs, Queneau nous lit Paris, il nous en livre les "grains" de beauté avec la passion du conteur.
Présenté par série de six questions - réponses, Connaissez-vous Paris est un condensé d'informations à petit prix.

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau, Folio Gallimard 2011.

- Monsieur -

Réponses aux questions :

- Cette plaque est un mystère, de là à imaginer que les kinés vous retournent... 
- Jacques Noël est le libraire d'Un Regard Moderne. On pourra l'approcher rue Gît le Cœur, au 10, en face du restaurant nommé Le Lutin dans le Jardin (ça ne s'invente pas).
- Mozart Guerra est l'auteur de cette curieuse sculpture.

mercredi 18 mai 2011

Paper Blossoms

Voici le cadeau idéal pour égayer vos repas solitaires ou ne plus voir grand-mère assise en face de vous : "a book of beautiful bouquets for the table".

Placez votre ouvrage au centre de la table ; avec ses cinq pop-up floraux, vous réaliserez rapidement des économies tout en changeant régulièrement  le thème de votre décoration. Vos ami(e)s seront époustouflé(e)s par le charme exubérant de vos compositions. Posées sur quelque délicieux napperon ou délicat dessous, celles-ci se maintiendront ouvertes grâce à deux élastiques placés sur les côtés du livre.
Très pratique, une fois replié, il suffira de l'incliner pour récupérer les miettes qui s'écouleront facilement le long de la tranche. Vous pourrez alors le ranger dans votre bibliothèque où il sera du plus bel effet eu égard à sa taille.


Paper Bossoms est un livre pop-up réalisé par Ray Marshall.
Concepteur de livres animés depuis plus de trente ans, sa technique est remarquable. Le choix du papier (épaisseur, rigidité) ainsi que les couleurs sont "visiblement" pensés. Le grand format ajoute un degré supplémentaire à l'intérêt de l'objet qui peut, malgré tout, paraître un tantinet kitchouille.
Paru en Juillet 2010 chez Chronicle Books,
distribution en France par Critiques Livres.

- Monsieur -

samedi 14 mai 2011

On va te faire ta fête maman !

C'est très plaisant d'accompagner la grossesse,
d'encourager la maman au moment de l'accouchement
et de suivre les premières tétées.
C'est très plaisant d'être un papa.

Pour la maman, c'est une autre paire de manche,
car, sauf exception, cette période fantastique n'est pas facile à vivre.
Il lui faudra encaisser la fatigue et les transformations physiques mais aussi, et surtout, les conseils et l'expertise des proches.
Et on repassera pour la délicatesse !

Nadège Beauvois et Florence Cestac nous en livrent une jolie sélection.
C'est du vécu, du lourd, de l'entendu, le quotidien de la femme enceinte !
Et de s'interroger si l’environnement ne pèserait pas plus lourd que l'enfant à naître...

À la façon des dessins d'humour, ou des brèves de comptoir,
chaque page illustre une réflexion qui n'amène pas de réponse.

Le ton est direct, mordant, vachard ; authentique mais pas vraiment méchant.

Le trait fait mouche et les parents s'y retrouvent.
C'est terrible mais rire de la réalité permet de relativiser.

On va te faire ta fête maman ! de Nadège Beauvois, avec Florence Cestac et ses dessins rigolos, vifs et colorés. Éditions Dargaud, 2011.

- Monsieur -

jeudi 5 mai 2011

L'oiseau canadèche

L'histoire a de quoi amuser :

Un vieil homme, incompris par les femmes qu'il ne comprend pas beaucoup mieux, est certain de rester immortel tant qu'il boira de son whisky maison, breuvage dont il tient la recette d'un indien mort dans ses bras.

Marié plusieurs fois mais jamais plus de quinze mois, Jack fut le père (absent) d'une petite fille qui, quelques années plus tard, devint, elle-même, maman. Cela fut ainsi durant treize années parce que la treizième, elle mourut noyée.
À la mort de sa mère, Titou, l'enfant, part vivre chez son grand-père, au grand dam de l'assistante sociale qui ne voit vraiment pas, même en fouillant très loin et en le voulant très fort, quelle éducation cet homme-là peut apporter à son petit-fils, hormis peut-être l'apprentissage du jeu et de la boisson.

Seulement voilà, bien que différents, les deux hommes se sont trouvés et s'aiment plus que tout au monde : fantaisie et bonheur de vivre les rapprochent.

Car Titou, lui aussi est un de drôle de numéro ! Une seule passion anime ses jours et ses nuits, depuis l'adolescence : construire des barrières. Planter des rangées absolument parfaites de pieux, partout autour du terrain du vieux. Celui-ci, totalement épris de liberté, a du mal à cerner le rejeton, mais le laisse faire.

Une rencontre du troisième type va donner un nouveau sens à leur vie : un petit canard, terrorisé par un terrible sanglier, ennemi juré de Titou (il arrache les barrières). Le jeune homme le récupère et va en faire l'un des piliers de la famille.

Baptisé Canadèche, ce canard a une sacrée personnalité, une intelligence remarquable et un appétit à faire pâlir tous les diététiciens du continent.
Volatile subtil, obèse et caractériel, il s'intègre rapidement à la maisonnée, partage les activités des deux hommes et de leur chien avec une remarquable facilité, et donne naissance à de fantastiques moments d'anthologie.

L'oiseau Canadèche est l'un des livres les plus drôles, les plus réjouissants que j'ai pu lire ces dernières années. Très court et complété par une longue postface du traducteur Nicolas Richard, il donne envie de lire rapidement Stone Junction, le seul autre roman traduit en français de Jim Dodge.


- Madame -

L'oiseau Canadèche
de Jim Dodge
Traduction de Jean-Pierre Carasso et postface de Nicolas Richard
éd. Cambourakis 2010

mardi 3 mai 2011

Rupestres !

Rupestres ! embarque quelques figures de proue de la bande dessinée contemporaine dans un curieux
voyage : six auteurs aux univers marqués et personnels, six auteurs reconnus pour leur empathie,
leur humanisme, leur quête stylistique
et leur indépendance d'esprit.
Ceux-ci partent en expédition, à la découverte de l'Art des cavernes. Ils racontent.

L'ouvrage a belle allure avec de jolies planches.
Il se lit bien : la structure narrative est fluide, ce qui est une gageure pour ce genre de "cadavre exquis" même s'il est vrai qu'on aurait souhaité un travail plus novateur, un peu plus audacieux, avec une œuvre collective totale, globale, un vrai mélange de traits et de textes plutôt que ces passages de relais entre dessinateurs ; plutôt que ce dialogue de styles (qui se marient toutefois très bien).

Cela dit, s'il n'y avait que ce regret à exprimer,  je l'aurais volontiers remisé au fond d'un trou. S'il n'y avait que ça ! Mais, il y a le discours...
atterrant ( ! ), l'impression de suivre une visite guidée où l'on subit les commentaires inutiles et lourdauds de touristes en goguette ; cette impression d'ennui et de gêne pour ceux qui les commettent.

Parfois, c'est vrai, il y a des échappées, du rêve, de l'émotion, on veut encore y croire mais tout s'écroule en quelques pages, on repasse à un autre, on recadre.
Quel gâchis ! Quelle déception de la part d'un tel collectif !

Et Dieu sait pourtant l'admiration que je porte à chacun d'eux !

Alors pourquoi ne donnent-ils qu'un carnet d'impressions ?
Pourquoi cette retenue ?
Pourquoi ne pas aller au fond des choses ?

Dans le même temps, ils s'attardent, ils regardent,
passent de l'incompréhension au doute ; jusqu'à l'admiration même !

Alors pourquoi ?
Pourquoi ne donner que des ébauches de réflexion ?
Pourquoi ne pas pousser l'analyse ?
Pourquoi ne penser qu'en terme d'illustrateur mâle ?
Pourquoi ne penser que par rapport à leur métier et à l'usage du dessin ?
Pourquoi n'élèvent-ils pas le discours ?!


Pascal Blondeaux, dans les Cahiers Dessinés (la merveilleuse revue des éditions Buchet-Chastel), avait livré une explication, une étude délicate et passionnée de l'Art rupestre, l'avait raconté avec tant de talent et de finesse, qu'à côté ces six-là font figure d'innocents.

- Monsieur -

Rupestres ! de Troubs, Pascal Rabaté, David Prudhomme, Marc-Antoine Mathieu, Emmanuel Guibert, Étienne Davodeau aux éditions Futuropolis, 2011.

vendredi 29 avril 2011

Tous à poil !

Tous à poil !
... Tous à poil ? La couverture est trompeuse car il ne s'agit pas d'un album un peu désuet sur les animaux de compagnie mais bien de l'injonction, violente, vulgaire et dominatrice lancée à la cantonade ou de façon bravade à chaque double page. Et l'on assiste à un déshabillage en règle.


Tout le monde se prête au jeu : du bébé à la maîtresse d'école en passant par un policier, sans oublier grand-mère malgré sa réticence.
Le cri jubilatoire est finalement libérateur. Le geste est volontaire, collectif, accepté pour un grand bain collectif !

Et je ne sais pas à qui s'adresse le livre...

s'il faut le prendre pour un "délire" d'auteurs ou lire en filigrane un propos
sur l'égalité, l'absence de préjugé (tout le monde est fait pareil),
sur la déculpabilisation, la "décomplexion" par rapport au corps,
sur la désacralisation de l'autorité.
Les bibliothécaires, enseignants, parents jugeront.
Les jeunes enfants seront sûrement surpris par la manière et le ton.
Les plus âgés riront peut-être de la situation.
Pour ma part, je reste sceptique mais amusé par le fait que Tous à poil ! existe.

Tous à poil !  textes de claire Franek, dessins de Marc Daniau,
paru aux Éditions du Rouergue. Avril 2011.

- Monsieur -

mardi 19 avril 2011

Madame rêve...

Madame rêve
Au ciel
Madame rêve
Au ciel
Madame rêve



D'un amour qui la flingue

Alain Bashung.

vendredi 15 avril 2011

Point 2 ? On les a vus !

Annoncés en grande pompe, les .2 sont arrivés en librairie. Nous n'avons pas pu résister à l'envie d'en parler.

Dans un premier temps, reconnaissons que l'impression est plutôt réussie et les textes lisibles.

Cela étant dit, abordons les reproches :

L'objet en soi n'est guère plus novateur que les titres proposés, par contre le prix est la hauteur de la campagne marketing.
Réduit, le format ne l'est pas assez pour se lover dans la paume.
Est-ce pratique ?
La prise en main nécessite une habitude que nous n'avons pas : remonter les feuilles vers le haut pour tourner les pages n'est pas franchement naturel d'autant que le papier est très léger, froissable.
Bien sûr, on peut le glisser dans la poche arrière du jeans mais il n'est pas dit que la couverture semi-souple résistera longtemps aux changements de position ni même au pelotage.

 


N'oublions pas de saluer le travail effectué sur les visuels. Il est tout bonnement... ahurissant ! 
Cette abstraction dans le découpage, cette absence de sens apporte un souffle nouveau à l'image, un impact minimaliste étonnant.

Voici La Route de McCarthy et les deux couvertures de Tout est sous contrôle de Hugh Laurie pour mieux comparer :














Cependant, les limites de l'objet sont atteintes avec l'adaptation de Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. La mise en page qui fait partie intégrante du récit donne pour le coup des résultats décevants tant au niveau du sens de la lecture que de la qualité du rendu.



Verdict : Gadget.

- Monsieur -