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mercredi 28 mai 2008

Ouest

L'écriture hachée de Vallejo pourrait rebuter. J'ai eu un peu de mal, d'abord, à apprécier cette façon d'écrire.
Mais l'histoire est là, derrière, qui vous saisi et ne vous lâche plus:

La famille Lambert, au service du domaine des Perrières, quelque part dans l'Ouest de la France, voit arriver un nouveau maître, l'héritier du château.

Le baron de l'Aubépine. Un homme étrange, brimé toute sa vie par son père, puis par sa femme. Et qui tient sa revanche: la liberté d'action.
Ce qui inquiète un peu les Lambert, d'ailleurs. Car l'homme a de drôles de manies...
Républicain zélé sous l'Empire de Napoléon III, il teste les convictions de son garde-chasse, qui n'en a qu'une: servir le domaine, sans faire d'intrigues.
Ouest est l'histoire de cette famille, sous l'emprise d'un maître difficile à suivre et à cerner, au passé rebelle et au présent trouble.

Roman étonnant, il prend par surprise. On pense lire un récit descriptif, calme et posé comme le Lambert, on découvre des situations inquiétantes, comme ce baron de l'Aubépine.

Roman sombre, déroutant, il a déjà rencontré un très large public, depuis sa nomination au Goncourt 2007. A lire, si ce n'est déjà fait!

-Madame-

Ouest
de François Vallejo
éd. Points Seuil 2008
2007

jeudi 7 juillet 2011

Écritures théâtrales - recueil volume 10

Fando et Lis est l'une des premières pièces du théâtre d'Arrabal, l'une des plus belles et des plus émouvantes qui soit. On ne peut que pardonner les excès et les provocations de son auteur quand on reçoit ce texte-là ; peut-être le plus touchant qu'il n'ait jamais écrit. Tout est là, face à nous, toute l'humanité, avec ses souffrances et ses fragilités. Tout l'humain.
C'est l'Amour, l'Amour nu, l'Amour infini, l'Amour le plus profond qu'il nous donne en partage.
Fando et Lis est une pièce bouleversante, d'ordre religieux. C'est une pietà, un chemin de croix qui nous malmène le bide et nous laisse la gorge nouée.

On ne remerciera jamais assez les éditions théâtrales du Grand Sud-Ouest (ETGSO) de l'avoir rééditée dans leur collection de recueils.
D'autant que le choix des textes rassemblés dans leurs compilations permet d'exaltantes (re)découvertes.

Chaque ouvrage présente, après une courte préface, plusieurs pièces de théâtre d'auteurs contemporains.
Le volume 10 accueille cinq dramaturges qui ne laissent pas indifférents. Il couvre une cinquantaine d'années. Théâtre du rire et de la peine, théâtre qui bouscule, porté par le plaisir du texte ! À travers ces quelques compositions, on retrouve l'amour des mots, la force des dialogues. Ce travail du verbe est merveilleux, c'est de l'orfèvrerie ! Il y a une grâce puisée dans la puissance et la justesse des mots, un goût de l'échange ciselé, une épure ! Voilà du grand, du beau travail que l'on prend plaisir à lire à voix haute.

Chaque recueil est une façon de replonger avec bonheur dans le théâtre, le langage, et, par la cérémonie, de revenir au Livre.

Écritures Théâtrales du Grand Sud-Ouest, collection de recueils

- Monsieur -

lundi 20 décembre 2010

La Grande Épicerie.

Aujourd'hui, nous ne parlerons que des coffrets-gadgets. Les ouvrages habillés d'un boitier ou accompagnés d'un CD-DVD restent des produits (que je n'aime pas ce terme ! ) culturels. Quant aux smartbox, bien que vendues en librairie, ce ne sont pas des livres, ce sont des bons d'achats.

Il y a un an, Actualitté avait publié un article fort intéressant sur l'économie du Livre avec un long passage concernant les coffrets. Nous n'avions pas jugé nécessaire d'achever une ébauche que nous avions élaborée sur le même sujet. 
Même période, mêmes effets ; rien n'a changé. L'offre abonde et notre colère se réveille.

Attardons-nous sur les coffrets culinaires nous épargnant ainsi les coffrets plaisir (avec le godemiché format rouge à lèvres ou les menottes de bon goût recouvertes d'une fourrure), le coffret tricot de chez Michel Lafon (avec une pelote de laine pour entamer la manche d'un pull), et son pendant en tricotin chez Flammarion.



Fuyons les coffrets "ballerine" avec le tutu et parfois même les chaussons de danse (chaussons trop grands ou trop petits, chaussons pour décorer les murs ! )












À ce moment, je pense à la déception des enfants qui reçoivent ce genre de cadeau inadapté, au sourire embêté de la grand-mère qui voulait faire plaisir, au garçon qui voudrait être danseur...

Trêve de sentimentalisme ! Passons aussi sur les coffrets massage (avec huile et galets), les coffrets shampooing et soins du corps (sponsorisés par de grandes marques de cosmétiques), passons, passons...
Oublions les coffrets pour les Nuls avec des guitares qui éloigneront de la musique des générations d'oreilles meurtries.

Et demandons-nous pourquoi cet afflux de coffrets en librairie?


Tous les éditeurs s'engouffrent dans la brèche (Larousse, Gründ, Tana, Seuil, SAEP, Marabout, Ouest-France, Flammarion, ESI...), tous les coffrets se ressemblent, fabriqués et souvent conçus par des agences spécialisées, extérieures aux maisons d'édition.
Cela débouche sur une standardisation dans la diversité des choix.

Prenons l'exemple de deux coffrets consacrés aux "recettes" de fruits de mer, l'un chez Gründ, l'autre chez Ouest-France. On retrouve la même pince à crustacés en forme de patte de crabe accompagnée de 4 piques-curettes.




Et l'on pourrait multiplier les comparaisons...


Alors que les publications sur le développement durable et les messages d'alarme sur l'accumulation des déchets (leur traitement fait marcher l'économie mais chut, je m'égare...) fleurissent dans les rayons, les éditeurs se sentent exonérés, dédouanés. Ils encombrent les bateaux, les entrepôts (pas trop), les camions, les librairies (beaucoup).
Qui a parlé d'éthique ?
C'est une façon d'étouffer la concurrence : on écrase, on submerge, on prend la place. Le lecteur de passage devra chercher les livres, derrière, au fond, les commander éventuellement.
Le libraire n'en peut mais. Il est contraint de suivre s'il veut continuer à travailler avec ses fournisseurs sans être pénalisé.
Il subit aussi une forme de chantage à la disponibilité :

les tirages sont limités (Disons que la "mise en place" de départ est importante, voire totale, pour éviter un stockage long et consommateur d'espace chez les fournisseurs), le temps de réimprimer (le plus souvent en Chine), d'acheminer, les fêtes seront passées et le libraire pourrait rater des ventes.

Car il faut être lucide, le client en réclame : du clinquant, de l'imposant, du tape à l'œil. Le livre ne se suffit plus à lui-même. C'est Noël, que diable ! 
Qu'importe le lieu de fabrication, le commerce extérieur, le client se réjouit du cadeau prêt à l'emploi. Il n'y a plus de souci . Emballé, c'est pesé.


Mais posons-nous la question, qu'est-ce qui importe le plus dans l'achat d'un coffret ?
Le gadget ou le livre ? Le livre, alibi culturel ? Ou alibi tout court ?
C'est si peu de chose un livre...

Voyez, pour l'achat d'un cook'in box papillotes, il y a un livre. Un vrai livre en option.



D'ailleurs, qui paierait pour...
Oh, pardon. Je n'avais pas compris :

Un objet manufacturé, la notice d'utilisation accompagnée de quelques recettes, le tout dans un bel emballage... non?! Ce n'est pas possible, dîtes-moi que je me trompe?!

... Oui, je me trompe ! La preuve : le livre vaut souvent plus cher que l'objet qui l'accompagne. Objet qui, soit dit en passant, ne correspond pas toujours aux attentes des clients : je ne me risquerai pas sur le terrain de la qualité des composants mais, quand elle est au rendez-vous, c'est souvent la quantité qui fait défaut.

Le coffret serait donc un produit d'appel ?

On approche du problème.
Prenez vos calculettes et chaussez vos lunettes...


Nous allons terminer sur la partie la plus rébarbative de ce bavardage, elle concerne la TVA et la lisibilité des prix.
En effet, qui sait en achetant tel ou tel coffret ce qu'il achète vraiment, la valeur réelle du livre et de l'objet ?
C'est à mon sens, l'enjeu principal pour lequel devrait se battre le consommateur avisé.


Pourquoi ne pas établir un étiquetage clair en détaillant les prix par catégorie de TVA  ?


Le livre a un prix fixe défini par la loi avec un taux de TVA de 5.5%. Il peut cependant être offert.
L'objet, avec sa TVA au taux de 19.6%, peut être donné mais ne peut pas être vendu en deçà de sa valeur réelle.



Prenons le coffret Pâtisserie : L'atelier gâteaux chez Marabout ; le livre de 72 pages coûte 7.90€, les gros moules valent 17€. Valeur totale : 24.90€

A contrario, le prix du coffret Chantilly Mousses et Cie chez Larousse se décompose de cette façon : le livre est à 37,48€, le siphon en métal à 8.42€. Pour un prix total de 45.90€.


Quand Gründ parle de "matériel offert" au dos d'un de ses coffrets, il y a mensonge car le fournisseur facture au détaillant une double TVA : 75% du prix est rattaché à la TVA du  livre et 25% concerne les ustensiles ( TVA de 19.6%).




 Quand SAEP vend des coffrets avec une TVA unique de 19.6%, c'est que le livre est offert.



Mais quand ce même éditeur applique une TVA de 5.5% sur le coffret Petits Fours, ce sont les emporte-pièces qui sont donnés.


Pourquoi cette différence ? Leur logiciel de facturation n'est-il pas configuré pour décomposer le prix d'un article en fonction d'une double TVA ?
Serait-ce une manière de trouver un équilibre comptable, de couper la poire en deux ? Certains articles à 5.5%, d'autres à 19.6%. On est en droit de se poser la question ?


Quoiqu'il en soit, et c'est ce que nous avons essayé de démontrer, il y a un flou, un manque de clarté et de lisibilité qui nuit au client et à tous les acteurs du marché.


Pour Conclure sans aigreur avant la trêve des confiseurs, arrêtons-nous sur un véritable coffret qui ravira les amateurs :  
The Jedi Path : A Manual for Students of The Force.


 
envoyé par Hooltra.


Ce boîtier destiné à la présentation et à la protection du livre explique en partie le prix de l'ensemble : autour de 99$.

- Monsieur -

dimanche 27 janvier 2008

Cercueils sur mesure


Un matin vous sortez de chez vous, vous partez à la rencontre de votre facteur, vous lui dites un mot gentil, il vous donne votre courrier en souriant puis chacun retourne à son activité.
Sur votre pile de lettres se trouve une petite boîte à votre nom.
Vous l'ouvrez, et vous découvrez à l'intérieur un petit cercueil, tout simple mais aux finitions soignées. Et dans le cercueil se trouve une photo de vous, prise à votre insu.
C'est ce qui est arrivé à plusieurs personnes dans un petit village de l'Ouest Américain.
Tous décédés depuis de mort violente.
Heureusement se pointe un enquêteur assidu, Jake Pepper, qui tente par tous les moyens de savoir QUI vous en veut vraiment. Et pourquoi...
Mais les villageois sont comme les membres d'une même famille. Où les secrets peuvent être lourds... de conséquence...

Entre la nouvelle et le roman, ce texte d'à peine 120 pages nous entraîne dans une enquête au goût relevé. Truman Capote avait habitué son lectorat à une écriture prenante après "De sang froid", porté à l'écran il y a 4 ans, il ne l'a pas déçu avec cette histoire tirée d'un recueil initialement édité sous le titre "Musique pour caméléons".
Que je vais de ce pas me procurer...
À savourer sans modération!

-Madame-

de Truman Capote
éditions Folio Gallimard
2001

dimanche 3 juillet 2011

De l'usage d'Internet et de la librairie.

Depuis une dizaine d'années, les initiatives se multiplient pour valoriser le marché de la librairie et contrecarrer les géants de la vente en ligne. Faute d'apports financiers lourds, la lutte n'est pas égale mais une dynamique est créée. La prise de conscience par rapport à l'utilisation de l'Internet ouvre de nouvelles espérances.

Certains sites marchands offrent ainsi une véritable complémentarité aux librairies physiques, que ce soient  :
des adresses en nom propre avec un vrai travail de rédaction et de bibliographie (la librairie Compagnie, la librairie de la mer et bien d'autres encore... )
des plates-formes qui servent d'intermédiaires et mondialisent la clientèle (AbeBooks pour les  libraires de livres anciens... ).

De leur côté, des municipalités, des départements et des collectivités, ont créé des sites vitrines afin de mettre en avant l'ensemble de leurs librairies (la ville de Caen...).

Certains syndicats professionnels référencent leurs membres autour d'une même adresse (SLAM pour les librairies anciennes... ), des collectifs se créent afin de mutualiser leur force de vente et leur savoir-faire (Librest... ).
Le syndicat de la librairie française a initié le projet de 1001 libraires qui propose, en plus de la recherche de livres, un appareil critique rédigé par des libraires indépendants.

Même une société de service, Tite-Live, a compris l'intérêt de développer un site en ligne : profitant de la mise en réseau de ses adhérents et des capacités de son logiciel de gestion de stock, Place des libraires permet de retrouver et réserver un livre, disque ou DVD, dans le magasin le plus proche de chez soi.


Récemment est apparu le Comité Quartier Latin. Il regroupe autour d'une même adresse des libraires indépendants - "victimes" de leur localisation prestigieuse - pour qu'ils ne deviennent pas les dernières pièces d'une ville-musée.
Présentation du quartier, vie culturelle, théâtres et librairies...
Le maillage est serré, ancré sur le 5ème et 6ème arrondissement de Paris, deux arrondissements qui souffrent de la désertification estudiantine et de la spéculation immobilière.
L'initiative est intéressante à plus d'un titre : elle valorise, par le biais du réseau, les différences et complémentarités de chaque libraire, leurs spécificités. Ce qui est une fragilité (nombreuses petites structures individuelles, spécialisation...) devient un atout.
L'union dans la diversité. L'union face à l'adversité.
Si tout le monde joue le jeu, le principe est gagnant-gagnant, pour le client comme pour le libraire.

Reste à convaincre certains "vendeurs" partenaires que CQL n'est pas un annonceur de plus, une vitrine sur laquelle on appose un nom (je sais, j'ai parfois mauvais esprit).

Quand j'ai découvert l'existence du site, c'était le 17 mai à 5h46, j'ai voulu l'essayer.
C'est mon côté joueur.
Parmi les nombreux livres que je recherche, j'en choisis un qui me tient à cœur : Fando et Lis de Fernando Arrabal.
Difficile à trouver, je n'en connais que l'édition de Christian Bourgois
(Théâtre 1), depuis longtemps épuisée.
Je lance donc une recherche, sans y croire, prêt à maugréer une fois de plus contre le monde du Livre. 

Nous avons bien enregistré votre recherche de livre: « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) »
Les libraires en sont informés et vous proposeront leurs exemplaires sous peu.
Consultez les offres en cliquant ici.
Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.
La recherche est relayée de façon anonyme par le Comité

À 13h46 , je reçois cette réponse inattendue :

Votre demande express « Fando et Lis de Fernando Arrabal (recueil de théâtre 1) ».
Le libraire « PALIMPSESTE » vient de saisir une offre.
Vous pouvez la consulter en cliquant ici. Si vous souhaitez annuler votre demande, cliquez ici.
Si votre recherche est fructueuse et que vous souhaitez stopper les alertes, cliquez ici.

Voici la réponse de la librairie :

Bonjour,

le texte que vous cherchez figure dans un volume publié par les éditions théâtrales du grand-ouest, que nous n'avons pas mais que nous pouvons vous commander. les délais ne sont malheureusement pas aussi rapide qu'ils le sont d'habitude, du fait du caractère très confidentiel de l'éditeur. Si vous nous confirmez votre commande, nous pouvons espérer le recevoir dans environ une semaine.

Dans l'attente de votre éventuelle confirmation de commande,

Sincères salutations.

Illico, je commande l'ouvrage ! Je suis fou de joie !
Non seulement CQL a prouvé son efficacité mais l'équipe de Palimpseste a réussi, par son professionnalisme (transmission du savoir, qualité de la réponse), à capter un lecteur et l'amener à elle.

Chapeau bas !


Une semaine plus tard, après un courriel du libraire confirmant la réception de mon livre, je me rends au 16 rue Santeuil.
Je découvre une librairie universitaire qui semble sortie des années 70. N'allez pas y chercher de fioritures, il n'y en a pas. Par contre, il y a du choix, de la "bibliodiversité", des livres intéressants et de nombreuses revues (sciences humaines, littérature, cinéma... ).

- Monsieur -

jeudi 12 août 2010

Les Braises

Une amitié entre deux hommes qu'on croyait indéfectible a été mise à l'épreuve, et a cédé. Brutalement. Ont suivi quarante et une années et quarante-trois jours avant qu'ils ne se revoient.

L'un de ces deux hommes, Henri, est le fils d'un militaire magyare, lui-même capitaine des armées. Soutenu par une famille de sang bleu, riche, c'est un homme enraciné dans son château hongrois, passionné de chasse et profondément blessé par cette amitié perdue. Il en a fait sa seule raison de vivre, et espère pouvoir se venger.

Conrad, lui, est issu d'une famille pauvre de Galicie. Placé enfant à l'École Militaire de Vienne, il y rencontre Henri, et fait lui aussi carrière dans l'armée malgré un tempérament plus mélancolique et une passion dévorante pour la musique.
Fier et orgueilleux, il ne doit rien à personne. Il s'est fait tout seul, et s'est détruit tout seul.

Leur fin à tous les deux est proche mais, avant de mourir, ils savent qu'une explication est nécessaire, qu'ils ont besoin de se revoir une dernière fois pour vider leur sac, partir l'esprit tranquillisé.
Cette rencontre aura lieu au château d'Henri, remis en ordre, comme au dernier soir passé ensemble, par la précieuse (et très vieille) Nini, soutien maternel du vieux châtelain.

L'ambiance est masculine, sombre comme un sous-bois dense, pleine du faste révolu de la noblesse austro-hongroise. Elle laisse sourdre la douleur du passé, la nostalgie de l'Empire d'Autriche-Hongrie dans une Europe bousculée par les guerres mondiales qu'on aperçoit en filigrane. Elle me fait penser à certains romans de Stefan Zweig, ou encore à Ouest de François Vallejo.

Écrit dans une langue précise et sûre, ce petit roman fait partie des classiques de la littérature des pays d'Europe Centrale, interdit dans son pays jusqu'en 1990. Les descriptions ne représentent qu'une petite partie du texte, plutôt orienté vers les personnages, mais on s'imagine tout à fait les décors de cette histoire.

Le huis-clos entre les deux vieillards n'est pas étouffant, contrairement à d'autres romans construit sur le même principe, les flashbacks laissant le lecteur vagabonder vers d'autres lieux, très éloignés de cette forêt ; c'est un roman prenant, qu'il faut pouvoir lire rapidement pour mieux savourer le mystère de cette longue séparation.

À découvrir d'urgence, avant de se pencher sur les autres textes de Sàndor Màrai. Ce que je m'empresse de faire !

- Madame -

Les Braises
de Sàndor Màrai
éd. Le Livre de Poche
2003

lundi 5 mai 2008

Les aventures oubliées du baron de Münchhausen


Le baron de Münchhausen a été fait prisonnier.
Après tant d'aventures extraordinaires, il est vendu comme esclave, quelque part en Orient.
Son nouveau maître, trop heureux d'être tombé sur ce légendaire soldat, lui propose un marché: il devra lui narrer ses histoires et lui faire croire en leur vérité, ou être exécuté le lendemain, dès l'aube.
En une nuit, le baron va décrire des rencontres inédites à peine croyables, des paysages fabuleux, et toujours avec cette foi intact en l'amour, en l'aventure, en son courage et en la vie, sa vie.

L'auteur et illustrateur de cette bande dessinée, Olivier Supiot, nous offre des planches de toute beauté et un scénario qui colle parfaitement à l'oeuvre de Bürger.
Pour ceux qui n'auront ni lu le livre original, ni vu le film, je leur conseil non seulement de découvrir la bd de Supiot, mais de lire le texte de Bürger et de voir le film de Terry Gilliam: il y a là matière à rêver!

-Madame-

Le aventures oubliées du baron de Münchhausen,
Vol. 1: Les orientales
de Olivier Supiot
éd. Vent d'Ouest
2008

mercredi 11 janvier 2012

Les conséquences des forages pétroliers : il faut le voir pour le croire

On entend de plus en plus régulièrement parler de gaz de schiste. Attendu comme le messie par les industriels pétroliers, tels Total ou Hess, il est censé sauver notre pays de la dépendance énergétique qui est la nôtre tout en créant un nombre louable d'emplois. Alleluia.

Mais un autre son de cloche résonne de plus en plus fort, au point d'inquiéter très vivement les populations, et par ricochet la classe politique. On polluerait notre eau, nos terres, au point de voir se réaliser concrètement sous nos yeux ébahis la terrible prophétie des écologistes endurcis, prévoyant que nos enfants risquent fort de ne jamais savoir à quoi ressemble un arbre, un oiseau insouciant ou un petit coin de potager. 
Comment faire le tri dans tout ça ?

Petite définition : le gaz de schiste, la fracturation hydraulique, qu'est-ce que c'est ?

Depuis plus de 60 ans, le gaz et le pétrole sont extraits de nos sous-sols par forage. La plupart de ceux-ci sont dits "conventionnels" : on fore un trou vertical sur quelques centaines de mètres, on puise le gaz ou le pétrole présent dans des poches creusées dans la roche, et on remonte le tout à la surface pour traitements divers.

Pour creuser ces trous, des derricks sont installés, qui supporteront les trépans (outils de forage), ceux-ci forent le sol jusqu'au niveau souhaité. Pendant le forage, une boue, conçue à partir d'eau, de sable argileux et d'un mélange détonant de produits chimiques, est injectée sous haute pression.

Cette boue a plusieurs objectifs : refroidir le trépan pour éviter la surchauffe, consolider les parois du trou, attaquer la roche, remonter ces déblais, qui seront analysés par des géologues pour connaître le potentiel en hydrocarbure du site foré, et permettre d'équilibrer la pression pour éviter des remontées trop brutales d'eau, de gaz ou de pétrole. 
Ces trous sont ensuite tubés par des cylindres de ciment.

(source : www.planete-energies.com, site Internet de Total).

Les forages dits "non conventionnels", eux, permettent d'atteindre la roche de schiste située à plus de 2000 mètres de profondeur. Dans cette roche est piégé le gaz qui intéresse tant nos pétroliers. 

Même principe de forage, sauf que la quantité de boue est bien supérieure, et que ce mélange risque à tout moment de s'échapper des conduits de ciment, de se balader dans le sous-sol terrestre et d'atteindre les nappes phréatiques. 
On les appelle des forages par fracturation hydraulique parce qu'arrivés au niveau du schiste, la pression de la boue couplée à une charge explosive placée au bout du forage vertical doit percer la roche de schiste à l'horizontal. En explosant, ce mélange fracture la roche et libère le gaz emprisonné dans la roche. 

L'eau hautement polluée ne remonte pas intégralement, entre 50% et 80% reste sous terre, et s'échappe par les micro-fissures créées par l'explosion. Celles-ci ne peuvent se reboucher à cause du sable contenu dans le liquide envoyé sous terre.

En plus de cela, des fuites peuvent se former dans les tubes de ciment utilisés pour le forage vertical, et laisser le liquide rejoindre la nappe phréatique.

L'animation proposée sur le site d'Owni est largement plus parlante que n'importe quel manifeste, je vous laisse la découvrir :



Une loi a été votée, des politiciens bienveillants veillent au grain, alors pourquoi s'inquiéter ?


Parce que les textes de lois n'interdisent en rien la recherche, et que les études utilisent la même procédure que l'extraction.

Donc pas d'inquiétude, si les politiciens veillent au grain... les foreurs ne sont pas loin non-plus.


Quand Zaza lève le petit doigt...

Nous avons appris que le préfet de Seine-et-Marne a autorisé la société Zaza Corporation (ce nom pourrait faire sourire s'il ne cachait pas des choses aussi graves), née de la fusion de Toreador et Hess, à forer 14 ouvrages de surveillance de la nappe phréatique de Champigny, sensément pour analyser sa qualité. Celle-ci fournit une large partie de l'Ile-de-France en eau.


Des pétroliers seraient donc qualifiés pour analyser l'eau ? Sur leurs propres deniers ? Ne serait-ce pas une façon d'obtenir des permis de forage ?
Disons qu' ils préparent simplement des forages par fracturation hydraulique, et doivent faire précédemment des enquêtes de terrain.



Il y a quelques mois, le 1er octobre exactement, s'est tenu un rassemblement contre ces forages à Blandy les Tours, charmant village du sud-ouest de la Seine-et-Marne. Là-bas, la société pétrolière canadienne Vermillon a rouvert des puits conventionnels, et a balancé pour cela un certain nombre de produits toxiques dans les sous-sols. (voir l'article du Collectif départemental 77 plus détaillé).


Organisé à la va-vite, ce rassemblement était décevant. Peu de personnes présentes (à peine 300 selon ma propre estimation), des médias sous-représentés, et aucun représentant politique de niveau national.
On était loin de la manifestation de Doue (77) le 5 mars 2011, et encore plus loin de celle du Larzac depuis que les questions environnementales contre les lobbys industriels existent.


Et pourtant, ce que j'ai vu à Blandy les Tours ce samedi 1er octobre m'a fait frémir.

Sachant qu'une image vaut mieux que tous les longs discours, les organisateurs nous ont emmenés voir un forage conventionnel, nommé "Cluster 3" par la compagnie pétrolière.


"Conventionnel" veut dire que c'est un forage classique, n'utilisant pas la technique de la fracturation hydraulique contre laquelle on se bat. Et pourtant, les dégâts sur la nature sont déjà considérables...


Séparée du site de forage par un petit chemin pédestre, à moins de 10 mètres, se trouve la petite mare que les organisateurs du rassemblement veulent nous montrer.




De loin, on voit un bouquet d'arbres un peu jaunâtres (on est le 1er octobre, pas grand-chose d'étonnant à cela). On s'approche, on regarde à travers cette ceinture de feuillus pour découvrir le point d'eau.


Là, effroi.


On a tous en tête les images de films catastrophes américains comme La Route, où les paysages semblent dévastés, où toute vie a disparu.


On se remémore des chansons alarmistes comme celle de Mickey 3D, Respire.


On se repasse en tête le film documentaire de Gasland.


Après une première rangée d'arbres encore feuillus, on découvre un point d'eau épais, une mare d'huile couleur vert pas clair, d'où émane une odeur pestilentielle, inquiétante.



Cette mare est en fait constituée de deux petits points d'eau séparés par un amas d'arbres morts et de terre spongieuse. Le point le plus proche du forage est le plus inquiétant : l'eau ne bouge pas, ne vit plus, stagne, et donne une impression d'épaisseur visqueuse pas très ragoûtante.




Ceux qui fument à proximité sont priés, avec humour, d'éteindre leur cigarette.
Les organisateurs nient toute responsabilité si des baigneurs sacrément allumés souhaitent s'y rafraîchir. Et on les comprend :


Dans un périmètre de 3 mètres autour de cette mare au diable, plus de végétation, plus d'animation : les arbres sont morts, n'ont plus d'écorce et les branches les plus fines sont tombées depuis belle lurette. Un tronc totalement nu de plus de 6 mètres de haut domine le lieu. Vision d'apocalypse.







Entre la mare et le site de forage, un gros tuyau passe sous le chemin de terre, d'où peuvent se déverser des eaux polluées provenant directement des puits de pétrole. Et on se demande qui est propriétaire de ce bout de terrain, de cette petite mare morte.

On imagine avec des sueurs froides ce qui arrivera quand les produits utilisés pour la fracturation hydraulique autour de Blandy et dans nombre de forages en Ile-de-France et partout ailleurs ( le Monde entier est concerné), se seront infiltrés dans les sources, se jetteront dans les nappes souterraines et remonteront dans les terres et les cultures...

Au fait, quid des betteraves qui poussent autour de ce forage ?

Au Québec, fortement concerné par la fracturation hydraulique, des artistes se sont mobilisés et proposent cette vidéo :






En 2011, la mobilisation en France et en Europe a permis de faire reculer les industriels d'un petit pas. Les sociétés Toreador, Hess, Vermillon, Shell et consorts ont été mises sur le devant de la scène, à l'insu de leur plein gré.

N'oublions pas Total, qui a fait appel en France de l'interdiction de forage par fracturation hydraulique (autorisé par Jean-Louis Borloo quand il était secrétaire d'État à l'écologie ), et qui vient d'acheter des parts dans l'extraction de gaz aux USA.


N'oublions pas non-plus que ces forages non conventionnels ne concernent pas seulement l'Europe, le Canada et les États-Unis, mais aussi l'Océanie, l'Afrique et l'Asie.


Pour compléter ce billet, je conseille la lecture du livre de deux journalistes indépendants, Marine Jobert et François Veillerette , Le vrai scandale des gaz de schiste publié en 2011 aux éditions Les liens qui libèrent.

 - Madame -