Petites fiches de lecture pour partager nos coups de coeur et découvertes littéraires.
jeudi 12 juillet 2012
Théorie du complot.
Encore un coup des libraires pour nous pousser à lire !
- Monsieur -
dimanche 27 mai 2012
Distribution : les joies de la mécanique
Prenons quelques exemples pour égayer nos propos :
L'utilisation de feuilles plastiques qui enveloppent les ouvrages dans les cartons se généralise. Cela permet de maintenir tout ce beau monde au fond des colis.
Ce système est efficace. Il a fait ses preuves, quoique... ce livre était au dessus du lot, il a subi les outrages d'un scellement plastique thermodurcissable :
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| Requiescat in Pace |
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| fermeture thermodurcissable à la hussarde |
Il y aurait bien sûr des moyens d'éviter ce genre de fâcherie en maintenant les feuilles plastiques avec des étiquettes ou en protégeant les livres avec un carton. Certains y ont pensé :
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| english touch |
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| version française |
D'autres curiosités arrivent aussi comme ces livres coincés dans l'emballage :
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| Aïe ! |
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| Re-Aïe ! |
Mais il faut reconnaître que ces incidents demeurent anecdotiques et n'ont pas plus de valeur que le témoignage au long cours d'une vie de metteur à part. Banalités d'un quotidien. Que voulez-vous, quand on vieillit, on se raccroche à des futilités.
- Monsieur -
vendredi 18 mai 2012
Être Libraire
Arrêtons-nous sur un métier qui nous est cher : libraire.Frédérique Leblanc est une enseignante-chercheuse spécialisée dans les métiers du Livre, particulièrement ceux de la librairie. Auteure de nombreux articles sur le sujet, elle a participé au très bel ouvrage sur l'Histoire de la Librairie Française paru il y a quelques années au Cercle de la Librairie dont le prix reste malheureusement prohibitif (de 159 euros, il est passé à 96).
Suivant le principe de la collection, l'ouvrage aborde tous les aspects de la librairie même les moins reluisants (que ce soit l'usure des corps, la difficulté à s'épanouir, ou l'impossibilité salariale de se loger décemment dans les grandes villes). C'est suffisamment rare dans les ouvrages destinés à l'orientation professionnelle pour être souligné.
Un bref historique suivi d'un état des lieux permet de se situer par rapport à un projet d'avenir.
Pour qu'il n'y ait pas tromperie, Frédérique Leblanc prend le soin de préciser que les métiers diffèrent selon l'endroit où l'on exerce, de simple vendeur à vrai libraire.
Et il ne faut pas se leurrer, malgré les échanges, le plaisir et la satisfaction que l'on peut éprouver à "partager" le Livre, le métier est difficile.
De nombreux témoignages viennent émailler les propos de l'auteure et les photos illustrent très bien le quotidien du libraire, notamment par la présence des cartons.
Ceci dit, des libraires continuent d'exercer avec passion et mérite, des jeunes gens enthousiastes et lucides arrivent avec des idées et des envies nouvelles. Souhaitons-leur tout le bonheur possible ! Et beaucoup de courage.
Être libraire est une publication très bien faite, claire, aérée, bien construite. Frédérique Leblanc examine tous les pans de la librairie avec une franchise et une concision rigoureuse. Ce titre devrait d'ailleurs se trouver dans tous les centres d'orientation pour que la décision d'être libraire ne soit plus un rêve insensé mais devienne un choix conscient et réfléchi.
Être Libraire de Frédérique Leblanc paru aux éditions Lieux-Dits en Octobre 2011.
Photographies : Rose Indélébile.
- Monsieur -
lundi 14 mai 2012
Édition - librairie et l'achat - citoyen.
Les temps changent, désormais, on n'hésite pas à faire appel à la citoyenneté.
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| les requins marteaux |
L'achat devient un acte militant, une forme de mécénat.
Ainsi, le Flâneur des Deux Rives annonce une expo-vente de dessins originaux.
Encore un libraire en délicatesse ? Apparemment, ce serait avec son bailleur...
On ne pourra pourtant pas lui reprocher d'avoir fait le maximum depuis deux ans (entre les animations et la vie de quartier... ).
À quoi bon ? Quelque soit l'endroit, les libraires continuent de rendre les armes. Et l'on s'interrogera sur leur entêtement à ne pas faire de massages ni poser des faux ongles, un truc dans l'air du temps, un truc qui marche, car ce ne sont pas les aides (notamment de la Semaest) qui ramèneront les jeunes à la lecture (telle que nous la connaissons), la clientèle aux livres (du moins suffisamment pour vivre) .
À ce titre, l'entretien que Jacques Noël, libraire du Regard Moderne à Paris, accorde à Cajón Kiddo, amène à de nombreuses réflexions sur le métier et sur le temps qui passe...
- Monsieur -
mardi 3 avril 2012
Poisson d'Avril est passé...
La TVA passant de 5,5 % à un taux de 7%, les éditeurs ont le choix : soit ils ne répercutent pas la hausse et les libraires verront baisser leurs marges (par rapport aux livres achetés à un taux de 5,5 % ) soit ils augmentent leurs prix et le consommateur sera mécontent.
Les libraires quant à eux devront jongler avec les étiquettes, chercher ce qui va augmenter (ou non), faire jouer les calculettes et les crédits sur retour de marchandises : un pensum de plus pour ces professionnels du rire et de l'esprit (léger).
Si, en prime, les soldeurs ressortent des épuisés de ce genre :
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| Hors Taxe ou TTC ? PT de rire ! |
Il y aura de quoi en perdre son latin !
- Monsieur -
dimanche 3 juillet 2011
De l'usage d'Internet et de la librairie.
Certains sites marchands offrent ainsi une véritable complémentarité aux librairies physiques, que ce soient :
des adresses en nom propre avec un vrai travail de rédaction et de bibliographie (la librairie Compagnie, la librairie de la mer et bien d'autres encore... )
des plates-formes qui servent d'intermédiaires et mondialisent la clientèle (AbeBooks pour les libraires de livres anciens... ).
De leur côté, des municipalités, des départements et des collectivités, ont créé des sites vitrines afin de mettre en avant l'ensemble de leurs librairies (la ville de Caen...).
Certains syndicats professionnels référencent leurs membres autour d'une même adresse (SLAM pour les librairies anciennes... ), des collectifs se créent afin de mutualiser leur force de vente et leur savoir-faire (Librest... ).
Le syndicat de la librairie française a initié le projet de 1001 libraires qui propose, en plus de la recherche de livres, un appareil critique rédigé par des libraires indépendants.
Même une société de service, Tite-Live, a compris l'intérêt de développer un site en ligne : profitant de la mise en réseau de ses adhérents et des capacités de son logiciel de gestion de stock, Place des libraires permet de retrouver et réserver un livre, disque ou DVD, dans le magasin le plus proche de chez soi.
Récemment est apparu le Comité Quartier Latin. Il regroupe autour d'une même adresse des libraires indépendants - "victimes" de leur localisation prestigieuse - pour qu'ils ne deviennent pas les dernières pièces d'une ville-musée.
Présentation du quartier, vie culturelle, théâtres et librairies...
Le maillage est serré, ancré sur le 5ème et 6ème arrondissement de Paris, deux arrondissements qui souffrent de la désertification estudiantine et de la spéculation immobilière.
L'initiative est intéressante à plus d'un titre : elle valorise, par le biais du réseau, les différences et complémentarités de chaque libraire, leurs spécificités. Ce qui est une fragilité (nombreuses petites structures individuelles, spécialisation...) devient un atout.
L'union dans la diversité. L'union face à l'adversité.
Si tout le monde joue le jeu, le principe est gagnant-gagnant, pour le client comme pour le libraire.
Reste à convaincre certains "vendeurs" partenaires que CQL n'est pas un annonceur de plus, une vitrine sur laquelle on appose un nom (je sais, j'ai parfois mauvais esprit).
Quand j'ai découvert l'existence du site, c'était le 17 mai à 5h46, j'ai voulu l'essayer.
C'est mon côté joueur.
Parmi les nombreux livres que je recherche, j'en choisis un qui me tient à cœur : Fando et Lis de Fernando Arrabal.
Difficile à trouver, je n'en connais que l'édition de Christian Bourgois
(Théâtre 1), depuis longtemps épuisée.
Je lance donc une recherche, sans y croire, prêt à maugréer une fois de plus contre le monde du Livre.
Nous avons bien enregistré votre recherche de livre: « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) »
Les libraires en sont informés et vous proposeront leurs exemplaires sous peu.
La recherche est relayée de façon anonyme par le Comité
À 13h46 , je reçois cette réponse inattendue :
Votre demande express « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) ».
Le libraire « PALIMPSESTE » vient de saisir une offre.
Vous pouvez la consulter en cliquant ici. Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.
Voici la réponse de la librairie :
Bonjour,
le texte que vous cherchez figure dans un volume publié par les éditions théâtrales du grand-ouest, que nous n'avons pas mais que nous pouvons vous commander. les délais ne sont malheureusement pas aussi rapide qu'ils le sont d'habitude, du fait du caractère très confidentiel de l'éditeur. Si vous nous confirmez votre commande, nous pouvons espérer le recevoir dans environ une semaine.
Dans l'attente de votre éventuelle confirmation de commande,
Sincères salutations.
Illico, je commande l'ouvrage ! Je suis fou de joie !
Non seulement CQL a prouvé son efficacité mais l'équipe de Palimpseste a réussi, par son professionnalisme (transmission du savoir, qualité de la réponse), à capter un lecteur et l'amener à elle.
Chapeau bas !
Une semaine plus tard, après un courriel du libraire confirmant la réception de mon livre, je me rends au 16 rue Santeuil.
- Monsieur -
lundi 27 juin 2011
Un libraire en colère
Il faut reconnaître qu'Un libraire en colère n'est pas une réflexion ni un essai sur les maux qui affectent la librairie. C'est un cri. c'est la voix du mourant qui s'accroche à la vie. C'est une colère pour sortir de l'indifférence. C'est le dernier message avant l'effacement, l'oubli et la disparition. Emmanuel Delhomme voit son commerce menacé. Il se sait condamné. Il dresse le bilan, fait le constat, vomit ce monde nouveau et connecté.
Ceux qui attendent de son ouvrage une portée générale (par rapport au commerce indépendant, aux changements sociaux...) seront déçus. Emmanuel Delhomme prêche pour sa paroisse et n'atteint jamais l'universel. Ce n'est pas le but mais cela restreint d'autant l’intérêt de ses remarques.
Pourtant, il touche les vrais problèmes mais sans approfondir, il focalise sur quelques faits et y revient obsessionnellement. Ah ! Internet ! les portables ! La colère est revendiquée mais elle est simplificatrice. L'auteur frappe maladroitement, parfois injustement. Il n'est pas tellement honnête, intellectuellement parlant, quand il passe indifféremment de la crise du Livre à celle de la lecture (qui n'est pas prouvée). Et malgré quelques jolies pages, plus on avance dans le texte, plus on le sent aigri, plus on se lasse, plus... il nous perd.
Un libraire en colère de Emmanuel Delhomme, aux éditions L’Éditeur, mai 2011.
Je profite de cette critique pour renvoyer à un article précédemment écrit sur les maux du Livre.
Ajoutons, concernant la librairie, que :
- La spéculation immobilière a des conséquences dramatiques autant sur les commerces que sur le pouvoir d'achat et le moral des ménages. La mairie de Paris essaye difficilement de trouver des solutions : Vital'quartier.
- Le prix unique du Livre, restreint à quelques pays, ne correspond plus aux habitudes de consommation (généralisation de la seconde main, internationalisation du commerce, nombreuses opérations éditoriales : un livre en cadeau pour l'achat de deux... ). Que faire ? L'abrogation de cette loi serait, pour les libraires indépendants, suicidaire.
- Le système qui permet les retours d'ouvrages invendus en contrepartie d'un avoir est d'une grande perversité. Quand les ventes diminuent, les retours en provenance des librairies augmentent. Pour couvrir et compenser les avoirs, les éditeurs produisent plus de livres. La machine s'emballe. C'est le système de cavalerie. Emmanuel Delhomme compare cela à juste raison au système bancaire (crédits... ).
- L'accueil en librairie est un des points noirs de la profession. Réputé froid, caustique et peu engageant, le libraire intimide. Même si l'image est en train de changer et que les choses bougent, il est difficile de ramener à soi un client refroidi.
On pourrait rapprocher cela des bistrots "à l'ancienne" où les patrons bougons et peu aimables ont râlé contre la concurrence des fast food sans se remettre en cause. Il a fallu l'arrivée d'une nouvelle génération avec d'autres concepts pour faire revenir la clientèle.
Alors, ne désespérons pas.
- Monsieur -
dimanche 12 juin 2011
La Mise à part : de l'importance des mots et du choix de ceux-ci.
Cette qualification est spécifique à l’Édition, on parle ailleurs de magasinier.
Ce métier n'existe pas à proprement parler dans les petits établissements où la polyvalence est de rigueur. Il tend à disparaître dans les grosses structures où le taux d'erreurs non reconnues lors de la réception (marchandise mal servie, erreur de quantité ou problème de qualité) semble moins coûteux que la charge salariale.
Par extension, le local où est relégué le réceptionnaire (terme plus général et non spécifique aux métiers de l'Édition) s'appelle la mise à part. Cette réserve est souvent une cave ou un sous-sol, parfois un entrepôt, quelquefois un réduit.
"Travailler en mise à part n'aide pas à se sentir valorisé."
Et "mettre à part" ? Qu'est-ce que ça signifie ?
Logisticien du Livre ? Soutier de l’Édition ? Manut' ?
En musardant sur le Net, j'ai fini par trouver un petit historique qui me semble convaincant.
Je l'adresse aux employeurs et à ceux qui rédigent des conventions collectives sans pouvoir expliquer ce que recouvre un nom, aux sans-grades de l'Édition et de la librairie, à celles et ceux qui s'interrogent sur la signification du terme.
D'après le Dictionnaire François de César-Pierre Richelet édité en 1680 il faut y voir une pure faute d'impression, il faudrait dire "metteur à port". (page 58)
Un metteur à port est un ouvrier sur les quais qui décharge les provisions des bateaux pour les mettre sur le port.
Et l'on y voit beaucoup plus clair.
On pourrait étendre nos recherches avec le "boute-à-port" et les fonctions de débacleur (de Gallica en Google-Livres, de bibliothèque en librairie).
Et de mot en mot, on se perdrait en dictionnaires et on rêverait de nouveaux horizons...
- Monsieur -
samedi 21 mai 2011
Connaissez-vous Paris ?
Il ne s'agira pas ici de savoir pourquoi cette plaque a été posée de cette façon :
| À lire dans un miroir. |
ni où se niche ce libraire magnifique :
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| photo en provenance du site de Stu Mead. |
On n'y apprendra pas non plus le nom de la personne qui a sculpté le Génie Chercheur de la pharmacie située au numéro 20 de la rue des Écoles :
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| Nom du sculpteur |
Queneau est mort trop tôt pour le dire... et le voir, et puis son propos est historique : c'est un analyseur de sédiments, un explorateur du temps qui passe. Il s'attache au patrimoine et remonte à la source.
Tout commença par la recherche... d'un revenu régulier : il faut bien vivre.
Raymond Queneau eut l'idée de poser trois questions par jour aux lecteurs du journal L'Intransigeant.
Très vite, il se prit au jeu et les lecteurs aussi (preuve, s'il en est encore besoin, d'un véritable amour entre Paris et ses habitants). Sa chronique dura plus de deux ans, de 1936 à 1938. Deux ans durant lesquels il baguenauda dans les rues, voyagea de passages en bibliothèques, de stations de métro en terrains vagues. Notant les singularités, accumulant les livres (et l'on pense à Lorànt Deutsch pour l'écriture du Métronome), rectifiant les erreurs, Queneau nous lit Paris, il nous en livre les "grains" de beauté avec la passion du conteur.
Présenté par série de six questions - réponses, Connaissez-vous Paris est un condensé d'informations à petit prix.
Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau, Folio Gallimard 2011.
- Monsieur -
Réponses aux questions :
- Cette plaque est un mystère, de là à imaginer que les kinés vous retournent...
- Jacques Noël est le libraire d'Un Regard Moderne. On pourra l'approcher rue Gît le Cœur, au 10, en face du restaurant nommé Le Lutin dans le Jardin (ça ne s'invente pas).
- Mozart Guerra est l'auteur de cette curieuse sculpture.
jeudi 14 avril 2011
De la nécessité d'un printemps arabe dans les métiers du Livre.
pourquoi cette accentuation ?
Quelques raisons simples :
- Le manque de temps que chaque individu peut accorder à la lecture. La possibilité de solitude : pouvoir s'isoler dans une société au rythme de vie effréné devient un luxe.
- Le manque de place dans des pays de plus en plus urbains (pour ceux qui sont attachés à l'objet livre, qui le conservent). Dans le même ordre d'idée, l'accumulation de livres est un handicap à la mobilité.
- Le manque de concentration nécessaire à la lecture dans une société où les problèmes de stress et de burn out sont des phénomènes majeurs. L'épuisement des individus empêche de lire, de comprendre une idée, de suivre un raisonnement, une réflexion. Combien de fois avons-nous
entendu : "j'aime bien lire, mais ça m'endort." (on peut d'ailleurs s'interroger sur une volonté politique à cet état de fait)
- La perte de l'habitude. La lecture est une gymnastique qui demande, au départ, un effort : "ça m'prend la tête !"
- Le manque d'argent avec la baisse évidente du pouvoir d'achat d'une large partie de la population.
D'autres raisons (discutables) sont internes au fonctionnement des métiers du Livre :
- Parmi celles-ci, il y a le prix des livres :
le livre de poche autour de 8 euros, le roman ou l'essai en nouveauté autour de 22... même si, au regard du travail et du matériau, le prix peut se justifier, au regard du pouvoir d'achat de chaque individu, il devient vite prohibitif.
D'un autre côté, les titres qui connaissent des baisses de prix, des déstockages sont de plus en plus nombreux, au risque pour l'éditeur de voir l'acheteur potentiel attendre cette démarque pour passer à l'acte. Avec l'impression pour ceux qui voient un livre à moitié prix (alors qu'ils l'ont payé au prix fort) de s'être fait avoir.
Malgré la loi sur le prix du Livre (celui-ci est fixé, unique), la revente rapide (notamment des services de presse) à des prix "abordables" (deuxième main) fausse la valeur réelle de l'objet.
- Le système d'office (nouveautés reçues par le libraire et retournables dans un délai d'un an en échange d'un crédit) est à la source d'un véritable malaise (en créant une surproduction pour couvrir les crédits sur retour) :
Plus il y a d'invendus, plus il y a de retours donc de crédits. Pour couvrir ces crédits et encaisser des dividendes, le distributeur doit augmenter sa production et proposer plus de livres au libraire.
Ce système de cavalerie ne permet plus aux éditeurs ni aux libraires de travailler correctement sur le fonds.
- De nombreuses séries sont abandonnées, des collections restent inachevées si elles n'atteignent pas immédiatement un seuil de rentabilité, et ce, sans ménagement ni égard pour le lecteur.
- La partie la plus visible de l'offre est insipide, consensuelle, affadie. Toute provocation, tout excès est cadré, calibré, autocensuré. Une grande part de la production est une resucée de ce qui marche chez le voisin.
Non seulement, il y a une impression de formatage et de déjà vu mais de nombreux livres ne sont plus réimprimés ou restent indisponibles alors même que leurs auteurs sont vivants !
D'une façon générale, il se dégage pour le lecteur (et les non lecteurs) une impression de mépris et de morgue... un ennui profond par rapport au livre.
Une des causes probables de cet état de fait est que les grandes et moyennes surfaces coupent l'herbe sous le pied des petites structures en vampirisant les meilleures ventes sans prendre le risque de mettre en avant un auteur ou un éditeur pointu ou jugé difficile.
Devant l'offre pléthorique qui lui est proposée, le lecteur potentiel se trouve esseulé. Il n'y a plus de prescripteurs.
- En librairie ? Le libraire est de plus en plus remplacé par des vendeurs-manutentionnaires.
- Dans les médias ? La critique se laisse aller à la facilité en reprenant les communiqués de presse via des "couper-coller" et rares sont les plumes que l'on relit bien des années après (Vialatte, Fallet... )
- Il y a trop de copinages, de renvois d'ascenseurs et d'échanges de "bons procédés" pour pouvoir faire confiance à "l'Institution".
Une fois les problèmes posés, quelles solutions, quelles réflexions apportées pour sortir de l'ornière ?
- Éviter une législation trop stricte car les règles édictées pour protéger les petites structures et préserver l'indépendance du Livre ont été utilisées au profit d’appétits commerciaux et détournées de façon avantageuse par les grands groupes (marge, échéance, retours-crédits... ).
- Comparer ce qui se fait dans d'autres secteurs, que ce soient les plus évidents en proximité (la presse, le cinéma, l'industrie du Disque...) ou d'autres plus inattendus (l'agriculture par exemple comporte dans ses structures et son fonctionnement de nombreuses similitudes avec le milieu du Livre : le rapport avec les grandes surfaces, l'encadrement des prix, quelques gros producteurs pour une pléthore de petits qui peinent à survivre... ).
- Observer ce qui se passe à l’Étranger.
En Afrique, avec le développement du marché des smartphones, le coût de fabrication d'un livre, les marchés parallèles, le rapport de l'écrit et de l'image vis à vis de l'oralité et de l'analphabétisme...
Aux USA, avec la baisse des ventes du livre de poche, la suppression des suppléments littéraires dans la presse...
- Analyser les nouvelles formes de lecture (comportement par rapport au texte) :
via les nouveaux supports,
le mélange des médias sur un même support,
l'échange et le partage sans flux financier,
l'internationalisation des médias,
la technique de piochage, de zapping, le besoin de rapidité...
- Donner le goût du Livre ; s'interroger sur les raisons pour lesquelles les enfants décrochent de la lecture au niveau du primaire, essayer de dépasser le fait selon lequel ils seraient trop "sollicités" par d'autres activités.
-Valoriser la pensée, le livre et le lecteur. Travailler l'image "Livre" au sein de la société en mettant en avant certains éditeurs, auteurs, grands lecteurs - des voyous magnifiques, des femmes d'envergure - en cassant le mythe de l'intello imbu de lui-même et recroquevillé sur son ego.
- Redonner sens au corps et à l'esprit. Développer le corps sans négliger l'âme. Refuser la superficialité et l'uniformisation. Accepter le débat.
Quelques conclusions hâtives...
Longtemps préservés de la folie libérale, les métiers du Livre sont passés aux mains des commerciaux tout en bénéficiant d'une législation semi protectrice et en conservant un vieil esprit que l'on pourrait qualifier (même si le terme est dévoyé) de paternaliste. Le Livre a besoin de temps, le commercial fait des coups, doit aller vite ; deux logiques s'opposent.
Il y a un parallèle possible (même si les raccourcis sont dangereux et excessifs) entre nos États vieillissants, sclérosés, corrompus et népotiques et les métiers du Livre.
Les métiers du Livre ne peuvent se régénérer qu'en se confrontant à d'autres milieux, d'autres sphères. Pour faire surgir des étincelles, il faut se frotter, sortir de cet univers clos d'où l'on n'a pas le recul nécessaire pour redonner vie ( visibilité à ceux qui s'y emploient actuellement) et envie aux citoyens du Livre. Au delà de l'ouverture à l'Autre, à l'étranger (au milieu éditorial), il faudrait le faire rentrer, l'accepter avec ses différences et ses complémentarités.
Ce texte est un pêle-mêle d'idées qu'il serait juste de nuancer ou d'approfondir même s'il cerne, je pense, une partie des questions que se posent les amoureux du Livre.
- Monsieur -
dimanche 20 mars 2011
Le voyage à Paris
Le quotidien du metteur à part (le manutentionnaire du Livre) est d'ouvrir des cartons, de trier la marchandise (car le livre en est une) et de remplir des cartons pour retourner les invendus. Le metteur à part devra supporter la poussière jusqu'à 65 ans - ou moins - en fonction de sa résistance. J'accuse déjà les ans avec quinze ans de carrière.
Mes semaines s'écoulent ainsi, mornes et répétitives, jusqu'au jour où, au détour d'un colis, un drôle de petit garçon surgit d'une enveloppe entr'ouverte :
Fébrilement, sans me faire repérer, j'inspecte le contenu de ce courrier Fedex (un passeport, quelques lettres, une adresse et un nom : Flat Stanley). Je rattrape le bonhomme qui s'échappe dans la pièce avant de le glisser dans mon sac à dos.
Profitant de la pause-déjeuner, je m'assieds sur un banc à deux pas de la Sorbonne. Stanley se déplie au soleil, bienheureux.
J'apprends qu'il vient de Caroline du Nord, qu'il est passé par Ashby-de-la-Zouch en Angleterre et qu'il est écolier en vacances à Paris.
Je lui dis qu'il a raison : s'il ne veut pas construire des universités dans le Golfe Persique ni finir dans les métiers du Livre, il vaut mieux lézarder qu'étudier. Il sourit sans rien dire. Je crois qu'il me prend pour un con.
De retour au boulot, je me renseigne sur le Net.
Le projet Flat Stanley a été lancé en 1995 au Canada par un professeur, Dale Hubert. Le but est d'envoyer des Flat Stanley (Clément aplati) partout dans le Monde et de suivre leurs périples. À charge pour la personne qui en reçoit de lui faire voir du pays. Ces échanges doivent permettre aux enfants de communiquer entre eux, de découvrir d'autres cultures et de faciliter l'alphabétisation.
Je ne sais pas si Jeff Brown avait imaginé un tel parcours en créant son héros mais l'idée ne lui a sûrement pas déplu du temps de son vivant.
Écrit en 1964, Flat Stanley (Clément aplati) est une histoire pour enfants au déroulement assez classique même si le postulat de départ repose sur une idée surréaliste : durant son sommeil, Stanley (Clément) est écrasé par un tableau tombé du mur. Il n'est pas blessé mais il est aplati. L'avantage est qu'il peut se glisser dans les enveloppes, se faufiler sous les portes... et vivre des aventures !
De nombreux dessinateurs ont illustré ce texte, de Tomi Ungerer à Macky Pamintuan. En France, le dessin de Clément aplati a été confié à Tony Ross. Celui-ci donne une espièglerie malicieuse aux visages de ses personnages qui sied bien à l'histoire. Son univers coloré ajoute ce qu'il faut de gaieté et de peps aux aventures de Clément...
Je continue à "googler" et le travail n'avance pas ; l'ennui me gagne. Il est temps de rentrer à la maison.
Éreinté par cette journée sans sueur, je vais me dégourdir les jambes. Je sors Stanley de son enveloppe pour lui montrer la TGB, "Très Grande Bibliothèque", spécialité de France. Ce coquin en profite pour dessiner un bonhomme.
Je le remets dans mon sac et on décampe poursuivis par les gardiens de la morale républicaine. Alors, on leur tire la langue et Hop ! Pied de nez ! On prend le RER jusqu'au Pont Mirabeau (sous lequel coule la Seine...).
Stanley rigole encore.
Stanley est imprudent et le vent souffle fort
Attention ! Stanley ! Attention !
Trop tard, il n'entend plus.
Le vent l'a emporté.
- Monsieur -
Pour avoir un aperçu plus consensuel et moins déviant du projet Flat Stanley, il y a un site officiel très bien fait.
( Je déconseille le très laid Flat Stanley Books de Disney. )
Pour une version francophone, je voudrais rendre hommage à une enseignante de Martinique qui a fourni une réflexion et un travail remarquable sur le projet de Clément aplati (en m'excusant auprès d'elle et de ses élèves pour l'incorrection de mon texte).
Clément aplati de Jeff Brown et Tony Ross, éditions Gallimard, 2002.
jeudi 2 décembre 2010
Il n'est jamais trop tôt...
" Il est en avance! " titrent les journaux. Les radios enchérissent : " On ne l'attendait pas si tôt. "
Bien que les villes se soient diodées depuis longtemps et les magasins décorés, ça a jeté un froid.
Il s'en fallut de peu qu'il se fasse enguirlandé.
C'est la folie des Hommes d'accuser les saisons, car ce sont les premiers, après de longs calculs, à devancer le calendrier.
Halloween aux orties ! Exit ! Ils ont comblé le vide, resserré, compressé : Noël, les rois mages ! Au diable les solstices ! On enchaîne sur les soldes !
Le commerce est sauvé !
Prévoyants, les éditeurs ne sont pas en reste. Bien sûr, il y a des délais dans la fabrication, l'impression, l'acheminement de Chine de tous nos chers
" bouquins ", mais, professionnels, ils sont toujours prêts à devancer la demande.
Le vieux métier du Livre est toujours dans la course.
Saluons donc les vainqueurs.
Dans le tiercé de tête, nous trouvons :
-Juliette et la galette de Doris Lauer aux éditions Lito, parution annoncée pour le 2 novembre 2010. -T'choupi aime la galette de Thierry Courtin aux éditions Nathan ( Première édition, janvier 2007. Dépôt légal de la nouvelle : août 2010). La mise en place a eu lieu le 4 novembre 2010, c'est à dire qu'il a été proposé aux libraires avec les nouveautés de la semaine du 4.
-Tom et la galette de Elisabeth de Lambilly et Marie-Aline Bawin aux éditions Mango, sorti le 12 novembre 2010.
Après Juliette, T'choupi et Tom, nous trouvons
-Camille et la galette des rois d'Aline de Pétigny et de Nancy Delvaux aux éditions Hemma. Sorti le 18 novembre 2010, cet album semble déjà indisponible chez l'éditeur.
Avant de poursuivre, on peut se mettre en appétit avec un coffret :
-Galette des rois de Marie-Laure Tombini aux éditions Mango paru le 26 novembre 2010,
et continuer avec les mises en vente du premier décembre de cette année :
-Petit lapin blanc et la galette des rois de Marie-France Floury et de Fabienne Boisnard chez Gautier-Languereau,
l'indétrônable :
-Caroline et la galette des rois de Pierre Probst, éditions Hachette. et le classique, habilement revisité :
-Roule-galette de Natha Caputo et de Pierre Belvès au Père Castor (Flammarion).Tous ces livres se valent. S'adressant au même public, ils jouent, hormis les deux derniers, sur les mêmes registres. C'est l'attirance de l'enfant pour tel ou tel dessin qui fera la différence ; une fois n'est pas coutume, laissez-le vous guider...
Je m'abstiendrai de tout commentaire sur le coffret :
15 recettes, 4 fèves, 2 couronnes : 9,95 €.
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J'ai parfois l'impression en écrivant cette liste de jouer les rabat-joies, de ne pas comprendre le commerce ni la conjoncture, et encore moins la " fête ".
Évidemment, il faut se préparer, éviter les encombrements, les indisponibilités mais Noël a lieu le 25 décembre, l'épiphanie le 6 janvier! Les libraires, à de rares exceptions près, n'ont plus de stock en réserve. Les livres qui arrivent avec l'office, les parutions de chaque semaine, sont mis en vente le jour même. Une nouveauté chasse l'autre. Ce n'est plus de la bousculade, c'est une précipitation.
Un petit éditeur qui présente un livre sur Noël en Novembre n'a plus sa place en librairie.
Les cartables début juin, le Père Noël en octobre, la galette en novembre...
Et l'on déplore la perte des repères!
- Monsieur -
samedi 1 mai 2010
Librairies et Quartier Latin :
* celui-ci a été remplacé par une adresse Facebook.
Ceci n'est pas sans poser quelques questions par rapport
- à la concurrence déloyale que cela provoque vis à vis des libraires déjà installés ou qui ne bénéficient pas de ces aides. Toutefois, l'émulation est préférable à une désertification progressive et inexorable.
- à l'indépendance du libraire bien qu'elle semble garantie jusqu'alors.
- au financement de subventions publiques qui se font au profit d'établissements privés à caractère commercial. Je me fais volontairement critique...
- à l'immuabilité d'une ville. Celle-ci bouge, évolue, change comme tout organisme vivant. Le quartier Latin s'est déjà vidé de ses étudiants, et ceux-ci n'ont pas le même rapport à la lecture que leurs aînés. La ville doit-elle être fidèle à l'image qu'on se fait d'elle ou à la vie qu'on y mène?
- à la spéculation immobilière dont souffre toute la population (difficulté pour se loger, pour trouver des commerces de proximité abordables...).
N'y a-t-il pas des mesures concrètes à prendre au niveau mondial puisque les banques et les fonds de pension n'ont pas de frontières et que le problème se pose dans toutes les grandes villes?
Qui osera taper du poing sur la table plutôt que d'aménager les villes pour les touristes, de les organiser à la petite semaine avec un commerce par-ci un HLM par-là et des résidences ailleurs?
Quitte à faire du communisme, autant y aller carrément.
- Monsieur -
Un texte de Lekti apporte une réflexion intéressante sur le sujet.
Pour plus d'informations sur le Livre en Ile-de-France, une visite sur le site de l'observatoire du Livre et de l'Écrit est recommandée (le Motif).
dimanche 15 novembre 2009
Livre et percée numérique: tentative d'analyse subjective de la situation. (Libre rapport sur le Milieu)
Les personnes qui œuvrent dans les métiers du Livre n'y travaillent pas par hasard. La majorité d'entre-elles porte un intérêt réel au Livre. Dans cette période de confusion actuelle tant économique que conjoncturelle, le commercial tend à remplacer le professionnel du Livre; le regard n'est plus le même. La considération humaine est réduite à peau de chagrin. Le découragement latent et le dégoût de la "marchandise Livre" partout présent. Cette situation laisse à penser que les liseuses viennent à point nommer pour rétablir un équilibre, assainir un "marché" gouverné à l'aveugle sur des calculs à court terme. Les personnes qui s'attachent à une rigueur morale et intellectuelle, intègres sur le plan professionnel, ont d'autant plus de mérite qu'elles sont rares et isolées. Pourtant, on les retrouve partout quelque soit le niveau hiérarchique ou la taille de l'entreprise.
Je leur dédie ce texte.
Depuis quelques années, nous pouvons lire et entendre des personnes qui s'intéressent au numérique de par leur passion ou leur profession.
1° Il y a les progressistes qui sont loin d'être aveuglés par leur enthousiasme. Ils analysent avec justesse le mouvement actuel, dénoncent certains écueils de la numérisation mais démontrent aussi et surtout son aspect positif. Ils comparent les liseuses, leurs potentialités. Ils font un bon travail d'amateur (au sens noble du terme). Ce ne sont pas de doux rêveurs; ces passionnés, parfois professionnels du Livre, attirent l'attention sur les avantages que l'on peut tirer de ces nouveaux supports de lecture mais aussi sur les dangers que la numérisation peut engendrer si elle n'est pas abordée à sa juste valeur.
Malheureusement, les décisionnaires semblent hermétiques ou sourds à leurs discours.
2° -D'une part, les politiques entretiennent une vision archaïque d'un système qui les dépasse de par leur manque d'intérêt, les copinages et (ou) l' ignorance (de trop nombreux exemples nous ont fait rire -Chirac avec la souris- nous ont affligés -l'utilisation abusive du terme "pirate"lors du vote de la loi Hadopi ou la volonté de taxer la publicité sur internet- ont titillé notre "mauvais esprit" comme la proposition de loi sur la péremption des données "gênantes"sur internet).
-D'autre part, les éditeurs défendent leur pré carré; ils savent ce qu'ils ont à perdre et cherchent à préserver leurs intérêts. Ils se méfient de la gratuité, de l'immatérialité et d'une perte de contrôle des acteurs du Livre. La profession qui a longtemps été à l'abri de l'industrialisation, du capitalisme à court terme, a gardé dans son fonctionnement un paternalisme sclérosant. Les éditeurs écoutent mais n'entendent pas (ou le contraire) , pire ils refusent toute discussion notamment avec les auteurs. Quand ils dialoguent, c'est que les décisions sont prises.
-Chacun défend sa vision du "numérique".
Pourtant, tout en traînant des pieds, des alliances se créent, des stratégies se mettent en place, certains groupes travaillent sur des systèmes de numérisation, de vente en ligne ou de bases de données. Globalement, il ressort malheureusement un manque de vision d'avenir concernant les potentialités du support numérique et une absence de fonds lourds à investir.
Qu'en est-il des autres professionnels de la chaîne du Livre?
3° Les distributeurs (souvent liés à des groupes éditoriaux, aux mêmes conglomérats qui mettent en place les stratégies numériques à grande échelle) ont tout à perdre dans la numérisation: La distribution est une des pièces maîtresses (pour résumer de façon sommaire) dans le système de cavalerie comptable dont souffre toute la chaîne du Livre!
En effet, pour rentabiliser leurs entrepôts gigantesques, les gros trusts ont dû acheter, regrouper des maisons d'édition, les inciter à produire plus (pour remplir les entrepôts) et à développer le système d'office (envoi des nouveautés aux libraires avec possibilité de crédit sur les invendus retournés) pour faire tourner la machine. La production (facturation) augmentant pour compenser les retours (crédits), les centres arrivent à saturation, la machine s'emballe.
Ce traitement de marchandises par flux et reflux est une des spécificités de la logistique du Livre. Il engendre un système de crédit sur retour qui est une perversité comptable, une des faiblesses de l'industrie du Livre car si l'un des maillons de la chaîne se brise, c'est toute la machine qui s'enraye. Face à la dématérialisation, les distributeurs vont devoir s'adapter. Vont-ils opérer, à plus ou moins long terme, une diversification au profit d'autres marchandises ou se tourner vers d'autres marchés (particuliers, collectivités...)? Les éditeurs, diffuseurs passeront-ils par d'autres acteurs? Les plateformes logistiques retrouveront-elles une taille "humaine", à l'échelle locale notamment? Beaucoup de questions dont je n'ai pas les réponses.
Loin de l'industrie du Livre mais dépendant de celle-ci, il y a l'auteur.
4° Depuis longtemps les auteurs envisagent l'avenir par rapport aux supports de lecture.
Comme pour la musique et le cinéma, il y a quelques "privilégiés" que nous délaisseront au profit du plus grand nombre. Leurs intérêts se rapprochent généralement de celui des gros éditeurs. Ces derniers, estimant être les seuls autorisés à tenir un discours économique et juridique sérieux et cohérent sur le droit d'auteur, je vous renvoie au chapitre précédent et au site du SNE.
De nombreux auteurs, donc , testent de nouvelles approches, tant au niveau de l'écrit que de la diffusion de leur œuvre. Les essais de François Bon à ce sujet sont fort intéressants, de même que les propos des bloggueurs qui adaptent leurs créations en fonction du support (papier ou numérique).
La création se marie avec le support, profite de son format, de ses potentialités, de son ergonomie, de ses qualités et de ses défauts. Les auteurs font acte d'inventivité par rapport à la narration, au lettrage, au rythme de lecture et d'écriture, au design. Ce mouvement devrait s'accélérer avec l'arrivée des "natives" (ceux qui sont nés un ordinateur à la main) et le développement de plus en plus poussé et attractif des logiciels.
L'approche d'un nouvel outil, sa prise en main, ne fait que développer la créativité humaine sans faire table rase de l'existant: on construit "avec" pas "contre"!
Le numérique laisse aussi espérer une meilleure diffusion des œuvres de création. Il peut être utile à l'auteur pour se faire repérer, pour "prouver" qu'il existe, pour trouver ou garder un éditeur, pour être en contact direct avec son lectorat, pour s'auto-éditer à moindre risque, pour s'exprimer librement, sans trop de contrainte.
[Le personnel enseignant devrait apprendre aux enfants à se servir des outils multimédias, à en comprendre les enjeux, les risques, leurs intérêts et leurs dangers - appréhender et réfléchir-]
Un auteur peut aussi espérer voir ses œuvres épuisées à nouveau accessibles au grand public.
* Par contre les problématiques soulevées ar le numérique se situent au niveau du respect et de l'intégrité d'une œuvre, à la protection de celle-ci par rapport au pillage et au droit d'auteur (moral et pécuniaire).
Des lois existent mais les rapports à l'œuvre de création ne sont pas les mêmes selon l'histoire culturelle des régions du Monde. De plus, le terrain est miné par le combat que mènent les grandes puissances économiques entre elles.
Seule l'Unesco ou une législation internationale pourrait défendre le droit des auteurs.
Le nerf de la guerre reste l'argent, la rémunération des auteurs, car ce sont les seuls aujourd'hui à nourrir le système (internet comme les métiers du Livre) sans réussir à en vivre.
De là à envisager un salaire universel de base...
Revenons à la réalité le libraire.
5° Ceux-ci sont confrontés à de nombreux problèmes. Je ne m'étendrai pas sur les problèmes économiques.
Ils ont su s'adapter à l'arrivée des sites de vente en ligne (les libraires de livres anciens ont rebondi de façon exemplaire sur les potentialités d'internet), mais de nombreuses librairies courbent l'échine face à une concurrence massive qui possèdent une logistique qui va de pair avec une trésorerie conséquente. Depuis quelques années, on ne compte plus les fermetures, à Paris notamment, de librairies et ce ne sont ni les ouvertures ni les aides publiques qui vont inverser la situation.
Va-t-on avoir des librairies subventionnées, soutenues par les collectivités publiques (comme les cinémas de quartier) avec toutes les problématiques induites?
De plus en plus de bornes apparaissent dans les boutiques avec des offres de liseuses et lecture numérique. Le post de Charles Kermarec est très révélateur des inquiétudes à avoir pour le maillon obsolète que serait la librairie. Les librairies vendront-elles des livres "papier" et des fichiers numériques, développeront-elles une offre parallèle (poste, papeterie, salon de thé, rencontres et réunions publiques, impression à la demande...)?
Bien sûr avec les fichiers numériques, il y aura moins de manutention, pas de retours d'invendus (donc logiquement une trésorerie plus saine) mais qu'en sera-t-il du choix, du conseil?
Qu'en sera-t-il du lieu (de son importance pour le bien-être du client, sa mise en condition, en disponibilité), du lien qui se noue (du premier contact timide à la visite régulière), de la convivialité, de l'atmosphère?
La force du libraire est le conseil, sa connaissance des livres et de l'humain, sa capacité à transmette le savoir.
Pour la prescription et la présentation, rien ne remplace encore le libraire. Il suffit de fouiller sur les sites en ligne pour ressentir un profond ennui, il suffit de faire une recherche sur internet pour en constater les limites. Mais tout change, très vite.
Il leur faudra les reins solides, il leur faudra s'adapter et s'accrocher à leur savoir, il leur faudra le soutien infaillible de toute la profession, et c'est ainsi que... on peut rêver.
Plusieurs points pour finir:
1° La numérisation massive est une chance pour l'accès au savoir, pour les archives et les œuvres orphelines, pour les livres délaissés par leurs éditeurs (il est, par exemple, quasiment impossible de trouver les premières pièces d'Arrabal).
Mais la numérisation massive ne sert à rien, telle qu'elle est pratiquée actuellement pour les livres d'Art. Certaines archives sont illisibles ou inutilisables mises à disposition comme des paquets de feuilles posés sur la table. Il faudrait un travail de nettoyage, parfois de reformatage, de recadrage des œuvres présentées quitte à mettre les deux versions en parallèle ou en superposition (système de calques).
Certains éditeurs, certaines institutions se donnent les moyens humains et matériels de le faire.
Là aussi, on pourrait parler de développement durable ou raisonné.
2° La défense de la langue fait partie des devoirs de nos États. Une diffusion massive de l'anglais (les États-Unis d'Amérique sont volontairement laxistes en ce qui concerne la diffusion de leurs œuvres; celles-ci "conditionnant" les populations à un mode de vie et de pensée en vue d'acquérir de nouveaux marchés) couplée à une législation trop restrictive de notre seul pays en ce qui concerne la création francophone (ou sa majeure partie), serait (est) dramatique pour notre langue. Il n'est pas rare de ne trouver des œuvres françaises que dans leur version traduite ou sur des sites étrangers. (Et qu'on ne vienne pas me parler du droit d'auteur quand on voit le nombre de livres à prix bradés, soldés et le marché des services de presse!)
3° Les liseuses actuelles ne sont guère attrayantes, souvent archaïques et chères. Un de leurs intérêts se situe dans leur luminosité qui fatigue moins que les écrans d'ordinateur. Mais, l'arrivée prochaine de supports adaptés à des prix attractifs devrait changer la donne. Les téléphones portables sont un bel exemple de ce que l'on peut envisager: la mise en réseau, l'interactivité sont parmi les atouts de ces nouveaux outils de communication; leur actualisation (presse, ouvrage millésimé...); leurs fonctions multimédia (dictionnaire, encyclopédie...); leurs capacités (mémoire, vitesse...); leurs multiples usages (agenda, appareil photo, GPS, guide touristique...)
... j'en oublie tant les utilisations et possibilités sont nombreuses; à commencer par la lecture dans sa simplicité revigorante. Les aveugles et mal-voyants devraient bénéficier de ce mouvement. En espérant que la concurrence fasse baisser les prix, motive chercheurs et commerciaux sans nuire à l'interopérabilité ni multiplier les formats de fichiers.
4° Méfions-nous toutefois du contrôle des lectures, de la censure. De nombreux évènements nous incitent à la prudence (Apple avec la pornographie, Amazon et la suppression de fichiers, l'intérêt judiciaire porté aux bibliothèques, le développement de l'auto-censure). Le danger du "flicage" est permanent, l'accès privé ou réservé à certaines données est nécessaire.
5° Qu'en est-il du prix d'un fichier numérique présenté par l'éditeur?
-ce qui coûte moins cher: il n'y a plus de transport, de stockage physique, d'envoi de service de presse par poste ou coursier, il n'y a plus d'impression...
-ce qui coûte plus cher: la TVA est de 19.6% au lieu de 5.5% pour le format "Gutenberg".
La protection qui est à la charge du libraire pour le livre papier revient à la charge de l'éditeur pour le numérique. Dans un cas comme dans l'autre, les systèmes sont très chers pour une efficacité somme toute relative.
Les salaires dans les métiers du Livre sont très bas, ce n'est un secret pour personne. Les spécialistes employés pour tout ce qui touche au "numérique" travaillent dans un domaine de concurrence non spécifique au Livre. Leurs salaires s'alignent sur ceux du marché et sont plus élevés que ceux pratiqués généralement dans l'édition.
6° La prise de participation de la Caisse des dépôts et consignations dans le capital de Dailymotion est significative du positionnement de l'État sur une offre universelle, et sur le contrôle de celle-ci.
7° La question des abonnements dont le prix additionné devient prohibitif devrait amener à réfléchir quant à l'accès à la connaissance tant le rapport à l'argent, à la valeur des choses ou la reconnaissance du travail a perdu son sens.
Vaste sujet!
Bibliographie succincte:
Typographie du Livre français sous la direction d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Situation de l'édition et de la librairie, revue Lignes n°20
L'édition sous influence de j. et G.Brémond (Liris)
Éditeurs indépendants: de l'âge de raison vers l'offensive de Gilles Cohen (Alliance)
Édition, l'envers du décor de Martine Prosper (Nouvelles éditions lignes)
La vie du livre contemporain: étude sur l'édition littéraire de 1975 à 2005 d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Les ouvrages du Cercle de la Librairie sont tous issus d'un travail admirable. Malheureusement, leur prix est souvent proportionnel.
En PDF:
Rapport sur le livre numérique.
Le livre pour tous de Marie Lebert.
Les mutations du Livre de Marie Lebert 2007.
La bataille Hadopi par In Libro Veritas.
Quelques sites pour se tenir informé:
Association des professionnels de l'édition
Bibliobs
Actualitté
Les sites indiqués dans notre rubrique "Autour de l'écrit".
Pour finir, je renvoie sur les trois articles que j'avais écrit précédemment, tâche inachevée tant les choses évoluent rapidement.
Monsieur.
mardi 5 février 2008
Autour du livre (tentative d'analyse)
Des interrogations multiples sont soulevées par les libraires au sujet des changements en cours. De nombreux sites se penchent sur l'avenir de la librairie, donnent le pouls de la situation (melico, la feuille, le tiers livre, le blog de la SFL...) mais il faut rester prudent.
Qu'y-a-t-il de commun entre une librairie de campagne et une librairie de grande ville? Qui sait que les sex-shops sont considérés comme des librairies spécialisées? (Sex-shops : Une histoire française de Baptiste Coulmont aux éditions Dilecta)
Ce qu'on appelle librairie indépendante regroupe trop de commerces particuliers, de taille et de structure différentes. Incomparables dans leur fonctionnement, leur rapport aux clients et leurs capacités financières.
-
De plus, il faut se méfier d'un jeu économique
-où les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde (certains libraires n'atteignent pas un seuil de vente suffisant pour avoir la visite des représentants)
-où les intérêts en jeu divergent (selon que le libraire emploie ou non des salariés)
-où les rapports sont faussés (le marché d'approvisonnement des collectivités, bibliothèques par exemple, offre une certaine respiration à ceux qui le détiennent)
Force est de reconnaître que les gros groupes (FNAC, AMAZON, VIRGIN...) recentrent leur politique sur le commerce du livre pour compenser le déclin du disque et du DVD. Déjà bien armés, ils accentuent leur combativité, précisent leur agressivité.
Le combat contre les frais de livraison gratuits perdu par AMAZON (entre autres) ne l'empêche ni de pratiquer le « forcing » ni des opérations « ponctuelles ». Mais certains libraires sur leur site en ligne pratiquent également la gratuité ou des frais de port allégés. Que faut-il en penser? La poste devrait sûrement modérer ses tarifs comme d'autres pays européens (voir le combat de l'Atelier du Gué en ce sens) tout en préservant une certaine fiabilité.
Quant au système des remises exigées par AMAZON au près des éditeurs (avoisinant parfois les 50%), c'est une méthode de grande surface. Je ne crois pas qu'il soit juste de lier la gratuité des frais de port à ce fonctionnement crapuleux. Certains gros libraires font la même chose. De même qu'il est courant de jouer avec les délais de paiement (échéance de 3 mois, parfois plus selon les quantités de livres commandés), certains libraires négocient des vitrines ou des emplacements privilégiés en échange de conditions commerciales plus avantageuses.
Ce n'est pas dans l'esprit de la librairie mais dans celui du commerce.
Au delà de l'hypocrisie et du jeu de dupes liés aux enjeux économiques, il faut s'interroger sur les difficultés rencontrées par les librairies indépendantes. La vente en ligne est-elle responsable de tous les maux? (François Bon: déchaîner la chaîne)
Il faut prendre en compte les habitudes d'un public plus indépendant, moins homogène; admettre qu'il peut être intimidant d'avoir le regard du libraire sur son dos en permanence et se dire qu'un client peut éprouver une certaine délivrance vis à vis de l'anonymat des grosses structures. L'apparente abondance de l'offre y est souvent enthousiasmante et l'on se dit qu'on n'aura pas à commander ni à revenir deux fois pour obtenir son livre. Reconnaissons aussi avec regret qu'il arrive trop souvent d'être pris pour un imbécile par LE libraire qui « sait » et de sentir que l'on gêne quand on achète un livre à deux euros, que l'on vient pour un renseignement ou pour feuilleter quelques ouvrages. A contrario, on peut trouver des personnes de bon conseil et des libraires compétents dans des grandes surfaces dites culturelles.
Le prix du livre, en dehors de quelques collections spécifiques, est en hausse constante, parfois prohibitoire et sans réelle justification à part le coût du papier.
Les charges fixes liées à l'équipement, au loyer augmentent excessivement (notamment à Paris où se situe une majorité de librairies françaises). On pourra s'étonner de la cherté d'une base de données professionnelle (Electre) qui ne réfèrence plus les tirages de moins de 500 exemplaires.
Certains diffuseurs en position de quasi monopole imposent des conditions inadmissibles (envoi obligatoire de certaines nouveautés, obligation d'un stock minimum...) aux libraires. L'inverse est vrai aussi. Le gros étouffe le petit ou en prend le contrôle; c'est la loi du marché.
Il y a un système qui permet aux libraires de retourner sous certaines conditions les nouveautés (facturées à l'envoi) invendues. Celles-ci sont alors créditées. Le problème est que les éditeurs augmentent leurs parutions (une partie est distribuée d'office) pour augmenter leur trésorerie et que les libraires (dont la place et les ventes ne sont pas extensibles) augmentent leurs retours dans la même proportion. Les crédits augmentent et les éditeurs pour les couvrir augmentent les nouveautés (voilà une des raisons à la surproduction). Nous sommes face à un jeu d'écritures comptables, un système de cavalerie où le premier qui s'écroulera entraînera les autres dans sa chute.
Le nombre d'ouvrages finit par étouffer le libraire. Les boutiques sont encombrées de cartons. La manutention est de plus en plus lourde. La logistique devient un soucis majeur: coût, pollution (la ville de Paris veut développer les livraisons de nuit), délai (les grandes surfaces peuvent imposer des horaires aux transporteurs ce que ne peuvent pas faire les petits).
-
Le temps n'étant pas extensible, le libraire voit sa marge de manœuvre diminuer. Comment, dans ces conditions, renseigner sereinement le client, l'orienter correctement? Comment s'informer et synthétiser son savoir afin de le transmettre? Comment mettre en avant le fonds (choix et diversité) alors que 20% des livres apportent 80% des revenus? Comment rester disponible quand son temps est rongé par des soucis de place, de finance et de manutention?
Comment laisser au lecteur le temps de s'approprier un titre avant qu'il ne soit retourné?
Bien sûr, il y a des tentatives de réponses :
- Il faut souligner le travail exemplaire de certaines régions en faveur du Livre.
Des librairies spécialisées dans la bande dessinée ont associé leurs forces autour d'un projet commun en misant sur la qualité, le professionnalisme, le conseil (Canal BD). Cela ressemble à un label de qualité, un certificat de confiance à mon avis très efficace.
Le SNE travaille à une meilleure diffusion des petits éditeurs indépendants (système Calibre) pour réduire les frais et les délais de livraison car ils savent que les librairies indépendantes restent la clef de voûte de la diversité culturelle, de la transmission. Elles sont les relais d'une certaine liberté. La survie de nombreux éditeurs dépend d'elles.
Le SLF étudie un projet de portail en ligne afin de regrouper l'offre des librairies de proximité. Toutefois, le rapport Euclyd me laisse perplexe dans sa présentation (approximations, fautes d'orthographe). Je vous conseille la lecture critique d'Hubert Guillaud.
De nombreuses personnes manquent de réactivité et de compréhension vis à vis des nouveaux médias. L'appréciation d'Internet comme site vitrine permettant de gagner plus est largement répandue. On appréhende rarement son impact et le travail que son entretien demande. Pourtant un site mal conçu, aux mises à jour irrégulières, dessert l'entreprise qu'il est censé valoriser.
Malgré tout, je pense que les librairies de proximité ont un bel avenir devant elles.
Des pistes sont à suivre du côté des Sciences sociales et des bibliothèques confrontées, depuis quelque temps, à des bouleversements de même ampleur. Les mouvements autour d'Internet sont à considérer, eux-aussi, avec attention, pour leur potentialité.
Des libraires essayent d'innover, d'évoluer; ils s'adaptent.
Des passerelles apparaissent entre différentes formes artistiques et intellectuelles, le livre tend à redevenir précieux.
Les libraires-imprimeurs peuvent-ils renaître de leurs cendres?
Et pourquoi n'irait-on pas vers un développement de « nouveaux salons littéraires »?
Autant de questions en suspens...
Seuls ceux qui cultivent l'excellence, la différence, s'en sortiront. Ils sont peu et les temps sont durs. Bien sûr, ceux qui ont les reins assez solides pour passer cette période transitoire arriveront à rebondir quelque soit leur éthique professionnelle.
Mais pour les autres, le but sera de dégager un fonctionnement économique viable car il s'agira de vendre un savoir, une connaissance, de guider le public au travers d'une jungle d'informations.
La vraie valeur ajoutée de notre époque étant le rapport « matière grise – relations humaines », le libraire devrait retrouver son rôle de passeur, de défricheur: un métier exigeant.
-Monsieur-
Pour compléter ce chapitre, je vous encourage vivement à lire le texte de François Bon: Une histoire de la librairie, véritable déclaration d'amour et de passion.
Prenez le temps d'écouter un autre passionné, Jacques Noël, libraire au Regard Moderne à Paris sur Arte radio. Un grand monsieur.





















