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mercredi 23 novembre 2011

Le Chat Potté, le livre de coloriages en 3D

Les médias s'interrogent régulièrement sur l'intérêt de la 3D au cinéma alors que dire de l'utilisation de celle-ci dans un cahier de coloriage ?
Que c'est idéal pour un enfant qui a des problèmes de vue et encore mieux pour celui qui en aura ?
Que colorier avec des lunettes bicolores relève de l'exploit et que colorier sans n'est pas moins honorable ?


Si vous y voyez une forme d'amusement, d'approche pédagogique ou de premier contact avec les anaglyphes, n'hésitez pas,
si votre enfant a des difficultés de perception de l'espace, c'est pour lui !
Si vous voulez énerver l'enfant méticuleux, précis, maniaque, celui qui vous tient tête, offrez-lui ; là, ça me fera plaisir !
En revanche, si votre enfant est daltonien, ce n'est pas la peine, il risquerait de vous bluffer !

Le Chat Potté, le livre de coloriage de Dreamworks aux éditions Gallimard
fourni avec des lunettes 3D. novembre 2011.

- Monsieur -

mercredi 10 août 2011

Mes fiches effaçables, tout le programme de Maternelle.

Les enfants, par un curieux phénomène, réclament parfois de jouer
"à l'école". Et, comme personne n'est à l'abri des longues après-midi pluvieuses les fiches effaçables sont un bon moyen de... se mettre au boulot. Elles pourront également servir de palliatif au téléphone ou à l'ordinateur portable durant les voyages en train ou en voiture. Solides, rudimentaires, elles sont moins encombrantes qu'un tableau noir ou qu'une pile de brouillons.


Armés d'un feutre noir et du capuchon qui permet d'effacer leurs tracés, les enfants prendront plaisir à reprendre indéfiniment ces exercices pratiques et ludiques. Et Dieu sait qu'ils peuvent être endurants !

Élaborées avec le concours d'enseignants, ces fiches plastifiées reprennent le programme de maternelle : lecture, mathématiques, graphisme/écriture, découvertes.


Mes fiches effaçables, tout le programme de Maternelle, petite, moyenne et grande section, 2011.
Chaque boîte cartonnée contient 16 fiches effaçables recto-verso et un feutre noir.
Conception et réalisation : Delphine Gravier-Badreddine.
Les illustrateurs sont cités individuellement sur le bas de la boîte.
Édition GJ éducation (abréviation utilisée par Gallimard jeunesse pour... les produits dérivés).

- Monsieur -

mercredi 8 juin 2011

Le lion

Au pied du Kilimandjaro, une réserve naturelle, le Parc royal, protège les animaux sauvages de la cruauté de l'homme. Ce parc est visité régulièrement par des touristes occidentaux pas vraiment conscients de ce qui les entoure.

Un homme, plus attentif que les autres à la beauté de la nature sauvage, se voit accordé la confiance du directeur du parc royal et de sa fille.
C'est elle, après une rencontre au frontière de la réalité, qui l'entraînera hors des sentiers battus, dans les recoins ignorés du parc, à la rencontre des peuples de ce pays, Masaï, Kikouyou, Wakamba, et du plus grand fauve d'Afrique : le lion.

Celle que l'on appelle la fille du lion s'est rendue maître de ces félins, au grand dam de sa mère effrayée et pour la plus grande fierté d'un père fasciné par les bêtes sauvages.

En osmose avec la nature, la petite fille donne une leçon de vie, de courage et de caractère que personne ne peut s'attendre à trouver chez une enfant.

Et c'est un homme profondément touché par ce qu'il a découvert dans cette Afrique sauvage qui raconte son périple dans cette réserve.

Roman d'aventures et récit de voyage, Le lion nous touche par la beauté renversante de la nature africaine et par les descriptions psychologiques des personnages. Tous, qu'ils aient un rôle important ou non, directeur du parc, chauffeur, Masaïs, mère angoissée, chasseur ou fillette, laissent une trace dans l'histoire comme dans le souvenir que l'on en garde, longtemps après la lecture.

- Madame -

Le lion
de Joseph Kessel
éditions Folio Gallimard

samedi 21 mai 2011

Connaissez-vous Paris ?

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau regroupe 456 questions - réponses sur la ville de Paris.

Il ne s'agira pas ici de savoir pourquoi cette plaque a été posée de cette façon :

À lire dans un miroir.

ni où se niche ce libraire magnifique :

photo en provenance du site de Stu Mead.

On n'y apprendra pas non plus le nom de la personne qui a sculpté le Génie Chercheur de la pharmacie située au numéro 20 de la rue des Écoles :

Nom du sculpteur

Queneau est mort trop tôt pour le dire... et le voir, et puis son propos est historique : c'est un analyseur de sédiments, un explorateur du temps qui passe. Il s'attache au patrimoine et remonte à la source.


 
 
Tout commença par la recherche... d'un revenu régulier : il faut bien vivre.
Raymond Queneau eut l'idée de poser trois questions par jour aux lecteurs du journal L'Intransigeant.
Très vite, il se prit au jeu et les lecteurs aussi (preuve, s'il en est encore besoin, d'un véritable amour entre Paris et ses habitants). Sa chronique dura  plus de deux ans, de 1936 à 1938. Deux ans durant lesquels il baguenauda dans les rues, voyagea de passages en bibliothèques, de stations de métro en terrains vagues. Notant les singularités, accumulant les livres (et l'on pense à Lorànt Deutsch pour l'écriture du Métronome), rectifiant les erreurs, Queneau nous lit Paris, il nous en livre les "grains" de beauté avec la passion du conteur.
Présenté par série de six questions - réponses, Connaissez-vous Paris est un condensé d'informations à petit prix.

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau, Folio Gallimard 2011.

- Monsieur -

Réponses aux questions :

- Cette plaque est un mystère, de là à imaginer que les kinés vous retournent... 
- Jacques Noël est le libraire d'Un Regard Moderne. On pourra l'approcher rue Gît le Cœur, au 10, en face du restaurant nommé Le Lutin dans le Jardin (ça ne s'invente pas).
- Mozart Guerra est l'auteur de cette curieuse sculpture.

vendredi 25 mars 2011

L'Île mystérieuse

Ce fabuleux roman d'aventure  nous envoie à l'autre bout du monde, en plein 19e siècle, alors que la Guerre de Sécession touche à sa fin : les cinq héros sont de vaillants nordistes américains, prisonniers de guerre des sudistes. Une fuite impressionnante dans un ballon, lors d'une tempête épouvantable, les envoie malgré eux au beau milieu du Pacifique, dans une île étrange, déserte et totalement inconnue des cartographes. Effroi, peur, sentiment d'abandon pourrait être leur état d'esprit...

Mais cette île mystérieuse se trouve être parfaite pour qui possède les connaissances infaillibles d'un Cyrus Smith, l'optimisme d'un Pencroff, la science botanique d'un jeune Harbert, l'abnégation d'un Nab et le sens de l'observation allié à la réflexion d'un Gédéon Spilett.

Harbert le petit botaniste
et son père de substitution,
le bon Pencroff

La nature y est prodigieuse, l'ingéniosité des "colons" sans fin, à tel point qu'on se demande comment leur sauvetage peut avoir lieu sans leur laisser un goût amer, une nostalgie pour cet endroit paradisiaque.

Gédéon Spilett,
reporter sans frontière
Encore plus adroits que Robinson Crusoé, dont ce livre est inspiré, les personnages sont toujours "plus" : plus forts, plus ingénieux, plus réfléchis, plus passionnés, plus, plus, plus... !

Ainsi, rien de plus facile que de fabriquer du métal, du verre ou de faire du feu sans la moindre allumette : un minimum de jugeote, d'effort physique, et le tour est joué !
Ça doit sûrement lasser quelques lecteurs, moi, j'ai trouvé drôle l'exagération poussée à ce point !




La forge
Les épouvantails de la ferme
Et un moulin, un !


Atelier poterie
Pas de four sans briques,
voici la briqueterie














Un autre point que l'on pourrait reprocher à Jules Verne, si l'on ne se positionne pas à l'époque où fut rédigé ce livre, c'est le racisme que l'on découvre, vis-à-vis du personnage de Nab . Esclave libéré par son maître Cyrus Smith, il décide malgré tout de lui rester fidèle dans les pires épreuves et ce, jusqu'à la mort. Nab est un personnage d'origine africaine qui ne semble vivre que pour servir.

Mais il faut se rappeler que tous les héros sont de farouches nordistes pendant la Guerre de Sécession, ce qui veut dire que l'esclavage leur était odieux... Pas facile parfois de faire la part des choses..


L'Île mystérieuse peut se lire un peu partout :
  • Dans le métro en heure de pointe, la chaleur un peu lourde et envahissante devient alors la moiteur d'une forêt tropicale, 
  • chez le boulanger, où vous vous sentez comme Pencroff admirant les créations culinaires de Nab,
  • dans la file d'attente de votre opérateur téléphonique, interminable, où le jargon des vendeurs vous fait songer à l'ingénieux ingénieur Smith, utilisant sa science infinie pour sortir les cinq "colons" de leur précarité et leur apporter le confort perdu...
    Mais le meilleur endroit reste un encore un fauteuil confortable, un café chaud à ses côtés, si possible devant une cheminée où flambe un bon feu de bois, dans une maison calme et agréable... En bref, le cadre idéal pour se sentir bien et ne plus penser qu'à ce bout de terre inconnue et à ses cinq naufragés !

    L'Île mystérieuse non seulement vous enchantera par sa fabuleuse aventure, ses personnages inoubliables, et son environnement luxuriant, mais si vous deviez vous perdre à votre tour sur une île déserte, il pourrait vous être aussi utile qu'un couteau suisse !

    Ayrton et les colons
    surveillent la côte

    "Ohé du bateau !"
    Cyrus Smith et
    son inséparable Nab



    Les illustrations de Jules-Descartes Ferat, somptueuses, accompagnent à merveille ce roman. Les rééditions des Voyages extraordinaires de Jules Verne ont toujours été reprises avec ses dessins, ce n'est pas sans raison : sans elles, le livre perdrait de sa saveur...


    - Madame -

    L'Île mystérieuse
    de Jules Verne
    illustrations de Jules-Descartes Ferat
    éd. Folio Classique Gallimard 2010

    samedi 19 février 2011

    Petit Dragon

    Christoph Niemann est un illustrateur qui manie les idées avec beaucoup d'humour et d'intelligence. Il connait et maîtrise suffisamment les codes graphiques pour s'amuser avec. Il en va ainsi de l'ensemble de son travail qu'il soit à destination des adultes ou des enfants.

    Dans Petit Dragon, il  utilise les signes de l'écriture chinoise avec une décontraction communicative.
    Son dessin est très simple, très doux. Les tonalités pastel de l'ensemble sont surlignées, en quelque endroit précis, par des traits noirs : ce sont des caractères chinois définis en bas de page.

    Une personne aura deux courbes sur le corps : 人
    Un visage barré d'une moustache représentera le père : 父

    Autant de moyens ingénieux et ludiques d'approcher l'écriture sans nuire à la lecture. Par une sorte de méthode intuitive, Christoph Niemann ose des comparaisons d'images, des mariages visuels, personnels et heureux.

    En suivant l'histoire de Lin, une petite fille qui part à la recherche de son dragon disparu, les enfants découvriront, sans même s'en rendre compte, quelques idéogrammes chinois.

    Lin traversera la Chine, franchira les montagnes et les fleuves sans se décourager. Grâce à sa gentillesse et à son abnégation, elle finira par retrouver son ami et tout se terminera par un feu d'artifice pour le moins étonnant.


    Petit Dragon de Christoph Niemann aux éditions Gallimard.

    - Monsieur -

    dimanche 16 janvier 2011

    Lune de Miel

    Paris, métro Cluny-Sorbonne.
    Un grand dadais est empêtré dans ses poches.
    Il cherche quelque chose.
    Les gens fuient le chagrin, dévalent les escaliers.
    Il est 17 heures, une journée consumée à la lueur des néons.
    Le tourbillon des tourniquets se fait incessant :
    valse sonore, clac ! Valse sonore, clac !
    Les messages automatiques s'échappent des quais et s'évanouissent sur la faïence.
    Le grand dadais reste planté à chercher son coupon.
    Un homme le regarde. Cet homme a le temps, l'éternité pour lui.
    Il prend son portefeuille et lui tend un ticket,
    n'attend rien en retour.
    Cet homme, c'est Cavanna.
    C'était, il y a deux ans, peut-être trois ou quatre...
    il ne l'écrira pas parce que ça n'a pas d'importance mais c'est le genre de geste qui résume le bonhomme.


    François Cavanna ne se raconte pas, il raconte les autres, celles et ceux qui ont croisé ses pas :                                                                                  Miss Parkinson et sa terrible emprise ;
    Virginie, la petite Virginie qui paraît si craquante qu'il nous en rendrait dingues ;
    Choron, bien sûr et sa femme, ses amis, ses amours...
    Cavanna se fait spectateur de lui-même. 
    Une sorte de quidam embarqué dans la vie. Il raconte son parcours avec une simplicité et une humilité désarmantes. 
    Pris dans les évènements, il fait avec, il compose.
    Parfois, bien sûr, il les bouscule, il les provoque mais parce qu'il faut avancer, faire passer les épaules.
    C'est tout ; c'est juste de la débrouille, de la survie et des rencontres.
    C'est la vie ordinaire d'un homme peu ordinaire (ou le contraire). 
    Des décennies de ruades placées dans un haussement d'épaule. 
    " C'était comme ça, voilà tout. " semble-t-il balayer. 
    On va pas en faire un fromage.

    Pourtant, Cavanna,
    c'était des coups de gueule, des colères,
    un rire plein de tendresse et une bonté à toute épreuve,
    un enthousiasme et une curiosité insatiable. 
    Cavanna, c'était le maçon devenu écrivain, c'était les dessins, 
    c'était la liberté.


    Enfant, Cavanna était mon héros, intègre, invulnérable, mon ancêtre Astérix.
    Coincé entre la violence sourde et rigoriste d'une école religieuse et le rire explosif et régénérateur d'Hara-Kiri, j'avais choisi mon camp.


    Lune de Miel  for ever.

    Je prends son livre à rebours. Je pioche dans les chapitres, au p'tit bonheur ; quelle chance !
    J'approche sa romance, 
    j'aime voyager du pays des souvenirs à celui du présent.

    Que d'années ont coulé sous les ponts...

    Que de mélancolie dans la voix malgré le rire qui pointe sous la moustache
    et l'Amour, toujours, qui balance des œillades.
    Que de pages magnifiques ! 
    Les mieux écrites, peut-être, qu'il n'ait jamais offertes !
    Sur Virginie d'abord, accompagnatrice des derniers jours dont on tombe éperdument amoureux (dans Aladin et dans d'autres chapitres, avant et après...), sur les rapports homme-femme, vieil homme-jeune femme (ce que l'on peut chercher à 80 balais), sur la camaraderie (page 210), sur le métier d'écrire (quel superbe chapitre que Devenir écrivain ! )...

    La Lune de Miel (période où la maladie de Parkinson se met en pause) peut durer, Cavanna est toujours un grand Homme, fragile mais frondeur, sensible, terriblement sensible.

    Il est la figure du père (le croirait-il, lui qui livre une vision si précieuse du sentiment de non-paternité, à la fois rare et honnête, à rebrousse-poil de la pensée générale, dans le chapitre sur les têtes blondes ? ).

    Il est ma république, mon sentiment français, ma non-renonciation.


    Cavanna, je vous aime.


    À voir un passage très émouvant dans Choron Dernière de Pierre Carles où il évoque ses relations avec Georges Bernier.
    On peut aussi écouter Radioscopie, émission du 30 Avril 1975 où Jacques Chancel le reçoit.

    Lune de Miel de François Cavanna aux éditions Gallimard, 2011.

    - Monsieur -

    samedi 23 janvier 2010

    Quai des enfers

    Le cadavre d'une femme est découvert de nuit par la Brigade fluviale de Paris dans une barque amarrée à l'escale du 36, quai des orfèvres. L'affaire n'est pas banale, et mobilise aussi bien la Fluviale que la Brigade criminelle.
    La victime, belle, élégante jusque dans la mort, était l'égérie d'un parfumeur. Celui-ci, ami de toujours d'un cadre de la Criminelle, est soupçonné.
    Peu à peu l'horreur tisse sa toile sur le fleuve et ses abords ; ses adeptes se soucient plus d'esthétisme macabre que de l'Histoire des lieux.

    Évoluant à merveille sur la Seine, théâtre sombre de meurtres violents, Ingrid Astier nous séduit par un grand nombre d'informations sur Paris, les parfums, le milieu de la mode underground, et par la franche camaraderie des équipes des deux brigades. Je regrette même de n'avoir pas noté les anecdotes qui enrichissent ce polar!

    Noirceur, vocabulaire professionnel, langage parfois argotique des personnages... On comprend que l'auteur a baigné dans le milieu policier et s'est largement documentée avant de plonger dans l'écriture de ce roman noir : pour toutes ces raisons, Quai des enfers nous offre un vrai plaisir de lecture.

    Un bémol toutefois : des facilités de langage sont parfois relevées (répétitions...); parfois même, ses anecdotes culturelles pourtant intéressantes alourdissent le texte, donnent l'impression que l'auteur voulait placer une info à tout prix, juste pour le plaisir de la partager avec ses lecteurs : attention agréable, mais qui ne colle pas toujours avec l'histoire.

    Mais qu'à cela ne tienne : il s'agit d'un premier roman, qui laisse augurer de belles pépites de la part d'Ingrid Astier... Je le redis, j'ai aimé ce roman, son cadre noirci d'un Paris que je ne connaissais pas ainsi et ses personnages hauts en couleurs.


    - Madame -

    Quai des enfers
    de Ingrid Astier
    Éditions Gallimard
    Collection Série Noire 2010

    lundi 1 décembre 2008

    Qui touche à mon corps je le tue

    Trois personnages gravitent autour de l'exécution d'une "faiseuse d'ange". Trois personnes violemment touchées par les conséquences de l'avortement bien avant sa légalisation en France, pour des raisons très différentes.

    Lucie L., jeune femme à l'enfance remplie de lumière et de l'amour de sa mère, s'avorte en solitaire, loin de son mari envoyé au STO, pendant la guerre.

    Marie G., condamnée à mort pour avortements multiples, et donc assassinats aux yeux de la justice française, vit sa dernière journée et revient sur sa vie, les enchaînements qui en ont fait une "sorcière", avant sa mort. Elle sera l'une des dernières femmes décapitées avant l'abolition de la peine de mort.

    Enfin, Henri D., héritier de la charge d'exécuteur des hautes oeuvres, s'apprête à obéir aux ordres de l'Etat et à faire passer sur la planche à bascule le corps bientôt sans vie de Marie G., avec tout le professionalisme et les questions qu'il ne se pose plus sur le rôle que lui donne cette charge.

    Une journée douloureuse, vécue avec ces trois êtres condamnés d'avance à subir les conséquences de ce qu'ils étaient, sont et sont devenus, dans un état d'esprit très clair et sans concession, dans la plus grande solitude. La violence des actes est dite sans fioritures, sans appitoiements, toute nue.

    Un roman cru, touchant, violent mais sans volonté de faire voir l'horreur. Avoir les cartes en main pour réfléchir, et se demander qui des trois personnages nous pourrions être, avortée, avorteuse ou bourreau, et lequel des trois est le plus à plaindre ou à maudire.
    S'il y a lieu.

    -Madame-

    Qui touche à mon corps je le tue
    de Valentine Goby
    éd. Gallimard 2008

    mardi 1 avril 2008

    Chagrin d'école

    " Chagrin d'école " a trouvé ses lecteurs, il en séduira d'autres.
    Amateur du Pennac-romancier, je pensais, en ouvrant ce livre, passer un bon moment. Cet homme a une faconde plaisante, la bonne humeur communicative, le regard franc et le sourire facile; malheureusement...

    Pennac parle de lui-même. C'est un fait. On le voit grandir, être cancre à l'école, en famille, dans le regard des autres; être cancre jusqu'au déclic inattendu: un enseignant qui l'encourage, lui fait confiance, lui donne confiance.
    Les chapitres se suivent: Pennac cancre, Pennac enseignant-modèle (où sont les lauriers?), retour au cancre et aux cancres. Il édulcore mais pourquoi pas. La réalité est parfois invraisemblable et les miracles existent. On ne demande qu'à le croire, qu'à le suivre. Son optimisme fait du bien.
    Mais il y a un " mais ". Imperceptiblement, le ton devient sentencieux et moralisateur. Redondant, Pennac alourdit son propos. Je tourne les pages mollement. Daniel Pennac m'ennuie.
    Son essai se prolonge avec un plaidoyer pour les jeunes de banlieue, forcément blacks ou beurs, forcément cancres. Sans s'étendre sur leurs travers, il les défend en les montrant du doigt: ils sont notre futur, les génies incompris. Il reprend l'imagerie des quartiers, déborde de naïveté et d'idées reçues. Il les connaît: il enseigne (ou plutôt il a enseigné). Il tient la vérité et n'oublie pas de se jeter des fleurs au passage. C'est de bonne guerre mais ça peut agacer. Pennac tient sa revanche, le cancre fait la leçon. Le prof est sympathique. Sa vision simpliste et schématique dégouline de bons sentiments. Pennac passe de pédagogue à démagogue.
    Je décroche. Trop, c'est trop. Je n'ai pas eu de " passeur " à l'école! Je ne sais pas de quoi il parle! Je feuillette les dernières pages. Je survole. Il pousse son raisonnement, progresse, devient intéressant mais je n'ai plus l'envie. Je n'ai plus l'étincelle. Il ne me reste qu'à attendre d'éventuelles retrouvailles, un livre dans quelque temps qui pourra me consoler de ce " chagrin d'école ".

    J'aurais aimé que Pennac ait une parole pour les cancres isolés, ceux qui ne sont pas chefs de bande. Ceux qui s'acharnent et qui travaillent, ceux qui peinent et ne trichent pas. Obstinés, laborieux et moqués de toutes parts, ils sont là, ils existent, ils se murent: ce sont eux les exclus, ceux que personne ne veut entendre, les " débiles " qu'il vaut mieux oublier.
    J'aimerais aussi comprendre pourquoi certains élèves décrochent. Pourquoi certains dévissent arrivés en sixième ou en classe de seconde? On ne naîtrait pas cancre?
    Je terminerai sur un souvenir:
    il y a 25 ans; les temps changent, mais il y a 25 ans les classes de rattrapage étaient des classes délaissées où s'entassaient dans un état proche de l'abandon les élèves à et en difficultés.
    Il faut croire que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir M. Pennac en cours.

    -Monsieur-

    de Daniel Pennac
    aux éditions Gallimard
    2007

    mercredi 16 janvier 2008

    Les Dames du Faubourg

    Les Dames du Faubourg sont les abbesses de l'Abbaye de Saint-Antoine-des-Champs située dans l'actuel faubourg Saint-Antoine à Paris.
    A la fin du 15ème siècle, les abbesses ont un vrai pouvoir sur le faubourg, constitué de quelques maisons d'artisans et alors isolé de la capitale.
    La famille Thirion, sous la protection et la bienveillance des abbesses et éloignée des guildes professionnelles parisiennes et de leur carcan, reçoit un jeune compagnon ébéniste à qui elle offre un travail et un toit.
    Les Thirion vont évoluer, de génération en génération, au gré des modes et des commandes de l' Abbaye, puis d'autres clients parfois venus de loin pour obtenir un de leurs meubles.
    Réputés, protégés, les ébénistes du faubourg vont voir d'autres artisans s'installer près d'eux. Ils vont former une communauté du bois aux personnages attachants, de bon caractère, que l'on prend plaisir à suivre d'années en années puis de siècles en siècles.
    "Les Dames du Faubourg" nous rapproche de ces personnes qui ont peu à peu dessiné le quartier Saint-Antoine, façonné sa spécificité, et vécu à leur manière l'Histoire de France, du 15ème siècle au début du 20ème, dans une formidable saga familiale.

    Jean Diwo est natif de ce quartier situé entre les 11ème et 12ème arrondissement de la capitale. Il a vu les ébénistes travailler dans ces innombrables ateliers, aujourd'hui pour la plupart fermés, a senti l'odeur du bois fraîchement coupé, a regardé ces artisans créer des meubles de qualité.
    On sent à travers les trois volumes de cette saga tout l'amour qu'il porte à cette communauté et à son histoire.
    Journaliste puis romancier, l'auteur a écrit bon nombre de romans historiques, parmi lesquels "La chevauchée du Flamand" aux éditions Fayard.

    -Madame-

    vol.1: Les Dames du Faubourg
    vol.2: Le lit d'acajou
    vol.3: Le génie de la Bastille
    de Jean Diwo
    éditions Folio Gallimard
    1987

    jeudi 27 décembre 2007

    Un homme

    C'est l'histoire d'un homme, ancien publicitaire, vieux et malade, qui revit ses dernières années, et se remémore les moments importants qui ont jalonné sa vie.
    Entouré de ses parents et de son frère modèle, il a eu une enfance heureuse, une adolescence faite de découvertes et de peurs, un parcours actif et bien rempli. Plusieurs femmes ont partagé son existence, plus différentes les unes que les autres. Tout irait bien si ses dernières années n'avaient pas été ponctuées de plusieurs opérations médicales qui l'ont rendu peu à peu vulnérable. Ces bouleversements l'ont poussé à se poser bon nombre de questions. Il se livre alors à une sorte de bilan, de compte-rendu final.
    Ce n'est pas un roman drôle, loin de là. Le personnage central est empli de nostalgie, de craintes, d'angoisses. On l'accompagne et on approche une vie, avec tout ce que ça comporte: psychologie, amour(s), environnement familial riche, amis, loisirs...
    Un homme de Philip Roth est un texte court, rapide à lire qui vous laisse une envie, la dernière page tournée, celle de lire d'autres livres de l'auteur... si ce n'est déjà fait.

    -Madame-

    de Philip Roth
    éd. Gallimard
    2007

    lundi 19 novembre 2007

    Adèle et la pacotilleuse



    Adèle est la fille cadette de Victor Hugo. Peu de temps après la mort tragique de son aînée Léopoldine, Adèle part sans laisser de trace.
    Raphaël Confiant a romancé cette disparition , lui a inventé une histoire d'amour transit et à sens unique avec Albert Pinson, officier de l'armée anglaise.
    Perdue, à moitié folle, sans défense contre la méchanceté et la lubricité des gens qui la croisent, Adèle rencontre Céline Alvarez Bâa, pacotilleuse de son état. Cette dernière la prend sous son aile et va tout faire pour que son père la récupère, malgré les difficultés que posent les représentants des différentes classes sociales des îles Caraïbes.
    Pendant ce temps, un détective, Henri de Montaigue, engagé par Victor Hugo, vient de Paris à la recherche de la jeune femme. Il découvre les Antilles avec son regard de jeune parisien...

    Dans une langue riche, ensoleillée, mâtinée de créole, Raphaël Confiant nous amène à l'oeuvre de Victor Hugo (vraisemblablement créateur phare pour l'auteur) et expose la vie des Antillais au 19e siècle, qu'ils soient Nègres, Blancs créoles ou Blancs-France, pêcheurs, anciens esclaves, petits commerçants ou aristocrates des îles Caraïbes.

    -Madame-

    de Raphaël Confiant
    éditions Folio Gallimard
    2007

    mercredi 7 novembre 2007

    Les cavaliers


    L'histoire se déroule dans les steppes afghanes, le sujet principal est un jeu terriblement dangereux pratiqué par des cavaliers afghans, le "Bouzkachi".
    Ce sport équestre est le sport national en Afghanistan. Il requiert un dressage des chevaux particulièrement long et coûteux et pour les cavaliers un entraînement intensif.
    Joseph Kessel a passé quelques temps en Afghanistan et nous en a rapporté un magnifique roman.
    Il y a décrit la préparation des chevaux et des cavaliers (appelés les Tchopendoz), y a expliqué les enjeux du Bouzkachi pour les haras et les régions entières dont ils dépendent, et nous a livré une description extraordinaire des paysages évoqués.
    Ce roman m'a été offert il y a bientôt dix ans, à une période où j'étais peu portée sur les romans d'aventure. Je crois que si on ne me l'avait jamais mis ainsi entre les mains je ne l'aurais pas lu. Quelle perte alors!
    Si vous avez envie de voyager, de rêver, de découvrir un autre monde, plongez-vous dans ce roman, et proposez-le vite à ceux que vous aimez!
    L'édition que je vous ai scannée était sortie chez Gallimard Jeunesse, je crois qu'il n'est plus disponible dans cette collection, il l'est toujours en revanche en Folio.

    -Madame-

    de Joseph Kessel
    éditions Gallimard
    Année 1967

    mardi 6 novembre 2007

    Les prix littéraires

    En France aujourd'hui, comment parler de littérature sans évoquer les prix distribués durant les "mois en R"? Hier a été décerné le prestigieux prix Goncourt à Gilles Leroy, pour son livre "Alabama song" (éd. Mercure de France, filiale de Gallimard) et le Renaudot à Daniel Pennac pour son livre déjà très médiatisé sur sa jeunesse de cancre, "Chagrin d'école"(éd. Gallimard).
    Pendant quelques mois, jusqu'en janvier au moins, vous ne pourrez rentrer dans une libraire ou dans un espace livre (pour les adeptes des grandes surfaces et ceux qui n'ont pas d'autres possibilités de trouver des livres) sans tomber irrémédiablement sur une table couverte de "livres à bandeaux". Est-ce bien, est-ce mal? Beaucoup se posent la question de la légitimité de certaines oeuvres à obtenir des prix de renommée nationale, voire internationale. Du même coup, la partialité des jurys est mise en doute.
    L'ensemble des acteurs de la chaîne du livre est pourtant d'accord sur un point: un prix comme le Goncourt, le Renaudot, l'Interallié ou le Fémina fait vendre.
    C'est un moyen sûr de démultiplier les ventes, et d'atteindre des personnes qui ne liraient pas autrement.
    Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de visiter le site de la revue littéraire Lire qui a mené une enquête sur le thème.
    Alors, lirez-vous le Goncourt cette année? Pour ma part je pense que oui, un jour peut-être, mais pas tout de suite.
    Un conseil, si vous vous posez la même question et ne voulez pas tomber sur une bête médiatique mais sur un vrai bon texte, attendez quelque temps, et écoutez les différentes critiques qui ne manqueront pas de se faire de toutes parts dans les semaines qui vont suivre.

    Pour découvrir les autres centaines (voir milliers) de prix décernés tous les ans, je vous ai mis en lien un premier site à visiter qui en relève un très grand nombre et dans lequel vous trouverez un agenda reprenant les différents rendez-vous littéraires de l'année, prix-litteraires.net.

    -Madame-