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dimanche 3 juillet 2011

De l'usage d'Internet et de la librairie.

Depuis une dizaine d'années, les initiatives se multiplient pour valoriser le marché de la librairie et contrecarrer les géants de la vente en ligne. Faute d'apports financiers lourds, la lutte n'est pas égale mais une dynamique est créée. La prise de conscience par rapport à l'utilisation de l'Internet ouvre de nouvelles espérances.

Certains sites marchands offrent ainsi une véritable complémentarité aux librairies physiques, que ce soient  :
des adresses en nom propre avec un vrai travail de rédaction et de bibliographie (la librairie Compagnie, la librairie de la mer et bien d'autres encore... )
des plates-formes qui servent d'intermédiaires et mondialisent la clientèle (AbeBooks pour les  libraires de livres anciens... ).

De leur côté, des municipalités, des départements et des collectivités, ont créé des sites vitrines afin de mettre en avant l'ensemble de leurs librairies (la ville de Caen...).

Certains syndicats professionnels référencent leurs membres autour d'une même adresse (SLAM pour les librairies anciennes... ), des collectifs se créent afin de mutualiser leur force de vente et leur savoir-faire (Librest... ).
Le syndicat de la librairie française a initié le projet de 1001 libraires qui propose, en plus de la recherche de livres, un appareil critique rédigé par des libraires indépendants.

Même une société de service, Tite-Live, a compris l'intérêt de développer un site en ligne : profitant de la mise en réseau de ses adhérents et des capacités de son logiciel de gestion de stock, Place des libraires permet de retrouver et réserver un livre, disque ou DVD, dans le magasin le plus proche de chez soi.


Récemment est apparu le Comité Quartier Latin. Il regroupe autour d'une même adresse des libraires indépendants - "victimes" de leur localisation prestigieuse - pour qu'ils ne deviennent pas les dernières pièces d'une ville-musée.
Présentation du quartier, vie culturelle, théâtres et librairies...
Le maillage est serré, ancré sur le 5ème et 6ème arrondissement de Paris, deux arrondissements qui souffrent de la désertification estudiantine et de la spéculation immobilière.
L'initiative est intéressante à plus d'un titre : elle valorise, par le biais du réseau, les différences et complémentarités de chaque libraire, leurs spécificités. Ce qui est une fragilité (nombreuses petites structures individuelles, spécialisation...) devient un atout.
L'union dans la diversité. L'union face à l'adversité.
Si tout le monde joue le jeu, le principe est gagnant-gagnant, pour le client comme pour le libraire.

Reste à convaincre certains "vendeurs" partenaires que CQL n'est pas un annonceur de plus, une vitrine sur laquelle on appose un nom (je sais, j'ai parfois mauvais esprit).

Quand j'ai découvert l'existence du site, c'était le 17 mai à 5h46, j'ai voulu l'essayer.
C'est mon côté joueur.
Parmi les nombreux livres que je recherche, j'en choisis un qui me tient à cœur : Fando et Lis de Fernando Arrabal.
Difficile à trouver, je n'en connais que l'édition de Christian Bourgois
(Théâtre 1), depuis longtemps épuisée.
Je lance donc une recherche, sans y croire, prêt à maugréer une fois de plus contre le monde du Livre. 

Nous avons bien enregistré votre recherche de livre: « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) »
Les libraires en sont informés et vous proposeront leurs exemplaires sous peu.
Consultez les offres en cliquant ici.
Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.
La recherche est relayée de façon anonyme par le Comité

À 13h46 , je reçois cette réponse inattendue :

Votre demande express « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) ».
Le libraire « PALIMPSESTE » vient de saisir une offre.
Vous pouvez la consulter en cliquant ici. Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.

Voici la réponse de la librairie :

Bonjour,

le texte que vous cherchez figure dans un volume publié par les éditions théâtrales du grand-ouest, que nous n'avons pas mais que nous pouvons vous commander. les délais ne sont malheureusement pas aussi rapide qu'ils le sont d'habitude, du fait du caractère très confidentiel de l'éditeur. Si vous nous confirmez votre commande, nous pouvons espérer le recevoir dans environ une semaine.

Dans l'attente de votre éventuelle confirmation de commande,

Sincères salutations.

Illico, je commande l'ouvrage ! Je suis fou de joie !
Non seulement CQL a prouvé son efficacité mais l'équipe de Palimpseste a réussi, par son professionnalisme (transmission du savoir, qualité de la réponse), à capter un lecteur et l'amener à elle.

Chapeau bas !


Une semaine plus tard, après un courriel du libraire confirmant la réception de mon livre, je me rends au 16 rue Santeuil.
Je découvre une librairie universitaire qui semble sortie des années 70. N'allez pas y chercher de fioritures, il n'y en a pas. Par contre, il y a du choix, de la "bibliodiversité", des livres intéressants et de nombreuses revues (sciences humaines, littérature, cinéma... ).

- Monsieur -

jeudi 2 juin 2011

Books lovers never go to bed alone

Books lovers never go to bed alone
ressemble au titre d'une chanson.
Il nous rappelle les doux refrains d'enfance
quand les petits en pyjama se réfugiaient
avec leur livre au fond d'un lit douillet.

Books lovers never go to bed alone
est un album-photo, album en construction.
Des bibliothèques et des livres, des livres à foison,
des agrégats de livres...
des étagères, des piles, des murs.

Pas besoin de parole, on se comprend, on savoure
l'envahissement.
On est bien dans notre château de livres.
Books love... on ne guérit pas de ce bonheur-là.


- Monsieur -

mardi 11 janvier 2011

Le métier de vivre.

Nocturne. Mal de crâne. Mes chéris dorment près de moi.

Ma femme et mon enfant.

Une lueur bleutée auréole mon pouce. J'allume le PC. Un ronflement régulier envahit le silence troublé par les sursauts du café qui s'écoule. Brûle-gueule insipide et sans odeur qui fait passer les douleurs. L'ombre de ma vieille carcasse est projetée au mur. Usée par les nuits sans sommeil, fatiguée de ne pouvoir dormir.
Le décor est posé.


envoyé par mudar1488.

La bande-son accompagne la lecture.
En boucle.

C'est un métier de vivre.

Je navigue dans la pléthore de sites personnels. Certains se détachent pour leur contenu et par leur style, et l'on s'attache à leurs auteurs.

Anakin est de ceux-là. Il maîtrise avec finesse la langue du désespoir pour nous confier sa solitude et ses tourments. La précision des mots, à la fois sombres et rock, la densité des phrases, cet exercice intérieur tourné vers l'extérieur, font de ses courts chapitres un dialogue à l'Amour.
Si Internet avait ses lettres de noblesse, quand Internet aura ses anthologies, Anakin figurera en bonne place dans les auteurs de journaux littéraires.

Anakin, écrivain, reste discret sur ses combats pour le respect des animaux, contre l'homophobie, en faveur de l'Humain. Ce n'en est que plus honorable.
Mais il se fait aussi passeur et entraîne avec lui quelques auteurs anonymes dont la plume ou la liberté de ton est choisie avec goût.

Je n'aurais qu'un regret en refermant ce billet, celui de n'avoir pu retrouver les musiques du moment dans le grenier de ses "vieilleries" ; mais restent les souvenirs...

En images et fond sonore, La Maman et la Putain de Diabologum d'après le film de Jean Eustache.

Le Métier de Vivre, site écrit et tenu par Anakin. 
Le Métier de Vivre, journal éponyme de Cesare Pavese.

Paris, 2 heures du matin.

- Monsieur -

vendredi 29 janvier 2010

Mise en garde

Les bruits de bottes se font partout plus forts; en Australie (mise en place d'un filtrage pour sécuriser le Web), en Italie (demande d'accréditation pour diffuser des vidéos), ailleurs encore, ils se rapprochent.

En France, il ne suffit plus à nos édiles de ne rien y comprendre, de ne rien maîtriser ni savoir du medium Internet, ils préparent l'opinion.
Après avoir tenté, pendant des années, de diaboliser Internet, de le décrire comme un repaire d'adolescents attardés et déséquilibrés (ce que continuent à faire certains présentateurs par facilité et paresse);
après l'avoir présenté comme une sorte de vidéo-gag sans foi ni loi;
après l'avoir pointé du doigt comme un repaire de pirates, de pédophiles, de terroristes, nos élus par la voix de Frédéric Mitterand, s'en prennent aux blogs.
Le ministre les compare à des lettres anonymes diffusant des tissus de mensonges, des rumeurs ( sans dire un mot de la presse à scandale, des reportages bidonnés, des approximations mensongères de Nicolas Sarkozy...). Il parle de danger, d'éducation et de contraintes...

À force de grossir le trait, d'accabler Internet de tous les maux d'une société humaine, nos dirigeants ne devront pas s'étonner d'engendrer de nouvelles radicalités.

Avant de dénoncer, Monsieur le Ministre, il serait bon de s'informer, de discuter, de raisonner.


-Monsieur-

mardi 19 février 2008

Ubuweb

Prolongeons un peu la " Pause lecture " et paressons un peu...
le site Ubuweb étant un peu touffu (effrayant par son offre), nous allons vous indiquer quelques petits trésors que nous y avons découverts.

-Le terme " buffering " peut parfois apparaître, cela veut dire que l'élément que vous voulez regarder ou entendre se met en mémoire tampon, se charge; il n'y a pas pas d'inquiétude à avoir.

Pour ceux qui ont découvert le " Voyage au bout de la nuit " de Céline grâce au spectacle de Fabrice Luchini, l'interprétation de Michel Simon est d'une grande sobriété. Plus posée, différente, son approche est tout aussi grandiose et indémodable.
Le reportage de Jean-Marie Drot sur Giacometti se déguste avec plaisir: c'est la télé de papa dans toute sa saveur à une époque où l'on prenait le temps.
Il ne faut pas rater non plus le surprenant " Entr'acte " de René Clair tourné en 1924 avec la participation de Man Ray, Erik Satie, Marcel Duchamp... pour en savoir un peu plus sur ce film qui fît scandale à sa sortie, il y a un court article sur wikipedia.
Un autre film incontournable Le chien andalou de Luis Bunuel et Salvador Dali. Premier grand film surréaliste (1929).
Le chant d'Amour de Jean Genet est visible sur Ubuweb. Sublime et unique. Toute la sensualité de son œuvre, de ses passions amoureuses et érotiques sont réunies dans ce film.
Dans un autre registre l'étonnant Island Song de Charlemagne Palestine que j'affectionne particulièrement.
Mais on pourra préférer entendre Apollinaire réciter des poèmes (Sous le pont Mirabeau), Alain Robe-Grillet lire un passage de Jalousie ou encore écouter une interview de Louis Aragon.
Bref, Ubuweb est un délicieux fourre-tout où il fait bon flâner.

-Monsieur-

mardi 5 février 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Partie II Quel avenir pour les libraires?

Des interrogations multiples sont soulevées par les libraires au sujet des changements en cours. De nombreux sites se penchent sur l'avenir de la librairie, donnent le pouls de la situation (melico, la feuille, le tiers livre, le blog de la SFL...) mais il faut rester prudent.

Qu'y-a-t-il de commun entre une librairie de campagne et une librairie de grande ville? Qui sait que les sex-shops sont considérés comme des librairies spécialisées? (Sex-shops : Une histoire française de Baptiste Coulmont aux éditions Dilecta)

  • Ce qu'on appelle librairie indépendante regroupe trop de commerces particuliers, de taille et de structure différentes. Incomparables dans leur fonctionnement, leur rapport aux clients et leurs capacités financières.

  • De plus, il faut se méfier d'un jeu économique
    -où les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde (certains libraires n'atteignent pas un seuil de vente suffisant pour avoir la visite des représentants)
    -où les intérêts en jeu divergent (selon que le libraire emploie ou non des salariés)
    -où les rapports sont faussés (le marché d'approvisonnement des collectivités, bibliothèques par exemple, offre une certaine respiration à ceux qui le détiennent)

Force est de reconnaître que les gros groupes (FNAC, AMAZON, VIRGIN...) recentrent leur politique sur le commerce du livre pour compenser le déclin du disque et du DVD. Déjà bien armés, ils accentuent leur combativité, précisent leur agressivité.

Le combat contre les frais de livraison gratuits perdu par AMAZON (entre autres) ne l'empêche ni de pratiquer le « forcing » ni des opérations « ponctuelles ». Mais certains libraires sur leur site en ligne pratiquent également la gratuité ou des frais de port allégés. Que faut-il en penser? La poste devrait sûrement modérer ses tarifs comme d'autres pays européens (voir le combat de l'Atelier du Gué en ce sens) tout en préservant une certaine fiabilité.

Quant au système des remises exigées par AMAZON au près des éditeurs (avoisinant parfois les 50%), c'est une méthode de grande surface. Je ne crois pas qu'il soit juste de lier la gratuité des frais de port à ce fonctionnement crapuleux. Certains gros libraires font la même chose. De même qu'il est courant de jouer avec les délais de paiement (échéance de 3 mois, parfois plus selon les quantités de livres commandés), certains libraires négocient des vitrines ou des emplacements privilégiés en échange de conditions commerciales plus avantageuses.

Ce n'est pas dans l'esprit de la librairie mais dans celui du commerce.

Au delà de l'hypocrisie et du jeu de dupes liés aux enjeux économiques, il faut s'interroger sur les difficultés rencontrées par les librairies indépendantes. La vente en ligne est-elle responsable de tous les maux? (François Bon: déchaîner la chaîne)

  • Il faut prendre en compte les habitudes d'un public plus indépendant, moins homogène; admettre qu'il peut être intimidant d'avoir le regard du libraire sur son dos en permanence et se dire qu'un client peut éprouver une certaine délivrance vis à vis de l'anonymat des grosses structures. L'apparente abondance de l'offre y est souvent enthousiasmante et l'on se dit qu'on n'aura pas à commander ni à revenir deux fois pour obtenir son livre. Reconnaissons aussi avec regret qu'il arrive trop souvent d'être pris pour un imbécile par LE libraire qui « sait » et de sentir que l'on gêne quand on achète un livre à deux euros, que l'on vient pour un renseignement ou pour feuilleter quelques ouvrages. A contrario, on peut trouver des personnes de bon conseil et des libraires compétents dans des grandes surfaces dites culturelles.

  • Le prix du livre, en dehors de quelques collections spécifiques, est en hausse constante, parfois prohibitoire et sans réelle justification à part le coût du papier.

  • Les charges fixes liées à l'équipement, au loyer augmentent excessivement (notamment à Paris où se situe une majorité de librairies françaises). On pourra s'étonner de la cherté d'une base de données professionnelle (Electre) qui ne réfèrence plus les tirages de moins de 500 exemplaires.

  • Certains diffuseurs en position de quasi monopole imposent des conditions inadmissibles (envoi obligatoire de certaines nouveautés, obligation d'un stock minimum...) aux libraires. L'inverse est vrai aussi. Le gros étouffe le petit ou en prend le contrôle; c'est la loi du marché.

  • Il y a un système qui permet aux libraires de retourner sous certaines conditions les nouveautés (facturées à l'envoi) invendues. Celles-ci sont alors créditées. Le problème est que les éditeurs augmentent leurs parutions (une partie est distribuée d'office) pour augmenter leur trésorerie et que les libraires (dont la place et les ventes ne sont pas extensibles) augmentent leurs retours dans la même proportion. Les crédits augmentent et les éditeurs pour les couvrir augmentent les nouveautés (voilà une des raisons à la surproduction). Nous sommes face à un jeu d'écritures comptables, un système de cavalerie où le premier qui s'écroulera entraînera les autres dans sa chute.

  • Le nombre d'ouvrages finit par étouffer le libraire. Les boutiques sont encombrées de cartons. La manutention est de plus en plus lourde. La logistique devient un soucis majeur: coût, pollution (la ville de Paris veut développer les livraisons de nuit), délai (les grandes surfaces peuvent imposer des horaires aux transporteurs ce que ne peuvent pas faire les petits).

  • Le temps n'étant pas extensible, le libraire voit sa marge de manœuvre diminuer. Comment, dans ces conditions, renseigner sereinement le client, l'orienter correctement? Comment s'informer et synthétiser son savoir afin de le transmettre? Comment mettre en avant le fonds (choix et diversité) alors que 20% des livres apportent 80% des revenus? Comment rester disponible quand son temps est rongé par des soucis de place, de finance et de manutention?
    Comment laisser au lecteur le temps de s'approprier un titre avant qu'il ne soit retourné?

Bien sûr, il y a des tentatives de réponses :

  • Il faut souligner le travail exemplaire de certaines régions en faveur du Livre.
  • Des librairies spécialisées dans la bande dessinée ont associé leurs forces autour d'un projet commun en misant sur la qualité, le professionnalisme, le conseil (Canal BD). Cela ressemble à un label de qualité, un certificat de confiance à mon avis très efficace.

  • Le SNE travaille à une meilleure diffusion des petits éditeurs indépendants (système Calibre) pour réduire les frais et les délais de livraison car ils savent que les librairies indépendantes restent la clef de voûte de la diversité culturelle, de la transmission. Elles sont les relais d'une certaine liberté. La survie de nombreux éditeurs dépend d'elles.

  • Le SLF étudie un projet de portail en ligne afin de regrouper l'offre des librairies de proximité. Toutefois, le rapport Euclyd me laisse perplexe dans sa présentation (approximations, fautes d'orthographe). Je vous conseille la lecture critique d'Hubert Guillaud.

    De nombreuses personnes manquent de réactivité et de compréhension vis à vis des nouveaux médias. L'appréciation d'Internet comme site vitrine permettant de gagner plus est largement répandue. On appréhende rarement son impact et le travail que son entretien demande. Pourtant un site mal conçu, aux mises à jour irrégulières, dessert l'entreprise qu'il est censé valoriser.

Malgré tout, je pense que les librairies de proximité ont un bel avenir devant elles.

Des pistes sont à suivre du côté des Sciences sociales et des bibliothèques confrontées, depuis quelque temps, à des bouleversements de même ampleur. Les mouvements autour d'Internet sont à considérer, eux-aussi, avec attention, pour leur potentialité.


Des libraires essayent d'innover, d'évoluer; ils s'adaptent.
Des passerelles apparaissent entre différentes formes artistiques et intellectuelles, le livre tend à redevenir précieux.
Les libraires-imprimeurs peuvent-ils renaître de leurs cendres?
Et pourquoi n'irait-on pas vers un développement de « nouveaux salons littéraires »?

Autant de questions en suspens...


Seuls ceux qui cultivent l'excellence, la différence, s'en sortiront. Ils sont peu et les temps sont durs. Bien sûr, ceux qui ont les reins assez solides pour passer cette période transitoire arriveront à rebondir quelque soit leur éthique professionnelle.

Mais pour les autres, le but sera de dégager un fonctionnement économique viable car il s'agira de vendre un savoir, une connaissance, de guider le public au travers d'une jungle d'informations.

La vraie valeur ajoutée de notre époque étant le rapport « matière grise – relations humaines », le libraire devrait retrouver son rôle de passeur, de défricheur: un métier exigeant.


-Monsieur-

Pour compléter ce chapitre, je vous encourage vivement à lire le texte de François Bon: Une histoire de la librairie, véritable déclaration d'amour et de passion.
Prenez le temps d'écouter un autre passionné, Jacques Noël, libraire au Regard Moderne à Paris sur Arte radio. Un grand monsieur.




mardi 29 janvier 2008

Les mots ont des visages 1 et 2


Joël Guenoun est un magicien, un graphiste qui jongle avec les lettres, les mots, leur sens.
Je suis tombé par hasard sur son site, en pianotant au petit bonheur la chance. Brillant! Il m'a émerveillé.
J'ai donc commandé deux de ses livres (épuisés) sur le net: "Les mots ont des visages" tome 1 et tome 2, respectivement 5 et 3 euros.

Première déconvenue: les frais de port en collissimo s'élèvent à 12 euros pour environ 1 kg (délai de livraison 5 jours). Un total de 20 euros pour 2 livres au format poche, la pilule est amère.

Deuxième déconvenue et litige pour indélicatesse: les ouvrages proviennent d'une bibliothèque scolaire (couvertures protégées, cachet sur quelques pages... ). Je suis perplexe et mécontent. Est-ce un vol ou du déstockage? Le saurai-je un jour? J'en doute.

Troisième déconvenue et j'en arrive aux livres:
c'est un ratage.
À commencer par le choix du papier au travers duquel on peut lire les deux faces imprimées.
En continuant par la mise en page pour laquelle il ne semble y avoir eu aucune attention, aucun soin particulier. Les exercices de style se suivent de bout en bout, placés là sans recherche. Je grommelle mais je reste ébloui par la finesse d'esprit de Joël Guenoun dont le travail conserve toute sa saveur.
Je passerai ma colère sur le noir et blanc déplorable... quelle tristesse! Même les gris sont ternes et sans nuance.
Ça m'apprendra à commander sur Internet sans avoir pu feuilleter, regarder, ressenti l'objet, le livre.

Bien sûr, je suis peut-être trop exigeant pour un livre broché mais tout de même. Je ne sais pas ce qu'en a pensé l'auteur mais il y a de quoi déprimer. Quelle déception! Quel manque d'élégance et de charme pour une collection consacrée au graphisme!
Les livres étant épuisés, il est à espérer que les éditions Autrement ne recommencent pas ce genre de "maladresse". Ce travail ne fait honneur à personne, ni à l'éditeur, ni à l'imprimeur, ni à Joël Guenoun.
Je ne peux que vous recommandez d'aller visiter son site web pour que vous constatiez ses qualités graphiques. Cet amour de la lettre, ce bonheur des mots! L'humour qui le parcourt est rendu avec grâce. L'ensemble est à la hauteur du talent. On y trouve du panache, du travail et du temps, ce qui a dû manquer aux livres.

-Monsieur-

Joël Guenoun (le site)
Tout change tout le temps
aux éditions Circonflexe 2007
Joli monde éd. Autrement 2005
Les mots ont des visages Elle et Clé (tirages destinés à la jeunesse)
aux éditions Autrement 2005
Les mots ont des visages (éd. intégrale)
-À voir pour le travail exemplaire et jubilatoire de Joël Guenoun.-
aux éditions Autrement 2000

dimanche 27 janvier 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Partie I : Quid du lecteur?

Le livre a longtemps été un objet prestigieux. L'écriture, la lecture (et donc le savoir) procurait une aura à ceux qui en maîtrisaient les règles. Qu'en est-il aujourd'hui? Qu'en sera-t-il demain?

Il y a cinquante ans, le lecteur était considéré comme un intellectuel, un faignant ("t'as rien à faire?"), désormais il est regardé comme un asocial ("tu t'ennuies pas tout seul?") ou un privilégié ("je voudrais bien lire mais je n'ai pas le temps, j'ai trop de choses à faire, moi."). Autrefois, on pouvait entendre: "j'aime bien lire mais ça m'endort." car la lecture nécessite l'isolement, le calme (on décompresse, on se relâche; la tension nerveuse peut enfin retomber). Actuellement, certaines réflexions résonnent abruptement: "ça me prend la tête." (la lecture exige en effet un effort, de la concentration, une discipline) ou plus terrible: "ça sert à rien, ce n'est pas ça qui va m'apporter un travail." (?!)
Au quotidien, il ne reste plus grand chose de la littérature (au sens large) si ce n'est des souvenirs d'école. On ne connaît plus que sa version allégée et son versant économique délivrés par les mass-médias. On lit encore la presse, le courrier, les blogs et les forums mais il faut que ça aille vite, que ce soit bref et concis. On ne fait plus la différence entre un livre et une revue ("un bouquin")...

Le constat est bien sombre; j'aimerais exagérer.

Une chose est sûre: la place de l'écrit n'aura jamais été aussi prépondérante. On lit sans s'en rendre compte (blogs, texto, prospectus...) mais prendre un livre, se "poser" n'est pas une priorité (cela l'a-t-il été un jour?). À une époque où l'économie supplante l'intellectuel, l'écrase même, le livre a perdu sa valeur (prestige, respect); la maîtrise du texte n'apporte plus l'évolution sociale espérée.

-Bien sûr, il reste des bibliophiles et -phages qui ont un besoin vital (maladif?) de livres quitte à rogner sur un budget pas toujours extensible. Pour eux, Internet n'est qu'un outil qui facilite les recherches et permet de peaufiner, préciser ses connaissances.

-Il y a aussi les bons et gros lecteurs, de plus en plus infidèles à la librairie de proximité. Ils vont au "moins cher" (soldeurs...), là où se trouve l'information, l'ouvrage. Ils piochent sans vergogne ni souci éthique. Ceux-là commandent de moins en moins au près des libraires, ils veulent de l'immédiateté, de l'universalité. Ils naviguent aisément d'une source à l'autre. Ils ont les moyens intellectuels mais aussi financiers de s'informer, de prendre le temps de lire (mais pas d'attendre). Ils se font plaisir avec un beau livre, une rencontre, un échange...ils diversifient déjà leurs lectures, les supports. Certains feront le choix de ne pas se laisser envahir par leur bibliothèque.

-Il y a aussi ceux qui lisent de temps en temps (que ce soit la presse, un livre ou un article), ceux qui lisent dans les transports ou pendant leurs vacances; ceux qui n'ont pas l'appréhension de la chose écrite mais n'en ont pas l'usage, l'utilité ni le besoin... ceux qui fréquentent les bibliothèques pour être au calme (parfois aussi pour le contenu); ceux qui lisent pour leurs études. Ces lecteurs-là sont des clients de passage, occasionnels, nombreux. Le livre n'est pas pour eux une priorité mais un coup de cœur, une envie ou un passage obligé.

-Dans la dernière catégorie se trouvent les non-lecteurs. Le problème pour eux commence à l'école où ils se sentent largués, exclus. L'écriture, la lecture, la maîtrise du verbe est une gymnastique difficile et laborieuse qui mériterait un accompagnement quasi personnalisé. Cette absence de maîtrise de la lettre est vécu comme un handicap. Elle s'exprime alors par le repli sur soi ou au contraire par une exaltation, un rejet proclamé de la langue écrite, officielle. Les professeurs, les donneurs de leçons, les personnalités qu'on entend sont ceux qui lisent et écrivent; leurs discours sont disqualifiés, ressentis comme du mépris. Le livre devient le symbole de l'establishment.

C'est pourquoi au delà du discours inquiet sur l'avenir du livre, mon interrogation se porte sur la pratique de la lecture. C'est à mon sens le manque de maîtrise de la langue et des outils de recherche, de communication (capacité à appréhender, comprendre, analyser et structurer) qui est le plus à craindre dans les années à venir.

-Monsieur-

Quelques articles sur le même thème:
La vie des idées: Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques?
Le bulletin des Bibliothèques de France sur les étudiants en bibliothèque où l'on pourra lire l'article de Guy Hazzan: Les étudiants face à la lecture
et toujours le très pertinent Hubert Guillaud sur la feuille

mardi 22 janvier 2008

Merci professeur!



Bernard Cerquiglini est un passeur d'histoire, un conteur de talent.
Ce linguiste chevronné dissèque avec justesse les mots de notre langue. Il les écosse avec brio pour en tirer l'essence, le suc originel. Il nous en sert le jus, nous raconte leur voyage. Ce passionné ne cache pas son plaisir, il goûte son propos avec satisfaction et se régale avec nous. Chaque mot dévoilé, chaque expression nouvelle est une révélation. Le professeur nous laisse pendant ces courts instants (moins de deux minutes) suspendus à ses lèvres.
Son verbe est malicieux, bien enlevé; jubilatoire et savoureux.
"Merci professeur!" est le genre de clin d'œil qui porte bien son nom. Il est suffisamment rare de trouver des projets ludiques et instructifs à la télévision pour signaler ce programme de qualité.
On pourra d'ailleurs aller flâner sur le site de l'émission, errer d'un mot à l'autre au petit bonheur la chance comme dans un dictionnaire que l'on ouvre au hasard dans les moments d'ennui (afin de se perdre pour mieux se ressourcer).
On pourra également divaguer dans la rubrique langue française de Tv5, s'amuser, s'informer, piocher à droite à gauche... partir et revenir. L'ensemble est de bonne facture et plutôt agréable. Il serait dommage de ne pas s'immerger dans une langue en partage (le français) car rien n'est plus revigorant que de se sentir citoyen du Monde.

-Monsieur-

"Merci professeur!" (le site de l'émission)
de Bernard Cerquiglini (site oulipien assez foutraque mais pas joli. L'OuLiPo est une manière de jouir de l'écriture en se créant des contraintes)
sur Tv5

vendredi 18 janvier 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Introduction.

Le monde de l'écrit a toujours évolué au fil des époques mais les changements de ces dernières années ont été plus structurels et plus rapides qu'auparavant. Ils ont touché les fondements de cet univers longtemps préservé des dangers d'une économie à outrance et d'une technologie que l'on peut qualifier d'immatérielle.

-Depuis quinze ans environ les maisons d'édition ont été restructurées, vendues, rachetées, regroupées. Le phénomène ne se limite pas à la France. Les conglomérats détiennent et contrôlent désormais une grande partie de la chaîne du livre à travers le Monde (du "producteur au consommateur"). André Schiffrin a fort bien décrit et analysé la situation à travers ses articles et ses livres.
A contrario le nombre de petits éditeurs explose de façon bénéfique.

-Les libraires ont cédé du terrain (contraints et forcés) aux vendeurs en librairie et malgré de nombreuses résistances les librairies de conseil et de proximité ont du mal à se maintenir (Reconnaissons à leur grief que le savoir et l'accueil ne vont pas toujours de pair).

-Les bibliothécaires voient les usages et leur métier changer.

-Les éditeurs sont attentifs à la situation que subissent les industries dites culturelles, observent ce qui se passe par rapport à la musique et au cinéma. Ils se préparent timidement (prudemment) considérant peut-être que les premiers qui se lanceront véritablement dans le numérique payeront les pots cassés. Certains commencent cependant à franchir le pas: il n'est que temps, le grand changement est à nos portes!

-Je n'aborderai pas le problème du prix du livre, de l'accès à la culture ni de la gratuité sur internet (toute relative si l'on tient compte des différentes taxes, du prix de l'énergie, du coût de l'équipement, des abonnements...). Je me bornerai à constater que l'auteur, le créateur (celui qui est à la base du système, celui sans qui rien ne serait) est le seul dans la chaîne du livre (qui pourtant abuse des bas salaires et des stagiaires non rémunérés) à ne pas vivre de son métier, à ne pas tirer une rétribution décente de son travail. Cette situation unique est inique. Avec l'avènement du numérique, il serait temps de se pencher sur le statut de la création en France.

-Malgré les réflexions intéressantes de François Bon et de la Société des Gens de Lettre (entre autres), les auteurs, comme toujours, semblent les grands oubliés de l'histoire. Pourtant, le numérique entraîne des changements de comportement (interaction entre les différents médias, position du lecteur, concentration, rapidité, réactivité de celui-ci...). Cette évolution amènera forcément des remises en cause dans le travail de la pensée, dans l'élaboration du livre, le rapport avec le public. L'œuvre, la place de celle-ci, son statut et celui du créateur se devra d'évoluer.

Je vais donc tenter en quelques chapitres hebdomadaires (consacrés au lecteur, à la librairie, aux Rfid et au livre numérique) de cerner les évolutions qui touchent le monde du livre et de l'écrit.

Je vous invite cependant à consulter les liens dans la rubrique "Autour de l'écrit". Ces quelques sites régulièrement actualisés sont très bien faits, renseignés et réactifs. Ceux sont eux les spécialistes.

-Monsieur-

mardi 8 janvier 2008

Tralalah...

Deux jolies petites vidéos sont visibles sur le site de Pierre Clément. Séquence souvenir ou découverte, le plaisir se déguste...
Silenzio et Tralala donne un bel aperçu de l'univers des Souris.

-Madame et Monsieur-

Les Souris (note du 17 décembre 2007)
Tralalaise

Edit : Le site de la Tralalaise est momentanément arrêté.

mardi 4 décembre 2007

Rimbaud-Arthur.fr


Il ne faut pas chercher sur www.rimbaud-arthur.fr/ un site didactique mais un très bel hommage au poète, un voyage habilement destructuré. Inauguré en 2004, ce site n'a pas vieilli (ce qui est une prouesse). On pourra simplement regretter le temps de chargement (assez lourd) et l'accessibilité au fonds documentaire peu fonctionnelle. Cette commande publique a été décidée à l'occasion du 150ème anniversaire de Rimbaud pour redorer l'image de Charleville-Mézières et c'est une réussite. Nombre de régions et de municipalités devraient prendre exemple sur ce courage politique et oser innover de la sorte. La créativité exposée ici semble libérée de toute contrainte. Elle correspond magnifiquement à la vie d'Arthur Rimbaud.
C'est l'occasion rêvée de prendre un thé brûlant devant son écran froid et de voyager dans ce long poème entre cinéma et peinture, entre danse et musique. Laissons-nous bercer par la beauté des images. Laissons-nous envoûter par la voix chaude et profonde d'Arthur H. Prenons le temps...

-Monsieur-

CREATION :
Concept, design et développement : watoo
Voix : Arthur H
Scénariste : Cécile Faggiano
Graphisme : Diego Marini
Compositeur : Stéphane Scott
Artiste chorégraphique : Gaël Sesboüé
2004

lundi 26 novembre 2007

Piratage

Concernant le rapport de Denis Olivennes, PDG de la Fnac, sur le piratage informatique, nous tenons à préciser deux, trois choses:
Ce rapport a été établi sans l'accord des sociétés de défense des consommateurs.
Il ne change rien en ce qui concerne les droits et la rémunération des auteurs. Ceux-ci ne gagneront jamais que des miettes!
Ce rapport ne prend pas en compte le fait qu'internet est un système mondial.
Cet accord envisage de mettre en place une juridiction parallèle, une "autorité" administrative pour surveiller, contrôler voire sanctionner les téléchargements (faits et gestes) des internautes.
Il existe déjà des mesures en ce qui concerne la copie privée (taxes diverses sur le matériel informatique...), protections informatiques (il n'a d'ailleurs été donné aucune certitude quant à leur convergence et leur suppression future). Toutes ces mesures n'ont jusqu'alors pas permis aux auteurs d'être mieux rémunérés, aux titres épuisés d'être à nouveau disponibles, aux ventes de repartir.
Les temps changent, les marchands s'arc-boutent sur la puissance de leur capital et leur vision d'un monde révolu. Ils n'ont que faire de la création et de la liberté.
Parce qu'ils défendent leurs intérêts particuliers au détriment de la liberté, parce qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans leurs discours et que leurs visions sont à court terme, parce qu'internet est un outil formidable d'accès à la culture (ce qu'aurait pu être la télé) , nous sommes défavorables aux conclusions de ce rapport.

-Madame et Monsieur-