samedi 29 mai 2010

Vielles Maisons Françaises

Le dernier numéro de Vieilles Maisons Françaises est consacré au Cotentin. Outre le fait d'être bien illustrée, la qualité des articles rend cette revue particulièrement attrayante.
En axant leur dossier sur le patrimoine du Cotentin, les auteurs de VMF mettent en avant les liens entre familles et territoires. De la baronnie de Bricquebec aux châteaux du XIXème, nous voilà plongés au cœur de ce "pays" bercé par les eaux.

Si VMF, en s'attachant aux "patrimoines en mouvement", pouvait permettre de préserver nos demeures et leur environnement, pouvait ouvrir les yeux de nos décideurs et redonner le goût du pays à ses habitants, nous en serions ravis!
L'urbanisation massive qui ravage un territoire déjà meurtri par les bombardements de 1945, la graphiose des ormes et le remembrement, n'arrange malheureusement pas la cote d'amour pour ce pays entre deux mers.

Mais VMF a l'enthousiasme volontaire : les deux pieds dans la terre et le cœur à l'ouvrage. Ses rédacteurs nous livrent une belle leçon d'histoire prolongée jusqu'à nos jours. Ils mettent en avant les habitants de ces vieilles maisons. Comme ils ont raison! Car, au delà de l'aspect nobiliaire et poussiéreux attaché à ces grandes demeures patrimoniales, on découvre tout le courage et le dévouement nécessaires pour les maintenir en "vie".

Plus loin, un chapitre sur les marais du Cotentin, leur intérêt et leur mise en valeur, ouvre des pages d'Histoire souvent méconnues. Un encadré souligne le caractère spécifique et ancestral des constructions en terre crue que l'on pourrait qualifier de "durables" et "écologiques".
Notons dès maintenant deux ouvrages forts bien faits sur le bâti en terre de la région :

Entre Sèves et Taute de Erwan Patte (Inventaire du Patrimoine de Basse-Normandie) aux éditions Cahiers du Temps.
Architectures en terre. Marais du Cotentin et du Bessin de Erwan Patte aux éditions Cahiers du Temps.


Reprenons maintenant notre balade sur Bricquebec avant de regagner Valognes. Promenons-nous au gré de notre humeur, c'est le principe des journaux : on les prend, on les laisse, on y revient au p'tit bonheur...

Quelques articles complètent la revue, qui sur Vilmorin, qui sur l'Hôtel Lambert (avec des conclusions pertinentes sur cette affaire).

Un texte rebondit sur l'actualité pour mettre à l'honneur la Cité Universitaire ; endroit étonnant et remarquable tant par son architecture que par l'esprit du lieu "né d'une volonté pacifiste d'entente des peuples à travers l'amitié entre étudiants, chercheurs et artistes du Monde entier."

Et l'on se prend à rêver comme au soir d'une promenade...

- Monsieur -

VMF la revue du patrimoine n°232 , mai 2010.

Merci à Nicole Coulon de nous avoir indiqué le site trouverlapresse.com pour que l'on puisse se repérer dans le dédale des kiosques.

À ceux qui voudraient prolonger leur visite, nous conseillons vivement les photos de Brisjo sur Balade en Cotentin.

dimanche 23 mai 2010

Racines

Il y a des livres dont on ne peut pas dire grand chose tant leur beauté nous subjugue. Il en va ainsi de Racines. Il suffit de lire quelques critiques avec lesquelles on tombent d'accord pour que cela nous coupe l'herbe sous le pied.
Que rajouter de plus?
On aimerait en parler sans que ce soit une redite, vous renvoyer au texte, ajouter une pierre au jardin de ceux qui l'ont aimé... je parlerai avec amour.

De Pierre Duba d'abord, qui nous envoûte depuis des années avec son œuvre sombre, abstraite et maniérée ; son goût pour le Japon, les dialogues intérieurs ; les silences et l'absence.

De Racines ensuite, œuvre d'art lyrique.
La splendeur.
Cette maîtrise de la lumière qui se fraie un passage dans les cases les plus noires.
Le rouge organique, profond, sanguin, terrestre ; le sang mêlé de sueur et d'humeurs ; le feu ;
intérieur, épais, volcanique...

L'écriture.
Pierre Duba nous place au cœur de l'écriture.
On a tous nos fantômes, les écrivains en font une œuvre.

Racines est une plongée dans le magma créateur ; nous sommes, lecteur, au centre de l'anima,
au moment où tout bascule ; de l'imagination à l'expression,
de la main à l'écrit
aux premiers mots de l'Homme :
nus sur le papier, dessinés,
peints.


Les éditions Six Pieds Sous Terre ont particulièrement soigné la mise en pages.
Racines bénéficie également d'un grand format qui lui sied à merveille.

- Monsieur -

Racines de Pierre Duba aux éditions Six Pieds sous Terre, 2010.

jeudi 13 mai 2010

Livres de Papier

Le collectif Livres de Papier s'est créé en 2009 avec pour objectif de "résister à l'informatisation de l'écrit et du Monde".
Énoncé de cette façon le propos est abrupt. Surprenant.

Combattre la dématérialisation en tant qu'atteinte à la liberté et au lien social, révèle une dimension rarement abordée dans le discours sur la numérisation.
Le Journal des réfractaires à l'Ordre numérique approfondit les craintes et les suspicions que l'on pourrait avoir vis à vis des "nouvelles technologies" ou plutôt de l'usage qui nous en est imposé.

Leur revue est politique, avec des accents syndicaux ; pas vraiment radicale, pas toujours modérée. Elle peut hérisser plus d'un lecteur mais a l'avantage d'aborder le sujet de la numérisation sous un angle plus humain que technologique.
La réflexion est intéressante. Elle place au centre du débat la question de l'individu et la part de l'économie.
Il n'est d'ailleurs pas étonnant que leur combat rejoint en bien des points celui des communautés qui défendent le logiciel libre (curieux paradoxe).

Que l'on soit d'accord ou non avec eux, l'attention que l'on prêtera à leur journal ne sera pas du temps perdu.
La disparition des métiers du Livre est une réelle préoccupation, au delà de leurs transformations ; il s'agit de savoirs, du fondement même de nos sociétés qui se trouvent bousculés.

Sans aborder les aspects politico-économiques de Livres de Papier, j'ajouterai de l'eau au moulin de ses contributeurs en citant une anecdote concernant un prestataire de librairie. Celui-ci fournit des logiciels de gestion aux libraires, disquaires et papetiers. Je ne m'attarderai pas sur les fautes d'orthographe qui parsèment les différents messages de sa base de travail. Je citerai juste les termes utilisés par le technicien.
Là où le libraire parle d'éditeur, le technicien parle de marque. Là où le libraire commande des livres, le technicien commande des codes-à-barres aux fournisseurs. Pour le commercial comme pour l'informaticien, il y a donc un revendeur et un distributeur, entre les deux le livre est devenu un code-à-barres ; l'éditeur, une donnée insignifiante. Le décalage de perception et de concept est réel, même s'il peut se comprendre d'un point de vue professionnel ; le malaise est palpable...

Concernant la méfiance justifiée vis à vis des liseuses (pérennité du support, contrôle des lectures...), j'entamerai plutôt le chant des partisans en arguant que le cinéma n'a pas tué le théâtre, ni la photo la peinture. Et Internet ne tuera la télé que parce que l'usage et le contrôle de celle-ci en rendent le contenu affligeant.
Pour exemple de perspectives fabuleuses que les nouveaux supports offrent aux créateurs, je vous inviterais à regarder cette démo de Toy Story sur l'iPad (Aldus). Épatant ! Toute la gamme des produits dérivés Disney-Hachette déclinée sur un même support ! Les potentialités sont bluffantes. Au diable le marketing !
J'en veux pour preuve le dossier de Tony sur Du9 concernant les perspectives et possibilités de création grâce au numérique. L'article est, comme toujours sur ce site, fouillé et bien construit.

Notons aussi la position des auteurs par rapport au Livre numérique. Leur regroupement est une bonne chose dans un milieu où le cas par cas et la loi du silence sont monnaie courante.

- Monsieur -

Livres de Papier, journal des réfractaires à l'ordre numérique (à lire pour rester vigilant mais sans diaboliser).
Gratuit et disponible (entre autres) à la librairie Le Flâneur des 2 Rives au 60 rue Monsieur Le Prince dans le 6e arrondissement de Paris.

Collectif Livres de Papier, c/o Offensive, 21ter rue Voltaire, 75011 Paris.
Par correspondance, merci de les contacter à l'adresse livresdepapier@gmx.fr

samedi 8 mai 2010

Gouverner par le chaos

Gouverner par le Chaos est un essai sur la manière dont un gouvernement instaure le climat idéal pour la mise en place des réformes qu'il veut effectuer. Le sous-titre est d'ailleurs plus révélateur que le titre lui-même : ingénierie sociale et mondialisation. On sort de l'ambiguïté que pourraient entretenir le titre et l'anonymat des auteurs.

Le rappel volontaire à l'Insurrection qui vient et au Comité Invisible est expliqué dans la préface. C'est un soutien à la liberté de parole et une dénonciation du Pouvoir actuel. "Il y a un ordre à faire tomber".

La comparaison s'arrête là.

Gouverner par le Chaos ressemble plus à un essai de management qu'à un pamphlet politique, même si les conclusions sont aussi glaçantes que le combat volontaire.

En s'appuyant sur les théories de management et de marketing* (développées depuis des années et enseignées dans toutes les grandes écoles de "pouvoir"), à l'aide de nombreuses citations de conseillers en tous genres, l'auteur interprète et analyse la situation de "chaos" qui nous est imposée.
* Citons l'Art de la Guerre, le Traité de Manipulation à l'Usage des Honnêtes Gens, L'Art de culpabiliser, l'Art de convaincre... tout un programme d'instruction militaire (para-?), de conditionnement, d'embrigadement, qui fait les beaux jours du rayon Entreprise des librairies. De Machiavel à Plutarque, ces ouvrages sont parfois très anciens.

Gouverner par le Chaos n'est ni un appel ni un pamphlet : l'auteur explique que pour "imposer" les changements, nos gouvernants organisent la déstabilisation ("vous voyez le système actuel ne marche pas."), modifient la perception (ce n'est pas la réalité qui compte mais la façon dont on la perçoit), provoquent les crises pour mieux resserrer les boulons.
Avec force pédagogie, point par point, l'auteur enfonce le clou.
Cette démonstration est suffisamment efficace et plausible pour s'y arrêter avec intérêt.

Par contre, le bandeau Max Milo ne se justifiait pas. Ça casse un peu la crédibilité d'un tel ouvrage. On est dans une accroche où tout est sur le même plan : le titre à la façon "punk" ; "terroriste" sur fond rouge, comme une revendication adolescente, une formule aussi creuse que peu convaincante ; et, cerise sur le gâteau,
la récompense : 2010 euros ! Alors là, les bras m'en tombent. C'est l'erreur de casting. Pourquoi pas un ticket de loto ?
"Provoquer", Monsieur Milo ? Pour le coup c'est gagné, mais ce n'est pas très heureux même pour un anniversaire.

- Monsieur -

Gouverner par le Chaos aux éditions Max Milo (leur fonds jeunesse recèle de vraies petites perles).

samedi 1 mai 2010

Librairies et Quartier Latin :

Commençons par souhaiter la bienvenue à la librairie du Flâneur des 2 Rives sise rue Monsieur Le Prince à Paris. Leur site* est prometteur et leur vitrine présente quelques surprises alléchantes. Ses gens sont du Métier, ils sont du Livre et ont des convictions. Reste à leur rendre visite.

* celui-ci a été remplacé par une adresse Facebook.

Cette ouverture a été facilitée grâce au soutien de la Semaest. En effet, face à la fermeture des librairies du quartier Latin (41 entre 2003 et 2008), la mairie de Paris a décidé de prendre des mesures afin d'enrayer le phénomène. Le principe est simple : la Semaest achète un local (celui de la librairie Album pour le cas ci-dessus), fait des travaux et le loue pour une destination précise à un tarif préférentiel. Plusieurs librairies ont pu ouvrir dernièrement à Paris grâce à ce système.

Ceci n'est pas sans poser quelques questions par rapport

- à la concurrence déloyale que cela provoque vis à vis des libraires déjà installés ou qui ne bénéficient pas de ces aides. Toutefois, l'émulation est préférable à une désertification progressive et inexorable.
- à l'indépendance du libraire bien qu'elle semble garantie jusqu'alors.
- au financement de subventions publiques qui se font au profit d'établissements privés à caractère commercial. Je me fais volontairement critique...
- à l'immuabilité d'une ville. Celle-ci bouge, évolue, change comme tout organisme vivant. Le quartier Latin s'est déjà vidé de ses étudiants, et ceux-ci n'ont pas le même rapport à la lecture que leurs aînés. La ville doit-elle être fidèle à l'image qu'on se fait d'elle ou à la vie qu'on y mène?
- à la spéculation immobilière dont souffre toute la population (difficulté pour se loger, pour trouver des commerces de proximité abordables...).

N'y a-t-il pas des mesures concrètes à prendre au niveau mondial puisque les banques et les fonds de pension n'ont pas de frontières et que le problème se pose dans toutes les grandes villes?
Qui osera taper du poing sur la table plutôt que d'aménager les villes pour les touristes, de les organiser à la petite semaine avec un commerce par-ci un HLM par-là et des résidences ailleurs?
Quitte à faire du communisme, autant y aller carrément.

- Monsieur -

Un texte de Lekti apporte une réflexion intéressante sur le sujet.
Pour plus d'informations sur le Livre en Ile-de-France, une visite sur le site de l'observatoire du Livre et de l'Écrit est recommandée (le Motif).

mercredi 21 avril 2010

46XY et la critique de livres

Parlons de 46Xy.

Je trouve le dessin un peu figé, un peu raide... disons que je n'accroche pas.
Je n'aime pas trop le style non plus, l'écriture. Et pourtant...
L'alliance des deux marche plutôt bien.
Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier aux apparences.

La manière dont Raphaël Terrier amène l'histoire... le cœur du livre soulève des émotions, une profonde empathie pour ce couple en difficulté, en proie aux doutes et aux inquiétudes. L'auteur raconte une grossesse à problème, le choix de garder ou non un enfant... il ne juge pas, il raconte. C'est un sujet terrible, grave, traité avec plus de justesse que dans bien des livres de psychologie. Terrible et touchant.

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Mais venons-en au cœur de cet article. J'ai longtemps hésité à parler du problème des critiques littéraires au sujet de ce livre car ce n'est pas le servir. Ni Raphaël Terrier ni la Boîte à Bulles ne le méritent d'autant que la majorité des éditeurs se retrouvent dans la situation que je vais décrire.

46XY est paru en septembre 2009. Le 16 octobre, je le trouvais en occasion dans une grande enseigne parisienne à 8 euros 30 au lieu de 13.90. Il y avait dans l'ouvrage une feuille type - de celles destinées aux libraires et aux journalistes - :



Vous comprenez pourquoi autant de critiques littéraires sont similaires (affligeantes?) : le "travail" est pré-mâché par le service "marketing" des maisons d'édition. Il est tellement tentant de ne pas lire le livre (surtout pour les romans...).
Ceci explique en partie le succès de nombreux blogs dont la passion et le plaisir sont les seuls moteurs de leurs auteurs. Ils sont libres de leur temps, de leurs finances et de leurs choix, ne marchent pas au service de presse.

Cet achat soulève un autre problème :

Ces livres neufs sont considérés comme de la seconde main donc exempts de TVA et de droits d'auteur. Le livre de Raphaël Terrier a un cachet "exemplaire offert" : il n'aurait pas dû se retrouver en vente.

Les services de presse entrent dans le coût de fabrication du livre ; ils impactent son prix.

Ce marché du service de presse permet à certains journalistes d'arrondir leurs fins de mois et à des libraires peu scrupuleux d'améliorer l'ordinaire...

Ne crachons pas dans la soupe, je suis le premier à acheter des livres à prix réduits ; l'offre en bibliothèque est loin de satisfaire mes goûts et des moyens plus limités que mes envies ne me permettent pas d'acheter tous les livres aux prix fort.

Peut-être que l'avènement des liseuses mettra un terme à cette hypocrisie.
Qui sait?

- Monsieur -

46XY de Raphaël Terrier aux éditions de la Boîte à Bulles, 2009. (les critiques sur leur site me feraient-elles mentir? Rien n'est simple...)

L'association CORAL (Comité de Réflexion pour l'Avenir du Livre)
15 rue du Docteur Lancereaux 75008 PARIS
01.42.56.46.94

dimanche 18 avril 2010

Amer

Amer n'est pas une revue à la mode avec un titre pour dépressif.
Amer, c'est une littérature fin de siècle, exaltée, décadente et déviante.
C'est Barbey d'Aurevilly, Huysmans ou Rémi de Gourmont. C'est Élysé Reclus mais aussi Marcel Schwob et Octave Mirbeau. Ce sont les médecins de l'âme et du corps, ce sont des oubliés, ce sont des anarchistes.
C'est le XIXème siècle prolongé.
Amer, c'est un romantisme classieux, revu et corrigé par des punks mâtinés de gothiques; et tant pis si je me trompe, ce sont des esprits libres et vivants!

Amer est une griffe, un collectif d'auteurs qui donne de la voix et des envies de lecture. Les gaillard(e)s ont la langue bien pendue, la passion contagieuse.
Leurs critiques ravageuses et plaisantes démolissent aussi bien qu'elles encensent. On pourrait même les lire - au delà du sujet (mais ce serait dommage) - pour le plaisir du style, avec ses petits finesses, ses finitions : le choix des mots, la façon de les amener... c'est goûtu et souvent savoureux.
Le ton est efficace, la liberté revigorante. On a envie d'aller plus loin, de prolonger la découverte ; Amer, c'est le plaisir multiplié.

Amer n'est pas une revue littéraire obscure et emberlificotée. C'est une drogue sans suicide, c'est le flottement avant l'ivresse. Amer est une revue que l'on n'aimerait pas voir finissante.

Quelques illustrations parsèment l'ensemble dont celles d'Anne Van der Linden et de Mirka Lugosi, artistes pour lesquelles je confesse un léger faible.

J'ai volontairement placé la quatrième de couverture en exergue de cet article non par volonté de censure mais parce que l'image - de tête - "joyeusement dégueulasse" de Reinhard J.Lenz peut heurter certains lecteurs de ce blog ouvert à tous vents. On peut toutefois la retrouver ici (mais n'allez pas vous plaindre après).

- Monsieur -

Amer numéro 3 est éditée par les Âmes d'Attala.

Une critique du numéro 1 est à lire sur le site de Lekti-écriture.

dimanche 11 avril 2010

Guide de la négociation du contrat d'artiste


Juste pour le plaisir, parce que l'image est belle...

Le visuel est repris à l'intérieur du livre pour marquer les chapitres. Cet effort de recherche graphique est d'autant plus remarquable qu'il n'est pas monnaie courante sur des thèmes aussi austères que celui-ci.

- Monsieur -

Le Guide de la Négociation du Contrat d'Artiste aux éditions Adami 2005
de Jean-Marie Guilloux
Directeur de la publication : Bruno Ory-Lavollée
Directeur de collection : Christian Dulong de Rosnay
Mise en page et distribution : Irma
Création graphique : Okus (okus@noos.fr)

samedi 27 mars 2010

L'Argent et les Mots

Après avoir livré deux premiers textes sur l'état du Livre dans le monde et spécialement aux États-Unis (L'Édition sans éditeurs et Contrôle de la parole), André Schiffrin nous revient avec ce nouvel essai, sorte de mise à jour et en perspective des précédents ouvrages.
Il décrit la situation actuelle, pourtant désolante et dramatique, sans aucun défaitisme. Il ouvre des portes, analyse, compare ce qui se passe dans différents pays (problèmes et solutions), propose des pistes pour en sortir avec la vitalité d'un explorateur.
Après une large introduction dans laquelle il revient sur ses premiers constats et sur l'affaire Vivendi (rappel historique qui prend une résonance particulière en ce moment de turbulences au sein du SNE), il étudie l'Édition, la Presse et la Librairie. Il ajoute un chapitre sur le Cinéma qui lui permet une comparaison globale par rapport aux conflits qui se nouent entre les indépendants et les grosses structures.

Quand André Schiffrin parle de stock limité pour les copies de
films ( ce qui prive certains cinémas de leur diffusion), je ne peux m'empêcher de penser à ce qui se passe en librairie.
Prenons l'exemple d'une bande dessinée qui bénéficie d'un " gros plan média" lors de sa sortie. Un libraire dont la BD n'est pas le fonds de commerce en commande exceptionnellement un ou plusieurs exemplaires. Il recevra comme réponse quasi systématique du distributeur : "manquant dispo. sous peu noté". Cela revient à dire qu'il ne recevra le livre commandé, alors qu'il est en pile dans toutes les grandes surfaces culturelles, qu'après les premiers retours d'invendus de ces mêmes grandes surfaces, 2 ou 3 mois plus tard.
Et c'est une des comparaisons possibles...

La partie qui conclut le livre est particulièrement intéressante. André Schiffrin analyse en quelques mots la position de monopole de
Google ; il explique très finement les dangers que cette situation induit et la manière d'y échapper.
Son intervention sur le copyright et le droit d'auteur est également très pertinente.

Ne serait-ce que pour ces pages, L'Argent et les Mots est incontournable. André Schiffrin apporte une explication claire et concise sur ces deux thèmes, pourtant traités en large et en travers par de nombreux médias.

Malgré quelques allers-retours, comparaisons qu'on peut juger rapides entre pays et données (on n'est pas dans un essai au développement économique précis et détaillé, André Schiffrin resserre au maximum les informations pour aller à l'essentiel, faire passer son message politique - au sens noble du terme - ) ce petit livre est indispensable pour qui veut comprendre ou participer aux enjeux culturels qui se déroulent sous nos yeux : André Schiffrin condense en quelques pages tous les paramètres, toutes les problématiques posées au monde de l'écrit, plus généralement de la culture par rapport à la main mise des pouvoirs financiers. Et ce qui est formidable, c'est sa volonté, son optimisme inaltérable! L'énergie d'une passion!

-Monsieur-

L'Argent et les Mots de André Schiffrin aux Éditions de La fabrique, 2010

A lire également, cités dans l'ouvrage :

J'ai fait HEC et je m'en excuse de Florence Noiville aux Éditions Stock.
L'Édition, l'envers du décor de Martine Prosper aux Éditions Lignes.

samedi 20 mars 2010

Hey!

Enfin, une éclaircie dans ce vieux fond de grisaille!

Les lecteurs de Juxtapoz (avant son orientation "street-art") et ceux d'Hi-Fructose ne pourront que se réjouir de l'arrivée d'une revue francophone (bilingue pour être honnête) consacrée aux mouvements artistiques issus de la pop culture.

Hey! sous-titrée "modern art et pop culture" se présente sous un format à l'italienne avec des stickers, une poupée en carton à découper, des cahiers de différents formats et un papier de qualité. Elle n'a ni les publicités ni le côté people (trash et vernissage) des revues américaines.

Il y a un beau travail de mise en page et l'on ne se plaindra pas de devoir "jouer" avec le sens de cet objet (de quel côté on le tourne?!) puisque les œuvres présentées bénéficient ainsi d'un format extra-large ou extra-long.

Une belle unité se dégage de ce mensuel jubilatoire à la finition soignée dont le ton est donné en prologue (tatouages, graffiti, jouets, bandes dessinées, peintures... ) : " Nos alternatives d'hier, nos refuges, nos marges, nos réseaux sont sous les projecteurs. Hey! est notre corde vocale. Avec l'Europe en haut-parleur."

Hey! arrive donc à parler de ce qu'on aime (œuvres et artistes) sans racolage ni hypocrisie commerciale. Ils n'ont pas pris grand risque sur les artistes présentés (la plupart sont connus et reconnus) mais ils ne trahissent pas non plus leur univers. L'essentiel est de prendre ses marques.

Le plaisir des rédacteurs étant perceptible, communicatif, on attend la suite avec impatience!

- Monsieur -

Hey! numéro 1, Mars 2010, trimestriel publié par les Éditions Ankama.

mardi 2 mars 2010

La mère des poissons abandonnés

La Mère des Poissons abandonnés.

L'alliance du dessin et du texte,
une même écriture,
indissociables et malhabiles,
ponctuée de croches, d'enfantillages,
fragile.

Les mots comme les oiseaux - poissons -
sont égarés,
volontaires ou non,
à mal escient,
sur un instrument sans corde;
La poésie sans partition,
fragile.

Ursulla Pinon - funambule -
nous joue son numéro,
accroche les couleurs et le trait,
malmène les mots et le dessin,
nous piège,
avant l'envol...
touchante.

Comme un tableau
nous accompagne, longtemps.

- Monsieur -

La Mère des Poissons abandonnés de Ursulla Pinon
aux éditions Vedrulla.
Info libraires : diffusion par le Comptoir des Indépendants.

dimanche 28 février 2010

Henry Darger

Bien sûr, il vaut mieux pratiquer la langue anglaise pour profiter pleinement des textes mais quelle somptuosité que ce livre!
Le cadre noir, profond, quasi laqué, sur lequel sont posés les dessins et le journal d'Henry Darger, rend toute grâce à cette œuvre ambigüe, cette série de dessins innombrables, véritable conte horrifique.
Le grand format, la densité, tout concourt à faire de ce livre une somme incontournable.

Il se divise en plusieurs parties dans lesquelles Klaus Biesenbach analyse, outre le contexte américain, l'influence de Darger sur nombre d'artistes contemporains et les parallèles qui peuvent être faits entre leurs œuvres.
Brooke Davis Anderson étudie ensuite avec beaucoup d'intelligence et de manière quasi chirurgicale le travail de Darger, sa pratique régulière, ses collectes, ses techniques...
Michael Bonesteel suivi de Carl Watson introduit les écrits de Darger par une biographie qui éclaire bien des aspects de son œuvre atypique, en soulignant les failles et les douleurs de son créateur, son rapport à Dieu, à l'enfance, aux éléments.
En prolongement, quelques pages d'History of my Life sont présentées, dans leur forme originelle. Ces textes sont reproduits avec beaucoup de soin et d'authenticité. Ces cahiers joints aux nombreux dessins regroupent ainsi le travail de Darger en un même ensemble indissociable, dans une même continuité créatrice.

Le livre se referme alors sur une courte sélection d'expositions passées et une brève bibliographie.

Du bel ouvrage.

-Monsieur-

Henry Darger de Klaus Biesenbach aux éditions Prestel 2009
en langue anglaise.

Pour les libraires situés en France, la diffusion se fait par Interart.

mercredi 24 février 2010

Le Triomphe de la Cupidité

La couverture française du dernier livre de Stiglitz fait pâle figure à côté de la version originale.
Original est le terme, plus parlant également.

Il est dommage, même pour un titre d'économie, de ne pas accorder plus de soin à la conception d'un visuel, d'une accroche de couverture, d'un "facing" comme disent les directeurs commerciaux.


Et l'on se désole de ne pas trouver en francophonie de sites dédiés aux couvertures de livre du genre de The Book Design Review (actuellement en pause) ou surtout de l'admirable Book Cover Archive.
Est-ce un problème de législation, de droits d'auteur ou de référencement?
Un rapport aux listes?
N'avons-nous pas la même dynamique, la même maniaquerie à vouloir conserver sur la toile toutes les couvertures, tous les livres?
Bien sûr, on dégotte quelques passionnés de-ci de-là qui agrémentent leurs messages de trouvailles régulières mais connaissez-vous de vrais sites de "rats de bibliothèque", comme ceux des collectionneurs d'affiches ou des chasseurs de papillons? De vrais sites avec une réflexion sur le design des livres?
Si c'est le cas, écrivez-nous, un petit message sera toujours le bienvenu.

-Monsieur-

Le Triomphe de la Cupidité de Joseph E. Stiglitz aux éditions des Liens Qui Libèrent, 2010.
Traduction de Paul Chemla

À regarder pour les curieux l'étonnante présentation de Zoomii, librairie en ligne affiliée à Amazon.

mardi 16 février 2010

Papiers Nickelés

Les Papiers Nickelés poursuivent leur petit bonhomme de chemin et c'est avec bonheur que l'on découvre leurs premiers pas sur Internet.
Dans leurs derniers numéros, on peut lire un historique de la carte postale, quelques mots sur René Brantonne magnifiquement encadrés des couvertures de Fleuve Noir Anticipation.

Le numéro 22 nous donne l'occasion de retrouver Heinrich Kley, un virtuose du dessin (de la première moitié du XXème siècle). L'ouvrage Drawings of Heinrich Kley paru chez Dover rendait bien compte de l'élégance de son trait, du mouvement: une véritable danse, un dessin "animé". Quelques portfolios sont visibles sur le site de Coconino World .

Le numéro 23 s'attarde sur Rémi, un des dessinateurs parmi les plus talentueux, et peut-être le plus mordant, de sa génération.
Un article sur Audubon côtoie un sujet sur les Crados, Gipi voisine sans problème avec Pierre Soymier (une occasion de porter un regard bienveillant sur la revue Ridendo à laquelle il participa), Roland Breucker est tristement honoré dans le numéro 22.

Il y a toujours les brèves et trop nombreuses nécrologies, la page consacrée à la censure qui rappelle que dessiner est un acte de liberté et les rubriques habituelles beaucoup plus réjouissantes.

Voilà de bonnes raisons d'acheter les Papiers Nickelés; même si l'on aimerait des numéros plus denses et plus fréquents... la gourmandise est un vilain défaut.

Prenons le temps et goûtons notre plaisir.

-Monsieur-

Papiers Nickelés, la Revue de l'Image Populaire.
Toujours difficile à dénicher, vous pouvez vous abonner sur leur site
ou indiquer leur diffuseur à votre libraire (en France):
Makassar, 8 rue Pelleport 75020 Paris (uniquement pour les professionnels).

dimanche 7 février 2010

Un Lieu, un Destin

Nul besoin d'habiter les Hauts-de-Seine pour prendre plaisir à regarder ces quelques films. On y suit le parcours d'une dizaine de personnalités emblématiques que le destin a liée à un moment ou à un autre à ce département. Mais le lieu n'est souvent qu'un point de départ, un prétexte pour se plonger dans la grande Histoire à travers la petite.

Simon Thisse, le rédacteur retrace de façon didactique la vie de ces grandes figures, artistes ou mécènes, leur apport à l'art, sans éluder les rugosités ni les aspects délicats de leur personnalité: la manière d'aborder la sexualité de Monsieur frère du roi est particulièrement savoureuse. Ou comment appeler un chat un chat sans heurter les sensibilités.

Le tout est d'une facture très classique. La structure est linéaire, ponctuée d'archives, de vues aériennes, de quelques incrustations d'images sur des documents d'époque. Le montage est dynamique et les différents intervenants permettent de ne ressentir aucun ennui (ce qui est le problème récurrent de ce genre de documentaire).

Il existe trois versions de chacun de ces films: une courte de 5 minutes, une autre de 26 minutes et une intégrale de 52 minutes. Ils seront diffusés sur plusieurs chaînes de télévision et disponibles à la vente dans quelques musées des Hauts-de-Seine.

Les titres sont:

Monsieur frère du roi - Domaine de Saint Cloud.
La duchesse du Maine - Sceaux.
Madame de Pompadour - Sèvres.
Joséphine - la Malmaison.
Chateaubriand - la Vallée-aux-Loups.
Corot - Ville-d'Avray.
Albert Kahn - Boulogne-Billancourt.
Charles Péguy - Bourg-la-Reine.
Léautaud - Fontenay-aux-Roses.
Céline - Meudon.

par le conseil général des Hauts-de-Seine.

- Monsieur -

samedi 6 février 2010

Hôpital Brut 9

L'Hôpital Brut n°9 est arrivé! 1kilo12. Un beau bébé. Il nous ouvre les bras et la couleur jaillit par tous les pores de sa peau. Il est énorme, indémêlable, mais lisible et maniable: 300 pages enchevêtrées comme les épines d'un buisson ardent!

La construction est une merveille d'intelligence et de vibrations, d'empathie envers les œuvres et de compréhension. Tout est calculé, réfléchi: les cahiers, les formats, les feuillets. C'est un sommet d'Art collectif, la virtuosité d'une horlogerie complexe.

Merci à Pakito Bolino d'avoir eu l'énergie de l'amener à terme, de réunir tous ces artistes - tous plus forts et indépendants les uns que les autres - avec le respect qui leur est dû: pas une légende ne vient polluer les dessins. Les noms sont en exergue, une liste belle en soi, porteuse d'une armée de légende. Des noms qui renvoient des images, comme des flashs, comme des électrons libres qui ne demandent qu'à s'échapper de cette main qui s'entrouvre vers le ciel.

Le docteur intervient. Saoul, agité, il tourne, déplie, se recule, se rapproche; claque sur claque: La beauté,radicale. Il encaisse, il respire, il reprend son souffle, son temps, le tempo. Il écoute; il écoute comme on écoute, éclaboussé de lumière, le soleil qui cogne les vitraux d'une église désertée.

"C'est un cerveau malade, dira-t-il, qui marrie la force à la somptuosité."

L'Hôpital Brut n'est pas une peinture de salon. L'Hôpital Brut exhibe tous les organes, les expose sur la table, dans leur splendeur la plus épurée, la plus crue.

Que ceux que la Nature effraye passent leur chemin, ils n'ont pas leur place ici ni là.

- Monsieur -

Hôpital Brut n°9, sérigraphie totale, aux Éditions du Dernier Cri.

vendredi 29 janvier 2010

Mise en garde

Les bruits de bottes se font partout plus forts; en Australie (mise en place d'un filtrage pour sécuriser le Web), en Italie (demande d'accréditation pour diffuser des vidéos), ailleurs encore, ils se rapprochent.

En France, il ne suffit plus à nos édiles de ne rien y comprendre, de ne rien maîtriser ni savoir du medium Internet, ils préparent l'opinion.
Après avoir tenté, pendant des années, de diaboliser Internet, de le décrire comme un repaire d'adolescents attardés et déséquilibrés (ce que continuent à faire certains présentateurs par facilité et paresse);
après l'avoir présenté comme une sorte de vidéo-gag sans foi ni loi;
après l'avoir pointé du doigt comme un repaire de pirates, de pédophiles, de terroristes, nos élus par la voix de Frédéric Mitterand, s'en prennent aux blogs.
Le ministre les compare à des lettres anonymes diffusant des tissus de mensonges, des rumeurs ( sans dire un mot de la presse à scandale, des reportages bidonnés, des approximations mensongères de Nicolas Sarkozy...). Il parle de danger, d'éducation et de contraintes...

À force de grossir le trait, d'accabler Internet de tous les maux d'une société humaine, nos dirigeants ne devront pas s'étonner d'engendrer de nouvelles radicalités.

Avant de dénoncer, Monsieur le Ministre, il serait bon de s'informer, de discuter, de raisonner.


-Monsieur-

mercredi 27 janvier 2010

Gyahtei

Quelques mots pour présenter cette monographie : un coffret cartonné dans lequel est glissé un ouvrage. Une blancheur
immaculée ; un choix de papiers épais, "vivants" (je n'ai malheureusement pas la connaissance pour en donner les caractéristiques techniques), choix pensé en fonction de la lecture, du rapport au lecteur, de l'objet-livre. Une façon toute japonaise de concevoir un livre.

Yamanaka et son éditeur ont su trouver une harmonie : l'équilibre de la respiration.
Un regard épuré. Un noir et blanc où le noir est a minima : un trait, un contraste, une profondeur. Le sujet, dans sa terrible nudité, est sublimé par le vide, l'absence qui l'entoure, la blancheur virginale de la page.

Gyahtei signifie "grand âge" ; c'est le nom donné au livre mais aussi le titre de l'une des six séries de photos qui nous sont présentées. Florilège de 20 années de travail.
Yamanaka est un photographe japonais né en 1959. Son regard est une main tendue, une attention vers ses modèles (on imagine ce que pourrait faire François-Marie Banier avec un peu de grâce et d'humanité).
L'œuvre de Yamanaka est imprégnée de bouddhisme. Il n'est pas nécessaire de le savoir ni d'en connaître les grandes lignes (réincarnation ; rapport à la vie, à la mort ; acceptation de son
état... ) pour recevoir ses photos mais cela les enrichit d'une lecture supplémentaire, d'une approche différente. Les thèmes restent cependant universels : la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort... le temps.

Le choix des sujets (embryons ; femmes âgées dénudées ; vagabonds... des déclassés, des bords-cadres), malgré la pureté des photos et la délicatesse du photographe, réserve l'ouvrage à des cœurs bien trempés : il peut être douloureux ; pas provocant, douloureux.

- Monsieur -

Gyahtei de Manabu YAMANAKA
aux éditions Pot Publishing. Septembre 2009.
Textes en anglais et en japonais. Sens de lecture occidental.
Les photos sont visibles sur le site de l'éditeur mais celui-ci ne traduit pas la profonde émotion dégagée par le livre.

samedi 23 janvier 2010

Quai des enfers

Le cadavre d'une femme est découvert de nuit par la Brigade fluviale de Paris dans une barque amarrée à l'escale du 36, quai des orfèvres. L'affaire n'est pas banale, et mobilise aussi bien la Fluviale que la Brigade criminelle.
La victime, belle, élégante jusque dans la mort, était l'égérie d'un parfumeur. Celui-ci, ami de toujours d'un cadre de la Criminelle, est soupçonné.
Peu à peu l'horreur tisse sa toile sur le fleuve et ses abords ; ses adeptes se soucient plus d'esthétisme macabre que de l'Histoire des lieux.

Évoluant à merveille sur la Seine, théâtre sombre de meurtres violents, Ingrid Astier nous séduit par un grand nombre d'informations sur Paris, les parfums, le milieu de la mode underground, et par la franche camaraderie des équipes des deux brigades. Je regrette même de n'avoir pas noté les anecdotes qui enrichissent ce polar!

Noirceur, vocabulaire professionnel, langage parfois argotique des personnages... On comprend que l'auteur a baigné dans le milieu policier et s'est largement documentée avant de plonger dans l'écriture de ce roman noir : pour toutes ces raisons, Quai des enfers nous offre un vrai plaisir de lecture.

Un bémol toutefois : des facilités de langage sont parfois relevées (répétitions...); parfois même, ses anecdotes culturelles pourtant intéressantes alourdissent le texte, donnent l'impression que l'auteur voulait placer une info à tout prix, juste pour le plaisir de la partager avec ses lecteurs : attention agréable, mais qui ne colle pas toujours avec l'histoire.

Mais qu'à cela ne tienne : il s'agit d'un premier roman, qui laisse augurer de belles pépites de la part d'Ingrid Astier... Je le redis, j'ai aimé ce roman, son cadre noirci d'un Paris que je ne connaissais pas ainsi et ses personnages hauts en couleurs.


- Madame -

Quai des enfers
de Ingrid Astier
Éditions Gallimard
Collection Série Noire 2010

dimanche 17 janvier 2010

Plus fort que Dan Brown

À vous qui habitez ou passez à Paris, ce message est une requête. Peut-être pourrez-vous y répondre...

Depuis quelques années, une personne noue des rubans colorés, parfois des papiers (emballages découpés en longues lanières) dans divers coins du 5ème et 6ème arrondissement.
On les retrouve régulièrement rue Racine (photo du 13 janvier 2010) , rue de Seine, rue des Saints Pères, place Paul Painlevé, square Gabriel Pierné...

Peut-être en répand-elle au delà mais je n'en ai jamais vus. Pourtant, un regard exercé les repère assez vite: accrochés à des grilles, des anneaux; aux branchages des arbustes, au milieu des buissons; en bordure de square ou le long des rues...

Ceux-ci ne comportent qu' une boucle, rarement plusieurs, fermée par une multitude de nœuds plus ou moins serrés. Parfois, ils renferment des messages, un peu comme des pochettes-surprises: photocopies, tickets de caisse, articles de presse; autant d'indices insignifiants pour le non-initié.

Depuis quatre, cinq ans, j'essaye de percer ce mystère. Est-ce une démarche artistique, du "street-art"? Ou simplement un appel? Une sorte de prière, superstitieuse ou calculée?

Ainsi naissent les romans! De bouts de ficelle en suppositions... on brode, on imagine... mais si vous avez une piste, ça serait gentil de nous laisser un commentaire.

-Monsieur-

lundi 11 janvier 2010

Revue Banque

Derrière une austérité de façade,
se cachent des petits rigolos:



-Monsieur-

Revue Banque, sac plastique.

samedi 9 janvier 2010

La Bataille Hadopi

À l'heure où sort le rapport Zelnik, il est toujours temps de lire La Bataille Hadopi car les attaques contre le net se multiplient.
À se demander pourquoi nos gouvernants critiquent la politique de la Chine? Seraient-ils envieux?
À toujours pratiquer cette politique de repli et de défense nationale, il est des questions que l'on se pose!

De quoi parlent-ils? Des créateurs? De spoliation des artistes?
On croit rêver! Et Nicolas Sarkozy de renchérir sur un rapport qui n'est pas, en soi, inintéressant!

Que recherchent-ils en fin de compte? Un monopole d'État au profit de quelques industriels-amis?
Je vous laisse juge...

Sous prétexte de respect des droits d'auteur, le gouvernement veut filtrer, "dépolluer" les réseaux. Il y a de quoi trembler.
Il suffit de regarder les conséquences du droit à l'image dans la presse - floutage, autocensure, caviardage - pour constater les résultats déplorables des politiques batonnières.
Il suffit d'être en opposition avec la ligne dominante pour se demander s'il ne va pas falloir faire ses valises.
À noter également que ces mêmes donneurs de leçons se permettent des largesses avec le droit d'auteur: en décembre 2009, Frédéric Lefebvre reprenait un article de slate.fr sans l'autorisation de son auteur; dans les mêmes moments, les jeunes de l'UMP utilisaient sans autorisation une bande-son pour illustrer un clip où se tortillaient des ministres. À bon entendeur!

Quelles autres solutions apportent-ils? Des taxes, encore et toujours, au coup par coup, modulables à merci; on donne ici, on reprend là.
Rapidement, personne ne comprendra plus rien, on s'habituera simplement, on payera et personne ne contrôlera plus la destination de ces sommes perdues dans le grand gaspillage public. Inlassablement, on retombe dans le schéma classique et désolant du système français.

Autre solution: l'offre légale! Avec une carte de téléchargement subventionnée entre 50 et 200 euros! Il suffit de regarder un peu les tarifs pratiqués par l'INA pour ouvrir grand les yeux. Si le prix est prohibitif, autant couper le cordon: laissons l'Internet aux riches ( le pauvre étant un voleur, un pirate, un malfaisant, coupable de tous les vices)! Les indigents auront l'accès aux services publics - sûrement payants un jour ou l'autre- sur des bornes dédiées.
Et qu'ils interdisent la lecture de la Bible pendant qu'ils y sont! Seules quelques personnes désignées ou nommées auront le droit de divulguer le savoir, la connaissance ( après l'avoir filtrée bien sûr!) .
Ouf...

Il est grand temps d'aborder La Bataille Hadopi car je m'emporte et les mouvements d'humeur ne font pas très sérieux. Ce livre est donc une réflexion collective sur l'Internet, rédigée par des personnes concernées par ses enjeux, impliquées réellement. Ces interventions multiples contiennent également des rappels historiques et sociologiques riches d'enseignement. Les contributeurs proposent des idées neuves, indépendantes de tout pouvoir politique ou économique. Il y a un travail de combat ( même si je n'en partage pas tous les termes) , des propositions intéressantes pour tous les utilisateurs. Leur discours n'est pas biaisé par des arrières-pensées scélérates. Les auteurs ont compris les enjeux de l'Internet et les inquiétudes qui entourent ce nouvel outil. Ils en ont cerné les atouts, posément, sans le diaboliser ni le considérer comme une vache à lait potentielle. La Bataille Hadopi est une précieuse analyse de cette période charnière dans le développement d'Internet.

- Monsieur -
La Bataille Hadopi par un collectif d'auteurs aux éditions In Libro Veritas, 2009.
Disponible sous différents formats, également en version gratuite sous PDF.

mardi 29 décembre 2009

Sasmira t.2 : La fausse note (à paraître)

Nous venons d'obtenir une information importante, à côté de laquelle nous étions passés jusque là : Laurent Vicomte a travaillé le scénario du deuxième tome de Sasmira dont la sortie est prévue chez Glénat, laissant le dessin à Claude Pelet : le travail est désormais bien avancé!

Je vous laisse découvrir les premières planches sur le site de l'illustrateur, que nous avons découvert grâce à un commentaire ajouté à notre article sur le premier tome. Mille mercis à Claude!

Attendu depuis douze ans, on commençait à prendre cette suite pour l'Arlésienne. L'attente devrait être récompensée en 2010, si l'on en croit son éditeur, Claude Marguin, répondant à une discussion assez virulente à ce sujet.
Les possesseurs du premier tome édité en 1997 ne verront jamais leur collection joliment terminée chez les Humanoïdes Associés. Je trouve cela dommage. D'après moi la couverture originelle était plus marquante que la seconde chez Glénat, donnant plus de densité au mystère de Sasmira par le choix des couleurs et du sujet, mais le contenu reste le même.

Beaucoup de lecteurs devront faire un choix entre une série dépareillée ou l'acquisition du premier tome chez Glénat en plus de l'édition des Humanos, et ça agace. Rappelons toutefois que l'essentiel est de voir cette histoire aboutir : si tant de gens râlent après ces soucis éditoriaux, c'est qu'il s'agit d'une histoire passionnante, qui nous a tenus en haleine durant de longues années et a continué de toucher son public, malgré tout.

Aujourd'hui, Pelet réalise un petit exploit : celui de reprendre le dessin de Vicomte où les détails abondent et les costumes ont toute leur importance. De ce que j'en vois sur son site, tout y est; visages, têtes légèrement penchées de femmes intriguées, chapeaux, paysages... Les planches, mises en ligne en tout petit format au fur et à mesure de l'avancement du travail nous tiennent en haleine...
Vivement la parution de ce tome 2, édition initiale ou pas!

Dans l'attente de vous lire, donc, chers Vicomte et Pelet...

- Madame -

Sasmira tome1 : L'appel
Scénario et illustration : Laurent Vicomte
éd. Les Humanoïdes Associés 1997
ou éd. Glénat 2008

À paraître:
Sasmira tome 2 : La fausse note (titre provisoire)
Scénario : Laurent Vicomte
Illustration : Claude Pelet
éd. Glénat (prévue pour 2011)

dimanche 20 décembre 2009

" Cachez ce sein que je ne saurais voir "

La censure est un vaste sujet, fluctuant s'il en est: elle s'immisce partout, en tout temps et tout lieu; économique, sexuelle ou politique, son étude nécessiterait un site régulièrement remis à jour: un travail d'analystes, d'historiens, de juristes et sociologues réunis. La tache serait titanesque. La volonté nous manque moins que le temps; nous resterons modestes.

Quelle différence y-a-t-il entre cette accroche pour l' iPhone (en lien avec le site Apple-entreprise) visible sur internet la première semaine de décembre :


et Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet?


Sur la photo, la pose est suggestive, le costume ridicule, la plastique irréelle. On est dans l'imagerie publicitaire, dans le factice; on suggère le désir, on (sur)joue. Les codes sociaux des sociétés puritaines et patriarcales sont assumés. L'ordre des choses est respecté. Hypocrite, malsain, mais respecté.

Toxique n'est pas un problème. Sagan n'en est plus un. Par contre le trait de Bernard Buffet semble gêner Apple... qui censure! Je vous renvoie à ce sujet sur la République des livres -blog pour le moins intéressant.
Serait-ce le sexe qui dérange? Ou l'organique?
Serait-ce le poil, l'odeur, le vivant?
Ça grouille, ça respire, ça vit!
Le peintre est cru; le geste est sûr, sa calligraphie sincère: la nudité de l'œuvre s'oppose à la vulgarité, à l'habitude et aux convenances. Bernard Buffet est unique. Il n'a rien à perdre; il se livre. L'artiste joue son âme. Seul, il est incontrôlable.
Sagan aussi me direz-vous mais les censeurs ont des œillères, ce qui rend leurs décisions aussi arbitraires que stupides.

J'en veux pour preuve les créations du Dernier Cri qui furent bloquées à la frontière Suisse pour pornographie. Stupeur! Comme quoi, tout est question de regard. On établit des règles avec des interdits et on les interprète, on adapte.
Ainsi, de nombreux États privilégient la contrainte à l'amour, la puissance à la fragilité. Disons, avec un sourire feint, que c'est une forme de pudeur, d'extrême timidité, un carcan à l'émotion. Il n'y a d'ailleurs pas d'émotion dans le porno: on est dans le "sur-moi", le "sur-joué", l'interdiction de l'échec. On refuse la faiblesse.

Ce qui est inquiétant dans l'exemple d'Apple, c'est qu'une société privée remplace l'État de droit dans son rôle de police. Serait-ce de l'autocensure (comme cela arrive trop souvent dans l'édition française) ou un excès de zèle? De la prudence ou une application stricte et restrictive de la loi américaine?
Des créateurs français ont déjà eu des consignes (des directives) pour que leurs œuvres puissent s'exporter sans problème dans des pays plus restrictifs que le nôtre. Les possesseurs des réseaux, futurs maîtres du Monde, voudront-ils imposer leurs diktats? L'État a ses soldats.

La hiérarchie, la loi; il y a obéissance et soumission: ce sont les codes à respecter. Il est même à craindre que la féminisation des postes à responsabilité ne change rien à cette situation. Le formatage est à l'œuvre; il commence à l'école, se prolonge dans les études: tu dois te plier à la norme, à la pression sociale, être un bon petit soldat. Tu te mets de côté, tu gommes tes différences pour pouvoir t'intégrer. Être invisible, ne pas se distinguer, oublier d'être soi.

Prions avec cette déclassée, prostituée de province, qui expliquait en sortant de l'église: "Tous les dirigeants du Monde et ce, depuis l'origine du temps, ont compris qu'on tenait les Hommes par le sexe et le ventre."
L'on pourrait d'ailleurs prolonger le débat avec le calibrage des fruits et légumes...

Je vous avais prévenu: c'est un vaste sujet et je préfère clore ce chapitre aussi décousu que mon pantalon.



N'hésitez pas à vous offrir en prolongement de cet article (c'est Noël, on se fait un petit plaisir):

Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet aux éditions Stock. Un très beau texte dont on peut regretter la qualité (médiocre) de l'édition papier.


La Mondaine de Véronique Willemin aux éditions Hoëbeke se lit comme un roman policier. Cette enquête s'attache aux petites et grandes affaires de la brigade. Chaque chapitre retrace des histoires, des périodes, de façon concise sans tomber dans le pathos ni l'outrance. Véronique Willemin s'est attachée aux protagonistes des deux bords avec une neutralité exemplaire. Une source d'inspiration pour les auteurs en herbe avec une réalité qui dépasse souvent la fiction et une iconographie invraisemblable. C'est un comble : on se prend à fantasmer sur les archives de la police !
Une réflexion de Jacques Arnal, patron de la Mondaine de 1952 à 1955, apporte de l'eau à mon moulin : " Nous ne pouvons nous arrêter au concept du bien et du mal, alors je préfère la notion d'habitudes. Cela signifie que certains actes soulèveront un jour la réprobation uniquement parce qu'ils sont contraires aux habitudes du moment... " (page 141)
Un des meilleurs livres parus sur la police et l'histoire des mœurs. À lire et à recommander.



Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits de Bernard Joubert aux éditions du Cercle de la Librairie. Une somme! À tout point de vue (70€). Impressionnant par le nombre d'articles, illustré de très nombreuses vignettes, c'est le relevé systématique et analysé des décisions de la commission de censure depuis 1949 en France. Bernard Joubert nous ouvre les portes de son travail. Érudit, passionnant, il nous fait passer du sourire à la surprise, de la roublardise des éditeurs à l'aveuglement clinique des censeurs. À lire et relire, à consulter souvent.
Pour exemple, je cite la page 28: " Abondances. Revue de photos de femmes à grosses poitrines, quel que soit leur âge ou la grâce de leur physique [...] la Commission de surveillance émit ce commentaire [...]: Reproductions anormaux d'êtres anormaux." Tout est dit.

-Monsieur-

Toxique
de Françoise Sagan
illustrations de Bernard Buffet
éd. Stock 2009

La Mondaine
de Véronique Willemin
éd. Hoëbeke 2009

Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits
de Bernard Joubert
éd. du Cercle de la Librairie 2007

Le Régime Tahiti

"Avant la plage, à la rentrée, après les fêtes de fin d'année, au printemps..." *

Si le contenu est aussi sérieux que la couverture, il faut prévoir l'opération:
Et on supprime les côtes flottantes!




( * citation reprise sur le site
des Éditions Leducs)

-Monsieur-

Le Régime Tahiti de Jessica Azyadé aux Éditions Leducs.

samedi 12 décembre 2009

Épuisés

Il est des endroits où l'on s'égare parfois en se disant qu'on devrait y aller plus souvent. C'est le cas de Aaapoum Bapoum, rue Serpente à Paris. J'avouerai ne rien comprendre aux prix ni au marché de l'ancien mais quand on y trouve son compte...
Je navigue entre les bacs de livres plus ou moins défraîchis à 3, 5, 7 euros... j'oublie les versions rares, les collectors destinés à d'autres bourses, mieux garnies que la mienne. Radio classique enveloppante, les deux libraires sont beaux: lui, barbu, légèrement émacié; elle, aussi brune que lui, enceinte sous une longue robe noire. Sensation de roman russe. Je fouine, ça sent le bois et l'odeur de vieux livre, j'oublie tout. Un instant de bonheur.
Je dégotte quatre livres pour la jeunesse, quatre BD épuisées, quatre livres qui ont moins de quinze ans!

Félix contre le Nuage qui changeait tout de Fabrice Lebeault. C'est un rêve enfantin, un conte écrit par l'auteur d'Horologiom. Fabrice Lebeault se fait plaisir et c'est un vrai bonheur. Le dessin est plus souple que dans le Mangeur d'Histoires; des souplesses de langage parsèment également les dialogues. Elles ont pu effaroucher les parents sages mais les gamins (petits et grands) y trouveront leur compte de drôleries et de rebondissement naïfs.

Félix contre le Nuage qui changeait tout, éditions Delcourt, 2001.

Bouchon et l'Ogre Noir de Taymans et Di Giorgio. Une découverte et un régal. L'histoire d'un petit cochon qui se met au lit, s'endort et se retrouve dans la forêt magique. Tout est simple, limpide, le dessin comme l'histoire. Cette bande dessinée pour les grands de... quatre, cinq ans est d'une poésie qu'on ne retrouve guère dans l'offre éditoriale actuelle. Amusante, d'une gentillesse rafraîchissante, cette série qui comporte quatre tomes indépendants n'a eu ni les faveurs des critiques ni celles, apparemment, du public. Dommage.

Bouchon et l'Ogre Noir, éditions Casterman, 1997.

Monsieur Madame de Charlie Schlingo. Un vrai pastiche de la série des Monsieur Madame de Roger Hargreaves! Du pur Schlingo! Accessible à tout le monde même aux plus rétifs à son dessin! Et oui, monsieur! C'est d'une drôlerie sans nom! Et quand Madame le lit à son petit bonhomme, c'est toute la famille qui rigole!

Monsieur Madame, éditions du Seuil, 1995.

Le petit dernier? Je le cherchais depuis des années.

"C'est une BD avec deux personnages qui philosophent au bord d'une falaise. Philosopher est un bien grand mot pour désigner leur tête-à-tête. Ils se racontent le Monde de façon rationnelle, forment des explications avec leurs connaissances et leurs nombreuses lacunes. Ils s'inventent un univers qui, pour eux, tient la route. Ils analysent et se rassurent. Enfin, pas toujours..."
Présenté de cette façon, les libraires à qui je faisais part de ma requête me regardaient d'un oeil rond, retournaient à leurs papiers, m'oubliaient dans un soupir sans nom chargé de lassitude et d'exaspération.

Et là, je retrouve cet album, ce souvenir incertain au milieu de ses copains. Comme quoi le bien-être ne vient pas que du massage!

Prop et Emmanuelle: l'Univers mérite une Leçon de Alph (Alphonse Desneuves) est une conversation attachante. Les déductions sont simples, les réactions des héros enfantines. Le non-sens a une logique qu'Alph a su retranscrire. J'en profite pour souligner la jolie mise en couleurs de Yves Lencot et regretter la politique de Casterman qui a sabré son catalogue comme un hussard aveugle et sans pitié.

Prop et Emmanuelle, éditions Casterman 1995.


-Monsieur-

jeudi 10 décembre 2009

dimanche 6 décembre 2009

D'un Même Cœur


Il fait gris. En passant boulevard Saint Michel à Paris, je jette un œil sur les bacs à rebuts de Boulinier. Geste machinal, quasi systématique... une certaine attirance pour le vilain papier, pour les vieilles couvertures, un besoin impulsif, que sais-je encore, la maladie du livre.
Les Voyous attendent leur terrible destin: un livre aux feuilles jaunies et cassantes; un livre dépouillé de toute couverture; un livre qui s'apprête à finir sur le trottoir mouillé et dont tout le monde se fout.

- ramasseurs de mégots; récupérateurs de livres... à chacun sa misère, à chacun son époque -

Les derniers étudiants du quartier s'agglutinent autour des comptoirs à sandwichs et à crêpes d'où s'échappent des vapeurs odorantes et sucrées.
Au moindre va-et-vient, à chaque mouvement de mains, les Voyous se brisent un peu plus, leur dos fatigué se déchire; de l'avant en arrière, un curieux les redresse, belote et rebelote, comme la main balaie les touches d'un piano de bastringue, les livres dominos attendent leur prochain maître. Et dix de der! Fatalitas! C'en est fait de leur triste destin.
Un nuage de bohémiennes écoule sa litanie larmoyante dans les ruelles pavées et caresse les sacs des touristes nombreux. Les "Voyous" finiront griffés par le vent froid et quelque talon haut de parisienne égarée.

Je pense à l'automne, aux arbres dénudés... Jean Follain... pourquoi Jean Follain?

Mon regard s'arrête sur un livre relié que je ne lirai sûrement jamais ou alors un jour de grande mélancolie. Vingt centimes... je tourne quelques pages... je souris... je pars... je reviens sur mes pas: vingt centimes pour une curiosité.
Je vous fais partager quelques scans et délaisse les Voyous.













- Monsieur -

Un coeur nouveau
de Alexander Baron
Préface d'André Maurois
éd. Hachette 1950

jeudi 3 décembre 2009

Potache

Numérisation façon Google.



Dans la pièce du fond
De William Chambers Morrow
Collection Domaine Étranger
Éd. 10/18 2009