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jeudi 14 avril 2011

De la nécessité d'un printemps arabe dans les métiers du Livre.

Épargnés dans un premier temps par les effets de la crise financière, les métiers du Livre ne peuvent plus y échapper. Les gens achètent moins. Certaines causes paraissent évidentes, d'autres sont ciblées depuis longtemps. Mais, pourquoi cette accélération du phénomène,
pourquoi cette accentuation ?

Quelques raisons simples :

- Le manque de temps que chaque individu peut accorder à la lecture. La possibilité de solitude : pouvoir s'isoler dans une société au rythme de vie effréné devient un luxe.
- Le manque de place dans des pays de plus en plus urbains (pour ceux qui sont attachés à l'objet livre, qui le conservent). Dans le même ordre d'idée, l'accumulation de livres est un handicap à la mobilité.
- Le manque de concentration nécessaire à la lecture dans une société où les problèmes de stress et de burn out sont des phénomènes majeurs. L'épuisement des individus empêche de lire, de comprendre une idée, de suivre un raisonnement, une réflexion. Combien de fois avons-nous
entendu : "j'aime bien lire, mais ça m'endort." (on peut d'ailleurs s'interroger sur une volonté politique à cet état de fait)
- La perte de l'habitude. La lecture est une gymnastique qui demande, au départ, un effort : "ça m'prend la tête !"
- Le manque d'argent avec la baisse évidente du pouvoir d'achat d'une large partie de la population.

D'autres raisons (discutables) sont internes au fonctionnement des métiers du Livre :

- Parmi celles-ci, il y a le prix des livres :
le livre de poche autour de 8 euros, le roman ou l'essai en nouveauté autour de 22... même si, au regard du travail et du matériau, le prix peut se justifier, au regard du pouvoir d'achat de chaque individu, il devient vite prohibitif.
D'un autre côté, les titres qui connaissent des baisses de prix, des déstockages sont de plus en plus nombreux, au risque pour l'éditeur de voir l'acheteur potentiel attendre cette démarque pour passer à l'acte. Avec l'impression pour ceux qui voient un livre à moitié prix (alors qu'ils l'ont payé au prix fort) de s'être fait avoir.
Malgré la loi sur le prix du Livre (celui-ci est fixé, unique), la revente rapide (notamment des services de presse) à des prix "abordables" (deuxième main) fausse la valeur réelle de l'objet.

- Le système d'office (nouveautés reçues par le libraire et retournables dans un délai d'un an en échange d'un crédit) est à la source d'un véritable malaise (en créant une surproduction pour couvrir les crédits sur retour) :
Plus il y a d'invendus, plus il y a de retours donc de crédits. Pour couvrir ces crédits et encaisser des dividendes, le distributeur doit augmenter sa production et proposer plus de livres au libraire.
Ce système de cavalerie ne permet plus aux éditeurs ni aux libraires de travailler correctement sur le fonds.
 
- De nombreuses séries sont abandonnées, des collections restent inachevées si elles n'atteignent pas immédiatement un seuil de rentabilité, et ce, sans ménagement ni égard pour le lecteur.

- La partie la plus visible de l'offre est insipide, consensuelle, affadie. Toute provocation, tout excès est cadré, calibré, autocensuré. Une grande part de la production est une resucée de ce qui marche chez le voisin.
Non seulement, il y a une impression de formatage et de déjà vu mais de nombreux livres ne sont plus réimprimés ou restent indisponibles alors même que leurs auteurs sont vivants !
D'une façon générale, il se dégage pour le lecteur (et les non lecteurs) une impression de mépris et de morgue... un ennui profond  par rapport au livre.

Une des causes probables de cet état de fait est que les grandes et moyennes surfaces coupent l'herbe sous le pied des petites structures en vampirisant les meilleures ventes sans prendre le risque de mettre en avant un auteur ou un éditeur pointu ou jugé difficile.

Devant l'offre pléthorique qui lui est proposée, le lecteur potentiel se trouve esseulé. Il n'y a plus de prescripteurs.
- En librairie ? Le libraire est de plus en plus remplacé par des vendeurs-manutentionnaires.
- Dans les médias ? La critique se laisse aller à la facilité en reprenant les communiqués de presse via des "couper-coller" et rares sont les plumes que l'on relit bien des années après (Vialatte, Fallet... )
- Il y a trop de copinages, de renvois d'ascenseurs et d'échanges de "bons procédés" pour pouvoir faire confiance à "l'Institution".

Une fois les problèmes posés, quelles solutions, quelles réflexions apportées pour sortir de l'ornière ?

- Éviter une législation trop stricte car les règles édictées pour protéger les petites structures et préserver l'indépendance du Livre ont été utilisées au profit d’appétits commerciaux et détournées de façon avantageuse par les grands groupes (marge, échéance, retours-crédits... ).

- Comparer ce qui se fait dans d'autres secteurs, que ce soient les plus évidents en proximité (la presse, le cinéma, l'industrie du Disque...) ou d'autres plus inattendus (l'agriculture par exemple comporte dans ses structures et son fonctionnement de nombreuses similitudes avec le milieu du Livre : le rapport avec les grandes surfaces, l'encadrement des prix, quelques gros producteurs pour une pléthore de petits qui peinent à survivre... ).

- Observer ce qui se passe à l’Étranger.
En Afrique, avec le développement du marché des smartphones, le coût de fabrication d'un livre, les marchés parallèles, le rapport de l'écrit et de l'image vis à vis de l'oralité et de l'analphabétisme...
Aux USA, avec la baisse des ventes du livre de poche, la suppression des suppléments littéraires dans la presse...

- Analyser les nouvelles formes de lecture (comportement par rapport au texte) :
via les nouveaux supports,
le mélange des médias sur un même support,
l'échange et le partage sans flux financier,
l'internationalisation des médias,
la technique de piochage, de zapping, le besoin de rapidité...

- Donner le goût du Livre ; s'interroger sur les raisons pour lesquelles les enfants décrochent de la lecture au niveau du primaire, essayer de dépasser le fait selon lequel ils seraient trop "sollicités" par d'autres activités.

-Valoriser la pensée, le livre et le lecteur. Travailler l'image "Livre" au sein de la société en mettant en avant certains éditeurs, auteurs, grands lecteurs - des voyous magnifiques, des femmes d'envergure - en cassant le mythe de l'intello imbu de lui-même et recroquevillé sur son ego.

- Redonner sens au corps et à l'esprit. Développer le corps sans négliger l'âme. Refuser la superficialité et l'uniformisation. Accepter le débat.

Quelques conclusions hâtives...

Longtemps préservés de la folie libérale, les métiers du Livre sont passés aux mains des commerciaux tout en bénéficiant d'une législation semi protectrice et en conservant un vieil esprit que l'on pourrait qualifier (même si le terme est dévoyé) de paternaliste. Le Livre a besoin de temps, le commercial fait des coups, doit aller vite ; deux logiques s'opposent.

Il y a un parallèle possible (même si les raccourcis sont dangereux et excessifs) entre nos États vieillissants, sclérosés, corrompus et népotiques et les métiers du Livre.

Les métiers du Livre ne peuvent se régénérer qu'en se confrontant à d'autres milieux, d'autres sphères. Pour faire surgir des étincelles, il faut se frotter, sortir de cet univers clos d'où l'on n'a pas le recul nécessaire pour redonner vie ( visibilité à ceux qui s'y emploient actuellement) et envie aux citoyens du Livre. Au delà de l'ouverture à l'Autre, à l'étranger (au milieu éditorial), il faudrait le faire rentrer, l'accepter avec ses différences et ses complémentarités.


 Ce texte est un pêle-mêle d'idées qu'il serait juste de nuancer ou d'approfondir même s'il cerne, je pense, une partie des questions que se posent les amoureux du Livre.

- Monsieur -

jeudi 6 janvier 2011

Nouvel an et gueule de bois.

D'après un sondage BVA-Gallup, les français sont les champions du pessimisme. Ce n'est pas aujourd'hui que nous démentirons ce titre de gloire. On sera au moins les champions dans un domaine.

L'année 2010 aura rimé avec les restrictions budgétaires.
De nombreuses associations (notamment culturelles) en ont fait les frais.
Pourtant, malgré certains abus, l'argent public dépensé dans l'éducation et l'accompagnement évite, dans bien des cas, la répression future des citoyens perdus.

Livres au Trésor faisait partie de ces équipes qui effectuent un travail admirable en faveur de la lecture et de l'enfance, dans un département, de surcroît, qui en a bien besoin (Seine-Saint-Denis). C'est fini.
Nous vous invitons à consulter leur site avant la fermeture de celui-ci et à conserver leurs dossiers PDF qui sont d'une qualité exemplaire.


Dans le même temps,
Actualitté, le site d'informations, gratuit et indépendant, consacré au Livre, annonce la fermeture du Comptoir des Indépendants. Difficile mais guère surprenant. En espérant qu'il n'y ait pas trop de dégâts pour les éditeurs diffusés...


Peu de gens, hors du cercle éditorial, connaissent la situation des salariés du Livre. C'est pourquoi nous relayons le énième appel votif des partenaires sociaux pour l'ouverture d'un dialogue avec le SNE.

Lettre ouverte à Antoine GALLIMARD
Président du Syndicat national de l'Édition



Paris, le 5 janvier 2011

Monsieur le Président,

Notre déception est profonde en ce tout début d’année 2011 de constater que vos six premiers mois de présidence à la tête du SNE n’ont en rien modifié les pratiques, ni les desseins de votre organisation professionnelle à l’égard de l'intersyndicale de la branche et des salariés qu’elle représente.

Pour le SNE, la dimension sociale demeure à l’évidence la dernière de ses préoccupations !

Pourtant, lors de notre rencontre du 22 septembre 2010, après votre élection à la tête du SNE, les organisations syndicales avaient pu espérer, sur la base de vos propos, que vous ne laisseriez pas un sujet de négociation aussi important que la nécessaire revalorisation des salaires minima conventionnels enterré dans la situation de blocage et d'échecs subis depuis des années.

Au cours des trois dernières années, la délégation du SNE a fait pression sur l'intersyndicale pour obtenir la suppression de la garantie annuelle de salaire, équivalent d'un treizième mois conventionnel. Or, il s’agit là de l’un des rares et derniers acquis pour les salariés de l’Édition qui n’a pas été supprimé à l’occasion des dénonciations en série de la convention collective par le SNE !
Le chantage permanent du SNE pour obtenir la suppression de cette garantie annuelle contre un relèvement des grilles de salaires minima aboutit aujourd’hui à ce que l’ensemble des niveaux conventionnels des employés et deux niveaux des agents de maîtrise et techniciens se situent sous la barre du SMIC, ce qui est indigne de notre branche.

Lors du comité de suivi national de la négociation salariale de branche, le 25 novembre 2010, l’Édition a été signalée par la Direction générale du travail comme l’un des deux plus mauvais élèves parmi toutes les branches professionnelles. Un tel état de fait, très nuisible non seulement aux salariés mais aussi à l'image de notre branche, peut-il vous satisfaire, en votre qualité de Président chargé de défendre les intérêts de l’Édition française ?

La question du relèvement des salaires n’est pas, hélas, le seul sujet social laissé à l’abandon par la commission sociale du SNE. Le sombre bilan de l’année 2010 est éloquent :
  • refus d’une négociation de branche en vue d’un accord sur l’emploi des « seniors » ;
  • rejet de toute discussion sur la portabilité de la prévoyance, le SNE ayant affiché sur ce sujet un cynisme total à l’égard des anciens salariés de l’Édition indemnisés au chômage !
  • manque total de volonté d’aboutir à la révision de l’accord de branche pour l’accès des salariés à la formation professionnelle ; depuis plus de six mois, la délégation sociale du SNE ne convoque plus les organisations syndicales, alors que le SNE dispose d’un texte complet proposé par celles-ci…
  • et toujours aucune négociation engagée sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, ni la moindre initiative du SNE pour stabiliser les conditions d’application du dialogue social dans la branche et les entreprises, en application des dispositions de la loi du 20 août 2008 !
Rien ne justifie, au plan économique, que les dirigeants de la branche de l’Édition affichent un tel mépris à l’égard du devenir des quelque 14 800 salariés (sources bilan 2009 OPCA CGM) qui contribuent à l’activité de l’Édition française et à son essor.

Le chiffre d’affaires de l’Édition est resté stable ces trois dernières années (2 829 millions d’euros en 2009). Une stabilité que lui envient bien d’autres secteurs culturels touchés par la crise. Car le livre demeure largement en tête des biens culturels en termes de poids économique du secteur : il pèse pour 54 % dans son chiffre d’affaires global, contre 10 % pour les CD, 18 % pour la vidéo et 18 % pour les jeux vidéo.

L’Édition française vient d’obtenir des pouvoirs publics l’extension du taux de TVA à 5,5 % sur les livres téléchargeables, ce qui augmente encore les conditions économiques favorables et protectrices dont elle bénéficie.

La branche pourra-t-elle encore longtemps prétendre bénéficier des allègements de charges sur les bas salaires que lui procurent les milliers de salariés qu’elle paie au SMIC, notamment ces salariés qui assurent les activités de distribution du livre et dont le SNE ne veut pas reconnaître l’affiliation à la convention collective… ?

En ce tout début d’année où la coutume s’inscrit dans la transmission des vœux pour les mois à venir, nous voulons souhaiter pour la branche de l’Édition l’avènement d’un dialogue social loyal, libéré des chantages et des arrière-pensées. Un dialogue équilibré, respectueux des salariés et de leurs représentants. Un dialogue qui sorte du moins-disant social et des atermoiements.

Car ce dialogue, vous le savez, est indispensable pour relever de manière moderne et responsable les défis complexes qui attendent l’Édition, notamment ceux du numérique.

Monsieur le Président, il faut que 2011 marque la fin de l’indigence sociale pour les salariés de l’Édition française !

Paris, le 5 janvier

Pour la CFDT Martine Prosper m.prosper@casterman.com
Pour la CGT Laurent Gaboriau gaboriau@filpac-cgt.fr
Pour FO Jacqueline Becker fosnpep@voila.fr
Pour la CFTC Robert Vanée cftcfedecom@free.fr
Pour la CFE-CGC Véronique Chanson veronique.chanson@placedesediteurs.com


Ce sera tout pour aujourd'hui.
Les années passent et se ressemblent (nous ne regardons même pas ailleurs).
2011 embraye sur 2010.

Vivement l'année prochaine qu'on rigole !

- Monsieur -

lundi 20 décembre 2010

La Grande Épicerie.

Aujourd'hui, nous ne parlerons que des coffrets-gadgets. Les ouvrages habillés d'un boitier ou accompagnés d'un CD-DVD restent des produits (que je n'aime pas ce terme ! ) culturels. Quant aux smartbox, bien que vendues en librairie, ce ne sont pas des livres, ce sont des bons d'achats.

Il y a un an, Actualitté avait publié un article fort intéressant sur l'économie du Livre avec un long passage concernant les coffrets. Nous n'avions pas jugé nécessaire d'achever une ébauche que nous avions élaborée sur le même sujet. 
Même période, mêmes effets ; rien n'a changé. L'offre abonde et notre colère se réveille.

Attardons-nous sur les coffrets culinaires nous épargnant ainsi les coffrets plaisir (avec le godemiché format rouge à lèvres ou les menottes de bon goût recouvertes d'une fourrure), le coffret tricot de chez Michel Lafon (avec une pelote de laine pour entamer la manche d'un pull), et son pendant en tricotin chez Flammarion.



Fuyons les coffrets "ballerine" avec le tutu et parfois même les chaussons de danse (chaussons trop grands ou trop petits, chaussons pour décorer les murs ! )












À ce moment, je pense à la déception des enfants qui reçoivent ce genre de cadeau inadapté, au sourire embêté de la grand-mère qui voulait faire plaisir, au garçon qui voudrait être danseur...

Trêve de sentimentalisme ! Passons aussi sur les coffrets massage (avec huile et galets), les coffrets shampooing et soins du corps (sponsorisés par de grandes marques de cosmétiques), passons, passons...
Oublions les coffrets pour les Nuls avec des guitares qui éloigneront de la musique des générations d'oreilles meurtries.

Et demandons-nous pourquoi cet afflux de coffrets en librairie?


Tous les éditeurs s'engouffrent dans la brèche (Larousse, Gründ, Tana, Seuil, SAEP, Marabout, Ouest-France, Flammarion, ESI...), tous les coffrets se ressemblent, fabriqués et souvent conçus par des agences spécialisées, extérieures aux maisons d'édition.
Cela débouche sur une standardisation dans la diversité des choix.

Prenons l'exemple de deux coffrets consacrés aux "recettes" de fruits de mer, l'un chez Gründ, l'autre chez Ouest-France. On retrouve la même pince à crustacés en forme de patte de crabe accompagnée de 4 piques-curettes.




Et l'on pourrait multiplier les comparaisons...


Alors que les publications sur le développement durable et les messages d'alarme sur l'accumulation des déchets (leur traitement fait marcher l'économie mais chut, je m'égare...) fleurissent dans les rayons, les éditeurs se sentent exonérés, dédouanés. Ils encombrent les bateaux, les entrepôts (pas trop), les camions, les librairies (beaucoup).
Qui a parlé d'éthique ?
C'est une façon d'étouffer la concurrence : on écrase, on submerge, on prend la place. Le lecteur de passage devra chercher les livres, derrière, au fond, les commander éventuellement.
Le libraire n'en peut mais. Il est contraint de suivre s'il veut continuer à travailler avec ses fournisseurs sans être pénalisé.
Il subit aussi une forme de chantage à la disponibilité :

les tirages sont limités (Disons que la "mise en place" de départ est importante, voire totale, pour éviter un stockage long et consommateur d'espace chez les fournisseurs), le temps de réimprimer (le plus souvent en Chine), d'acheminer, les fêtes seront passées et le libraire pourrait rater des ventes.

Car il faut être lucide, le client en réclame : du clinquant, de l'imposant, du tape à l'œil. Le livre ne se suffit plus à lui-même. C'est Noël, que diable ! 
Qu'importe le lieu de fabrication, le commerce extérieur, le client se réjouit du cadeau prêt à l'emploi. Il n'y a plus de souci . Emballé, c'est pesé.


Mais posons-nous la question, qu'est-ce qui importe le plus dans l'achat d'un coffret ?
Le gadget ou le livre ? Le livre, alibi culturel ? Ou alibi tout court ?
C'est si peu de chose un livre...

Voyez, pour l'achat d'un cook'in box papillotes, il y a un livre. Un vrai livre en option.



D'ailleurs, qui paierait pour...
Oh, pardon. Je n'avais pas compris :

Un objet manufacturé, la notice d'utilisation accompagnée de quelques recettes, le tout dans un bel emballage... non?! Ce n'est pas possible, dîtes-moi que je me trompe?!

... Oui, je me trompe ! La preuve : le livre vaut souvent plus cher que l'objet qui l'accompagne. Objet qui, soit dit en passant, ne correspond pas toujours aux attentes des clients : je ne me risquerai pas sur le terrain de la qualité des composants mais, quand elle est au rendez-vous, c'est souvent la quantité qui fait défaut.

Le coffret serait donc un produit d'appel ?

On approche du problème.
Prenez vos calculettes et chaussez vos lunettes...


Nous allons terminer sur la partie la plus rébarbative de ce bavardage, elle concerne la TVA et la lisibilité des prix.
En effet, qui sait en achetant tel ou tel coffret ce qu'il achète vraiment, la valeur réelle du livre et de l'objet ?
C'est à mon sens, l'enjeu principal pour lequel devrait se battre le consommateur avisé.


Pourquoi ne pas établir un étiquetage clair en détaillant les prix par catégorie de TVA  ?


Le livre a un prix fixe défini par la loi avec un taux de TVA de 5.5%. Il peut cependant être offert.
L'objet, avec sa TVA au taux de 19.6%, peut être donné mais ne peut pas être vendu en deçà de sa valeur réelle.



Prenons le coffret Pâtisserie : L'atelier gâteaux chez Marabout ; le livre de 72 pages coûte 7.90€, les gros moules valent 17€. Valeur totale : 24.90€

A contrario, le prix du coffret Chantilly Mousses et Cie chez Larousse se décompose de cette façon : le livre est à 37,48€, le siphon en métal à 8.42€. Pour un prix total de 45.90€.


Quand Gründ parle de "matériel offert" au dos d'un de ses coffrets, il y a mensonge car le fournisseur facture au détaillant une double TVA : 75% du prix est rattaché à la TVA du  livre et 25% concerne les ustensiles ( TVA de 19.6%).




 Quand SAEP vend des coffrets avec une TVA unique de 19.6%, c'est que le livre est offert.



Mais quand ce même éditeur applique une TVA de 5.5% sur le coffret Petits Fours, ce sont les emporte-pièces qui sont donnés.


Pourquoi cette différence ? Leur logiciel de facturation n'est-il pas configuré pour décomposer le prix d'un article en fonction d'une double TVA ?
Serait-ce une manière de trouver un équilibre comptable, de couper la poire en deux ? Certains articles à 5.5%, d'autres à 19.6%. On est en droit de se poser la question ?


Quoiqu'il en soit, et c'est ce que nous avons essayé de démontrer, il y a un flou, un manque de clarté et de lisibilité qui nuit au client et à tous les acteurs du marché.


Pour Conclure sans aigreur avant la trêve des confiseurs, arrêtons-nous sur un véritable coffret qui ravira les amateurs :  
The Jedi Path : A Manual for Students of The Force.


 
envoyé par Hooltra.


Ce boîtier destiné à la présentation et à la protection du livre explique en partie le prix de l'ensemble : autour de 99$.

- Monsieur -

jeudi 2 décembre 2010

Il n'est jamais trop tôt...

L'hiver est arrivé avec son gros manteau de neige.
" Il est en avance! " titrent les journaux. Les radios enchérissent : " On ne l'attendait pas si tôt. "
Bien que les villes se soient diodées depuis longtemps et les magasins décorés, ça a jeté un froid.
Il s'en fallut de peu qu'il se fasse enguirlandé.

C'est la folie des Hommes d'accuser les saisons, car ce sont les premiers, après de longs calculs, à devancer le calendrier.
Halloween aux orties ! Exit ! Ils ont comblé le vide, resserré, compressé : Noël, les rois mages ! Au diable les solstices ! On enchaîne sur les soldes !
Le commerce est sauvé !

Prévoyants, les éditeurs ne sont pas en reste. Bien sûr, il y a des délais dans la fabrication, l'impression, l'acheminement de Chine de tous nos chers
" bouquins ", mais, professionnels, ils sont toujours prêts à devancer la demande.
Le vieux métier du Livre est toujours dans la course.
Saluons donc les vainqueurs.

Dans le tiercé de tête, nous trouvons :

-Juliette et la galette de Doris Lauer aux éditions Lito, parution annoncée pour le 2 novembre 2010.  

-T'choupi aime la galette de Thierry Courtin aux éditions Nathan ( Première édition, janvier 2007. Dépôt légal de la nouvelle : août 2010). La mise en place a eu lieu le 4 novembre 2010, c'est à dire qu'il a été proposé aux libraires avec les nouveautés de la semaine du 4.

-Tom et la galette de Elisabeth de Lambilly et Marie-Aline Bawin aux éditions Mango, sorti le 12 novembre 2010.



Après Juliette, T'choupi et Tom, nous trouvons

-Camille et la galette des rois d'Aline de Pétigny et de Nancy Delvaux aux éditions Hemma. Sorti le 18 novembre 2010, cet album semble déjà indisponible chez l'éditeur.


Avant de poursuivre, on peut se mettre en appétit avec un coffret :

-Galette des rois de Marie-Laure Tombini aux éditions Mango paru le 26 novembre 2010,



et continuer avec les mises en vente du premier décembre de cette année :

-Petit lapin blanc et la galette des rois de Marie-France Floury et de Fabienne Boisnard chez Gautier-Languereau,



l'indétrônable :

-Caroline et la galette des rois de Pierre Probst, éditions Hachette.



et le classique, habilement revisité :

-Roule-galette de Natha Caputo et de Pierre Belvès au Père Castor (Flammarion).



Tous ces livres se valent. S'adressant au même public, ils jouent, hormis les deux derniers, sur les mêmes registres. C'est l'attirance de l'enfant pour tel ou tel dessin qui fera la différence ; une fois n'est pas coutume,  laissez-le vous guider...
Je m'abstiendrai de tout commentaire sur le coffret :
15 recettes, 4 fèves, 2 couronnes : 9,95 €.

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J'ai parfois l'impression en écrivant cette liste de jouer les rabat-joies, de ne pas comprendre le commerce ni la conjoncture, et encore moins la " fête ".
Évidemment, il faut se préparer, éviter les encombrements, les indisponibilités mais Noël a lieu le 25 décembre, l'épiphanie le 6 janvier! Les libraires, à de rares exceptions près, n'ont plus de stock en réserve. Les livres qui arrivent avec l'office, les parutions de chaque semaine, sont mis en vente le jour même. Une nouveauté chasse l'autre. Ce n'est plus de la bousculade, c'est une précipitation.

Un petit éditeur qui présente un livre sur Noël en Novembre n'a plus sa place en librairie.

Les cartables début juin, le Père Noël en octobre, la galette en novembre...

Et l'on déplore la perte des repères!

- Monsieur -

dimanche 15 novembre 2009

Livre et percée numérique: tentative d'analyse subjective de la situation. (Libre rapport sur le Milieu)

Avertissement:
Les personnes qui œuvrent dans les métiers du Livre n'y travaillent pas par hasard. La majorité d'entre-elles porte un intérêt réel au Livre. Dans cette période de confusion actuelle tant économique que conjoncturelle, le commercial tend à remplacer le professionnel du Livre; le regard n'est plus le même. La considération humaine est réduite à peau de chagrin. Le découragement latent et le dégoût de la "marchandise Livre" partout présent. Cette situation laisse à penser que les liseuses viennent à point nommer pour rétablir un équilibre, assainir un "marché" gouverné à l'aveugle sur des calculs à court terme. Les personnes qui s'attachent à une rigueur morale et intellectuelle, intègres sur le plan professionnel, ont d'autant plus de mérite qu'elles sont rares et isolées. Pourtant, on les retrouve partout quelque soit le niveau hiérarchique ou la taille de l'entreprise.
Je leur dédie ce texte.

Depuis quelques années, nous pouvons lire et entendre des personnes qui s'intéressent au numérique de par leur passion ou leur profession.

1° Il y a les progressistes qui sont loin d'être aveuglés par leur enthousiasme. Ils analysent avec justesse le mouvement actuel, dénoncent certains écueils de la numérisation mais démontrent aussi et surtout son aspect positif. Ils comparent les liseuses, leurs potentialités. Ils font un bon travail d'amateur (au sens noble du terme). Ce ne sont pas de doux rêveurs; ces passionnés, parfois professionnels du Livre, attirent l'attention sur les avantages que l'on peut tirer de ces nouveaux supports de lecture mais aussi sur les dangers que la numérisation peut engendrer si elle n'est pas abordée à sa juste valeur.
Malheureusement, les décisionnaires semblent hermétiques ou sourds à leurs discours.

2° -D'une part, les politiques entretiennent une vision archaïque d'un système qui les dépasse de par leur manque d'intérêt, les copinages et (ou) l' ignorance (de trop nombreux exemples nous ont fait rire -Chirac avec la souris- nous ont affligés -l'utilisation abusive du terme "pirate"lors du vote de la loi Hadopi ou la volonté de taxer la publicité sur internet- ont titillé notre "mauvais esprit" comme la proposition de loi sur la péremption des données "gênantes"sur internet).
-D'autre part, les éditeurs défendent leur pré carré; ils savent ce qu'ils ont à perdre et cherchent à préserver leurs intérêts. Ils se méfient de la gratuité, de l'immatérialité et d'une perte de contrôle des acteurs du Livre. La profession qui a longtemps été à l'abri de l'industrialisation, du capitalisme à court terme, a gardé dans son fonctionnement un paternalisme sclérosant. Les éditeurs écoutent mais n'entendent pas (ou le contraire) , pire ils refusent toute discussion notamment avec les auteurs. Quand ils dialoguent, c'est que les décisions sont prises.
-Chacun défend sa vision du "numérique".
Pourtant, tout en traînant des pieds, des alliances se créent, des stratégies se mettent en place, certains groupes travaillent sur des systèmes de numérisation, de vente en ligne ou de bases de données. Globalement, il ressort malheureusement un manque de vision d'avenir concernant les potentialités du support numérique et une absence de fonds lourds à investir.

Qu'en est-il des autres professionnels de la chaîne du Livre?

3° Les distributeurs (souvent liés à des groupes éditoriaux, aux mêmes conglomérats qui mettent en place les stratégies numériques à grande échelle) ont tout à perdre dans la numérisation: La distribution est une des pièces maîtresses (pour résumer de façon sommaire) dans le système de cavalerie comptable dont souffre toute la chaîne du Livre!
En effet, pour rentabiliser leurs entrepôts gigantesques, les gros trusts ont dû acheter, regrouper des maisons d'édition, les inciter à produire plus (pour remplir les entrepôts) et à développer le système d'office (envoi des nouveautés aux libraires avec possibilité de crédit sur les invendus retournés) pour faire tourner la machine. La production (facturation) augmentant pour compenser les retours (crédits), les centres arrivent à saturation, la machine s'emballe.
Ce traitement de marchandises par flux et reflux est une des spécificités de la logistique du Livre. Il engendre un système de crédit sur retour qui est une perversité comptable, une des faiblesses de l'industrie du Livre car si l'un des maillons de la chaîne se brise, c'est toute la machine qui s'enraye. Face à la dématérialisation, les distributeurs vont devoir s'adapter. Vont-ils opérer, à plus ou moins long terme, une diversification au profit d'autres marchandises ou se tourner vers d'autres marchés (particuliers, collectivités...)? Les éditeurs, diffuseurs passeront-ils par d'autres acteurs? Les plateformes logistiques retrouveront-elles une taille "humaine", à l'échelle locale notamment? Beaucoup de questions dont je n'ai pas les réponses.

Loin de l'industrie du Livre mais dépendant de celle-ci, il y a l'auteur.

4° Depuis longtemps les auteurs envisagent l'avenir par rapport aux supports de lecture.
Comme pour la musique et le cinéma, il y a quelques "privilégiés" que nous délaisseront au profit du plus grand nombre. Leurs intérêts se rapprochent généralement de celui des gros éditeurs. Ces derniers, estimant être les seuls autorisés à tenir un discours économique et juridique sérieux et cohérent sur le droit d'auteur, je vous renvoie au chapitre précédent et au site du SNE.
De nombreux auteurs, donc , testent de nouvelles approches, tant au niveau de l'écrit que de la diffusion de leur œuvre. Les essais de François Bon à ce sujet sont fort intéressants, de même que les propos des bloggueurs qui adaptent leurs créations en fonction du support (papier ou numérique).
La création se marie avec le support, profite de son format, de ses potentialités, de son ergonomie, de ses qualités et de ses défauts. Les auteurs font acte d'inventivité par rapport à la narration, au lettrage, au rythme de lecture et d'écriture, au design. Ce mouvement devrait s'accélérer avec l'arrivée des "natives" (ceux qui sont nés un ordinateur à la main) et le développement de plus en plus poussé et attractif des logiciels.
L'approche d'un nouvel outil, sa prise en main, ne fait que développer la créativité humaine sans faire table rase de l'existant: on construit "avec" pas "contre"!
Le numérique laisse aussi espérer une meilleure diffusion des œuvres de création. Il peut être utile à l'auteur pour se faire repérer, pour "prouver" qu'il existe, pour trouver ou garder un éditeur, pour être en contact direct avec son lectorat, pour s'auto-éditer à moindre risque, pour s'exprimer librement, sans trop de contrainte.

[Le personnel enseignant devrait apprendre aux enfants à se servir des outils multimédias, à en comprendre les enjeux, les risques, leurs intérêts et leurs dangers - appréhender et réfléchir-]

Un auteur peut aussi espérer voir ses œuvres épuisées à nouveau accessibles au grand public.

* Par contre les problématiques soulevées ar le numérique se situent au niveau du respect et de l'intégrité d'une œuvre, à la protection de celle-ci par rapport au pillage et au droit d'auteur (moral et pécuniaire).
Des lois existent mais les rapports à l'œuvre de création ne sont pas les mêmes selon l'histoire culturelle des régions du Monde. De plus, le terrain est miné par le combat que mènent les grandes puissances économiques entre elles.
Seule l'Unesco ou une législation internationale pourrait défendre le droit des auteurs.
Le nerf de la guerre reste l'argent, la rémunération des auteurs, car ce sont les seuls aujourd'hui à nourrir le système (internet comme les métiers du Livre) sans réussir à en vivre.
De là à envisager un salaire universel de base...

Revenons à la réalité le libraire.

5° Ceux-ci sont confrontés à de nombreux problèmes. Je ne m'étendrai pas sur les problèmes économiques.
Ils ont su s'adapter à l'arrivée des sites de vente en ligne (les libraires de livres anciens ont rebondi de façon exemplaire sur les potentialités d'internet), mais de nombreuses librairies courbent l'échine face à une concurrence massive qui possèdent une logistique qui va de pair avec une trésorerie conséquente. Depuis quelques années, on ne compte plus les fermetures, à Paris notamment, de librairies et ce ne sont ni les ouvertures ni les aides publiques qui vont inverser la situation.
Va-t-on avoir des librairies subventionnées, soutenues par les collectivités publiques (comme les cinémas de quartier) avec toutes les problématiques induites?

De plus en plus de bornes apparaissent dans les boutiques avec des offres de liseuses et lecture numérique. Le post de Charles Kermarec est très révélateur des inquiétudes à avoir pour le maillon obsolète que serait la librairie. Les librairies vendront-elles des livres "papier" et des fichiers numériques, développeront-elles une offre parallèle (poste, papeterie, salon de thé, rencontres et réunions publiques, impression à la demande...)?
Bien sûr avec les fichiers numériques, il y aura moins de manutention, pas de retours d'invendus (donc logiquement une trésorerie plus saine) mais qu'en sera-t-il du choix, du conseil?
Qu'en sera-t-il du lieu (de son importance pour le bien-être du client, sa mise en condition, en disponibilité), du lien qui se noue (du premier contact timide à la visite régulière), de la convivialité, de l'atmosphère?
La force du libraire est le conseil, sa connaissance des livres et de l'humain, sa capacité à transmette le savoir.
Pour la prescription et la présentation, rien ne remplace encore le libraire. Il suffit de fouiller sur les sites en ligne pour ressentir un profond ennui, il suffit de faire une recherche sur internet pour en constater les limites. Mais tout change, très vite.
Il leur faudra les reins solides, il leur faudra s'adapter et s'accrocher à leur savoir, il leur faudra le soutien infaillible de toute la profession, et c'est ainsi que... on peut rêver.

Plusieurs points pour finir:

1° La numérisation massive est une chance pour l'accès au savoir, pour les archives et les œuvres orphelines, pour les livres délaissés par leurs éditeurs (il est, par exemple, quasiment impossible de trouver les premières pièces d'Arrabal).
Mais la numérisation massive ne sert à rien, telle qu'elle est pratiquée actuellement pour les livres d'Art. Certaines archives sont illisibles ou inutilisables mises à disposition comme des paquets de feuilles posés sur la table. Il faudrait un travail de nettoyage, parfois de reformatage, de recadrage des œuvres présentées quitte à mettre les deux versions en parallèle ou en superposition (système de calques).
Certains éditeurs, certaines institutions se donnent les moyens humains et matériels de le faire.
Là aussi, on pourrait parler de développement durable ou raisonné.

2° La défense de la langue fait partie des devoirs de nos États. Une diffusion massive de l'anglais (les États-Unis d'Amérique sont volontairement laxistes en ce qui concerne la diffusion de leurs œuvres; celles-ci "conditionnant" les populations à un mode de vie et de pensée en vue d'acquérir de nouveaux marchés) couplée à une législation trop restrictive de notre seul pays en ce qui concerne la création francophone (ou sa majeure partie), serait (est) dramatique pour notre langue. Il n'est pas rare de ne trouver des œuvres françaises que dans leur version traduite ou sur des sites étrangers. (Et qu'on ne vienne pas me parler du droit d'auteur quand on voit le nombre de livres à prix bradés, soldés et le marché des services de presse!)

3° Les liseuses actuelles ne sont guère attrayantes, souvent archaïques et chères. Un de leurs intérêts se situe dans leur luminosité qui fatigue moins que les écrans d'ordinateur. Mais, l'arrivée prochaine de supports adaptés à des prix attractifs devrait changer la donne. Les téléphones portables sont un bel exemple de ce que l'on peut envisager: la mise en réseau, l'interactivité sont parmi les atouts de ces nouveaux outils de communication; leur actualisation (presse, ouvrage millésimé...); leurs fonctions multimédia (dictionnaire, encyclopédie...); leurs capacités (mémoire, vitesse...); leurs multiples usages (agenda, appareil photo, GPS, guide touristique...)
... j'en oublie tant les utilisations et possibilités sont nombreuses; à commencer par la lecture dans sa simplicité revigorante. Les aveugles et mal-voyants devraient bénéficier de ce mouvement. En espérant que la concurrence fasse baisser les prix, motive chercheurs et commerciaux sans nuire à l'interopérabilité ni multiplier les formats de fichiers.

4° Méfions-nous toutefois du contrôle des lectures, de la censure. De nombreux évènements nous incitent à la prudence (Apple avec la pornographie, Amazon et la suppression de fichiers, l'intérêt judiciaire porté aux bibliothèques, le développement de l'auto-censure). Le danger du "flicage" est permanent, l'accès privé ou réservé à certaines données est nécessaire.

5° Qu'en est-il du prix d'un fichier numérique présenté par l'éditeur?
-ce qui coûte moins cher: il n'y a plus de transport, de stockage physique, d'envoi de service de presse par poste ou coursier, il n'y a plus d'impression...
-ce qui coûte plus cher: la TVA est de 19.6% au lieu de 5.5% pour le format "Gutenberg".
La protection qui est à la charge du libraire pour le livre papier revient à la charge de l'éditeur pour le numérique. Dans un cas comme dans l'autre, les systèmes sont très chers pour une efficacité somme toute relative.
Les salaires dans les métiers du Livre sont très bas, ce n'est un secret pour personne. Les spécialistes employés pour tout ce qui touche au "numérique" travaillent dans un domaine de concurrence non spécifique au Livre. Leurs salaires s'alignent sur ceux du marché et sont plus élevés que ceux pratiqués généralement dans l'édition.

6° La prise de participation de la Caisse des dépôts et consignations dans le capital de Dailymotion est significative du positionnement de l'État sur une offre universelle, et sur le contrôle de celle-ci.

7° La question des abonnements dont le prix additionné devient prohibitif devrait amener à réfléchir quant à l'accès à la connaissance tant le rapport à l'argent, à la valeur des choses ou la reconnaissance du travail a perdu son sens.
Vaste sujet!


Bibliographie succincte:

Typographie du Livre français sous la direction d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Situation de l'édition et de la librairie, revue Lignes n°20
L'édition sous influence de j. et G.Brémond (Liris)
Éditeurs indépendants: de l'âge de raison vers l'offensive de Gilles Cohen (Alliance)
Édition, l'envers du décor de Martine Prosper (Nouvelles éditions lignes)
La vie du livre contemporain: étude sur l'édition littéraire de 1975 à 2005 d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Les ouvrages du Cercle de la Librairie sont tous issus d'un travail admirable. Malheureusement, leur prix est souvent proportionnel.

En PDF:

Rapport sur le livre numérique.
Le livre pour tous de Marie Lebert.
Les mutations du Livre de Marie Lebert 2007.
La bataille Hadopi par In Libro Veritas.

Quelques sites pour se tenir informé:
Association des professionnels de l'édition
Bibliobs
Actualitté
Les sites indiqués dans notre rubrique "Autour de l'écrit".

Pour finir, je renvoie sur les trois articles que j'avais écrit précédemment, tâche inachevée tant les choses évoluent rapidement.

Monsieur.

vendredi 18 janvier 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Introduction.

Le monde de l'écrit a toujours évolué au fil des époques mais les changements de ces dernières années ont été plus structurels et plus rapides qu'auparavant. Ils ont touché les fondements de cet univers longtemps préservé des dangers d'une économie à outrance et d'une technologie que l'on peut qualifier d'immatérielle.

-Depuis quinze ans environ les maisons d'édition ont été restructurées, vendues, rachetées, regroupées. Le phénomène ne se limite pas à la France. Les conglomérats détiennent et contrôlent désormais une grande partie de la chaîne du livre à travers le Monde (du "producteur au consommateur"). André Schiffrin a fort bien décrit et analysé la situation à travers ses articles et ses livres.
A contrario le nombre de petits éditeurs explose de façon bénéfique.

-Les libraires ont cédé du terrain (contraints et forcés) aux vendeurs en librairie et malgré de nombreuses résistances les librairies de conseil et de proximité ont du mal à se maintenir (Reconnaissons à leur grief que le savoir et l'accueil ne vont pas toujours de pair).

-Les bibliothécaires voient les usages et leur métier changer.

-Les éditeurs sont attentifs à la situation que subissent les industries dites culturelles, observent ce qui se passe par rapport à la musique et au cinéma. Ils se préparent timidement (prudemment) considérant peut-être que les premiers qui se lanceront véritablement dans le numérique payeront les pots cassés. Certains commencent cependant à franchir le pas: il n'est que temps, le grand changement est à nos portes!

-Je n'aborderai pas le problème du prix du livre, de l'accès à la culture ni de la gratuité sur internet (toute relative si l'on tient compte des différentes taxes, du prix de l'énergie, du coût de l'équipement, des abonnements...). Je me bornerai à constater que l'auteur, le créateur (celui qui est à la base du système, celui sans qui rien ne serait) est le seul dans la chaîne du livre (qui pourtant abuse des bas salaires et des stagiaires non rémunérés) à ne pas vivre de son métier, à ne pas tirer une rétribution décente de son travail. Cette situation unique est inique. Avec l'avènement du numérique, il serait temps de se pencher sur le statut de la création en France.

-Malgré les réflexions intéressantes de François Bon et de la Société des Gens de Lettre (entre autres), les auteurs, comme toujours, semblent les grands oubliés de l'histoire. Pourtant, le numérique entraîne des changements de comportement (interaction entre les différents médias, position du lecteur, concentration, rapidité, réactivité de celui-ci...). Cette évolution amènera forcément des remises en cause dans le travail de la pensée, dans l'élaboration du livre, le rapport avec le public. L'œuvre, la place de celle-ci, son statut et celui du créateur se devra d'évoluer.

Je vais donc tenter en quelques chapitres hebdomadaires (consacrés au lecteur, à la librairie, aux Rfid et au livre numérique) de cerner les évolutions qui touchent le monde du livre et de l'écrit.

Je vous invite cependant à consulter les liens dans la rubrique "Autour de l'écrit". Ces quelques sites régulièrement actualisés sont très bien faits, renseignés et réactifs. Ceux sont eux les spécialistes.

-Monsieur-