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jeudi 16 juin 2011

La Part des Anges

La Part des Anges est le troisième disque du groupe Casse-Pipe.
Couronné par le prix de l'académie Charles Cros, on peut considérer que celui-ci a été reconnu pour ses qualités et son intérêt culturel.
Depuis, le groupe qualifié de néo-réaliste s'est dissous.
L'album est épuisé mais toujours disponible en occasion de 1 à... 25 euros !
Par contre, il est bien difficile de l'écouter sur la Toile.
Le site Domiblog liste bien la discographie de Casse-Pipe mais la lecture n'en paraît plus possible (si vous y arrivez merci de nous en indiquer la manière).

Une fois de plus, l'offre légale sur Internet, de plus en plus soumise au paiement en ligne, n'est pas à la hauteur. Malgré les annonces et l'alléchante quantité de titres proposés à l'écoute, les grands sites de streaming et de téléchargement font l'impasse sur de nombreuses créations. Il suffit qu'elles aient été expurgées des catalogues de l'industrie musicale, qu'elles soient trop confidentielles ou qu'il y ait eu des tracas judiciaires pour en priver l'auditeur potentiel.
De son côté, le Web citoyen contient beaucoup de lacunes dès que l'on sort des sentiers battus ou que l'on s'aventure dans des contrées un peu plus... difficiles.
On n'est finalement pas loin de la réalité physique où il faut dénicher ses "adresses".

Et le problème se pose aussi pour la littérature bien que l’État se soit engagé auprès des éditeurs à numériser une partie des œuvres indisponibles mais toujours sous-droit. Il convient de rester méfiant quant à la qualité et au tarif qui nous seront imposés.

La question se pose alors : doit-on enfreindre la légalité pour découvrir une chanson ou un disque ?
Sachant que les auteurs ne touchent rien sur la vente en seconde main et qu'une partie du patrimoine disparaît des mémoires sans que personne ne s'en émeuve vraiment, je ne ressens pas de scrupules à diffuser les textes suivants (si toutefois des ayants-droits s'offusquent de la manœuvre, je m'engage à les retirer de cet article) : 

Casse-Pipe, extraits de l'album La Part des Anges, 1998.
Les textes sont, sauf mention contraire, de Denis Flageul.

Les peintures et illustrations qui accompagnent le livret sont de Tonio Marinescu.
Louis Pierre Guinard est au chant.


- Fréhel (extrait) -

Dans le rouleau de toutes les douleurs
Berce-moi
Dans le rouleau de toutes les douleurs
Berce-moi, berce mon cœur.
Il paraît que la mer est un grand cimetière
Où git le souvenir de nos amours corsaires.
Et sur le sable d'or
La vague roule encore
Éternellement lasse
Des amours qui trépassent...

Denis Flageul / Gil Riot - Philippe Onfray.

- Les dortoirs (extrait) -

En ce temps là j'étais dans mon adolescence
Je rêvais le dimanche en lisant du Cendrars.
Je voulais sur les quais voir les trains en partance
M'enivrer des odeurs d'impossibles départs...
Quand l'Automne allumait ses talus dans la brume.
Je devinais au loin l'avance des brouillards.
Et le pas des chevaux dans la terre qui fume.
Et je sentais monter d'agréables cafards...

Denis Flageul / Gil Riot - Philippe Onfray.

- Détournement de voyageurs (gare du Nord) (extrait) -

Je bois à nos amours
Démaquillées
Diaphane dans le matin glacé
Je bois à ton départ
Je bois à ton départ
Hôtel de l'arrivée

Sylvie Rouch / Gil Riot.

- À Maurice Pilorge -

Un enfant de vingt ans à la démarche digne
Regarde le bourreau tout droit au fond des yeux
Et puis il s'agenouille en ignorant la ligne
Du couperet luisant qui le lance au ciel bleu
Pilorge était son nom, il était condamné
Pour avoir un beau soir trucidé son amant
Et là, dans la prison, il a rencontré Jean
Et ils ont fait l'amour contre l'éternité

Une histoire de passion
Un amour de prison
Dans le printemps breton
A roulé dans le son
Une histoire de passion
Un amour de prison

Une histoire de passion
Un amour de prison
Dans le printemps breton
A roulé dans le son
Une histoire de passion
Un amour de prison

À l'enfant assassin ils ont tranché à la tête
Au nom de la justice parce qu'il était voleur
Et c'est pourquoi Genêt sans faire de détours
A écrit en rageant comme un hymne à l'amour
"La chanson qui traverse un monde ténébreux
C'est le cri d'un marlou porté par ta musique
C'est le chant d'un pendu raidi comme une trique
C'est l'appel enchanté d'un voleur amoureux
Un marin de seize ans appelle des bouées
Que nul marin ne lance au dormeur affolé
Un enfant reste droit, contre le mur collé
Un autre dort bouclé dans ses jambes nouées"

Une histoire de passion
Un amour de prison
Dans le printemps breton
A roulé dans le son
Une histoire de passion
Un amour de prison

Mars mil neuf cent trente neuf, prison de St Brieux

Christian Caujolle - Denis Flageul - Jean Genet / christophe Menguy.
"... dans le train du retour, j'ai relu "le Condamné à Mort". J'étais heureux de vérifier que j'éprouvais la même émotion que la première fois, la certitude de lire le plus beau des textes amoureux." C. Caujolle
- Monsieur -

P.S.: De nombreux chanteurs ont interprété Jean Genet.
Si vous ne pouvez vous offrir un enregistrement de Casse-Pipe, vous pourrez vous consoler aux côtés de Marc Ogeret qui prête sa voix au Condamné à Mort sur une musique d'Hélène Martin.

jeudi 13 mai 2010

Livres de Papier

Le collectif Livres de Papier s'est créé en 2009 avec pour objectif de "résister à l'informatisation de l'écrit et du Monde".
Énoncé de cette façon le propos est abrupt. Surprenant.

Combattre la dématérialisation en tant qu'atteinte à la liberté et au lien social, révèle une dimension rarement abordée dans le discours sur la numérisation.
Le Journal des réfractaires à l'Ordre numérique approfondit les craintes et les suspicions que l'on pourrait avoir vis à vis des "nouvelles technologies" ou plutôt de l'usage qui nous en est imposé.

Leur revue est politique, avec des accents syndicaux ; pas vraiment radicale, pas toujours modérée. Elle peut hérisser plus d'un lecteur mais a l'avantage d'aborder le sujet de la numérisation sous un angle plus humain que technologique.
La réflexion est intéressante. Elle place au centre du débat la question de l'individu et la part de l'économie.
Il n'est d'ailleurs pas étonnant que leur combat rejoint en bien des points celui des communautés qui défendent le logiciel libre (curieux paradoxe).

Que l'on soit d'accord ou non avec eux, l'attention que l'on prêtera à leur journal ne sera pas du temps perdu.
La disparition des métiers du Livre est une réelle préoccupation, au delà de leurs transformations ; il s'agit de savoirs, du fondement même de nos sociétés qui se trouvent bousculés.

Sans aborder les aspects politico-économiques de Livres de Papier, j'ajouterai de l'eau au moulin de ses contributeurs en citant une anecdote concernant un prestataire de librairie. Celui-ci fournit des logiciels de gestion aux libraires, disquaires et papetiers. Je ne m'attarderai pas sur les fautes d'orthographe qui parsèment les différents messages de sa base de travail. Je citerai juste les termes utilisés par le technicien.
Là où le libraire parle d'éditeur, le technicien parle de marque. Là où le libraire commande des livres, le technicien commande des codes-à-barres aux fournisseurs. Pour le commercial comme pour l'informaticien, il y a donc un revendeur et un distributeur, entre les deux le livre est devenu un code-à-barres ; l'éditeur, une donnée insignifiante. Le décalage de perception et de concept est réel, même s'il peut se comprendre d'un point de vue professionnel ; le malaise est palpable...

Concernant la méfiance justifiée vis à vis des liseuses (pérennité du support, contrôle des lectures...), j'entamerai plutôt le chant des partisans en arguant que le cinéma n'a pas tué le théâtre, ni la photo la peinture. Et Internet ne tuera la télé que parce que l'usage et le contrôle de celle-ci en rendent le contenu affligeant.
Pour exemple de perspectives fabuleuses que les nouveaux supports offrent aux créateurs, je vous inviterais à regarder cette démo de Toy Story sur l'iPad (Aldus). Épatant ! Toute la gamme des produits dérivés Disney-Hachette déclinée sur un même support ! Les potentialités sont bluffantes. Au diable le marketing !
J'en veux pour preuve le dossier de Tony sur Du9 concernant les perspectives et possibilités de création grâce au numérique. L'article est, comme toujours sur ce site, fouillé et bien construit.

Notons aussi la position des auteurs par rapport au Livre numérique. Leur regroupement est une bonne chose dans un milieu où le cas par cas et la loi du silence sont monnaie courante.

- Monsieur -

Livres de Papier, journal des réfractaires à l'ordre numérique (à lire pour rester vigilant mais sans diaboliser).
Gratuit et disponible (entre autres) à la librairie Le Flâneur des 2 Rives au 60 rue Monsieur Le Prince dans le 6e arrondissement de Paris.

Collectif Livres de Papier, c/o Offensive, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris.
Par correspondance, merci de les contacter à l'adresse livresdepapier@gmx.fr