Fantastique. Sauvage. Dur, beau, tragique, historique. Je viens à l'instant de terminer ce roman de Jim Fergus, auteur de l'inoubliable "Mille femmes blanches", et les mots me manquent pour exprimer ce qui m'a touché dans ce texte.
C'est l'histoire romancée d'un groupe d'Apaches du Nouveau-Mexique qui tente de survivre malgré les persécutions des Mexicains et des "Oeil-Blanc", les Nord-américains. Le narrateur de cette histoire, jeune photographe dans les années 30, découvre dans une prison mexicaine une jeune indienne épuisée, mourante, exposée au vu de tous contre argent sonnant et trébuchant. Participant à une expédition dont le but est de ramener un petit mexicain enlevé par les Apaches, il demande l'autorisation de faire soigner la jeune fille, et négocie son sauvetage en proposant d'en faire une monnaie d'échange contre le petit garçon. C'est compter sans la haine viscérale que se portent réciproquement les Indiens et les "Blancs".
Roman d'initiation, roman historique également, il prend parti pour les Apaches persécutés. Mais il n'oublie pas non plus les horreurs commises par ceux-ci soit par vengeance, soit par pure folie sanguinaire.
Ce qui touche le plus dans "La fille sauvage", ce sont les personnages, touchants, perdus au milieu de cette guerre ethnique, tentés par un rapprochement quasi impossible.
Un roman qui transporte, décrivant des coutumes ancestrales indiennes et une période noire de l'histoire nord-américaine.
Magnifique.
- Madame -
Petites fiches de lecture pour partager nos coups de coeur et découvertes littéraires.
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dimanche 16 février 2014
dimanche 20 mai 2012
Et alors, et alors....
Frontispice du roman À fond de cale paru dans la bibliothèque rose (édition de 1904 dans une traduction de Mme Henriette Loreau).
Écrit par le capitaine Mayne-Reid, c'est l'histoire d'un vieux marin qui raconte son premier voyage... au fond d'une cale avec les rats.
L'ouvrage est accessible en ligne aussi facilement que gratuitement. Quant aux illustrations qui l'accompagnent, si elles sont reproduites, il vaut mieux oublier : leurs numérisations ne valent guère mieux que les photocopies monochromes des années 80.
Un vrai dommage pour le droit moral des auteurs.
- Monsieur -
| Mon Auditoire. Illustration de Loudan. |
Écrit par le capitaine Mayne-Reid, c'est l'histoire d'un vieux marin qui raconte son premier voyage... au fond d'une cale avec les rats.
L'ouvrage est accessible en ligne aussi facilement que gratuitement. Quant aux illustrations qui l'accompagnent, si elles sont reproduites, il vaut mieux oublier : leurs numérisations ne valent guère mieux que les photocopies monochromes des années 80.
Un vrai dommage pour le droit moral des auteurs.
- Monsieur -
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jeudi 5 mai 2011
L'oiseau canadèche
L'histoire a de quoi amuser :
Un vieil homme, incompris par les femmes qu'il ne comprend pas beaucoup mieux, est certain de rester immortel tant qu'il boira de son whisky maison, breuvage dont il tient la recette d'un indien mort dans ses bras.
Marié plusieurs fois mais jamais plus de quinze mois, Jack fut le père (absent) d'une petite fille qui, quelques années plus tard, devint, elle-même, maman. Cela fut ainsi durant treize années parce que la treizième, elle mourut noyée.
À la mort de sa mère, Titou, l'enfant, part vivre chez son grand-père, au grand dam de l'assistante sociale qui ne voit vraiment pas, même en fouillant très loin et en le voulant très fort, quelle éducation cet homme-là peut apporter à son petit-fils, hormis peut-être l'apprentissage du jeu et de la boisson.
Seulement voilà, bien que différents, les deux hommes se sont trouvés et s'aiment plus que tout au monde : fantaisie et bonheur de vivre les rapprochent.
Car Titou, lui aussi est un de drôle de numéro ! Une seule passion anime ses jours et ses nuits, depuis l'adolescence : construire des barrières. Planter des rangées absolument parfaites de pieux, partout autour du terrain du vieux. Celui-ci, totalement épris de liberté, a du mal à cerner le rejeton, mais le laisse faire.
Une rencontre du troisième type va donner un nouveau sens à leur vie : un petit canard, terrorisé par un terrible sanglier, ennemi juré de Titou (il arrache les barrières). Le jeune homme le récupère et va en faire l'un des piliers de la famille.
Baptisé Canadèche, ce canard a une sacrée personnalité, une intelligence remarquable et un appétit à faire pâlir tous les diététiciens du continent.
Volatile subtil, obèse et caractériel, il s'intègre rapidement à la maisonnée, partage les activités des deux hommes et de leur chien avec une remarquable facilité, et donne naissance à de fantastiques moments d'anthologie.
L'oiseau Canadèche est l'un des livres les plus drôles, les plus réjouissants que j'ai pu lire ces dernières années. Très court et complété par une longue postface du traducteur Nicolas Richard, il donne envie de lire rapidement Stone Junction, le seul autre roman traduit en français de Jim Dodge.
- Madame -
L'oiseau Canadèche
de Jim Dodge
Traduction de Jean-Pierre Carasso et postface de Nicolas Richard
éd. Cambourakis 2010
Un vieil homme, incompris par les femmes qu'il ne comprend pas beaucoup mieux, est certain de rester immortel tant qu'il boira de son whisky maison, breuvage dont il tient la recette d'un indien mort dans ses bras.
Marié plusieurs fois mais jamais plus de quinze mois, Jack fut le père (absent) d'une petite fille qui, quelques années plus tard, devint, elle-même, maman. Cela fut ainsi durant treize années parce que la treizième, elle mourut noyée.
À la mort de sa mère, Titou, l'enfant, part vivre chez son grand-père, au grand dam de l'assistante sociale qui ne voit vraiment pas, même en fouillant très loin et en le voulant très fort, quelle éducation cet homme-là peut apporter à son petit-fils, hormis peut-être l'apprentissage du jeu et de la boisson.
Seulement voilà, bien que différents, les deux hommes se sont trouvés et s'aiment plus que tout au monde : fantaisie et bonheur de vivre les rapprochent.
Car Titou, lui aussi est un de drôle de numéro ! Une seule passion anime ses jours et ses nuits, depuis l'adolescence : construire des barrières. Planter des rangées absolument parfaites de pieux, partout autour du terrain du vieux. Celui-ci, totalement épris de liberté, a du mal à cerner le rejeton, mais le laisse faire.
Une rencontre du troisième type va donner un nouveau sens à leur vie : un petit canard, terrorisé par un terrible sanglier, ennemi juré de Titou (il arrache les barrières). Le jeune homme le récupère et va en faire l'un des piliers de la famille.
Baptisé Canadèche, ce canard a une sacrée personnalité, une intelligence remarquable et un appétit à faire pâlir tous les diététiciens du continent.
Volatile subtil, obèse et caractériel, il s'intègre rapidement à la maisonnée, partage les activités des deux hommes et de leur chien avec une remarquable facilité, et donne naissance à de fantastiques moments d'anthologie.
L'oiseau Canadèche est l'un des livres les plus drôles, les plus réjouissants que j'ai pu lire ces dernières années. Très court et complété par une longue postface du traducteur Nicolas Richard, il donne envie de lire rapidement Stone Junction, le seul autre roman traduit en français de Jim Dodge.
- Madame -
L'oiseau Canadèche
de Jim Dodge
Traduction de Jean-Pierre Carasso et postface de Nicolas Richard
éd. Cambourakis 2010
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jeudi 12 août 2010
Les Braises
Une amitié entre deux hommes qu'on croyait indéfectible a été mise à l'épreuve, et a cédé. Brutalement. Ont suivi quarante et une années et quarante-trois jours avant qu'ils ne se revoient.L'un de ces deux hommes, Henri, est le fils d'un militaire magyare, lui-même capitaine des armées. Soutenu par une famille de sang bleu, riche, c'est un homme enraciné dans son château hongrois, passionné de chasse et profondément blessé par cette amitié perdue. Il en a fait sa seule raison de vivre, et espère pouvoir se venger.
Conrad, lui, est issu d'une famille pauvre de Galicie. Placé enfant à l'École Militaire de Vienne, il y rencontre Henri, et fait lui aussi carrière dans l'armée malgré un tempérament plus mélancolique et une passion dévorante pour la musique.
Fier et orgueilleux, il ne doit rien à personne. Il s'est fait tout seul, et s'est détruit tout seul.
Leur fin à tous les deux est proche mais, avant de mourir, ils savent qu'une explication est nécessaire, qu'ils ont besoin de se revoir une dernière fois pour vider leur sac, partir l'esprit tranquillisé.
Cette rencontre aura lieu au château d'Henri, remis en ordre, comme au dernier soir passé ensemble, par la précieuse (et très vieille) Nini, soutien maternel du vieux châtelain.
L'ambiance est masculine, sombre comme un sous-bois dense, pleine du faste révolu de la noblesse austro-hongroise. Elle laisse sourdre la douleur du passé, la nostalgie de l'Empire d'Autriche-Hongrie dans une Europe bousculée par les guerres mondiales qu'on aperçoit en filigrane. Elle me fait penser à certains romans de Stefan Zweig, ou encore à Ouest de François Vallejo.
Écrit dans une langue précise et sûre, ce petit roman fait partie des classiques de la littérature des pays d'Europe Centrale, interdit dans son pays jusqu'en 1990. Les descriptions ne représentent qu'une petite partie du texte, plutôt orienté vers les personnages, mais on s'imagine tout à fait les décors de cette histoire.
Le huis-clos entre les deux vieillards n'est pas étouffant, contrairement à d'autres romans construit sur le même principe, les flashbacks laissant le lecteur vagabonder vers d'autres lieux, très éloignés de cette forêt ; c'est un roman prenant, qu'il faut pouvoir lire rapidement pour mieux savourer le mystère de cette longue séparation.
À découvrir d'urgence, avant de se pencher sur les autres textes de Sàndor Màrai. Ce que je m'empresse de faire !
- Madame -
Les Braises
de Sàndor Màrai
éd. Le Livre de Poche
2003
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dimanche 20 décembre 2009
" Cachez ce sein que je ne saurais voir "
La censure est un vaste sujet, fluctuant s'il en est: elle s'immisce partout, en tout temps et tout lieu; économique, sexuelle ou politique, son étude nécessiterait un site régulièrement remis à jour: un travail d'analystes, d'historiens, de juristes et sociologues réunis. La tache serait titanesque. La volonté nous manque moins que le temps; nous resterons modestes.
Quelle différence y-a-t-il entre cette accroche pour l' iPhone (en lien avec le site Apple-entreprise) visible sur internet la première semaine de décembre :

et Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet?

Sur la photo, la pose est suggestive, le costume ridicule, la plastique irréelle. On est dans l'imagerie publicitaire, dans le factice; on suggère le désir, on (sur)joue. Les codes sociaux des sociétés puritaines et patriarcales sont assumés. L'ordre des choses est respecté. Hypocrite, malsain, mais respecté.
Toxique n'est pas un problème. Sagan n'en est plus un. Par contre le trait de Bernard Buffet semble gêner Apple... qui censure! Je vous renvoie à ce sujet sur la République des livres -blog pour le moins intéressant.
Serait-ce le sexe qui dérange? Ou l'organique?
Serait-ce le poil, l'odeur, le vivant?
Ça grouille, ça respire, ça vit!
Le peintre est cru; le geste est sûr, sa calligraphie sincère: la nudité de l'œuvre s'oppose à la vulgarité, à l'habitude et aux convenances. Bernard Buffet est unique. Il n'a rien à perdre; il se livre. L'artiste joue son âme. Seul, il est incontrôlable.
Sagan aussi me direz-vous mais les censeurs ont des œillères, ce qui rend leurs décisions aussi arbitraires que stupides.
J'en veux pour preuve les créations du Dernier Cri qui furent bloquées à la frontière Suisse pour pornographie. Stupeur! Comme quoi, tout est question de regard. On établit des règles avec des interdits et on les interprète, on adapte.
Ainsi, de nombreux États privilégient la contrainte à l'amour, la puissance à la fragilité. Disons, avec un sourire feint, que c'est une forme de pudeur, d'extrême timidité, un carcan à l'émotion. Il n'y a d'ailleurs pas d'émotion dans le porno: on est dans le "sur-moi", le "sur-joué", l'interdiction de l'échec. On refuse la faiblesse.
Ce qui est inquiétant dans l'exemple d'Apple, c'est qu'une société privée remplace l'État de droit dans son rôle de police. Serait-ce de l'autocensure (comme cela arrive trop souvent dans l'édition française) ou un excès de zèle? De la prudence ou une application stricte et restrictive de la loi américaine?
Des créateurs français ont déjà eu des consignes (des directives) pour que leurs œuvres puissent s'exporter sans problème dans des pays plus restrictifs que le nôtre. Les possesseurs des réseaux, futurs maîtres du Monde, voudront-ils imposer leurs diktats? L'État a ses soldats.
La hiérarchie, la loi; il y a obéissance et soumission: ce sont les codes à respecter. Il est même à craindre que la féminisation des postes à responsabilité ne change rien à cette situation. Le formatage est à l'œuvre; il commence à l'école, se prolonge dans les études: tu dois te plier à la norme, à la pression sociale, être un bon petit soldat. Tu te mets de côté, tu gommes tes différences pour pouvoir t'intégrer. Être invisible, ne pas se distinguer, oublier d'être soi.
Prions avec cette déclassée, prostituée de province, qui expliquait en sortant de l'église: "Tous les dirigeants du Monde et ce, depuis l'origine du temps, ont compris qu'on tenait les Hommes par le sexe et le ventre."
L'on pourrait d'ailleurs prolonger le débat avec le calibrage des fruits et légumes...
Je vous avais prévenu: c'est un vaste sujet et je préfère clore ce chapitre aussi décousu que mon pantalon.
N'hésitez pas à vous offrir en prolongement de cet article (c'est Noël, on se fait un petit plaisir):
Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet aux éditions Stock. Un très beau texte dont on peut regretter la qualité (médiocre) de l'édition papier.
La Mondaine de Véronique Willemin aux éditions Hoëbeke se lit comme un roman policier. Cette enquête s'attache aux petites et grandes affaires de la brigade. Chaque chapitre retrace des histoires, des périodes, de façon concise sans tomber dans le pathos ni l'outrance. Véronique Willemin s'est attachée aux protagonistes des deux bords avec une neutralité exemplaire. Une source d'inspiration pour les auteurs en herbe avec une réalité qui dépasse souvent la fiction et une iconographie invraisemblable. C'est un comble : on se prend à fantasmer sur les archives de la police !
Une réflexion de Jacques Arnal, patron de la Mondaine de 1952 à 1955, apporte de l'eau à mon moulin : " Nous ne pouvons nous arrêter au concept du bien et du mal, alors je préfère la notion d'habitudes. Cela signifie que certains actes soulèveront un jour la réprobation uniquement parce qu'ils sont contraires aux habitudes du moment... " (page 141)
Un des meilleurs livres parus sur la police et l'histoire des mœurs. À lire et à recommander.
Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits de Bernard Joubert aux éditions du Cercle de la Librairie. Une somme! À tout point de vue (70€). Impressionnant par le nombre d'articles, illustré de très nombreuses vignettes, c'est le relevé systématique et analysé des décisions de la commission de censure depuis 1949 en France. Bernard Joubert nous ouvre les portes de son travail. Érudit, passionnant, il nous fait passer du sourire à la surprise, de la roublardise des éditeurs à l'aveuglement clinique des censeurs. À lire et relire, à consulter souvent.
Pour exemple, je cite la page 28: " Abondances. Revue de photos de femmes à grosses poitrines, quel que soit leur âge ou la grâce de leur physique [...] la Commission de surveillance émit ce commentaire [...]: Reproductions anormaux d'êtres anormaux." Tout est dit.
-Monsieur-
Toxique
de Françoise Sagan
illustrations de Bernard Buffet
éd. Stock 2009
La Mondaine
de Véronique Willemin
éd. Hoëbeke 2009
Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits
de Bernard Joubert
éd. du Cercle de la Librairie 2007
Quelle différence y-a-t-il entre cette accroche pour l' iPhone (en lien avec le site Apple-entreprise) visible sur internet la première semaine de décembre :

et Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet?

Sur la photo, la pose est suggestive, le costume ridicule, la plastique irréelle. On est dans l'imagerie publicitaire, dans le factice; on suggère le désir, on (sur)joue. Les codes sociaux des sociétés puritaines et patriarcales sont assumés. L'ordre des choses est respecté. Hypocrite, malsain, mais respecté.
Toxique n'est pas un problème. Sagan n'en est plus un. Par contre le trait de Bernard Buffet semble gêner Apple... qui censure! Je vous renvoie à ce sujet sur la République des livres -blog pour le moins intéressant.
Serait-ce le sexe qui dérange? Ou l'organique?
Serait-ce le poil, l'odeur, le vivant?
Ça grouille, ça respire, ça vit!
Le peintre est cru; le geste est sûr, sa calligraphie sincère: la nudité de l'œuvre s'oppose à la vulgarité, à l'habitude et aux convenances. Bernard Buffet est unique. Il n'a rien à perdre; il se livre. L'artiste joue son âme. Seul, il est incontrôlable.
Sagan aussi me direz-vous mais les censeurs ont des œillères, ce qui rend leurs décisions aussi arbitraires que stupides.
J'en veux pour preuve les créations du Dernier Cri qui furent bloquées à la frontière Suisse pour pornographie. Stupeur! Comme quoi, tout est question de regard. On établit des règles avec des interdits et on les interprète, on adapte.
Ainsi, de nombreux États privilégient la contrainte à l'amour, la puissance à la fragilité. Disons, avec un sourire feint, que c'est une forme de pudeur, d'extrême timidité, un carcan à l'émotion. Il n'y a d'ailleurs pas d'émotion dans le porno: on est dans le "sur-moi", le "sur-joué", l'interdiction de l'échec. On refuse la faiblesse.
Ce qui est inquiétant dans l'exemple d'Apple, c'est qu'une société privée remplace l'État de droit dans son rôle de police. Serait-ce de l'autocensure (comme cela arrive trop souvent dans l'édition française) ou un excès de zèle? De la prudence ou une application stricte et restrictive de la loi américaine?
Des créateurs français ont déjà eu des consignes (des directives) pour que leurs œuvres puissent s'exporter sans problème dans des pays plus restrictifs que le nôtre. Les possesseurs des réseaux, futurs maîtres du Monde, voudront-ils imposer leurs diktats? L'État a ses soldats.
La hiérarchie, la loi; il y a obéissance et soumission: ce sont les codes à respecter. Il est même à craindre que la féminisation des postes à responsabilité ne change rien à cette situation. Le formatage est à l'œuvre; il commence à l'école, se prolonge dans les études: tu dois te plier à la norme, à la pression sociale, être un bon petit soldat. Tu te mets de côté, tu gommes tes différences pour pouvoir t'intégrer. Être invisible, ne pas se distinguer, oublier d'être soi.
Prions avec cette déclassée, prostituée de province, qui expliquait en sortant de l'église: "Tous les dirigeants du Monde et ce, depuis l'origine du temps, ont compris qu'on tenait les Hommes par le sexe et le ventre."
L'on pourrait d'ailleurs prolonger le débat avec le calibrage des fruits et légumes...
Je vous avais prévenu: c'est un vaste sujet et je préfère clore ce chapitre aussi décousu que mon pantalon.
N'hésitez pas à vous offrir en prolongement de cet article (c'est Noël, on se fait un petit plaisir):
Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet aux éditions Stock. Un très beau texte dont on peut regretter la qualité (médiocre) de l'édition papier.
La Mondaine de Véronique Willemin aux éditions Hoëbeke se lit comme un roman policier. Cette enquête s'attache aux petites et grandes affaires de la brigade. Chaque chapitre retrace des histoires, des périodes, de façon concise sans tomber dans le pathos ni l'outrance. Véronique Willemin s'est attachée aux protagonistes des deux bords avec une neutralité exemplaire. Une source d'inspiration pour les auteurs en herbe avec une réalité qui dépasse souvent la fiction et une iconographie invraisemblable. C'est un comble : on se prend à fantasmer sur les archives de la police !Une réflexion de Jacques Arnal, patron de la Mondaine de 1952 à 1955, apporte de l'eau à mon moulin : " Nous ne pouvons nous arrêter au concept du bien et du mal, alors je préfère la notion d'habitudes. Cela signifie que certains actes soulèveront un jour la réprobation uniquement parce qu'ils sont contraires aux habitudes du moment... " (page 141)
Un des meilleurs livres parus sur la police et l'histoire des mœurs. À lire et à recommander.
Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits de Bernard Joubert aux éditions du Cercle de la Librairie. Une somme! À tout point de vue (70€). Impressionnant par le nombre d'articles, illustré de très nombreuses vignettes, c'est le relevé systématique et analysé des décisions de la commission de censure depuis 1949 en France. Bernard Joubert nous ouvre les portes de son travail. Érudit, passionnant, il nous fait passer du sourire à la surprise, de la roublardise des éditeurs à l'aveuglement clinique des censeurs. À lire et relire, à consulter souvent.Pour exemple, je cite la page 28: " Abondances. Revue de photos de femmes à grosses poitrines, quel que soit leur âge ou la grâce de leur physique [...] la Commission de surveillance émit ce commentaire [...]: Reproductions anormaux d'êtres anormaux." Tout est dit.
-Monsieur-
Toxique
de Françoise Sagan
illustrations de Bernard Buffet
éd. Stock 2009
La Mondaine
de Véronique Willemin
éd. Hoëbeke 2009
Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits
de Bernard Joubert
éd. du Cercle de la Librairie 2007
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dimanche 6 décembre 2009
D'un Même Cœur

Il fait gris. En passant boulevard Saint Michel à Paris, je jette un œil sur les bacs à rebuts de Boulinier. Geste machinal, quasi systématique... une certaine attirance pour le vilain papier, pour les vieilles couvertures, un besoin impulsif, que sais-je encore, la maladie du livre.
Les Voyous attendent leur terrible destin: un livre aux feuilles jaunies et cassantes; un livre dépouillé de toute couverture; un livre qui s'apprête à finir sur le trottoir mouillé et dont tout le monde se fout.
- ramasseurs de mégots; récupérateurs de livres... à chacun sa misère, à chacun son époque -
Les derniers étudiants du quartier s'agglutinent autour des comptoirs à sandwichs et à crêpes d'où s'échappent des vapeurs odorantes et sucrées.
Au moindre va-et-vient, à chaque mouvement de mains, les Voyous se brisent un peu plus, leur dos fatigué se déchire; de l'avant en arrière, un curieux les redresse, belote et rebelote, comme la main balaie les touches d'un piano de bastringue, les livres dominos attendent leur prochain maître. Et dix de der! Fatalitas! C'en est fait de leur triste destin.
Un nuage de bohémiennes écoule sa litanie larmoyante dans les ruelles pavées et caresse les sacs des touristes nombreux. Les "Voyous" finiront griffés par le vent froid et quelque talon haut de parisienne égarée.
Je pense à l'automne, aux arbres dénudés... Jean Follain... pourquoi Jean Follain?
Mon regard s'arrête sur un livre relié que je ne lirai sûrement jamais ou alors un jour de grande mélancolie. Vingt centimes... je tourne quelques pages... je souris... je pars... je reviens sur mes pas: vingt centimes pour une curiosité.
Je vous fais partager quelques scans et délaisse les Voyous.
- Monsieur -
Un coeur nouveau
de Alexander Baron
Préface d'André Maurois
éd. Hachette 1950
Un coeur nouveau
de Alexander Baron
Préface d'André Maurois
éd. Hachette 1950
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vendredi 6 novembre 2009
Le Club des Incorrigibles Optimistes
Le Club des Incorrigibles Optimistes en un mot? Délectable.Il peut sembler impressionnant quand vous le découvrez, là, sur la table de votre libraire... il deviendra pourtant très vite la bulle d'air de votre journée:
À Paris, en 1959, des apatrides venus des pays communistes d'Europe Centrale et de l'Est ont constitué un club d'échecs dans un bistrot du Quartier Latin, le Balto.
Michel, jeune lycéen parisien, va s'immiscer dans leur Club et les écouter parler de leur histoire, de leurs origines et de ce qui les a mené là.
À Paris ils sont pauvres et semblent hors du temps, dépassés par la société. Dans leur pays d'origine ils étaient prince, chirurgien, pilote d'avion ou prof de propagande spécialisé dans l'annulation pur et simple de l'existence des ennemis d'État.
Ils ont dû reprendre à zéro une vie brisée par et pour le communisme, qu'ils aiment ou qu'ils détestent; les discussions politiques pourtant interdites dans leur Club sont fréquentes et animées: les histoires du passé ont souvent la vie dure...
Deux personnages très médiatiques de l'époque fréquente ce club, deux hommes qui ont aidés beaucoup d'étrangers dans leur situation: Joseph Kessel et Jean-Paul Sartre se joignent aux autres membres du club, travaillent dans cette atmosphère feutrée ou fête les grands événements de leur vie.
Michel, lui, subit son époque: entre sa famille affaiblie par une lutte des classes sans merci, un oncle vivant de près la fin de l'Algérie Française et un frère décidé à couper les ponts avec père, mère et copains, un ami parti combattre en Afrique du Nord et une amie aux nerfs fragiles, le Club des apatrides apparaît comme un endroit apaisant...
Passionnant, sans ralenti, le Club des Incorrigibles Optimistes est l'un des meilleurs romans de la rentrée, aux côtés de la Vaine Attente de Nadeem Aslma et de Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé.
À découvrir, donc, et à inclure dans la liste des cadeaux de Noël de vos proches!
-Madame-
Le Club des Incorrigibles Optimistes
de Jean-Michel Guenassia
éditions Albin Michel 2009
jeudi 11 juin 2009
Les âmes brûlées
Un homme, brûlé au 4e degré après un grave accident de voiture, rencontre une jeune femme, patiente en psychiatrie, persuadée de l'avoir connu il y a 700 ans de cela.Lui: sans ne jamais être nommé, star du X, il perd sa maison de production de films érotiques et ses amis, après l'accident qui le transforme en morceau de viande brûlé.
Il souffre dans sa chair, un serpent ronge son âme, son enfance ponctuée de drames le hante.
Elle: Elle se fait appeler Marianne Engel, reste persuadée de vivre depuis 7 siècles, prétend connaître l'ancien acteur de porno, lui affirme qu'il n'en est pas à sa première expérience extrême en matière de flammes. Aujourd'hui sculpteuse de pierre, elle dit donner vie aux gargouilles habitant ses blocs de pierre. Elle s'inflige un travail titanesque, et se souvient du temps ou elle était un génie de la calligraphie allemande.
La construction de ce récit me laisse pantoise: elle me fait penser à ces danseurs sur le fil, qui se tiennent à un haut niveau et évitent les affres d'une chute. Je ne suis absolument pas fan de romans à la Da Vinci Code, j'ai eu peur jusqu'à la fin que l'histoire ne dérape et nous emmène dans des contrées pseudo-fantastiques. Or ici rien de tout cela: l'Enfer de Dante, les légendes sur les éléments, l'Allemagne des érudits émaillent le roman de bout en bout et lui donne une dimension peu courante.
Histoires d'amour, d'aventures, galeries de personnages attachants, ce roman nous fait passer de la réalité la plus crue à la poésie inspirée.
À noter également, la qualité d'écriture et de traduction qui n'enlèvent rien au très grand plaisir de lecture trouvé dans ce livre.
Un site a été développé pour présenter cet ouvrage, lesamesbrulees.fr. Attention, ce site promotionnel ne doit pas faire fuir le lecteur effrayé par les plans médias trop agressifs. Je le répète, ce roman est un petit bijou, violent parfois, voire très saignant quand on découvre par quel processus un grand brûlé est soigné, mais mérite vraiment qu'on s'y arrête.
Excellente lecture à vous!
-Madame-
Les Âmes brûlées
de Andrew Davidson
éd. Plon 2009
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mardi 24 février 2009
Tribulations d'un précaire
Il existe certains boulots qu'on ne peut faire que malgré soi. De ces jobs trop difficiles pour les tenir plus de 3 semaines sans en perdre la raison. De ces postes qu'on ne réclame que l'estomac vide, en attendant des jours meilleurs.Et puis parfois ces emplois s'enchaînent, se donnent la main, nous entraînent dans une lente descente en enfer.
Iain Levison nous décrit dans ses Tribulations sa propre expérience, au sortir d'une fac de lettres totalement inutile (voir dangereuse) pour un CV.
Avec humour, ironie et finesse, il nous invite dans un monde qu'on voudrait croire parallèle, mais qui n'est que trop réel.
-Madame-
Tribulations d'un précaire
de Iain Levinson
éditions Liana Levi, collection Piccolo
2009
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Tribulations d'un précaire
lundi 1 décembre 2008
Qui touche à mon corps je le tue
Trois personnages gravitent autour de l'exécution d'une "faiseuse d'ange". Trois personnes violemment touchées par les conséquences de l'avortement bien avant sa légalisation en France, pour des raisons très différentes.Lucie L., jeune femme à l'enfance remplie de lumière et de l'amour de sa mère, s'avorte en solitaire, loin de son mari envoyé au STO, pendant la guerre.
Marie G., condamnée à mort pour avortements multiples, et donc assassinats aux yeux de la justice française, vit sa dernière journée et revient sur sa vie, les enchaînements qui en ont fait une "sorcière", avant sa mort. Elle sera l'une des dernières femmes décapitées avant l'abolition de la peine de mort.
Enfin, Henri D., héritier de la charge d'exécuteur des hautes oeuvres, s'apprête à obéir aux ordres de l'Etat et à faire passer sur la planche à bascule le corps bientôt sans vie de Marie G., avec tout le professionalisme et les questions qu'il ne se pose plus sur le rôle que lui donne cette charge.
Une journée douloureuse, vécue avec ces trois êtres condamnés d'avance à subir les conséquences de ce qu'ils étaient, sont et sont devenus, dans un état d'esprit très clair et sans concession, dans la plus grande solitude. La violence des actes est dite sans fioritures, sans appitoiements, toute nue.
Un roman cru, touchant, violent mais sans volonté de faire voir l'horreur. Avoir les cartes en main pour réfléchir, et se demander qui des trois personnages nous pourrions être, avortée, avorteuse ou bourreau, et lequel des trois est le plus à plaindre ou à maudire.
S'il y a lieu.
-Madame-
Qui touche à mon corps je le tue
de Valentine Goby
éd. Gallimard 2008
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Valentine Goby
mercredi 19 novembre 2008
Le roman de la Cité Interdite, t.1: Le Mandat du Ciel

Dans la Chine du 17e siècle, un jeune garçon issu d'une famille très pauvre, Tchouen-yun, se fait prédire un avenir des plus fastueux: la vieille sorcière de son village lui assure qu'un jour "tous les trésors existant sous le ciel se trouverait entre ses mains". Elle prédit également à l'ami de Tchouen-yun, Wen-sieou, fils de nobles du même comté, que lui reviendrait "l'écrasant destin de soutenir l'empereur".
De quoi faire rêver les plus cartésiens...
Certains de leur destinée, les deux amis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leur bonne étoile.
A une époque charnière pour la Chine impériale, vieille de quatre mille ans, les deux amis vont prendre des chemins divergents, et éloignés l'un de l'autre vont voir se profiler une ère d'incertitudes et de chaos.
La difficulté de lecture, parfois rencontrée dans certains textes sur la Chine, n'a pas cours ici: Asada Jirô (auteur japonais) nous entraîne dans un ballet d'impressions, de passions et d'évènements historiques.
-Madame-
Le roman de la Cité Interdite,
tome1: Le Mandat du Ciel
de Asada Jirô
éd.Picquier 2008
Certains de leur destinée, les deux amis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leur bonne étoile.
A une époque charnière pour la Chine impériale, vieille de quatre mille ans, les deux amis vont prendre des chemins divergents, et éloignés l'un de l'autre vont voir se profiler une ère d'incertitudes et de chaos.
La difficulté de lecture, parfois rencontrée dans certains textes sur la Chine, n'a pas cours ici: Asada Jirô (auteur japonais) nous entraîne dans un ballet d'impressions, de passions et d'évènements historiques.
-Madame-
Le roman de la Cité Interdite,
tome1: Le Mandat du Ciel
de Asada Jirô
éd.Picquier 2008
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dimanche 2 novembre 2008
L'ombre des voyageuses
Au 18e siècle, dans les Vosges, une jeune femme à la chevelure flamboyante, la Rouge Bête, est accusée du meurtre de deux hommes.Elle fuit pour échapper à la vengeance des habitants de son village avec Cauvin, son ami d'enfance, qui prévoit de traverser avec elle l'Atlantique, en direction du Nouveau Monde.
Mais ce voyage ne se déroulera pas vraiment dans les conditions voulue, la Rouge Bête en sera transformée à jamais. Devenue pirate, milicienne en Louisiane, chef de bande redoutable, elle retournera en France et règlera de vieux comptes, avant de repartir à jamais.
Rien de mieux qu'un tel roman pour rire du snobisme de certains, qui s'amusent à faire passer la drôle de rumeur de la déchéance de la culture française...
-Madame-
L'ombre des voyageuses
de Pierre Pelot
éd. Pocket 2008
-Madame-
L'ombre des voyageuses
de Pierre Pelot
éd. Pocket 2008
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mardi 23 septembre 2008
Daphné disparue
Juan est un auteur espagnol "en vue". Le soir de son anniversaire, un accident de voiture lui fait perdre la mémoire.A son réveil, son premier réflexe est de chercher dans son carnet des indices de son passé. Sa dernière note commence par une petite phrase: "Je suis tombé amoureux d'une inconnue..."
De là tout s'enchaîne. Juan enquête pour savoir qui il est, et de quelle femme il a pu tomber amoureux.
Les hauts personnages du monde des Lettres, des enquêteurs au service des écrivains, des serveurs empressés de restaurants littéraires, des littérateurs du dimanche... un drôle de cirque va envahir la vie de ce pauvre homme, et nous laisse enfin avec un sentiment de paranoïa et de schizophrénie aigüe...
Daphné disparue est une satyre du monde éditorial, soit-disant au service de l'art et des artistes, dans lequel certains grands éditeurs français pourraient sûrement se reconnaître.
Ce monde éditorial mis de côté, Daphné disparue est une lecture plaisante, de détente, qui n'a pas pour vocation que de critiquer un métier, mais de faire passer un agréable moment à son lecteur. Pas LE roman de la rentrée, donc, mais à souligner tout de même...
-Madame-
Daphné disparue
de José Carlos Somoza
éd. Actes Sud 2008
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dimanche 14 septembre 2008
Pour Vous
Delphine se grime, se fait passer pour des disparus, remplace provisoirement des proches, va jusqu'à mettre son corps au service des autres, sous couvert de contrats signés dans sa petite entreprise de service.On lit cette histoire et on se dit que cette femme est barge, mauvaise, que non, ce n'est pas possible, jamais on ne pourrait demander aide et assistance à ce type de personne.
Dominique Mainard sait y faire: l'ambiance indéfinissable de ce roman happe son lecteur, lui donne un curieux goût en bouche, lui fait presque aimer son personnage, pourtant détestable, et lui laisse un souvenir de grand, très grand plaisir de lecture.
J'ai adoré ce roman.
Dominique Mainard m'a offert mon coup de coeur de la rentrée, elle mérite d'être aussi reconnue que les grands noms de la littérature qui hantent les médias en cette fin d'année.
Un conseil? Ne passez pas à côté.
Un conseil? Ne passez pas à côté.
-Madame-
Pour vous
de Dominique Mainard
éd. Joëlle Losfeld 2008
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mercredi 27 août 2008
Le Livre des Nuits
J'ai fait une pause dans la lecture des livres à paraître en cette très prochaine rentrée littéraire, pour me délecter de ce roman. Sombre, poétique, fantastique en bien des passages et pourtant ancré dans la réalité, on découvre avec Sylvie Germain de quelle façon les âmes se façonnent, l'influence des êtres humains sur leur entourage.Il s'agit d'un texte dur, peu de sourires viennent affleurer la surface de cette histoire de famille française, rythmée par les conflits inter-générationnels et mondiaux.
Un jeune garçon, Victor-Flandrin, quitte les eaux calmes des canaux où il a toujours vécu sur le conseil de sa grand-mère, vieille fée bienfaitrice durement touchée par les épreuves qui ont jalonnées sa vie.
Après quelques années passées dans les profondeurs de la terre, après quelques temps d'errance, il arrive un jour au village de Terre-Noire, à la frontière du pays, dans ce coin où la guerre chaque fois s'annonce, et chaque fois se fait cruelle.
La ferme dans laquelle il s'arrime va devenir le nid de sa famille, là où ses enfants, tous jumeaux, vont naître, grandir et apprendre le monde en constante ébullition.
La vie de cet homme, marquée par les guerres de 1870, 14-18 et 39-45, est faite d'amour, de haine, de violence et de pleurs. Et de magie, aussi...
-Madame-
Le Livre des Nuits
de Sylvie Germain
éd. Folio Gallimard 2007
1985
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mercredi 6 août 2008
La mesure du temps
Mamo et Lamamo, frères jumeaux nés en 1974 dans un village du Nigéria, ont un objectif très clair: devenir célèbres. Quel qu'en soit le moyen!L'indifférence de leur père et la haine qu'ils entretiennent à son égard sera leur principal moteur.
On atteint la célébrité de bien des manières, eux choisissent de devenir soldats.
Mais Mamo est malade, seul son frère pourra fuir le village et accomplir son rêve.
Condamné à rester au village, Mamo lit et étudie pour combler l'ennui de journées d'inaction. Devenu professeur , il se lance dans l'écriture d'une Histoire de son peuple et décrit son pays: colonisation, christianisation sont des termes récurrents de cette Histoire, les grands personnages qui ont façonné l'économie et la politique du Nigéria sont souvent des blancs imbus de pouvoir, ou des noirs profitant de situations houleuses. Mamo rencontrera les descendants de ces personnages, et tentera de décrypter les documents qu'on voudra bien lui montrer.
Pendant ce temps, Lamamo traverse plusieurs pays d'Afrique en guerre. Les nouvelles qu'il envoie de loin en loin à son frère présente une autre réalité de l'Afrique, terrible, où la violence au quotidien devient presque anodine.
La mesure du temps nous décrit une Afrique quotidienne, politique, moderne , et éloigne définitivement l'image "Banania" que certains pourraient encore imaginer.
C'est un texte prenant, de ceux qui ne laissent pas insensible et se rappellent à nous à chaque évocation de ce continent.
-Madame-
La mesure du temps
de Helon Habila
éd. Actes Sud 2008
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mercredi 28 mai 2008
Ouest
L'écriture hachée de Vallejo pourrait rebuter. J'ai eu un peu de mal, d'abord, à apprécier cette façon d'écrire.Mais l'histoire est là, derrière, qui vous saisi et ne vous lâche plus:
La famille Lambert, au service du domaine des Perrières, quelque part dans l'Ouest de la France, voit arriver un nouveau maître, l'héritier du château.
Le baron de l'Aubépine. Un homme étrange, brimé toute sa vie par son père, puis par sa femme. Et qui tient sa revanche: la liberté d'action.
Ce qui inquiète un peu les Lambert, d'ailleurs. Car l'homme a de drôles de manies...
Républicain zélé sous l'Empire de Napoléon III, il teste les convictions de son garde-chasse, qui n'en a qu'une: servir le domaine, sans faire d'intrigues.
Ouest est l'histoire de cette famille, sous l'emprise d'un maître difficile à suivre et à cerner, au passé rebelle et au présent trouble.
Roman étonnant, il prend par surprise. On pense lire un récit descriptif, calme et posé comme le Lambert, on découvre des situations inquiétantes, comme ce baron de l'Aubépine.
Roman sombre, déroutant, il a déjà rencontré un très large public, depuis sa nomination au Goncourt 2007. A lire, si ce n'est déjà fait!
-Madame-
Ouest
de François Vallejo
éd. Points Seuil 2008
2007
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mardi 13 mai 2008
La ballade de Baby

Baby vit à Montréal avec Jules, son père. Ils vivent dans une situation précaire, passent d'hôtels miteux en deux pièces pourris, n'ont jamais d'argent en poche, mais se portent un amour immense, plus amical que filial.
Jules n'avait que quinze ans à la naissance de Baby. La mère de celle-ci est décédée un an après, Jules doit donc s'occuper de sa fille, mais la maturité ne fait pas partie de ses qualités.
Comment élever une petite fille lorsqu'on est jeune, insouciant (voire inconscient), fragile, malade, drogué et naïf?
Baby évolue donc dans ce milieu misérable où tous les rêves sont permis, où l'avenir a des frontières, et où la démerde est le maître mot pour s'en sortir.
Adulte bien avant l'heure, au milieu d'enfants et d'adolescents aux histoires similaires, Baby est une enfant intelligente qui raconte sa vie sans pathos, avec lucidité, et avec une façon de trouver de l'optimisme là où il n'y en a plus qui allège beaucoup son histoire.
Ce roman m'a marquée. Il fait partie de ces textes qui reviennent régulièrement en mémoire, et qui ne se laissent pas abandonner dans les méandres de l'oubli...
-Madame-
La ballade de Baby
éd. 10/18 2008
2006
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mercredi 16 avril 2008
Le Montespan
Le marquis de Montespan est le cocu le plus célèbre de l'Histoire de France.Pour la plupart des hommes de la cour de Louis XIV, se faire pousser les cornes par le monarque divin était à quelque chose près un don de Dieu. Fortune, richesse sous toutes les formes, anoblissement rapide de toute la famille sont les premiers avantages qu'obtiennent les maris "honorés" par le souverain solaire.
Louis-Henri Pardaillan de Montespan n'est pas vraiment de cet avis: partager les beautés et la vaillance nuptiale de son épouse n'est pas pour lui plaire.
Devant l'omnipotence du roi, il tentera un certain nombre de provocations, toutes plus rocambolesques les unes que les autres.
Ainsi les parisiens de l'époque ont vu défiler dans les rues un carrosse peint en noir, surmonté de cornes de cerf aux quatre coins du véhicule.
Les mêmes cornes ont rapidement investi le blason familial, au grand dam du fils du marquis, pour qui la bienséance attendue par le monarque était un devoir pour tous les sujets de sa majesté. Notons que le jeune marquis d'Antin n'avait que trois ans...
Mais qu'en est-il de la radieuse marquise? Celle-ci ne se sent plus de joie, elle vide les caisses de l'Etat aussi sûrement que les attributs du roi (si vous me permettez l'expression).
Le pouvoir et l'or semblent mieux lui convenir que l'heureuse misère du pauvre Louis-Henri, malgré l'amour fou que celui-ci lui voue.
Avec beaucoup d'humour, de poésie et de tendresse pour le courageux cocu, Jean Teulé nous dépeint une histoire bien mieux connue du côté de la sulfureuse (et dangereuse) marquise que de celle de son malheureux époux.
-Madame-
Le Montespan
de Jean Teulé
éditions Julliard
2008
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vendredi 1 février 2008
"La chevauchée du Flamand"

Pierre-Paul Rubens était un peintre de génie, reconnu de son vivant. Ses oeuvres étaient recherchées à travers toute l'Europe par les plus grands de ce monde.
Mais Pierre-Paul Rubens n'était pas qu'artiste. Il était également fin diplomate, au service du duc de Mantoue, puis à celui de l'infante Isabelle, archiduchesse gouvernant les Pays-Bas. Celle-ci l'envoya régulièrement dans les plus hautes cours d'Europe, à titre officieux, prendre la température des différents gouvernements.
Des rencontres qu'il fit durant ses voyages, il rapporta bon nombre de commandes.
La plus importante fut celle de Marie de Médicis qui lui demanda de réaliser plusieurs grands panneaux retraçant les différentes étapes de sa vie. Ces panneaux devaient orner son Palais du Luxembourg, aujourd'hui siège du Sénat à Paris.
Jean Diwo nous retrace la vie de l'artiste peintre et des grands personnages de la politique européenne du 17ème siècle. Henri IV, Marie de Médicis, Philippe IV d'Espagne, Richelieu puis Louis XIII apparaissent tour à tour dans ce roman historique, largement renseigné par Pierre de l'Estoile et Charles de Picousa, chroniqueurs zélés de cet époque.
L'écriture de Diwo est toujours aussi entraînante, son texte est très intéressant. On peut néanmoins regretter une empathie un peu pressante: tous les personnages, quels qu'ils soient, ont des airs de bons samaritains. L'auteur leur excuse un peu facilement (à mon goût) leurs travers.
Cette lecture reste un très bon moment, on voyage avec le peintre, on voit du pays, de la lumière, et la fréquentation des cours européennes, plus particulièrement celle de la France, nous apprend de façon ludique bien des détails qui ont façonné la politique de l'époque.
-Madame-
de Jean Diwo
édtions Fayard
2005
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