Affichage des articles dont le libellé est Bande dessinée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bande dessinée. Afficher tous les articles

mercredi 11 juillet 2012

La Crâne Rouge

La Crâne Rouge est une Bande dessinée écrite à deux mains. Elle fait suite à la collaboration entre les éditions FRMK et la "S", centre culturel qui accompagne des malades psychiatriques dans leur démarche artistique.

DoubleBob et Nicole Claude en sont les auteurs mais il n'est pas nécessaire de savoir qui est qui ou qui a fait quoi car La Crâne Rouge est un tout.
Objet délicat, très agréable à prendre, à toucher et à regarder.

Le Frémok confirme ici la sensibilité de ses membres et leur humilité, leur goût pour le travail bien fait.

Il y a quelque chose, au delà même de l'histoire... quelque chose de touchant dans cet album à la croisée de l'art thérapie et de la recherche artistique.
Tout est concerté, discuté dans ce projet sauf... l'acte. Acte de dessiner, d'écrire. Geste qui porte en lui un mélange de tension et de fragilité, une émotion profonde.
Ce n'est pas du dessin d'enfant, ce n'est pas vraiment de l'Art Brut, c'est autre chose.


Le liant n'est pas un cadre de travail imposé à deux personnes. Ce n'est pas une règle de jeu, c'est l'équilibre entre la raison et la pulsion, c'est un échange tout en retenue : c'est deux mains qui se joignent pour faire un bout de chemin ensemble... chemin que nous suivons avec émotion.


La Crâne Rouge de DoubleBob et de Nicole Claude édité par le label FRMK et la "S" Grand Atelier en 2012.

- Monsieur -

lundi 7 février 2011

La vraie vie de Didier Super

Didier Super : l'album !

Après avoir créé le buzz sur Internet, avoir été usé et présuré, Didier Super est lâché par son producteur et sa maison de disques.

La vraie vie de Didier Super résume tout ça en quelques pages aux couleurs flashy et criardes, fidèles reflets du personnage et de son univers.

Et l'on découvre, pour ceux qui en doutaient, un clown féroce et lucide, artiste de rue, qui jette un regard acide sur son rapport avec le public et sur le fonctionnement du milieu musical français (ça fait mal).

Et comme il dit : - Mieux vaut en rire que de s'en foutre.

La BD, vraie - fausse bio arrangée, est aussi drôle que les bonnes pages de Fluide ou du Psikopat. L'humour est souvent vachard et sans pitié, jamais innocent, rarement gratuit, dans la lignée d'Hara-Kiri ; de ceux qui se sabordent pour rester droits dans leurs bottes, intègres, même quand il faut manger.

Pour continuer à suivre Didier Super, il y a son site et ses spectacles.
Pour mieux le cerner, lisez l'album.

La vraie vie de Didier Super d'Emmanuel Reuzé et de Didier Super,
aux éditions Delcourt, septembre 2010.

jeudi 9 décembre 2010

Le Prince du Coeur

Costes est difficile d'accès.
Certains dénoncent sa violence et ses provocations, ses performances incantatoires.

Personnages frénétiques sortis d'un carnaval, le sexe, la merde et la mort s'agitent ensemble dans son univers douloureux, comme dans une religion première, dans la pureté originelle.

Jean-Louis Costes est un enfant qui vient de naître.
Couvert d'humeurs, affolé par les rires grimaçants des adultes vers lui,
enivré d'oxygène, c'est son cri qu'on entend!

Accouchement, naissance. Arrêt sur image.
Costes est un nouveau-né. Affolé, grisé, il hurle.

Jean-Louis Costes grandit. Il reprend son cri. Il ne se libère pas.
Les humeurs, les rires autour de lui, les larmes.
La naissance. Tout est agression.
Tout est répétition.
Jean-Louis Costes est l'apparition de l'Homme.

Il défie le Monde, il s'en défie : Intérieur - extérieur.
Nous sommes dans la dualité ;
différence de perception, de regard :
l'enfant nu et les autres, les autres vers l'enfant nu.
La main tendue fait peur.
Costes décrit la guerre.


Le Prince du Cœur est une prière dessinée, une bande dessinée d'Art "brut".
Cet album est une pièce de plus à l'édification de l'œuvre,
un élément vers la compréhension.
Violent, coloré, Le Prince du Cœur est parfaitement construit, maîtrisé.
C'est le chant d'un chaman, la suite logique des spectacles et des textes.
Jean-Louis Costes y reprend ses douleurs (le carcan familial, la rigidité d'un père, le rejet, la négation de soi pour être accepté des autres, les incompréhensions...), ses obsessions (le Christ crucifié, martyr...).
Il expulse ses démons, se purifie dans la colère et l'amour. Il se libère.

C'est le combat auquel on assiste
comme un exorcisme avant (afin) de trouver l'apaisement.

Le Prince du Cœur de Jean-Louis Costes aux éditions Les Requins Marteaux, 2010.

Pot Pourri  aux éditions du Dernier Cri est toujours disponible. 

- Monsieur -

mardi 17 août 2010

Martin le Malin

Cette histoire commença par de bons sentiments... bien sûr, il y avait l'inspiration de départ, indéniable, reconnue par l'auteur...

Joseph Hans Koeleman arriva en 1950 à Amsterdam pour s'inscrire à l'école des Beaux-Arts. Il logeait chez son frère qui avait deux enfants de 6 et 7 ans. Joseph se rendit compte que les BD de ses neveux étaient difficiles à lire pour des enfants de leur âge; ni une ni deux, il décida d'en écrire.

Le dessin est rapide, simplifié, parfois même très léger. Les histoires reprennent des trames de Tintin... des scénarios dans l'air du temps. Cette série pleine de défauts, de naïveté et de rebondissements invraisemblables se laisse tout de même lire de bon cœur.

Malheureusement, les deux premières aventures, publiées à compte d'auteur, ne trouvèrent pas un public suffisant.

Qu'à cela ne tienne, un éditeur s'en empara, publia les albums, usant le filon jusqu'au bout. Il fallait du papier, du feuilleton, agir vite : ni respect des créateurs, ni respect des droits, ni respect des histoires... pour combler le lecteur en attente!

Joseph Hans Koeleman arrêta. Poussé par la demande et devant le succès, l'éditeur dût embaucher un dessinateur, Alexo Overeijnder, qui décalqua des centaines de dessins d'Hergé. Les soucis dépassèrent le succès. Berend Dam prit la relève mais il était trop tard.

Hergé porta plainte pour plagiat et Koeleman pour caviardage (son éditeur n'ayant pas hésité à reprendre des dessins pour de nouveaux tirages) ...

Ce fut la fin.


Toutes ces péripéties sont très bien expliquées sur le site de Martin le Malin qui, comble du luxe, propose les albums de Martin en intégrale et en analyse.

J'avoue que je ne connaissais pas ce petit héros hollandais apparemment très célèbre en dehors des pays francophones (il est parfois bon de gratter ses poches et de devoir courir les brocantes pour assouvir ses besoins de lecture) mais j'ai passé un bon moment à suivre ses aventures rocambolesques et fantastiques, plus fantasques que celles de son modèle.

Martin le Malin Producteur de films
de Koeleman aux éditions du Gai Moulin.

- Monsieur -

dimanche 23 mai 2010

Racines

Il y a des livres dont on ne peut pas dire grand chose tant leur beauté nous subjugue. Il en va ainsi de Racines. Il suffit de lire quelques critiques avec lesquelles on tombent d'accord pour que cela nous coupe l'herbe sous le pied.
Que rajouter de plus?
On aimerait en parler sans que ce soit une redite, vous renvoyer au texte, ajouter une pierre au jardin de ceux qui l'ont aimé... je parlerai avec amour.

De Pierre Duba d'abord, qui nous envoûte depuis des années avec son œuvre sombre, abstraite et maniérée ; son goût pour le Japon, les dialogues intérieurs ; les silences et l'absence.

De Racines ensuite, œuvre d'art lyrique.
La splendeur.
Cette maîtrise de la lumière qui se fraie un passage dans les cases les plus noires.
Le rouge organique, profond, sanguin, terrestre ; le sang mêlé de sueur et d'humeurs ; le feu ;
intérieur, épais, volcanique...

L'écriture.
Pierre Duba nous place au cœur de l'écriture.
On a tous nos fantômes, les écrivains en font une œuvre.

Racines est une plongée dans le magma créateur ; nous sommes, lecteur, au centre de l'anima,
au moment où tout bascule ; de l'imagination à l'expression,
de la main à l'écrit
aux premiers mots de l'Homme :
nus sur le papier, dessinés,
peints.


Les éditions Six Pieds Sous Terre ont particulièrement soigné la mise en pages.
Racines bénéficie également d'un grand format qui lui sied à merveille.

- Monsieur -

Racines de Pierre Duba aux éditions Six Pieds sous Terre, 2010.