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dimanche 7 février 2010

Un Lieu, un Destin

Nul besoin d'habiter les Hauts-de-Seine pour prendre plaisir à regarder ces quelques films. On y suit le parcours d'une dizaine de personnalités emblématiques que le destin a liée à un moment ou à un autre à ce département. Mais le lieu n'est souvent qu'un point de départ, un prétexte pour se plonger dans la grande Histoire à travers la petite.

Simon Thisse, le rédacteur retrace de façon didactique la vie de ces grandes figures, artistes ou mécènes, leur apport à l'art, sans éluder les rugosités ni les aspects délicats de leur personnalité: la manière d'aborder la sexualité de Monsieur frère du roi est particulièrement savoureuse. Ou comment appeler un chat un chat sans heurter les sensibilités.

Le tout est d'une facture très classique. La structure est linéaire, ponctuée d'archives, de vues aériennes, de quelques incrustations d'images sur des documents d'époque. Le montage est dynamique et les différents intervenants permettent de ne ressentir aucun ennui (ce qui est le problème récurrent de ce genre de documentaire).

Il existe trois versions de chacun de ces films: une courte de 5 minutes, une autre de 26 minutes et une intégrale de 52 minutes. Ils seront diffusés sur plusieurs chaînes de télévision et disponibles à la vente dans quelques musées des Hauts-de-Seine.

Les titres sont:

Monsieur frère du roi - Domaine de Saint Cloud.
La duchesse du Maine - Sceaux.
Madame de Pompadour - Sèvres.
Joséphine - la Malmaison.
Chateaubriand - la Vallée-aux-Loups.
Corot - Ville-d'Avray.
Albert Kahn - Boulogne-Billancourt.
Charles Péguy - Bourg-la-Reine.
Léautaud - Fontenay-aux-Roses.
Céline - Meudon.

par le conseil général des Hauts-de-Seine.

- Monsieur -

dimanche 20 décembre 2009

" Cachez ce sein que je ne saurais voir "

La censure est un vaste sujet, fluctuant s'il en est: elle s'immisce partout, en tout temps et tout lieu; économique, sexuelle ou politique, son étude nécessiterait un site régulièrement remis à jour: un travail d'analystes, d'historiens, de juristes et sociologues réunis. La tache serait titanesque. La volonté nous manque moins que le temps; nous resterons modestes.

Quelle différence y-a-t-il entre cette accroche pour l' iPhone (en lien avec le site Apple-entreprise) visible sur internet la première semaine de décembre :


et Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet?


Sur la photo, la pose est suggestive, le costume ridicule, la plastique irréelle. On est dans l'imagerie publicitaire, dans le factice; on suggère le désir, on (sur)joue. Les codes sociaux des sociétés puritaines et patriarcales sont assumés. L'ordre des choses est respecté. Hypocrite, malsain, mais respecté.

Toxique n'est pas un problème. Sagan n'en est plus un. Par contre le trait de Bernard Buffet semble gêner Apple... qui censure! Je vous renvoie à ce sujet sur la République des livres -blog pour le moins intéressant.
Serait-ce le sexe qui dérange? Ou l'organique?
Serait-ce le poil, l'odeur, le vivant?
Ça grouille, ça respire, ça vit!
Le peintre est cru; le geste est sûr, sa calligraphie sincère: la nudité de l'œuvre s'oppose à la vulgarité, à l'habitude et aux convenances. Bernard Buffet est unique. Il n'a rien à perdre; il se livre. L'artiste joue son âme. Seul, il est incontrôlable.
Sagan aussi me direz-vous mais les censeurs ont des œillères, ce qui rend leurs décisions aussi arbitraires que stupides.

J'en veux pour preuve les créations du Dernier Cri qui furent bloquées à la frontière Suisse pour pornographie. Stupeur! Comme quoi, tout est question de regard. On établit des règles avec des interdits et on les interprète, on adapte.
Ainsi, de nombreux États privilégient la contrainte à l'amour, la puissance à la fragilité. Disons, avec un sourire feint, que c'est une forme de pudeur, d'extrême timidité, un carcan à l'émotion. Il n'y a d'ailleurs pas d'émotion dans le porno: on est dans le "sur-moi", le "sur-joué", l'interdiction de l'échec. On refuse la faiblesse.

Ce qui est inquiétant dans l'exemple d'Apple, c'est qu'une société privée remplace l'État de droit dans son rôle de police. Serait-ce de l'autocensure (comme cela arrive trop souvent dans l'édition française) ou un excès de zèle? De la prudence ou une application stricte et restrictive de la loi américaine?
Des créateurs français ont déjà eu des consignes (des directives) pour que leurs œuvres puissent s'exporter sans problème dans des pays plus restrictifs que le nôtre. Les possesseurs des réseaux, futurs maîtres du Monde, voudront-ils imposer leurs diktats? L'État a ses soldats.

La hiérarchie, la loi; il y a obéissance et soumission: ce sont les codes à respecter. Il est même à craindre que la féminisation des postes à responsabilité ne change rien à cette situation. Le formatage est à l'œuvre; il commence à l'école, se prolonge dans les études: tu dois te plier à la norme, à la pression sociale, être un bon petit soldat. Tu te mets de côté, tu gommes tes différences pour pouvoir t'intégrer. Être invisible, ne pas se distinguer, oublier d'être soi.

Prions avec cette déclassée, prostituée de province, qui expliquait en sortant de l'église: "Tous les dirigeants du Monde et ce, depuis l'origine du temps, ont compris qu'on tenait les Hommes par le sexe et le ventre."
L'on pourrait d'ailleurs prolonger le débat avec le calibrage des fruits et légumes...

Je vous avais prévenu: c'est un vaste sujet et je préfère clore ce chapitre aussi décousu que mon pantalon.



N'hésitez pas à vous offrir en prolongement de cet article (c'est Noël, on se fait un petit plaisir):

Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet aux éditions Stock. Un très beau texte dont on peut regretter la qualité (médiocre) de l'édition papier.


La Mondaine de Véronique Willemin aux éditions Hoëbeke se lit comme un roman policier. Cette enquête s'attache aux petites et grandes affaires de la brigade. Chaque chapitre retrace des histoires, des périodes, de façon concise sans tomber dans le pathos ni l'outrance. Véronique Willemin s'est attachée aux protagonistes des deux bords avec une neutralité exemplaire. Une source d'inspiration pour les auteurs en herbe avec une réalité qui dépasse souvent la fiction et une iconographie invraisemblable. C'est un comble : on se prend à fantasmer sur les archives de la police !
Une réflexion de Jacques Arnal, patron de la Mondaine de 1952 à 1955, apporte de l'eau à mon moulin : " Nous ne pouvons nous arrêter au concept du bien et du mal, alors je préfère la notion d'habitudes. Cela signifie que certains actes soulèveront un jour la réprobation uniquement parce qu'ils sont contraires aux habitudes du moment... " (page 141)
Un des meilleurs livres parus sur la police et l'histoire des mœurs. À lire et à recommander.



Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits de Bernard Joubert aux éditions du Cercle de la Librairie. Une somme! À tout point de vue (70€). Impressionnant par le nombre d'articles, illustré de très nombreuses vignettes, c'est le relevé systématique et analysé des décisions de la commission de censure depuis 1949 en France. Bernard Joubert nous ouvre les portes de son travail. Érudit, passionnant, il nous fait passer du sourire à la surprise, de la roublardise des éditeurs à l'aveuglement clinique des censeurs. À lire et relire, à consulter souvent.
Pour exemple, je cite la page 28: " Abondances. Revue de photos de femmes à grosses poitrines, quel que soit leur âge ou la grâce de leur physique [...] la Commission de surveillance émit ce commentaire [...]: Reproductions anormaux d'êtres anormaux." Tout est dit.

-Monsieur-

Toxique
de Françoise Sagan
illustrations de Bernard Buffet
éd. Stock 2009

La Mondaine
de Véronique Willemin
éd. Hoëbeke 2009

Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits
de Bernard Joubert
éd. du Cercle de la Librairie 2007

mercredi 26 décembre 2007

Paris 15e arrondissement 1900-1940


Voilà un ouvrage de cartes postales anciennes comme il en existe des centaines pour toutes les communes de France. Celui-ci a la particularité d'être conséquent et de présenter de nombreuses photos "inédites". On ne pourra que constater à quel point les promoteurs et nos dirigeants ont saccagé le petit patrimoine de notre arrondissement. Sans faire de passéisme (je ne parlerai pas des conditions de vie), il suffit de comparer certaines vues et de se demander ce qui est le plus agréable pour l'humeur et l'esprit: des barres de verre et de mauvais béton dans des rues sonores et sans respiration ou ce mélange iconoclaste de vides et de pleins, d'immeubles et de maisonnettes, d'usines-cathédrales et de folies exubérantes à la gloire des premiers bétons. Loin de moi de glorifier les pastiches et les "rehauts" d'immeubles dont se parent notre époque mais je pense qu'un individu ne peut se construire sans Histoire. Même si cet arrondissement a toujours fait table rase de son passé paysan et ouvrier au profit d'entrepreneurs et d'industriels avides de revenus (le phénomène n'est pas nouveau), je constate que les démolitions, destructions continuent. Les dernières "dents creuses" sont systématiquement bouchées. Les élus font peu de cas du patrimoine. Les architectes se font souvent plaisir au détriment de l'habitant ou sombrent dans une médiocre facilité. Seule satisfaction, les constructions nouvelles ne sont conçues que pour durer trente ans... on ne peut qu'espérer un sursaut. Les mutations futures qui accompagneront notre "village" apporteront peut-être un peu de fraîcheur et d'aération, un respect du passé qui n'empêchera pas l'audace ni le panache! Quoiqu'il en soit la roue continuera de tourner et moi d'avoir la nostalgie...

-Monsieur-

de René Minoli
aux éditions Parimagine
2007