mardi 12 février 2008

La véritable histoire de Futuropolis 1972 - 1994


C'est l'histoire d'une époque, une ambiance, un passé révolu. La reprise à Paris d'une librairie spécialisée dans la bande dessinée, au 130 rue du théâtre.
Et quel théâtre! On y voit défiler une galerie de premiers rôles admirables et attachants (Robial, Cestac... ) à laquelle vient se joindre une pléiade de seconds rôles sympathiques et réjouissants (Schlingo, Tardi, Baudoin...) sans oublier la pléthore de figurants au caractère bien marqué et souvent bien trempé.
Les acteurs ont des masques (des gros nez). Florence Cestac raconte. Le spectacle peut commencer:
Une bande de copains embarque dans une folle aventure. Ils s'improvisent libraires, éditeurs... qui oserait miser sur de tels amateurs?! Leur petite entreprise manque sûrement de
" professionnalisme ", ils ne courent pas après le profit mais ils ont de l'énergie à revendre, du courage et une passion commune.
Ils " travaillent plus " et se débrouillent au mieux avec les moyens du bord. Quelle frénésie! Quel foisonnement d'idées et de talents! Il flotte au fil des pages un air de comedia dell'arte, d'excitation permanente. On est au cœur de l'humain. La vie rejoint le travail et le travail empiète sur la vie. C'est l'amitié, l'amour et la famille qui fusionnent autour du bel ouvrage, de l'attachement au livre, de la Bande Dessinée. Florence Cestac raconte. 22 ans qui défilent, 22 ans d'une vie, 22 ans d'une " maison ".
Il plane un air de fête qui peu à peu s'épuise. On éteint les lampions. Il reste de l'émotion, des souvenirs...
Futuropolis n'est plus (s'il existe un label, nous parlons d'autre chose). On ne refait pas le passé. On ne regrette rien. Florence Cestac raconte.

-Monsieur-

de Florence Cestac (son expo de camemberts est extra)
aux éditions Dargaud
2007

lundi 11 février 2008

Comédie d'amour


Jade est jolie, pétillante. Elle serait insouciante, libre et indépendante s'il n'y avait pas l'amour, l'amour qui se pointe à l'improviste, l'amour qui passe par les toits quand on lui ferme la porte, qui s'impose, qui se pose et contre lequel elle ne peut rien. Cela provoque un petit conflit " auteur - personnage - narrateur " joliment mis en scène. Mais rien de grave, le scénario est léger, léger, léger et malicieux. Paris a le charme pastel de la capitale immortelle, celle des amants éternels et des amours passagères. Les héros sont beaux, ils respirent le bien-être et l'aisance. Ils semblent tout droit sortis d'un magasine de mode, un journal féminin et glamour; c'est la petite touche qui fait du bien, un petit côté fleur bleue.
Certains regretteront " l'Espace d'un Soir ", première collaboration réussie des deux auteures, dont on retrouve une des héroïnes... est-il besoin de comparer? Les deux albums sont indépendants et ne se suivent pas. Leur univers est agréable, leur lecture est plaisante; c'est reposant.

-Monsieur-

de Colonel Moutarde aux dessins ( son site et celui de son agent)
et de Brigitte Luciani au scénario
aux éditions Delcourt
2007

vendredi 8 février 2008

Pause Lecture

mercredi 6 février 2008

Le Marteau d'Alfred

Hospice Saint-Sulpice, 4h du matin:
"Et si on allait à la mer?"

Six personnes s'affairent dans les couloirs: Béatrice, Caroline, Denis, François, Huguette, les vieux, et Martine, l'infirmier.
Ensemble, ils "empruntent" le mini-bus de l'hospice et emmènent Alfred, le petit copain d'Huguette, au bord de la mer pour un dernier voyage entre amis.

Alfred et son Alzheimer sont à l'origine de ce départ précipité : pour eux plus de temps à perdre, il faut retrouver la joie simple d'un paysage où se confondre. Où disparaître.

Mais le bus est en mauvais état, les fugueurs n'ont rien prévu à manger, les problèmes médicaux de chacun se font sentir... Martine, grand black toujours au service de ses patients, ne sait plus comment gérer la situation: la peur de se faire pincer et d'être le sujet d'un avis de recherche national avant d'être rentré à l'hospice fait monter la pression... Puis l'accident: dans le fossé tout le monde!

De cette fuite en avant, chacun a sa version des faits. L'ensemble fait un roman, dense, court, drôle souvent, émouvant parfois, rapide et entraînant.
C'est une histoire d'amitié à la vie à la mort, d'hommes et de femmes liés par le Marteau d'Alfred (Al's Hammer en anglais) que je vous conseille vivement!

-Madame-

de Luc Tartar (www.luc-tartar.net)
éditions de l'Amandier
2005

mardi 5 février 2008

Autour du livre (tentative d'analyse)

Partie II Quel avenir pour les libraires?

Des interrogations multiples sont soulevées par les libraires au sujet des changements en cours. De nombreux sites se penchent sur l'avenir de la librairie, donnent le pouls de la situation (melico, la feuille, le tiers livre, le blog de la SFL...) mais il faut rester prudent.

Qu'y-a-t-il de commun entre une librairie de campagne et une librairie de grande ville? Qui sait que les sex-shops sont considérés comme des librairies spécialisées? (Sex-shops : Une histoire française de Baptiste Coulmont aux éditions Dilecta)

  • Ce qu'on appelle librairie indépendante regroupe trop de commerces particuliers, de taille et de structure différentes. Incomparables dans leur fonctionnement, leur rapport aux clients et leurs capacités financières.

  • De plus, il faut se méfier d'un jeu économique
    -où les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde (certains libraires n'atteignent pas un seuil de vente suffisant pour avoir la visite des représentants)
    -où les intérêts en jeu divergent (selon que le libraire emploie ou non des salariés)
    -où les rapports sont faussés (le marché d'approvisonnement des collectivités, bibliothèques par exemple, offre une certaine respiration à ceux qui le détiennent)

Force est de reconnaître que les gros groupes (FNAC, AMAZON, VIRGIN...) recentrent leur politique sur le commerce du livre pour compenser le déclin du disque et du DVD. Déjà bien armés, ils accentuent leur combativité, précisent leur agressivité.

Le combat contre les frais de livraison gratuits perdu par AMAZON (entre autres) ne l'empêche ni de pratiquer le « forcing » ni des opérations « ponctuelles ». Mais certains libraires sur leur site en ligne pratiquent également la gratuité ou des frais de port allégés. Que faut-il en penser? La poste devrait sûrement modérer ses tarifs comme d'autres pays européens (voir le combat de l'Atelier du Gué en ce sens) tout en préservant une certaine fiabilité.

Quant au système des remises exigées par AMAZON au près des éditeurs (avoisinant parfois les 50%), c'est une méthode de grande surface. Je ne crois pas qu'il soit juste de lier la gratuité des frais de port à ce fonctionnement crapuleux. Certains gros libraires font la même chose. De même qu'il est courant de jouer avec les délais de paiement (échéance de 3 mois, parfois plus selon les quantités de livres commandés), certains libraires négocient des vitrines ou des emplacements privilégiés en échange de conditions commerciales plus avantageuses.

Ce n'est pas dans l'esprit de la librairie mais dans celui du commerce.

Au delà de l'hypocrisie et du jeu de dupes liés aux enjeux économiques, il faut s'interroger sur les difficultés rencontrées par les librairies indépendantes. La vente en ligne est-elle responsable de tous les maux? (François Bon: déchaîner la chaîne)

  • Il faut prendre en compte les habitudes d'un public plus indépendant, moins homogène; admettre qu'il peut être intimidant d'avoir le regard du libraire sur son dos en permanence et se dire qu'un client peut éprouver une certaine délivrance vis à vis de l'anonymat des grosses structures. L'apparente abondance de l'offre y est souvent enthousiasmante et l'on se dit qu'on n'aura pas à commander ni à revenir deux fois pour obtenir son livre. Reconnaissons aussi avec regret qu'il arrive trop souvent d'être pris pour un imbécile par LE libraire qui « sait » et de sentir que l'on gêne quand on achète un livre à deux euros, que l'on vient pour un renseignement ou pour feuilleter quelques ouvrages. A contrario, on peut trouver des personnes de bon conseil et des libraires compétents dans des grandes surfaces dites culturelles.

  • Le prix du livre, en dehors de quelques collections spécifiques, est en hausse constante, parfois prohibitoire et sans réelle justification à part le coût du papier.

  • Les charges fixes liées à l'équipement, au loyer augmentent excessivement (notamment à Paris où se situe une majorité de librairies françaises). On pourra s'étonner de la cherté d'une base de données professionnelle (Electre) qui ne réfèrence plus les tirages de moins de 500 exemplaires.

  • Certains diffuseurs en position de quasi monopole imposent des conditions inadmissibles (envoi obligatoire de certaines nouveautés, obligation d'un stock minimum...) aux libraires. L'inverse est vrai aussi. Le gros étouffe le petit ou en prend le contrôle; c'est la loi du marché.

  • Il y a un système qui permet aux libraires de retourner sous certaines conditions les nouveautés (facturées à l'envoi) invendues. Celles-ci sont alors créditées. Le problème est que les éditeurs augmentent leurs parutions (une partie est distribuée d'office) pour augmenter leur trésorerie et que les libraires (dont la place et les ventes ne sont pas extensibles) augmentent leurs retours dans la même proportion. Les crédits augmentent et les éditeurs pour les couvrir augmentent les nouveautés (voilà une des raisons à la surproduction). Nous sommes face à un jeu d'écritures comptables, un système de cavalerie où le premier qui s'écroulera entraînera les autres dans sa chute.

  • Le nombre d'ouvrages finit par étouffer le libraire. Les boutiques sont encombrées de cartons. La manutention est de plus en plus lourde. La logistique devient un soucis majeur: coût, pollution (la ville de Paris veut développer les livraisons de nuit), délai (les grandes surfaces peuvent imposer des horaires aux transporteurs ce que ne peuvent pas faire les petits).

  • Le temps n'étant pas extensible, le libraire voit sa marge de manœuvre diminuer. Comment, dans ces conditions, renseigner sereinement le client, l'orienter correctement? Comment s'informer et synthétiser son savoir afin de le transmettre? Comment mettre en avant le fonds (choix et diversité) alors que 20% des livres apportent 80% des revenus? Comment rester disponible quand son temps est rongé par des soucis de place, de finance et de manutention?
    Comment laisser au lecteur le temps de s'approprier un titre avant qu'il ne soit retourné?

Bien sûr, il y a des tentatives de réponses :

  • Il faut souligner le travail exemplaire de certaines régions en faveur du Livre.
  • Des librairies spécialisées dans la bande dessinée ont associé leurs forces autour d'un projet commun en misant sur la qualité, le professionnalisme, le conseil (Canal BD). Cela ressemble à un label de qualité, un certificat de confiance à mon avis très efficace.

  • Le SNE travaille à une meilleure diffusion des petits éditeurs indépendants (système Calibre) pour réduire les frais et les délais de livraison car ils savent que les librairies indépendantes restent la clef de voûte de la diversité culturelle, de la transmission. Elles sont les relais d'une certaine liberté. La survie de nombreux éditeurs dépend d'elles.

  • Le SLF étudie un projet de portail en ligne afin de regrouper l'offre des librairies de proximité. Toutefois, le rapport Euclyd me laisse perplexe dans sa présentation (approximations, fautes d'orthographe). Je vous conseille la lecture critique d'Hubert Guillaud.

    De nombreuses personnes manquent de réactivité et de compréhension vis à vis des nouveaux médias. L'appréciation d'Internet comme site vitrine permettant de gagner plus est largement répandue. On appréhende rarement son impact et le travail que son entretien demande. Pourtant un site mal conçu, aux mises à jour irrégulières, dessert l'entreprise qu'il est censé valoriser.

Malgré tout, je pense que les librairies de proximité ont un bel avenir devant elles.

Des pistes sont à suivre du côté des Sciences sociales et des bibliothèques confrontées, depuis quelque temps, à des bouleversements de même ampleur. Les mouvements autour d'Internet sont à considérer, eux-aussi, avec attention, pour leur potentialité.


Des libraires essayent d'innover, d'évoluer; ils s'adaptent.
Des passerelles apparaissent entre différentes formes artistiques et intellectuelles, le livre tend à redevenir précieux.
Les libraires-imprimeurs peuvent-ils renaître de leurs cendres?
Et pourquoi n'irait-on pas vers un développement de « nouveaux salons littéraires »?

Autant de questions en suspens...


Seuls ceux qui cultivent l'excellence, la différence, s'en sortiront. Ils sont peu et les temps sont durs. Bien sûr, ceux qui ont les reins assez solides pour passer cette période transitoire arriveront à rebondir quelque soit leur éthique professionnelle.

Mais pour les autres, le but sera de dégager un fonctionnement économique viable car il s'agira de vendre un savoir, une connaissance, de guider le public au travers d'une jungle d'informations.

La vraie valeur ajoutée de notre époque étant le rapport « matière grise – relations humaines », le libraire devrait retrouver son rôle de passeur, de défricheur: un métier exigeant.


-Monsieur-

Pour compléter ce chapitre, je vous encourage vivement à lire le texte de François Bon: Une histoire de la librairie, véritable déclaration d'amour et de passion.
Prenez le temps d'écouter un autre passionné, Jacques Noël, libraire au Regard Moderne à Paris sur Arte radio. Un grand monsieur.




dimanche 3 février 2008

Tante Marie/ Ginette Mathiot


Il est des livres d'une austérité à toute épreuve mais que l'on aime avoir chez soi. " La véritable cuisine traditionnelle de Tante Marie " et " La cuisine pour tous " de Ginette Mathiot sont de ceux-ci. Fidèles au modèle original (même rajeuni par l'éditeur), on délaissera les déclinaisons thématiques et les versions illustrées plus avenantes.
Ces bibles nous rassurent et nous guident, on est dans l'affectif, le familial. Ce sont des livres qui se transmettent par tradition, souvent de mère en fille, souvent par mimétisme.
Il n'est pas rare de les voir sur un coin de table, vieux compagnons de route, scotchés, rafistolés, tachés de beurre et de sirop. Ah, on peut dire qu'ils ont vécu!

Quand on parle de racines, de pays, il est des repères qui ne trompent pas:
- " Quoi?! Tu n'as pas ton Ginette Mathiot?! "
- " T'as la cuisine de Tante Marie? "
Il y a deux écoles.
L'attachement à des grimoires aussi dépouillés ne s'explique pas facilement:
-Peu de dessins, des ingrédients, des recettes, un lexique... c'est le dénuement de la simplicité.
-Des menus, du savoir-vivre, des attentions (comme " attendrir un pot-au-feu " ; quel programme!).
-Pas de photos alléchantes (ou dans de rares éditions), pas d'assiettes que l'on allège en proportion égale au porte-monnaie. Ici, on est dans "l'économique" au service du plaisir. Il n'y a pas de sophistication, tout y est simple et nourrissant.
Même les nouveaux médias avec tout leur apport ne peuvent rivaliser.
Ces livres sont de l'ordre du spirituel, de l'humain, des souvenirs qu'on prolonge et qu'on aime recréer.

Il suffit de les ouvrir, les mains pleines de farine, les feuilleter pour parcourir l'histoire, les arts et la géographie...
- " Et votre repas, il ne va pas se faire tout seul? "
- " Laissons-le reposer et profitons-en pour voyager. "
Les odeurs nous parviennent, les paupières se redressent et se plissent, les oreilles frémissent et les papilles s'activent. Que de réjouissances en perspective!
" Vol-au-vent ", " Suprême de perdreaux ", " truites gratinées à la crème ", " potage aux marrons ". Que de poésie, que d'envie! Je salive.

-Monsieur-

de Ginette Mathiot ( Je sais cuisiner)
aux éditions Albin Michel
première édition 1932
de Tante Marie (la véritable cuisine traditionnelle)
aux éditions Taride
première édition 1925 (j'ai une affection particulière pour le visuel présenté ci-dessus)

samedi 2 février 2008

Pause Lecture

vendredi 1 février 2008

"La chevauchée du Flamand"


Pierre-Paul Rubens était un peintre de génie, reconnu de son vivant. Ses oeuvres étaient recherchées à travers toute l'Europe par les plus grands de ce monde.

Mais Pierre-Paul Rubens n'était pas qu'artiste. Il était également fin diplomate, au service du duc de Mantoue, puis à celui de l'infante Isabelle, archiduchesse gouvernant les Pays-Bas. Celle-ci l'envoya régulièrement dans les plus hautes cours d'Europe, à titre officieux, prendre la température des différents gouvernements.

Des rencontres qu'il fit durant ses voyages, il rapporta bon nombre de commandes.
La plus importante fut celle de Marie de Médicis qui lui demanda de réaliser plusieurs grands panneaux retraçant les différentes étapes de sa vie. Ces panneaux devaient orner son Palais du Luxembourg, aujourd'hui siège du Sénat à Paris.

Jean Diwo nous retrace la vie de l'artiste peintre et des grands personnages de la politique européenne du 17ème siècle. Henri IV, Marie de Médicis, Philippe IV d'Espagne, Richelieu puis Louis XIII apparaissent tour à tour dans ce roman historique, largement renseigné par Pierre de l'Estoile et Charles de Picousa, chroniqueurs zélés de cet époque.

L'écriture de Diwo est toujours aussi entraînante, son texte est très intéressant. On peut néanmoins regretter une empathie un peu pressante: tous les personnages, quels qu'ils soient, ont des airs de bons samaritains. L'auteur leur excuse un peu facilement (à mon goût) leurs travers.

Cette lecture reste un très bon moment, on voyage avec le peintre, on voit du pays, de la lumière, et la fréquentation des cours européennes, plus particulièrement celle de la France, nous apprend de façon ludique bien des détails qui ont façonné la politique de l'époque.

-Madame-

de Jean Diwo
édtions Fayard
2005

mardi 29 janvier 2008

Les mots ont des visages 1 et 2


Joël Guenoun est un magicien, un graphiste qui jongle avec les lettres, les mots, leur sens.
Je suis tombé par hasard sur son site, en pianotant au petit bonheur la chance. Brillant! Il m'a émerveillé.
J'ai donc commandé deux de ses livres (épuisés) sur le net: "Les mots ont des visages" tome 1 et tome 2, respectivement 5 et 3 euros.

Première déconvenue: les frais de port en collissimo s'élèvent à 12 euros pour environ 1 kg (délai de livraison 5 jours). Un total de 20 euros pour 2 livres au format poche, la pilule est amère.

Deuxième déconvenue et litige pour indélicatesse: les ouvrages proviennent d'une bibliothèque scolaire (couvertures protégées, cachet sur quelques pages... ). Je suis perplexe et mécontent. Est-ce un vol ou du déstockage? Le saurai-je un jour? J'en doute.

Troisième déconvenue et j'en arrive aux livres:
c'est un ratage.
À commencer par le choix du papier au travers duquel on peut lire les deux faces imprimées.
En continuant par la mise en page pour laquelle il ne semble y avoir eu aucune attention, aucun soin particulier. Les exercices de style se suivent de bout en bout, placés là sans recherche. Je grommelle mais je reste ébloui par la finesse d'esprit de Joël Guenoun dont le travail conserve toute sa saveur.
Je passerai ma colère sur le noir et blanc déplorable... quelle tristesse! Même les gris sont ternes et sans nuance.
Ça m'apprendra à commander sur Internet sans avoir pu feuilleter, regarder, ressenti l'objet, le livre.

Bien sûr, je suis peut-être trop exigeant pour un livre broché mais tout de même. Je ne sais pas ce qu'en a pensé l'auteur mais il y a de quoi déprimer. Quelle déception! Quel manque d'élégance et de charme pour une collection consacrée au graphisme!
Les livres étant épuisés, il est à espérer que les éditions Autrement ne recommencent pas ce genre de "maladresse". Ce travail ne fait honneur à personne, ni à l'éditeur, ni à l'imprimeur, ni à Joël Guenoun.
Je ne peux que vous recommandez d'aller visiter son site web pour que vous constatiez ses qualités graphiques. Cet amour de la lettre, ce bonheur des mots! L'humour qui le parcourt est rendu avec grâce. L'ensemble est à la hauteur du talent. On y trouve du panache, du travail et du temps, ce qui a dû manquer aux livres.

-Monsieur-

Joël Guenoun (le site)
Tout change tout le temps
aux éditions Circonflexe 2007
Joli monde éd. Autrement 2005
Les mots ont des visages Elle et Clé (tirages destinés à la jeunesse)
aux éditions Autrement 2005
Les mots ont des visages (éd. intégrale)
-À voir pour le travail exemplaire et jubilatoire de Joël Guenoun.-
aux éditions Autrement 2000

dimanche 27 janvier 2008

Cercueils sur mesure


Un matin vous sortez de chez vous, vous partez à la rencontre de votre facteur, vous lui dites un mot gentil, il vous donne votre courrier en souriant puis chacun retourne à son activité.
Sur votre pile de lettres se trouve une petite boîte à votre nom.
Vous l'ouvrez, et vous découvrez à l'intérieur un petit cercueil, tout simple mais aux finitions soignées. Et dans le cercueil se trouve une photo de vous, prise à votre insu.
C'est ce qui est arrivé à plusieurs personnes dans un petit village de l'Ouest Américain.
Tous décédés depuis de mort violente.
Heureusement se pointe un enquêteur assidu, Jake Pepper, qui tente par tous les moyens de savoir QUI vous en veut vraiment. Et pourquoi...
Mais les villageois sont comme les membres d'une même famille. Où les secrets peuvent être lourds... de conséquence...

Entre la nouvelle et le roman, ce texte d'à peine 120 pages nous entraîne dans une enquête au goût relevé. Truman Capote avait habitué son lectorat à une écriture prenante après "De sang froid", porté à l'écran il y a 4 ans, il ne l'a pas déçu avec cette histoire tirée d'un recueil initialement édité sous le titre "Musique pour caméléons".
Que je vais de ce pas me procurer...
À savourer sans modération!

-Madame-

de Truman Capote
éditions Folio Gallimard
2001

Autour du livre (tentative d'analyse)

Partie I : Quid du lecteur?

Le livre a longtemps été un objet prestigieux. L'écriture, la lecture (et donc le savoir) procurait une aura à ceux qui en maîtrisaient les règles. Qu'en est-il aujourd'hui? Qu'en sera-t-il demain?

Il y a cinquante ans, le lecteur était considéré comme un intellectuel, un faignant ("t'as rien à faire?"), désormais il est regardé comme un asocial ("tu t'ennuies pas tout seul?") ou un privilégié ("je voudrais bien lire mais je n'ai pas le temps, j'ai trop de choses à faire, moi."). Autrefois, on pouvait entendre: "j'aime bien lire mais ça m'endort." car la lecture nécessite l'isolement, le calme (on décompresse, on se relâche; la tension nerveuse peut enfin retomber). Actuellement, certaines réflexions résonnent abruptement: "ça me prend la tête." (la lecture exige en effet un effort, de la concentration, une discipline) ou plus terrible: "ça sert à rien, ce n'est pas ça qui va m'apporter un travail." (?!)
Au quotidien, il ne reste plus grand chose de la littérature (au sens large) si ce n'est des souvenirs d'école. On ne connaît plus que sa version allégée et son versant économique délivrés par les mass-médias. On lit encore la presse, le courrier, les blogs et les forums mais il faut que ça aille vite, que ce soit bref et concis. On ne fait plus la différence entre un livre et une revue ("un bouquin")...

Le constat est bien sombre; j'aimerais exagérer.

Une chose est sûre: la place de l'écrit n'aura jamais été aussi prépondérante. On lit sans s'en rendre compte (blogs, texto, prospectus...) mais prendre un livre, se "poser" n'est pas une priorité (cela l'a-t-il été un jour?). À une époque où l'économie supplante l'intellectuel, l'écrase même, le livre a perdu sa valeur (prestige, respect); la maîtrise du texte n'apporte plus l'évolution sociale espérée.

-Bien sûr, il reste des bibliophiles et -phages qui ont un besoin vital (maladif?) de livres quitte à rogner sur un budget pas toujours extensible. Pour eux, Internet n'est qu'un outil qui facilite les recherches et permet de peaufiner, préciser ses connaissances.

-Il y a aussi les bons et gros lecteurs, de plus en plus infidèles à la librairie de proximité. Ils vont au "moins cher" (soldeurs...), là où se trouve l'information, l'ouvrage. Ils piochent sans vergogne ni souci éthique. Ceux-là commandent de moins en moins au près des libraires, ils veulent de l'immédiateté, de l'universalité. Ils naviguent aisément d'une source à l'autre. Ils ont les moyens intellectuels mais aussi financiers de s'informer, de prendre le temps de lire (mais pas d'attendre). Ils se font plaisir avec un beau livre, une rencontre, un échange...ils diversifient déjà leurs lectures, les supports. Certains feront le choix de ne pas se laisser envahir par leur bibliothèque.

-Il y a aussi ceux qui lisent de temps en temps (que ce soit la presse, un livre ou un article), ceux qui lisent dans les transports ou pendant leurs vacances; ceux qui n'ont pas l'appréhension de la chose écrite mais n'en ont pas l'usage, l'utilité ni le besoin... ceux qui fréquentent les bibliothèques pour être au calme (parfois aussi pour le contenu); ceux qui lisent pour leurs études. Ces lecteurs-là sont des clients de passage, occasionnels, nombreux. Le livre n'est pas pour eux une priorité mais un coup de cœur, une envie ou un passage obligé.

-Dans la dernière catégorie se trouvent les non-lecteurs. Le problème pour eux commence à l'école où ils se sentent largués, exclus. L'écriture, la lecture, la maîtrise du verbe est une gymnastique difficile et laborieuse qui mériterait un accompagnement quasi personnalisé. Cette absence de maîtrise de la lettre est vécu comme un handicap. Elle s'exprime alors par le repli sur soi ou au contraire par une exaltation, un rejet proclamé de la langue écrite, officielle. Les professeurs, les donneurs de leçons, les personnalités qu'on entend sont ceux qui lisent et écrivent; leurs discours sont disqualifiés, ressentis comme du mépris. Le livre devient le symbole de l'establishment.

C'est pourquoi au delà du discours inquiet sur l'avenir du livre, mon interrogation se porte sur la pratique de la lecture. C'est à mon sens le manque de maîtrise de la langue et des outils de recherche, de communication (capacité à appréhender, comprendre, analyser et structurer) qui est le plus à craindre dans les années à venir.

-Monsieur-

Quelques articles sur le même thème:
La vie des idées: Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques?
Le bulletin des Bibliothèques de France sur les étudiants en bibliothèque où l'on pourra lire l'article de Guy Hazzan: Les étudiants face à la lecture
et toujours le très pertinent Hubert Guillaud sur la feuille

samedi 26 janvier 2008

Pause Lecture

jeudi 24 janvier 2008

Zizi sexuel flip book


Il y a quelques années Hélène Bruller nous a honoré d'un guide du zizi sexuel illustré par son compagnon. Elle nous a servi un texte d'une grande finesse, drôle et intelligent que Zep a habillé de ses images décomplexantes. Ils ont réussi à parler de sexualité aux plus jeunes sans fausse pudeur ni grossièreté en privilégiant l'échange et le respect (il n'y a pas de honte à ne pas savoir).
Grâce aux interrogations naïves (pour nous qui sommes majeurs et vaccinés) et aux espiègleries de la bande à Titeuf, Zep a su éviter l'écueil de la vulgarité. C'est aussi la caractéristique de son dessin très souple que d'estomper le côté cru de "la chose".

Face au succès de l'album (le thème est accrocheur) et à son approche simple et naturelle, le projet d'une exposition itinérante est mis en branle. C'est une consécration de plus pour Zep: il suffit d'observer les réactions des enfants, de les entendre à la sortie pour comprendre que ça marche! Que rêver de mieux pour un auteur que de voir son livre déployé en long en large et en travers, et pour un enfant de circuler au milieu de ses héros de papier?

Ne faisons pas la fine bouche devant la flopée de produits dérivés qui en découle. Même si l'on frise parfois l'overdose, le travail est bien fait.
A défaut d'une revue adaptée avec poster central de la maîtresse (ou du maître) en maillot de bain, les amateurs devront se contenter de quelques folioscopes "pédagogiques": Faire l'amour, Pubertomatic fille... c'est tellement mignon que l'on ne s'en lasse pas!
Ces coquineries sont suivies d'un court texte d'Hélène Bruller traduit en anglais, espagnol et allemand qui dédramatise un sujet encore tellement tabou. Si j'osais, je parlerais de doigté.

-Monsieur-

Guide du zizi sexuel -2001
Zizi sexuel flip book (6 titres)
de Hélène Bruller (texte) et de Zep (dessins)
éditions Glénat/Cité des Sciences et de l'Industrie
2007

mardi 22 janvier 2008

Merci professeur!



Bernard Cerquiglini est un passeur d'histoire, un conteur de talent.
Ce linguiste chevronné dissèque avec justesse les mots de notre langue. Il les écosse avec brio pour en tirer l'essence, le suc originel. Il nous en sert le jus, nous raconte leur voyage. Ce passionné ne cache pas son plaisir, il goûte son propos avec satisfaction et se régale avec nous. Chaque mot dévoilé, chaque expression nouvelle est une révélation. Le professeur nous laisse pendant ces courts instants (moins de deux minutes) suspendus à ses lèvres.
Son verbe est malicieux, bien enlevé; jubilatoire et savoureux.
"Merci professeur!" est le genre de clin d'œil qui porte bien son nom. Il est suffisamment rare de trouver des projets ludiques et instructifs à la télévision pour signaler ce programme de qualité.
On pourra d'ailleurs aller flâner sur le site de l'émission, errer d'un mot à l'autre au petit bonheur la chance comme dans un dictionnaire que l'on ouvre au hasard dans les moments d'ennui (afin de se perdre pour mieux se ressourcer).
On pourra également divaguer dans la rubrique langue française de Tv5, s'amuser, s'informer, piocher à droite à gauche... partir et revenir. L'ensemble est de bonne facture et plutôt agréable. Il serait dommage de ne pas s'immerger dans une langue en partage (le français) car rien n'est plus revigorant que de se sentir citoyen du Monde.

-Monsieur-

"Merci professeur!" (le site de l'émission)
de Bernard Cerquiglini (site oulipien assez foutraque mais pas joli. L'OuLiPo est une manière de jouir de l'écriture en se créant des contraintes)
sur Tv5

lundi 21 janvier 2008

L'aliéniste


Au XIXème siècle, des enfants sont retrouvés morts mutilés sur le port de New-York. Immigrés, prostitués, sans papiers (?!), leur sort indiffère les pouvoirs publics.
Classique pourrait-on dire, réaliste. Nous sommes dans un roman policier où il n'y a ni coups de feu ni agitation décérébrée. Caleb Carr nous décrit un New-York à la Dickens relevé de quelques scènes d'une précision à modifier le cours d'une digestion fragile. Il nous plonge dans un univers sombre et sordide passant de la misère glauque des bas quartiers à la veulerie crasse de la haute société.
Dans ce monde cloisonné, il n'y a pas d'échappatoire pour les pauvres. Seul un espoir apparaît: Théodore Roosevelt, nouveau préfet de police charge Laszlo Kreizler, un aliéniste, de mettre un terme à ces atrocités. L'homme doit aller vite pour éviter de nouveaux meurtres. Il n'a pas d'armes. Il raisonne, travaille par déduction, par empathie. Aliéniste, il essaye de comprendre le cheminement du (ou des) tueur(s), de cerner sa (ou leur) personnalité. La traque est haletante.
Kreizler nous entraîne, avec ses acolytes, sur des pistes incertaines. Il tâtonne, partagé entre l'assurance de sa démarche et l'incertitude des résultats. Ses hésitations, ses réflexions le rendent profondément humain d'autant qu'il doit lutter contre les a priori vis-à-vis de ses procédés. En effet, ses méthodes sont novatrices dans l'utilisation des sciences et de la psychanalyse au service d'une enquête. C'est une époque charnière, un monde en mutation. Pourtant, rien ne change fondamentalement: l'être humain est toujours le même au delà des époques et des races, terriblement prévisible.

Pour ceux qui, comme Kreizler, pensent que le parcours d'un homme peut influer sur son œuvre, les biographes de Caleb Carr insistent sur une enfance marquée par un père écrivain et violent (accusé du meurtre d'un homosexuel un peu trop pressant) et par les fréquentations de ce dernier: Burroughs, Kerouac, Ginsberg... Est-ce une excuse pour écrire un roman aussi prenant? Je vous laisse juge.

-Monsieur-

de Caleb Carr
éditions Pocket
1999

vendredi 18 janvier 2008

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Autour du livre (tentative d'analyse)

Introduction.

Le monde de l'écrit a toujours évolué au fil des époques mais les changements de ces dernières années ont été plus structurels et plus rapides qu'auparavant. Ils ont touché les fondements de cet univers longtemps préservé des dangers d'une économie à outrance et d'une technologie que l'on peut qualifier d'immatérielle.

-Depuis quinze ans environ les maisons d'édition ont été restructurées, vendues, rachetées, regroupées. Le phénomène ne se limite pas à la France. Les conglomérats détiennent et contrôlent désormais une grande partie de la chaîne du livre à travers le Monde (du "producteur au consommateur"). André Schiffrin a fort bien décrit et analysé la situation à travers ses articles et ses livres.
A contrario le nombre de petits éditeurs explose de façon bénéfique.

-Les libraires ont cédé du terrain (contraints et forcés) aux vendeurs en librairie et malgré de nombreuses résistances les librairies de conseil et de proximité ont du mal à se maintenir (Reconnaissons à leur grief que le savoir et l'accueil ne vont pas toujours de pair).

-Les bibliothécaires voient les usages et leur métier changer.

-Les éditeurs sont attentifs à la situation que subissent les industries dites culturelles, observent ce qui se passe par rapport à la musique et au cinéma. Ils se préparent timidement (prudemment) considérant peut-être que les premiers qui se lanceront véritablement dans le numérique payeront les pots cassés. Certains commencent cependant à franchir le pas: il n'est que temps, le grand changement est à nos portes!

-Je n'aborderai pas le problème du prix du livre, de l'accès à la culture ni de la gratuité sur internet (toute relative si l'on tient compte des différentes taxes, du prix de l'énergie, du coût de l'équipement, des abonnements...). Je me bornerai à constater que l'auteur, le créateur (celui qui est à la base du système, celui sans qui rien ne serait) est le seul dans la chaîne du livre (qui pourtant abuse des bas salaires et des stagiaires non rémunérés) à ne pas vivre de son métier, à ne pas tirer une rétribution décente de son travail. Cette situation unique est inique. Avec l'avènement du numérique, il serait temps de se pencher sur le statut de la création en France.

-Malgré les réflexions intéressantes de François Bon et de la Société des Gens de Lettre (entre autres), les auteurs, comme toujours, semblent les grands oubliés de l'histoire. Pourtant, le numérique entraîne des changements de comportement (interaction entre les différents médias, position du lecteur, concentration, rapidité, réactivité de celui-ci...). Cette évolution amènera forcément des remises en cause dans le travail de la pensée, dans l'élaboration du livre, le rapport avec le public. L'œuvre, la place de celle-ci, son statut et celui du créateur se devra d'évoluer.

Je vais donc tenter en quelques chapitres hebdomadaires (consacrés au lecteur, à la librairie, aux Rfid et au livre numérique) de cerner les évolutions qui touchent le monde du livre et de l'écrit.

Je vous invite cependant à consulter les liens dans la rubrique "Autour de l'écrit". Ces quelques sites régulièrement actualisés sont très bien faits, renseignés et réactifs. Ceux sont eux les spécialistes.

-Monsieur-

mercredi 16 janvier 2008

Les Dames du Faubourg

Les Dames du Faubourg sont les abbesses de l'Abbaye de Saint-Antoine-des-Champs située dans l'actuel faubourg Saint-Antoine à Paris.
A la fin du 15ème siècle, les abbesses ont un vrai pouvoir sur le faubourg, constitué de quelques maisons d'artisans et alors isolé de la capitale.
La famille Thirion, sous la protection et la bienveillance des abbesses et éloignée des guildes professionnelles parisiennes et de leur carcan, reçoit un jeune compagnon ébéniste à qui elle offre un travail et un toit.
Les Thirion vont évoluer, de génération en génération, au gré des modes et des commandes de l' Abbaye, puis d'autres clients parfois venus de loin pour obtenir un de leurs meubles.
Réputés, protégés, les ébénistes du faubourg vont voir d'autres artisans s'installer près d'eux. Ils vont former une communauté du bois aux personnages attachants, de bon caractère, que l'on prend plaisir à suivre d'années en années puis de siècles en siècles.
"Les Dames du Faubourg" nous rapproche de ces personnes qui ont peu à peu dessiné le quartier Saint-Antoine, façonné sa spécificité, et vécu à leur manière l'Histoire de France, du 15ème siècle au début du 20ème, dans une formidable saga familiale.

Jean Diwo est natif de ce quartier situé entre les 11ème et 12ème arrondissement de la capitale. Il a vu les ébénistes travailler dans ces innombrables ateliers, aujourd'hui pour la plupart fermés, a senti l'odeur du bois fraîchement coupé, a regardé ces artisans créer des meubles de qualité.
On sent à travers les trois volumes de cette saga tout l'amour qu'il porte à cette communauté et à son histoire.
Journaliste puis romancier, l'auteur a écrit bon nombre de romans historiques, parmi lesquels "La chevauchée du Flamand" aux éditions Fayard.

-Madame-

vol.1: Les Dames du Faubourg
vol.2: Le lit d'acajou
vol.3: Le génie de la Bastille
de Jean Diwo
éditions Folio Gallimard
1987

lundi 14 janvier 2008

Contre histoire de l'art

Pas un mois sans une compilation de blagues douteuses ni une sélection de morceaux choisis, recueil de bons mots et de citations. L'exercice est souvent indigeste. "Contre histoire de l'art" pourrait ressembler à ce genre de livres, situé à mi-chemin entre l'assemblage hétéroclite d'érudition et de brèves de comptoir. Il se distingue pourtant par plusieurs points:
Christophe Girard illustre son propos par des dessins noir et blanc, clairs et précis, très (traits) lisibles. Ses personnages ont de la chair, du caractère; ils sont vivants et dépoussièrent l'Histoire.
L'auteur, professeur à l'école d'art de Nice, prend également parti. Ses prises de position peuvent faire grincer des dents ou déclencher l'approbation mais elles ne laissent pas indifférent. Son regard amusé et parfois subjectif donne envie d'en savoir plus, d'approfondir...
Il peut enfin réconcilier les néophytes, les amateurs et les réfractaires à l'art en général et dans ses particularités.
Son propos présenté sous forme chronologique n'est pas à proprement parler une critique des œuvres qui ont jalonné les siècles ni un discours sur l'évolution des techniques. C'est une façon de raconter les grandes lignes de l'histoire de l'art (et de l'humanité) par une série d'anecdotes invraisemblables (mais vraies) et de clins d'œil croustillants.
Christophe Girard revient sur tout ce qui ne se dit pas, ces petits détails qui nous servent d'aide-mémoire et nous permettent de briller en société, ces petits faits qui changent la face du Monde. Il ne faut donc pas s'attendre à ouvrir un livre "contre l'histoire" de l'art (à moins d'enterrer les thuriféraires de la culture) mais plus un contre-chant à l'histoire de l'art, officielle, austère et ennuyeuse.
Plaisant et bienvenu.

-Monsieur-

de Christophe Girard (l'auteur met parfois des dessins en vente sur e-Bay sous le pseudo Drarig68)
éditions du point d'exclamation
2007

Le Parfum

Attention, chef d'œuvre:
"Le Parfum" est un de ces livres qui fait dire à ses lecteurs, quand on leur en parle: "Ah, le Parfum... un des livres qui m'a le plus marqué!", accompagné d'un petit sourire entendu...
Mais pourquoi? Qu'a-t-il de plus que les autres? Une très belle description de la France au 18ème? Un rythme trépidant?

Le personnage principal, Jean-Baptiste Grenouille est né sous un étal de poisson. Il est doté d'un don incroyable: il a le Nez Absolu. Autant dire que ses premiers instants dans le Paris du 18ème siècle n'ont pas du être des plus agréables...
Les fumets de la capitale sont la toile de fond de sa jeunesse. Adolescent, il va travailler chez un parfumeur qui lui apprendra son métier et qui utilisera largement le don de son apprenti.
Sa vie va basculer un soir de fête nationale, quand il croise le chemin d'une jeune fille au parfum délicat. Cette fragrance le remue profondément, provoque en lui un désir irrépressible. Il la suit, la pourchasse, et pris d'une frénésie incontrôlable l'assassine, en essayant au passage de capter l'effluve de la jeune vierge.
Le souvenir de cet instant, de ce parfum deviendra l'objet de ses recherches, le but de sa vie. Il bascule. Malgré des scènes très crues, on ne lâche plus l'ouvrage; on est prisonnier, sous l'emprise, nous aussi.

Au delà de l'histoire, il y a le "truc en plus": l'auteur, à travers son héros, nous fait partager les odeurs de la rue, de la terre, des mixtures et des corps. Il nous met le nez dedans, vraiment! On s'imprègne, on renifle, on respire, on inhale le "Parfum".
"Chef d'œuvre"!

-Madame-

de Patrick Süskind
éditions Le Livre de Poche
1985