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dimanche 3 juillet 2011

De l'usage d'Internet et de la librairie.

Depuis une dizaine d'années, les initiatives se multiplient pour valoriser le marché de la librairie et contrecarrer les géants de la vente en ligne. Faute d'apports financiers lourds, la lutte n'est pas égale mais une dynamique est créée. La prise de conscience par rapport à l'utilisation de l'Internet ouvre de nouvelles espérances.

Certains sites marchands offrent ainsi une véritable complémentarité aux librairies physiques, que ce soient  :
des adresses en nom propre avec un vrai travail de rédaction et de bibliographie (la librairie Compagnie, la librairie de la mer et bien d'autres encore... )
des plates-formes qui servent d'intermédiaires et mondialisent la clientèle (AbeBooks pour les  libraires de livres anciens... ).

De leur côté, des municipalités, des départements et des collectivités, ont créé des sites vitrines afin de mettre en avant l'ensemble de leurs librairies (la ville de Caen...).

Certains syndicats professionnels référencent leurs membres autour d'une même adresse (SLAM pour les librairies anciennes... ), des collectifs se créent afin de mutualiser leur force de vente et leur savoir-faire (Librest... ).
Le syndicat de la librairie française a initié le projet de 1001 libraires qui propose, en plus de la recherche de livres, un appareil critique rédigé par des libraires indépendants.

Même une société de service, Tite-Live, a compris l'intérêt de développer un site en ligne : profitant de la mise en réseau de ses adhérents et des capacités de son logiciel de gestion de stock, Place des libraires permet de retrouver et réserver un livre, disque ou DVD, dans le magasin le plus proche de chez soi.


Récemment est apparu le Comité Quartier Latin. Il regroupe autour d'une même adresse des libraires indépendants - "victimes" de leur localisation prestigieuse - pour qu'ils ne deviennent pas les dernières pièces d'une ville-musée.
Présentation du quartier, vie culturelle, théâtres et librairies...
Le maillage est serré, ancré sur le 5ème et 6ème arrondissement de Paris, deux arrondissements qui souffrent de la désertification estudiantine et de la spéculation immobilière.
L'initiative est intéressante à plus d'un titre : elle valorise, par le biais du réseau, les différences et complémentarités de chaque libraire, leurs spécificités. Ce qui est une fragilité (nombreuses petites structures individuelles, spécialisation...) devient un atout.
L'union dans la diversité. L'union face à l'adversité.
Si tout le monde joue le jeu, le principe est gagnant-gagnant, pour le client comme pour le libraire.

Reste à convaincre certains "vendeurs" partenaires que CQL n'est pas un annonceur de plus, une vitrine sur laquelle on appose un nom (je sais, j'ai parfois mauvais esprit).

Quand j'ai découvert l'existence du site, c'était le 17 mai à 5h46, j'ai voulu l'essayer.
C'est mon côté joueur.
Parmi les nombreux livres que je recherche, j'en choisis un qui me tient à cœur : Fando et Lis de Fernando Arrabal.
Difficile à trouver, je n'en connais que l'édition de Christian Bourgois
(Théâtre 1), depuis longtemps épuisée.
Je lance donc une recherche, sans y croire, prêt à maugréer une fois de plus contre le monde du Livre. 

Nous avons bien enregistré votre recherche de livre: « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) »
Les libraires en sont informés et vous proposeront leurs exemplaires sous peu.
Consultez les offres en cliquant ici.
Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.
La recherche est relayée de façon anonyme par le Comité

À 13h46 , je reçois cette réponse inattendue :

Votre demande express « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) ».
Le libraire « PALIMPSESTE » vient de saisir une offre.
Vous pouvez la consulter en cliquant ici. Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.

Voici la réponse de la librairie :

Bonjour,

le texte que vous cherchez figure dans un volume publié par les éditions théâtrales du grand-ouest, que nous n'avons pas mais que nous pouvons vous commander. les délais ne sont malheureusement pas aussi rapide qu'ils le sont d'habitude, du fait du caractère très confidentiel de l'éditeur. Si vous nous confirmez votre commande, nous pouvons espérer le recevoir dans environ une semaine.

Dans l'attente de votre éventuelle confirmation de commande,

Sincères salutations.

Illico, je commande l'ouvrage ! Je suis fou de joie !
Non seulement CQL a prouvé son efficacité mais l'équipe de Palimpseste a réussi, par son professionnalisme (transmission du savoir, qualité de la réponse), à capter un lecteur et l'amener à elle.

Chapeau bas !


Une semaine plus tard, après un courriel du libraire confirmant la réception de mon livre, je me rends au 16 rue Santeuil.
Je découvre une librairie universitaire qui semble sortie des années 70. N'allez pas y chercher de fioritures, il n'y en a pas. Par contre, il y a du choix, de la "bibliodiversité", des livres intéressants et de nombreuses revues (sciences humaines, littérature, cinéma... ).

- Monsieur -

jeudi 13 mai 2010

Livres de Papier

Le collectif Livres de Papier s'est créé en 2009 avec pour objectif de "résister à l'informatisation de l'écrit et du Monde".
Énoncé de cette façon le propos est abrupt. Surprenant.

Combattre la dématérialisation en tant qu'atteinte à la liberté et au lien social, révèle une dimension rarement abordée dans le discours sur la numérisation.
Le Journal des réfractaires à l'Ordre numérique approfondit les craintes et les suspicions que l'on pourrait avoir vis à vis des "nouvelles technologies" ou plutôt de l'usage qui nous en est imposé.

Leur revue est politique, avec des accents syndicaux ; pas vraiment radicale, pas toujours modérée. Elle peut hérisser plus d'un lecteur mais a l'avantage d'aborder le sujet de la numérisation sous un angle plus humain que technologique.
La réflexion est intéressante. Elle place au centre du débat la question de l'individu et la part de l'économie.
Il n'est d'ailleurs pas étonnant que leur combat rejoint en bien des points celui des communautés qui défendent le logiciel libre (curieux paradoxe).

Que l'on soit d'accord ou non avec eux, l'attention que l'on prêtera à leur journal ne sera pas du temps perdu.
La disparition des métiers du Livre est une réelle préoccupation, au delà de leurs transformations ; il s'agit de savoirs, du fondement même de nos sociétés qui se trouvent bousculés.

Sans aborder les aspects politico-économiques de Livres de Papier, j'ajouterai de l'eau au moulin de ses contributeurs en citant une anecdote concernant un prestataire de librairie. Celui-ci fournit des logiciels de gestion aux libraires, disquaires et papetiers. Je ne m'attarderai pas sur les fautes d'orthographe qui parsèment les différents messages de sa base de travail. Je citerai juste les termes utilisés par le technicien.
Là où le libraire parle d'éditeur, le technicien parle de marque. Là où le libraire commande des livres, le technicien commande des codes-à-barres aux fournisseurs. Pour le commercial comme pour l'informaticien, il y a donc un revendeur et un distributeur, entre les deux le livre est devenu un code-à-barres ; l'éditeur, une donnée insignifiante. Le décalage de perception et de concept est réel, même s'il peut se comprendre d'un point de vue professionnel ; le malaise est palpable...

Concernant la méfiance justifiée vis à vis des liseuses (pérennité du support, contrôle des lectures...), j'entamerai plutôt le chant des partisans en arguant que le cinéma n'a pas tué le théâtre, ni la photo la peinture. Et Internet ne tuera la télé que parce que l'usage et le contrôle de celle-ci en rendent le contenu affligeant.
Pour exemple de perspectives fabuleuses que les nouveaux supports offrent aux créateurs, je vous inviterais à regarder cette démo de Toy Story sur l'iPad (Aldus). Épatant ! Toute la gamme des produits dérivés Disney-Hachette déclinée sur un même support ! Les potentialités sont bluffantes. Au diable le marketing !
J'en veux pour preuve le dossier de Tony sur Du9 concernant les perspectives et possibilités de création grâce au numérique. L'article est, comme toujours sur ce site, fouillé et bien construit.

Notons aussi la position des auteurs par rapport au Livre numérique. Leur regroupement est une bonne chose dans un milieu où le cas par cas et la loi du silence sont monnaie courante.

- Monsieur -

Livres de Papier, journal des réfractaires à l'ordre numérique (à lire pour rester vigilant mais sans diaboliser).
Gratuit et disponible (entre autres) à la librairie Le Flâneur des 2 Rives au 60 rue Monsieur Le Prince dans le 6e arrondissement de Paris.

Collectif Livres de Papier, c/o Offensive, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris.
Par correspondance, merci de les contacter à l'adresse livresdepapier@gmx.fr

dimanche 15 novembre 2009

Livre et percée numérique: tentative d'analyse subjective de la situation. (Libre rapport sur le Milieu)

Avertissement:
Les personnes qui œuvrent dans les métiers du Livre n'y travaillent pas par hasard. La majorité d'entre-elles porte un intérêt réel au Livre. Dans cette période de confusion actuelle tant économique que conjoncturelle, le commercial tend à remplacer le professionnel du Livre; le regard n'est plus le même. La considération humaine est réduite à peau de chagrin. Le découragement latent et le dégoût de la "marchandise Livre" partout présent. Cette situation laisse à penser que les liseuses viennent à point nommer pour rétablir un équilibre, assainir un "marché" gouverné à l'aveugle sur des calculs à court terme. Les personnes qui s'attachent à une rigueur morale et intellectuelle, intègres sur le plan professionnel, ont d'autant plus de mérite qu'elles sont rares et isolées. Pourtant, on les retrouve partout quelque soit le niveau hiérarchique ou la taille de l'entreprise.
Je leur dédie ce texte.

Depuis quelques années, nous pouvons lire et entendre des personnes qui s'intéressent au numérique de par leur passion ou leur profession.

1° Il y a les progressistes qui sont loin d'être aveuglés par leur enthousiasme. Ils analysent avec justesse le mouvement actuel, dénoncent certains écueils de la numérisation mais démontrent aussi et surtout son aspect positif. Ils comparent les liseuses, leurs potentialités. Ils font un bon travail d'amateur (au sens noble du terme). Ce ne sont pas de doux rêveurs; ces passionnés, parfois professionnels du Livre, attirent l'attention sur les avantages que l'on peut tirer de ces nouveaux supports de lecture mais aussi sur les dangers que la numérisation peut engendrer si elle n'est pas abordée à sa juste valeur.
Malheureusement, les décisionnaires semblent hermétiques ou sourds à leurs discours.

2° -D'une part, les politiques entretiennent une vision archaïque d'un système qui les dépasse de par leur manque d'intérêt, les copinages et (ou) l' ignorance (de trop nombreux exemples nous ont fait rire -Chirac avec la souris- nous ont affligés -l'utilisation abusive du terme "pirate"lors du vote de la loi Hadopi ou la volonté de taxer la publicité sur internet- ont titillé notre "mauvais esprit" comme la proposition de loi sur la péremption des données "gênantes"sur internet).
-D'autre part, les éditeurs défendent leur pré carré; ils savent ce qu'ils ont à perdre et cherchent à préserver leurs intérêts. Ils se méfient de la gratuité, de l'immatérialité et d'une perte de contrôle des acteurs du Livre. La profession qui a longtemps été à l'abri de l'industrialisation, du capitalisme à court terme, a gardé dans son fonctionnement un paternalisme sclérosant. Les éditeurs écoutent mais n'entendent pas (ou le contraire) , pire ils refusent toute discussion notamment avec les auteurs. Quand ils dialoguent, c'est que les décisions sont prises.
-Chacun défend sa vision du "numérique".
Pourtant, tout en traînant des pieds, des alliances se créent, des stratégies se mettent en place, certains groupes travaillent sur des systèmes de numérisation, de vente en ligne ou de bases de données. Globalement, il ressort malheureusement un manque de vision d'avenir concernant les potentialités du support numérique et une absence de fonds lourds à investir.

Qu'en est-il des autres professionnels de la chaîne du Livre?

3° Les distributeurs (souvent liés à des groupes éditoriaux, aux mêmes conglomérats qui mettent en place les stratégies numériques à grande échelle) ont tout à perdre dans la numérisation: La distribution est une des pièces maîtresses (pour résumer de façon sommaire) dans le système de cavalerie comptable dont souffre toute la chaîne du Livre!
En effet, pour rentabiliser leurs entrepôts gigantesques, les gros trusts ont dû acheter, regrouper des maisons d'édition, les inciter à produire plus (pour remplir les entrepôts) et à développer le système d'office (envoi des nouveautés aux libraires avec possibilité de crédit sur les invendus retournés) pour faire tourner la machine. La production (facturation) augmentant pour compenser les retours (crédits), les centres arrivent à saturation, la machine s'emballe.
Ce traitement de marchandises par flux et reflux est une des spécificités de la logistique du Livre. Il engendre un système de crédit sur retour qui est une perversité comptable, une des faiblesses de l'industrie du Livre car si l'un des maillons de la chaîne se brise, c'est toute la machine qui s'enraye. Face à la dématérialisation, les distributeurs vont devoir s'adapter. Vont-ils opérer, à plus ou moins long terme, une diversification au profit d'autres marchandises ou se tourner vers d'autres marchés (particuliers, collectivités...)? Les éditeurs, diffuseurs passeront-ils par d'autres acteurs? Les plateformes logistiques retrouveront-elles une taille "humaine", à l'échelle locale notamment? Beaucoup de questions dont je n'ai pas les réponses.

Loin de l'industrie du Livre mais dépendant de celle-ci, il y a l'auteur.

4° Depuis longtemps les auteurs envisagent l'avenir par rapport aux supports de lecture.
Comme pour la musique et le cinéma, il y a quelques "privilégiés" que nous délaisseront au profit du plus grand nombre. Leurs intérêts se rapprochent généralement de celui des gros éditeurs. Ces derniers, estimant être les seuls autorisés à tenir un discours économique et juridique sérieux et cohérent sur le droit d'auteur, je vous renvoie au chapitre précédent et au site du SNE.
De nombreux auteurs, donc , testent de nouvelles approches, tant au niveau de l'écrit que de la diffusion de leur œuvre. Les essais de François Bon à ce sujet sont fort intéressants, de même que les propos des bloggueurs qui adaptent leurs créations en fonction du support (papier ou numérique).
La création se marie avec le support, profite de son format, de ses potentialités, de son ergonomie, de ses qualités et de ses défauts. Les auteurs font acte d'inventivité par rapport à la narration, au lettrage, au rythme de lecture et d'écriture, au design. Ce mouvement devrait s'accélérer avec l'arrivée des "natives" (ceux qui sont nés un ordinateur à la main) et le développement de plus en plus poussé et attractif des logiciels.
L'approche d'un nouvel outil, sa prise en main, ne fait que développer la créativité humaine sans faire table rase de l'existant: on construit "avec" pas "contre"!
Le numérique laisse aussi espérer une meilleure diffusion des œuvres de création. Il peut être utile à l'auteur pour se faire repérer, pour "prouver" qu'il existe, pour trouver ou garder un éditeur, pour être en contact direct avec son lectorat, pour s'auto-éditer à moindre risque, pour s'exprimer librement, sans trop de contrainte.

[Le personnel enseignant devrait apprendre aux enfants à se servir des outils multimédias, à en comprendre les enjeux, les risques, leurs intérêts et leurs dangers - appréhender et réfléchir-]

Un auteur peut aussi espérer voir ses œuvres épuisées à nouveau accessibles au grand public.

* Par contre les problématiques soulevées ar le numérique se situent au niveau du respect et de l'intégrité d'une œuvre, à la protection de celle-ci par rapport au pillage et au droit d'auteur (moral et pécuniaire).
Des lois existent mais les rapports à l'œuvre de création ne sont pas les mêmes selon l'histoire culturelle des régions du Monde. De plus, le terrain est miné par le combat que mènent les grandes puissances économiques entre elles.
Seule l'Unesco ou une législation internationale pourrait défendre le droit des auteurs.
Le nerf de la guerre reste l'argent, la rémunération des auteurs, car ce sont les seuls aujourd'hui à nourrir le système (internet comme les métiers du Livre) sans réussir à en vivre.
De là à envisager un salaire universel de base...

Revenons à la réalité le libraire.

5° Ceux-ci sont confrontés à de nombreux problèmes. Je ne m'étendrai pas sur les problèmes économiques.
Ils ont su s'adapter à l'arrivée des sites de vente en ligne (les libraires de livres anciens ont rebondi de façon exemplaire sur les potentialités d'internet), mais de nombreuses librairies courbent l'échine face à une concurrence massive qui possèdent une logistique qui va de pair avec une trésorerie conséquente. Depuis quelques années, on ne compte plus les fermetures, à Paris notamment, de librairies et ce ne sont ni les ouvertures ni les aides publiques qui vont inverser la situation.
Va-t-on avoir des librairies subventionnées, soutenues par les collectivités publiques (comme les cinémas de quartier) avec toutes les problématiques induites?

De plus en plus de bornes apparaissent dans les boutiques avec des offres de liseuses et lecture numérique. Le post de Charles Kermarec est très révélateur des inquiétudes à avoir pour le maillon obsolète que serait la librairie. Les librairies vendront-elles des livres "papier" et des fichiers numériques, développeront-elles une offre parallèle (poste, papeterie, salon de thé, rencontres et réunions publiques, impression à la demande...)?
Bien sûr avec les fichiers numériques, il y aura moins de manutention, pas de retours d'invendus (donc logiquement une trésorerie plus saine) mais qu'en sera-t-il du choix, du conseil?
Qu'en sera-t-il du lieu (de son importance pour le bien-être du client, sa mise en condition, en disponibilité), du lien qui se noue (du premier contact timide à la visite régulière), de la convivialité, de l'atmosphère?
La force du libraire est le conseil, sa connaissance des livres et de l'humain, sa capacité à transmette le savoir.
Pour la prescription et la présentation, rien ne remplace encore le libraire. Il suffit de fouiller sur les sites en ligne pour ressentir un profond ennui, il suffit de faire une recherche sur internet pour en constater les limites. Mais tout change, très vite.
Il leur faudra les reins solides, il leur faudra s'adapter et s'accrocher à leur savoir, il leur faudra le soutien infaillible de toute la profession, et c'est ainsi que... on peut rêver.

Plusieurs points pour finir:

1° La numérisation massive est une chance pour l'accès au savoir, pour les archives et les œuvres orphelines, pour les livres délaissés par leurs éditeurs (il est, par exemple, quasiment impossible de trouver les premières pièces d'Arrabal).
Mais la numérisation massive ne sert à rien, telle qu'elle est pratiquée actuellement pour les livres d'Art. Certaines archives sont illisibles ou inutilisables mises à disposition comme des paquets de feuilles posés sur la table. Il faudrait un travail de nettoyage, parfois de reformatage, de recadrage des œuvres présentées quitte à mettre les deux versions en parallèle ou en superposition (système de calques).
Certains éditeurs, certaines institutions se donnent les moyens humains et matériels de le faire.
Là aussi, on pourrait parler de développement durable ou raisonné.

2° La défense de la langue fait partie des devoirs de nos États. Une diffusion massive de l'anglais (les États-Unis d'Amérique sont volontairement laxistes en ce qui concerne la diffusion de leurs œuvres; celles-ci "conditionnant" les populations à un mode de vie et de pensée en vue d'acquérir de nouveaux marchés) couplée à une législation trop restrictive de notre seul pays en ce qui concerne la création francophone (ou sa majeure partie), serait (est) dramatique pour notre langue. Il n'est pas rare de ne trouver des œuvres françaises que dans leur version traduite ou sur des sites étrangers. (Et qu'on ne vienne pas me parler du droit d'auteur quand on voit le nombre de livres à prix bradés, soldés et le marché des services de presse!)

3° Les liseuses actuelles ne sont guère attrayantes, souvent archaïques et chères. Un de leurs intérêts se situe dans leur luminosité qui fatigue moins que les écrans d'ordinateur. Mais, l'arrivée prochaine de supports adaptés à des prix attractifs devrait changer la donne. Les téléphones portables sont un bel exemple de ce que l'on peut envisager: la mise en réseau, l'interactivité sont parmi les atouts de ces nouveaux outils de communication; leur actualisation (presse, ouvrage millésimé...); leurs fonctions multimédia (dictionnaire, encyclopédie...); leurs capacités (mémoire, vitesse...); leurs multiples usages (agenda, appareil photo, GPS, guide touristique...)
... j'en oublie tant les utilisations et possibilités sont nombreuses; à commencer par la lecture dans sa simplicité revigorante. Les aveugles et mal-voyants devraient bénéficier de ce mouvement. En espérant que la concurrence fasse baisser les prix, motive chercheurs et commerciaux sans nuire à l'interopérabilité ni multiplier les formats de fichiers.

4° Méfions-nous toutefois du contrôle des lectures, de la censure. De nombreux évènements nous incitent à la prudence (Apple avec la pornographie, Amazon et la suppression de fichiers, l'intérêt judiciaire porté aux bibliothèques, le développement de l'auto-censure). Le danger du "flicage" est permanent, l'accès privé ou réservé à certaines données est nécessaire.

5° Qu'en est-il du prix d'un fichier numérique présenté par l'éditeur?
-ce qui coûte moins cher: il n'y a plus de transport, de stockage physique, d'envoi de service de presse par poste ou coursier, il n'y a plus d'impression...
-ce qui coûte plus cher: la TVA est de 19.6% au lieu de 5.5% pour le format "Gutenberg".
La protection qui est à la charge du libraire pour le livre papier revient à la charge de l'éditeur pour le numérique. Dans un cas comme dans l'autre, les systèmes sont très chers pour une efficacité somme toute relative.
Les salaires dans les métiers du Livre sont très bas, ce n'est un secret pour personne. Les spécialistes employés pour tout ce qui touche au "numérique" travaillent dans un domaine de concurrence non spécifique au Livre. Leurs salaires s'alignent sur ceux du marché et sont plus élevés que ceux pratiqués généralement dans l'édition.

6° La prise de participation de la Caisse des dépôts et consignations dans le capital de Dailymotion est significative du positionnement de l'État sur une offre universelle, et sur le contrôle de celle-ci.

7° La question des abonnements dont le prix additionné devient prohibitif devrait amener à réfléchir quant à l'accès à la connaissance tant le rapport à l'argent, à la valeur des choses ou la reconnaissance du travail a perdu son sens.
Vaste sujet!


Bibliographie succincte:

Typographie du Livre français sous la direction d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Situation de l'édition et de la librairie, revue Lignes n°20
L'édition sous influence de j. et G.Brémond (Liris)
Éditeurs indépendants: de l'âge de raison vers l'offensive de Gilles Cohen (Alliance)
Édition, l'envers du décor de Martine Prosper (Nouvelles éditions lignes)
La vie du livre contemporain: étude sur l'édition littéraire de 1975 à 2005 d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Les ouvrages du Cercle de la Librairie sont tous issus d'un travail admirable. Malheureusement, leur prix est souvent proportionnel.

En PDF:

Rapport sur le livre numérique.
Le livre pour tous de Marie Lebert.
Les mutations du Livre de Marie Lebert 2007.
La bataille Hadopi par In Libro Veritas.

Quelques sites pour se tenir informé:
Association des professionnels de l'édition
Bibliobs
Actualitté
Les sites indiqués dans notre rubrique "Autour de l'écrit".

Pour finir, je renvoie sur les trois articles que j'avais écrit précédemment, tâche inachevée tant les choses évoluent rapidement.

Monsieur.

mardi 5 février 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Partie II Quel avenir pour les libraires?

Des interrogations multiples sont soulevées par les libraires au sujet des changements en cours. De nombreux sites se penchent sur l'avenir de la librairie, donnent le pouls de la situation (melico, la feuille, le tiers livre, le blog de la SFL...) mais il faut rester prudent.

Qu'y-a-t-il de commun entre une librairie de campagne et une librairie de grande ville? Qui sait que les sex-shops sont considérés comme des librairies spécialisées? (Sex-shops : Une histoire française de Baptiste Coulmont aux éditions Dilecta)

  • Ce qu'on appelle librairie indépendante regroupe trop de commerces particuliers, de taille et de structure différentes. Incomparables dans leur fonctionnement, leur rapport aux clients et leurs capacités financières.

  • De plus, il faut se méfier d'un jeu économique
    -où les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde (certains libraires n'atteignent pas un seuil de vente suffisant pour avoir la visite des représentants)
    -où les intérêts en jeu divergent (selon que le libraire emploie ou non des salariés)
    -où les rapports sont faussés (le marché d'approvisonnement des collectivités, bibliothèques par exemple, offre une certaine respiration à ceux qui le détiennent)

Force est de reconnaître que les gros groupes (FNAC, AMAZON, VIRGIN...) recentrent leur politique sur le commerce du livre pour compenser le déclin du disque et du DVD. Déjà bien armés, ils accentuent leur combativité, précisent leur agressivité.

Le combat contre les frais de livraison gratuits perdu par AMAZON (entre autres) ne l'empêche ni de pratiquer le « forcing » ni des opérations « ponctuelles ». Mais certains libraires sur leur site en ligne pratiquent également la gratuité ou des frais de port allégés. Que faut-il en penser? La poste devrait sûrement modérer ses tarifs comme d'autres pays européens (voir le combat de l'Atelier du Gué en ce sens) tout en préservant une certaine fiabilité.

Quant au système des remises exigées par AMAZON au près des éditeurs (avoisinant parfois les 50%), c'est une méthode de grande surface. Je ne crois pas qu'il soit juste de lier la gratuité des frais de port à ce fonctionnement crapuleux. Certains gros libraires font la même chose. De même qu'il est courant de jouer avec les délais de paiement (échéance de 3 mois, parfois plus selon les quantités de livres commandés), certains libraires négocient des vitrines ou des emplacements privilégiés en échange de conditions commerciales plus avantageuses.

Ce n'est pas dans l'esprit de la librairie mais dans celui du commerce.

Au delà de l'hypocrisie et du jeu de dupes liés aux enjeux économiques, il faut s'interroger sur les difficultés rencontrées par les librairies indépendantes. La vente en ligne est-elle responsable de tous les maux? (François Bon: déchaîner la chaîne)

  • Il faut prendre en compte les habitudes d'un public plus indépendant, moins homogène; admettre qu'il peut être intimidant d'avoir le regard du libraire sur son dos en permanence et se dire qu'un client peut éprouver une certaine délivrance vis à vis de l'anonymat des grosses structures. L'apparente abondance de l'offre y est souvent enthousiasmante et l'on se dit qu'on n'aura pas à commander ni à revenir deux fois pour obtenir son livre. Reconnaissons aussi avec regret qu'il arrive trop souvent d'être pris pour un imbécile par LE libraire qui « sait » et de sentir que l'on gêne quand on achète un livre à deux euros, que l'on vient pour un renseignement ou pour feuilleter quelques ouvrages. A contrario, on peut trouver des personnes de bon conseil et des libraires compétents dans des grandes surfaces dites culturelles.

  • Le prix du livre, en dehors de quelques collections spécifiques, est en hausse constante, parfois prohibitoire et sans réelle justification à part le coût du papier.

  • Les charges fixes liées à l'équipement, au loyer augmentent excessivement (notamment à Paris où se situe une majorité de librairies françaises). On pourra s'étonner de la cherté d'une base de données professionnelle (Electre) qui ne réfèrence plus les tirages de moins de 500 exemplaires.

  • Certains diffuseurs en position de quasi monopole imposent des conditions inadmissibles (envoi obligatoire de certaines nouveautés, obligation d'un stock minimum...) aux libraires. L'inverse est vrai aussi. Le gros étouffe le petit ou en prend le contrôle; c'est la loi du marché.

  • Il y a un système qui permet aux libraires de retourner sous certaines conditions les nouveautés (facturées à l'envoi) invendues. Celles-ci sont alors créditées. Le problème est que les éditeurs augmentent leurs parutions (une partie est distribuée d'office) pour augmenter leur trésorerie et que les libraires (dont la place et les ventes ne sont pas extensibles) augmentent leurs retours dans la même proportion. Les crédits augmentent et les éditeurs pour les couvrir augmentent les nouveautés (voilà une des raisons à la surproduction). Nous sommes face à un jeu d'écritures comptables, un système de cavalerie où le premier qui s'écroulera entraînera les autres dans sa chute.

  • Le nombre d'ouvrages finit par étouffer le libraire. Les boutiques sont encombrées de cartons. La manutention est de plus en plus lourde. La logistique devient un soucis majeur: coût, pollution (la ville de Paris veut développer les livraisons de nuit), délai (les grandes surfaces peuvent imposer des horaires aux transporteurs ce que ne peuvent pas faire les petits).

  • Le temps n'étant pas extensible, le libraire voit sa marge de manœuvre diminuer. Comment, dans ces conditions, renseigner sereinement le client, l'orienter correctement? Comment s'informer et synthétiser son savoir afin de le transmettre? Comment mettre en avant le fonds (choix et diversité) alors que 20% des livres apportent 80% des revenus? Comment rester disponible quand son temps est rongé par des soucis de place, de finance et de manutention?
    Comment laisser au lecteur le temps de s'approprier un titre avant qu'il ne soit retourné?

Bien sûr, il y a des tentatives de réponses :

  • Il faut souligner le travail exemplaire de certaines régions en faveur du Livre.
  • Des librairies spécialisées dans la bande dessinée ont associé leurs forces autour d'un projet commun en misant sur la qualité, le professionnalisme, le conseil (Canal BD). Cela ressemble à un label de qualité, un certificat de confiance à mon avis très efficace.

  • Le SNE travaille à une meilleure diffusion des petits éditeurs indépendants (système Calibre) pour réduire les frais et les délais de livraison car ils savent que les librairies indépendantes restent la clef de voûte de la diversité culturelle, de la transmission. Elles sont les relais d'une certaine liberté. La survie de nombreux éditeurs dépend d'elles.

  • Le SLF étudie un projet de portail en ligne afin de regrouper l'offre des librairies de proximité. Toutefois, le rapport Euclyd me laisse perplexe dans sa présentation (approximations, fautes d'orthographe). Je vous conseille la lecture critique d'Hubert Guillaud.

    De nombreuses personnes manquent de réactivité et de compréhension vis à vis des nouveaux médias. L'appréciation d'Internet comme site vitrine permettant de gagner plus est largement répandue. On appréhende rarement son impact et le travail que son entretien demande. Pourtant un site mal conçu, aux mises à jour irrégulières, dessert l'entreprise qu'il est censé valoriser.

Malgré tout, je pense que les librairies de proximité ont un bel avenir devant elles.

Des pistes sont à suivre du côté des Sciences sociales et des bibliothèques confrontées, depuis quelque temps, à des bouleversements de même ampleur. Les mouvements autour d'Internet sont à considérer, eux-aussi, avec attention, pour leur potentialité.


Des libraires essayent d'innover, d'évoluer; ils s'adaptent.
Des passerelles apparaissent entre différentes formes artistiques et intellectuelles, le livre tend à redevenir précieux.
Les libraires-imprimeurs peuvent-ils renaître de leurs cendres?
Et pourquoi n'irait-on pas vers un développement de « nouveaux salons littéraires »?

Autant de questions en suspens...


Seuls ceux qui cultivent l'excellence, la différence, s'en sortiront. Ils sont peu et les temps sont durs. Bien sûr, ceux qui ont les reins assez solides pour passer cette période transitoire arriveront à rebondir quelque soit leur éthique professionnelle.

Mais pour les autres, le but sera de dégager un fonctionnement économique viable car il s'agira de vendre un savoir, une connaissance, de guider le public au travers d'une jungle d'informations.

La vraie valeur ajoutée de notre époque étant le rapport « matière grise – relations humaines », le libraire devrait retrouver son rôle de passeur, de défricheur: un métier exigeant.


-Monsieur-

Pour compléter ce chapitre, je vous encourage vivement à lire le texte de François Bon: Une histoire de la librairie, véritable déclaration d'amour et de passion.
Prenez le temps d'écouter un autre passionné, Jacques Noël, libraire au Regard Moderne à Paris sur Arte radio. Un grand monsieur.




dimanche 27 janvier 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Partie I : Quid du lecteur?

Le livre a longtemps été un objet prestigieux. L'écriture, la lecture (et donc le savoir) procurait une aura à ceux qui en maîtrisaient les règles. Qu'en est-il aujourd'hui? Qu'en sera-t-il demain?

Il y a cinquante ans, le lecteur était considéré comme un intellectuel, un faignant ("t'as rien à faire?"), désormais il est regardé comme un asocial ("tu t'ennuies pas tout seul?") ou un privilégié ("je voudrais bien lire mais je n'ai pas le temps, j'ai trop de choses à faire, moi."). Autrefois, on pouvait entendre: "j'aime bien lire mais ça m'endort." car la lecture nécessite l'isolement, le calme (on décompresse, on se relâche; la tension nerveuse peut enfin retomber). Actuellement, certaines réflexions résonnent abruptement: "ça me prend la tête." (la lecture exige en effet un effort, de la concentration, une discipline) ou plus terrible: "ça sert à rien, ce n'est pas ça qui va m'apporter un travail." (?!)
Au quotidien, il ne reste plus grand chose de la littérature (au sens large) si ce n'est des souvenirs d'école. On ne connaît plus que sa version allégée et son versant économique délivrés par les mass-médias. On lit encore la presse, le courrier, les blogs et les forums mais il faut que ça aille vite, que ce soit bref et concis. On ne fait plus la différence entre un livre et une revue ("un bouquin")...

Le constat est bien sombre; j'aimerais exagérer.

Une chose est sûre: la place de l'écrit n'aura jamais été aussi prépondérante. On lit sans s'en rendre compte (blogs, texto, prospectus...) mais prendre un livre, se "poser" n'est pas une priorité (cela l'a-t-il été un jour?). À une époque où l'économie supplante l'intellectuel, l'écrase même, le livre a perdu sa valeur (prestige, respect); la maîtrise du texte n'apporte plus l'évolution sociale espérée.

-Bien sûr, il reste des bibliophiles et -phages qui ont un besoin vital (maladif?) de livres quitte à rogner sur un budget pas toujours extensible. Pour eux, Internet n'est qu'un outil qui facilite les recherches et permet de peaufiner, préciser ses connaissances.

-Il y a aussi les bons et gros lecteurs, de plus en plus infidèles à la librairie de proximité. Ils vont au "moins cher" (soldeurs...), là où se trouve l'information, l'ouvrage. Ils piochent sans vergogne ni souci éthique. Ceux-là commandent de moins en moins au près des libraires, ils veulent de l'immédiateté, de l'universalité. Ils naviguent aisément d'une source à l'autre. Ils ont les moyens intellectuels mais aussi financiers de s'informer, de prendre le temps de lire (mais pas d'attendre). Ils se font plaisir avec un beau livre, une rencontre, un échange...ils diversifient déjà leurs lectures, les supports. Certains feront le choix de ne pas se laisser envahir par leur bibliothèque.

-Il y a aussi ceux qui lisent de temps en temps (que ce soit la presse, un livre ou un article), ceux qui lisent dans les transports ou pendant leurs vacances; ceux qui n'ont pas l'appréhension de la chose écrite mais n'en ont pas l'usage, l'utilité ni le besoin... ceux qui fréquentent les bibliothèques pour être au calme (parfois aussi pour le contenu); ceux qui lisent pour leurs études. Ces lecteurs-là sont des clients de passage, occasionnels, nombreux. Le livre n'est pas pour eux une priorité mais un coup de cœur, une envie ou un passage obligé.

-Dans la dernière catégorie se trouvent les non-lecteurs. Le problème pour eux commence à l'école où ils se sentent largués, exclus. L'écriture, la lecture, la maîtrise du verbe est une gymnastique difficile et laborieuse qui mériterait un accompagnement quasi personnalisé. Cette absence de maîtrise de la lettre est vécu comme un handicap. Elle s'exprime alors par le repli sur soi ou au contraire par une exaltation, un rejet proclamé de la langue écrite, officielle. Les professeurs, les donneurs de leçons, les personnalités qu'on entend sont ceux qui lisent et écrivent; leurs discours sont disqualifiés, ressentis comme du mépris. Le livre devient le symbole de l'establishment.

C'est pourquoi au delà du discours inquiet sur l'avenir du livre, mon interrogation se porte sur la pratique de la lecture. C'est à mon sens le manque de maîtrise de la langue et des outils de recherche, de communication (capacité à appréhender, comprendre, analyser et structurer) qui est le plus à craindre dans les années à venir.

-Monsieur-

Quelques articles sur le même thème:
La vie des idées: Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques?
Le bulletin des Bibliothèques de France sur les étudiants en bibliothèque où l'on pourra lire l'article de Guy Hazzan: Les étudiants face à la lecture
et toujours le très pertinent Hubert Guillaud sur la feuille

vendredi 18 janvier 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Introduction.

Le monde de l'écrit a toujours évolué au fil des époques mais les changements de ces dernières années ont été plus structurels et plus rapides qu'auparavant. Ils ont touché les fondements de cet univers longtemps préservé des dangers d'une économie à outrance et d'une technologie que l'on peut qualifier d'immatérielle.

-Depuis quinze ans environ les maisons d'édition ont été restructurées, vendues, rachetées, regroupées. Le phénomène ne se limite pas à la France. Les conglomérats détiennent et contrôlent désormais une grande partie de la chaîne du livre à travers le Monde (du "producteur au consommateur"). André Schiffrin a fort bien décrit et analysé la situation à travers ses articles et ses livres.
A contrario le nombre de petits éditeurs explose de façon bénéfique.

-Les libraires ont cédé du terrain (contraints et forcés) aux vendeurs en librairie et malgré de nombreuses résistances les librairies de conseil et de proximité ont du mal à se maintenir (Reconnaissons à leur grief que le savoir et l'accueil ne vont pas toujours de pair).

-Les bibliothécaires voient les usages et leur métier changer.

-Les éditeurs sont attentifs à la situation que subissent les industries dites culturelles, observent ce qui se passe par rapport à la musique et au cinéma. Ils se préparent timidement (prudemment) considérant peut-être que les premiers qui se lanceront véritablement dans le numérique payeront les pots cassés. Certains commencent cependant à franchir le pas: il n'est que temps, le grand changement est à nos portes!

-Je n'aborderai pas le problème du prix du livre, de l'accès à la culture ni de la gratuité sur internet (toute relative si l'on tient compte des différentes taxes, du prix de l'énergie, du coût de l'équipement, des abonnements...). Je me bornerai à constater que l'auteur, le créateur (celui qui est à la base du système, celui sans qui rien ne serait) est le seul dans la chaîne du livre (qui pourtant abuse des bas salaires et des stagiaires non rémunérés) à ne pas vivre de son métier, à ne pas tirer une rétribution décente de son travail. Cette situation unique est inique. Avec l'avènement du numérique, il serait temps de se pencher sur le statut de la création en France.

-Malgré les réflexions intéressantes de François Bon et de la Société des Gens de Lettre (entre autres), les auteurs, comme toujours, semblent les grands oubliés de l'histoire. Pourtant, le numérique entraîne des changements de comportement (interaction entre les différents médias, position du lecteur, concentration, rapidité, réactivité de celui-ci...). Cette évolution amènera forcément des remises en cause dans le travail de la pensée, dans l'élaboration du livre, le rapport avec le public. L'œuvre, la place de celle-ci, son statut et celui du créateur se devra d'évoluer.

Je vais donc tenter en quelques chapitres hebdomadaires (consacrés au lecteur, à la librairie, aux Rfid et au livre numérique) de cerner les évolutions qui touchent le monde du livre et de l'écrit.

Je vous invite cependant à consulter les liens dans la rubrique "Autour de l'écrit". Ces quelques sites régulièrement actualisés sont très bien faits, renseignés et réactifs. Ceux sont eux les spécialistes.

-Monsieur-

lundi 26 novembre 2007

Piratage

Concernant le rapport de Denis Olivennes, PDG de la Fnac, sur le piratage informatique, nous tenons à préciser deux, trois choses:
Ce rapport a été établi sans l'accord des sociétés de défense des consommateurs.
Il ne change rien en ce qui concerne les droits et la rémunération des auteurs. Ceux-ci ne gagneront jamais que des miettes!
Ce rapport ne prend pas en compte le fait qu'internet est un système mondial.
Cet accord envisage de mettre en place une juridiction parallèle, une "autorité" administrative pour surveiller, contrôler voire sanctionner les téléchargements (faits et gestes) des internautes.
Il existe déjà des mesures en ce qui concerne la copie privée (taxes diverses sur le matériel informatique...), protections informatiques (il n'a d'ailleurs été donné aucune certitude quant à leur convergence et leur suppression future). Toutes ces mesures n'ont jusqu'alors pas permis aux auteurs d'être mieux rémunérés, aux titres épuisés d'être à nouveau disponibles, aux ventes de repartir.
Les temps changent, les marchands s'arc-boutent sur la puissance de leur capital et leur vision d'un monde révolu. Ils n'ont que faire de la création et de la liberté.
Parce qu'ils défendent leurs intérêts particuliers au détriment de la liberté, parce qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans leurs discours et que leurs visions sont à court terme, parce qu'internet est un outil formidable d'accès à la culture (ce qu'aurait pu être la télé) , nous sommes défavorables aux conclusions de ce rapport.

-Madame et Monsieur-