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mardi 28 septembre 2010

La sanction

Je ne connaissais pas Trevanian avant d'avoir ouvert La Sanction. C'est chose faite, et je ne suis pas prête de l'oublier :

Jonathan Hemlock, professeur reconnu de Beaux-Arts et alpiniste émérite, est employé régulièrement par le CII, section des services secrets américains assez minable, pour venger les agents "morts au combat". Assassin redoutable car sans scrupule et d'une intelligence qui confine au génie, il a deux désirs que le CII utilise pour le faire chanter : accumuler un maximum de tableaux de grands maîtres, volés aux plus grands musées du monde, et éliminer définitivement les rares amis qui l'ont trahi.
Il est ainsi contraint d'accepter une mission à haut risque : il doit accompagner une cordée d'alpinistes, dont l'un d'entre eux doit être "sanctionné" lors de l'une des ascensions les plus dangereuses au monde : la face nord de l'Eiger. La mission est d'autant plus compliquée qu'il ne connait pas l'alpiniste à éliminer. Sa cible, elle, l'a repéré...

Le cynisme du personnage, ses descriptions au vitriol des personnalités croisées, son sérieux et son humour en font un personnage vraiment intéressant, sinon attachant ; quant à l'alpinisme, sujet que je ne connaissais pas, ou de très très loin (de plus loin encore que ces "Oiseaux de l'Eiger"), Trevanian nous l'aborde avec un tel plaisir qu'on ne peut qu'admirer l'exploit de ces sportifs et la beauté des paysages décrits, en Suisse comme aux États-Unis.

Roman sur les grands espaces (grande spécialité des éditions Gallmeister) c'est avant tout un polar à l'humour très fin, à la construction et à l'écriture sûre et bien menée.

La sanction a fait l'objet d'un film éponyme en 1975 de Clint Eastwood, qui y joue le rôle de Hemlock.

- Madame -

La sanction
de Trevanian
coll. Totem
éd. Gallmeister 2010

samedi 23 janvier 2010

Quai des enfers

Le cadavre d'une femme est découvert de nuit par la Brigade fluviale de Paris dans une barque amarrée à l'escale du 36, quai des orfèvres. L'affaire n'est pas banale, et mobilise aussi bien la Fluviale que la Brigade criminelle.
La victime, belle, élégante jusque dans la mort, était l'égérie d'un parfumeur. Celui-ci, ami de toujours d'un cadre de la Criminelle, est soupçonné.
Peu à peu l'horreur tisse sa toile sur le fleuve et ses abords ; ses adeptes se soucient plus d'esthétisme macabre que de l'Histoire des lieux.

Évoluant à merveille sur la Seine, théâtre sombre de meurtres violents, Ingrid Astier nous séduit par un grand nombre d'informations sur Paris, les parfums, le milieu de la mode underground, et par la franche camaraderie des équipes des deux brigades. Je regrette même de n'avoir pas noté les anecdotes qui enrichissent ce polar!

Noirceur, vocabulaire professionnel, langage parfois argotique des personnages... On comprend que l'auteur a baigné dans le milieu policier et s'est largement documentée avant de plonger dans l'écriture de ce roman noir : pour toutes ces raisons, Quai des enfers nous offre un vrai plaisir de lecture.

Un bémol toutefois : des facilités de langage sont parfois relevées (répétitions...); parfois même, ses anecdotes culturelles pourtant intéressantes alourdissent le texte, donnent l'impression que l'auteur voulait placer une info à tout prix, juste pour le plaisir de la partager avec ses lecteurs : attention agréable, mais qui ne colle pas toujours avec l'histoire.

Mais qu'à cela ne tienne : il s'agit d'un premier roman, qui laisse augurer de belles pépites de la part d'Ingrid Astier... Je le redis, j'ai aimé ce roman, son cadre noirci d'un Paris que je ne connaissais pas ainsi et ses personnages hauts en couleurs.


- Madame -

Quai des enfers
de Ingrid Astier
Éditions Gallimard
Collection Série Noire 2010

mercredi 6 août 2008

La femme en vert

Dans un quartier en construction aux abords de Reykjavik, des enfants découvrent des ossements.
Le commissaire Erlendur Sveinsson, secondé par ses collègues Elinborg et Sigurdur Oli, enquête sur les causes de la mort de leur propriétaire. Cette recherche va faire remonter à la surface une sordide histoire de famille, vieille de plusieurs dizaines d'années:

Sous la violence de son mari, sous la chape de peur, intense, que celui-ci a abattu sur sa femme et ses enfants, une mère de famille tente de survivre, dans la crainte constante de se faire à nouveau tabasser, insulter.
Indridason fait résonner chaque cri de cette mère au plus profond de nous, chaque baffe nous frappe de plein fouet, chaque regard terrorisé des enfants vers leur mère nous flanque des frissons d'angoisse.
On retrouve ainsi en parallèle l'enquête du commissaire islandais et de son équipe, puis l'histoire de ses hommes et de ses femmes profondément marquées par la solitude et la famille plus que présente.

Arnaldur Indridason se plaît à nous démontrer l'importance de la Grande Histoire sur la petite, et d'un environnement difficile sur l'état d'esprit des Islandais. Au travers de son personnage central, Erlendur, qui subit lui aussi les affres de la paternité et de la vie en couple ratée, on visite une Islande noircie, sombre... et pourtant très attirante.


-Madame-

La Femme en vert
d'Arnaldur Indridason
éd. Points Seuil 2007
2001

jeudi 26 juin 2008

Rituel

Deux mains fraîchement coupées sont retrouvées dans un port.
Avec l'aide de Dundas, son coéquipier, et de Caffery, tout juste débarqué de Londres à Bristol, Flea part à la quête du propriétaire de ces mains.

Des rites chamaniques africains, des enquêteurs au passé lourd, des victimes de la drogue devenues des victimes de malades tortionnaires, tous les ingrédients y sont pour en faire un bon polar, sanglant et inquiétant.

Sauf que Rituel ne m'a pas convaincu.
Une héroïne en deuil qui semble porter le monde, un commissaire violent qui ne pense qu'à la mort et à la rédemption, de petits africains qui parlent couramment le "Ya bon Banania", une froideur générale que je n'arrive pas vraiment à expliquer, et l'utilisation de clefs déjà trop souvent affectées à ce type de roman, font du dernier ouvrage de Mo Hayder un polar peu satisfaisant, à mon goût.

Je reste donc sur ma faim, mi-figue mi-raisin, et pars de ce pas à la recherche d'un prochain texte plus envoûtant...

-Madame-

Rituel
de Mo Hayder
éd. Presses de la Cité
2008

dimanche 27 janvier 2008

Cercueils sur mesure


Un matin vous sortez de chez vous, vous partez à la rencontre de votre facteur, vous lui dites un mot gentil, il vous donne votre courrier en souriant puis chacun retourne à son activité.
Sur votre pile de lettres se trouve une petite boîte à votre nom.
Vous l'ouvrez, et vous découvrez à l'intérieur un petit cercueil, tout simple mais aux finitions soignées. Et dans le cercueil se trouve une photo de vous, prise à votre insu.
C'est ce qui est arrivé à plusieurs personnes dans un petit village de l'Ouest Américain.
Tous décédés depuis de mort violente.
Heureusement se pointe un enquêteur assidu, Jake Pepper, qui tente par tous les moyens de savoir QUI vous en veut vraiment. Et pourquoi...
Mais les villageois sont comme les membres d'une même famille. Où les secrets peuvent être lourds... de conséquence...

Entre la nouvelle et le roman, ce texte d'à peine 120 pages nous entraîne dans une enquête au goût relevé. Truman Capote avait habitué son lectorat à une écriture prenante après "De sang froid", porté à l'écran il y a 4 ans, il ne l'a pas déçu avec cette histoire tirée d'un recueil initialement édité sous le titre "Musique pour caméléons".
Que je vais de ce pas me procurer...
À savourer sans modération!

-Madame-

de Truman Capote
éditions Folio Gallimard
2001

lundi 21 janvier 2008

L'aliéniste


Au XIXème siècle, des enfants sont retrouvés morts mutilés sur le port de New-York. Immigrés, prostitués, sans papiers (?!), leur sort indiffère les pouvoirs publics.
Classique pourrait-on dire, réaliste. Nous sommes dans un roman policier où il n'y a ni coups de feu ni agitation décérébrée. Caleb Carr nous décrit un New-York à la Dickens relevé de quelques scènes d'une précision à modifier le cours d'une digestion fragile. Il nous plonge dans un univers sombre et sordide passant de la misère glauque des bas quartiers à la veulerie crasse de la haute société.
Dans ce monde cloisonné, il n'y a pas d'échappatoire pour les pauvres. Seul un espoir apparaît: Théodore Roosevelt, nouveau préfet de police charge Laszlo Kreizler, un aliéniste, de mettre un terme à ces atrocités. L'homme doit aller vite pour éviter de nouveaux meurtres. Il n'a pas d'armes. Il raisonne, travaille par déduction, par empathie. Aliéniste, il essaye de comprendre le cheminement du (ou des) tueur(s), de cerner sa (ou leur) personnalité. La traque est haletante.
Kreizler nous entraîne, avec ses acolytes, sur des pistes incertaines. Il tâtonne, partagé entre l'assurance de sa démarche et l'incertitude des résultats. Ses hésitations, ses réflexions le rendent profondément humain d'autant qu'il doit lutter contre les a priori vis-à-vis de ses procédés. En effet, ses méthodes sont novatrices dans l'utilisation des sciences et de la psychanalyse au service d'une enquête. C'est une époque charnière, un monde en mutation. Pourtant, rien ne change fondamentalement: l'être humain est toujours le même au delà des époques et des races, terriblement prévisible.

Pour ceux qui, comme Kreizler, pensent que le parcours d'un homme peut influer sur son œuvre, les biographes de Caleb Carr insistent sur une enfance marquée par un père écrivain et violent (accusé du meurtre d'un homosexuel un peu trop pressant) et par les fréquentations de ce dernier: Burroughs, Kerouac, Ginsberg... Est-ce une excuse pour écrire un roman aussi prenant? Je vous laisse juge.

-Monsieur-

de Caleb Carr
éditions Pocket
1999