jeudi 2 décembre 2010

Il n'est jamais trop tôt...

L'hiver est arrivé avec son gros manteau de neige.
" Il est en avance! " titrent les journaux. Les radios enchérissent : " On ne l'attendait pas si tôt. "
Bien que les villes se soient diodées depuis longtemps et les magasins décorés, ça a jeté un froid.
Il s'en fallut de peu qu'il se fasse enguirlandé.

C'est la folie des Hommes d'accuser les saisons, car ce sont les premiers, après de longs calculs, à devancer le calendrier.
Halloween aux orties ! Exit ! Ils ont comblé le vide, resserré, compressé : Noël, les rois mages ! Au diable les solstices ! On enchaîne sur les soldes !
Le commerce est sauvé !

Prévoyants, les éditeurs ne sont pas en reste. Bien sûr, il y a des délais dans la fabrication, l'impression, l'acheminement de Chine de tous nos chers
" bouquins ", mais, professionnels, ils sont toujours prêts à devancer la demande.
Le vieux métier du Livre est toujours dans la course.
Saluons donc les vainqueurs.

Dans le tiercé de tête, nous trouvons :

-Juliette et la galette de Doris Lauer aux éditions Lito, parution annoncée pour le 2 novembre 2010.  

-T'choupi aime la galette de Thierry Courtin aux éditions Nathan ( Première édition, janvier 2007. Dépôt légal de la nouvelle : août 2010). La mise en place a eu lieu le 4 novembre 2010, c'est à dire qu'il a été proposé aux libraires avec les nouveautés de la semaine du 4.

-Tom et la galette de Elisabeth de Lambilly et Marie-Aline Bawin aux éditions Mango, sorti le 12 novembre 2010.



Après Juliette, T'choupi et Tom, nous trouvons

-Camille et la galette des rois d'Aline de Pétigny et de Nancy Delvaux aux éditions Hemma. Sorti le 18 novembre 2010, cet album semble déjà indisponible chez l'éditeur.


Avant de poursuivre, on peut se mettre en appétit avec un coffret :

-Galette des rois de Marie-Laure Tombini aux éditions Mango paru le 26 novembre 2010,



et continuer avec les mises en vente du premier décembre de cette année :

-Petit lapin blanc et la galette des rois de Marie-France Floury et de Fabienne Boisnard chez Gautier-Languereau,



l'indétrônable :

-Caroline et la galette des rois de Pierre Probst, éditions Hachette.



et le classique, habilement revisité :

-Roule-galette de Natha Caputo et de Pierre Belvès au Père Castor (Flammarion).



Tous ces livres se valent. S'adressant au même public, ils jouent, hormis les deux derniers, sur les mêmes registres. C'est l'attirance de l'enfant pour tel ou tel dessin qui fera la différence ; une fois n'est pas coutume,  laissez-le vous guider...
Je m'abstiendrai de tout commentaire sur le coffret :
15 recettes, 4 fèves, 2 couronnes : 9,95 €.

-------------------------------------------------------------------------------------------------

J'ai parfois l'impression en écrivant cette liste de jouer les rabat-joies, de ne pas comprendre le commerce ni la conjoncture, et encore moins la " fête ".
Évidemment, il faut se préparer, éviter les encombrements, les indisponibilités mais Noël a lieu le 25 décembre, l'épiphanie le 6 janvier! Les libraires, à de rares exceptions près, n'ont plus de stock en réserve. Les livres qui arrivent avec l'office, les parutions de chaque semaine, sont mis en vente le jour même. Une nouveauté chasse l'autre. Ce n'est plus de la bousculade, c'est une précipitation.

Un petit éditeur qui présente un livre sur Noël en Novembre n'a plus sa place en librairie.

Les cartables début juin, le Père Noël en octobre, la galette en novembre...

Et l'on déplore la perte des repères!

- Monsieur -

dimanche 28 novembre 2010

L'écho des façons, blog sur le patrimoine

La qualité la plus importante chez un libraire ? C'est la curiosité, après une musculation en béton armé.
La muscu n'est pas mon fort, mais question curiosité, je suis bien disposée !

D'où un petit projet qui a mûri lentement mais sûrement dans mon nid à idée et qui vient d'aboutir : je viens de lancer un blog sur le patrimoine, le plaisir de la chine et les curiosités de toutes sortes :


Bien sûr les critiques de livres n'en seront pas exclues, mais seront surtout dédiées au monde de l'artisanat, du patrimoine et de l'art.

Petit blog à deux mains seulement, cette fois-ci, il est destiné à devenir un espace de découvertes et pourquoi pas d'échanges. Encore un ? Et oui, mais différent d'ici !

Alors, curieux ? Soyez les bienvenus sur lechodesfacons.blogspot.com

- Madame -

samedi 27 novembre 2010

Les ramasseurs de livres.

Trois, quatre livres attendaient le passant, parfois plus le jeudi.

Nous étions quelques-uns à fréquenter la rue. Nous venions picorer au bord des hautes fenêtres, à deux pas des récupérateurs "professionnels".
Nous venions silencieux, posément ; chacun avait son heure,
et quand il arrivait que nous étions plusieurs, nous attendions notre tour, nous contentant des restes...

Les livres s'épuisaient au cours de la journée.
Et d'autres apparaissaient à la faveur du jour,
surprenants voyageurs, au nombre incalculable.

Un matin, il y eut des livres, des dizaines de livres déchirés.
Cela se répéta. Couvertures brisées, cahiers arrachés, pages souillées...
Une personne ulcérée exprima sa rage d'un petit graffiti :


Cela ne changea rien.
L'adresse aura vécu.
Les livres s'accumulent comme autant de gueules cassées.
Spectacle malheureux.

Il y a peu, un esthète en a fait la vitrine d'un magasin fantôme.



Les oiseaux que nous sommes iront voler ailleurs.

 - Monsieur -

mardi 23 novembre 2010

Le Fait du Prince.

Parler de la restitution des manuscrits coréens par l'État français revient à jouer les équilibristes.
Certains louent la victoire de la diplomatie (prêt renouvelable tous les cinq ans), d'autres blâment sa duperie (la BnF abandonne ses manuscrits).
Nous n'avons pas les clefs mais il y a une gêne... (au delà de toute considération morale vis à vis des restitutions-réparations)

Une gêne dans la méthode, la façon de faire d'un président qui use du bien public sans considération des lois (Nicolas Sarkozy n'est malheureusement pas le premier à agir de la sorte),
une gêne dans l'arrogance d'un président pressé qui balaye d'un revers de la main le travail et l'avis des conservateurs, chercheurs et diplomates. Où sont le dialogue et l'écoute, piliers de toute démocratie?

Cette décision autocratique relève sûrement d'un marchandage, d'un choix stratégique détaché de toute considération éthique et patrimoniale.
Elle est le reflet de la mentalité mercantile d'un chef de l'État dans un monde où ce qui ne se monnaie pas n'a pas de valeur.

Elle marque une fois de plus le mépris de Nicolas Sarkozy pour l'écrit (la liste est longue).


Mais foin de nos considérations personnelles et bougonnes, voici le texte de la pétition rédigée par Hubert Galoche (ce texte n'a été ni contredit ni dénoncé) :

En marge du sommet du G20 de Séoul, le Président de la République a annoncé le retour en Corée de 297 manuscrits coréens conservés par la Bibliothèque nationale de France depuis 1867. Il faut rappeler qu’il existe en Corée d’autres copies de la plupart d’entre eux.
- Cette décision a été prise contre l'avis de la Bibliothèque et contre l'avis du Ministère de la culture qui depuis des années ont toujours plaidé pour des solutions avec réciprocité ou contrepartie (échange, prêt croisé ou par rotation, prêt par sous-ensembles...). Ils sont aujourd'hui désavoués.
- Cette décision prive la Bibliothèque nationale de France d'un ensemble remarquable de documents qu'elle s'est attachée à conserver, restaurer, inventorier, pour les mettre à la disposition des chercheurs comme elle le fait pour les très nombreux fonds étrangers qu’elle a collectés depuis le 16ème siècle, témoignant ainsi de sa grande considération pour le patrimoine des cultures étrangères et de son désir de le mettre au service de tous. - Sous un habillage de prêt renouvelable tous les cinq ans, cette décision vaut restitution de fait, en contradiction avec le droit, qui ne permettra au mieux que des retours épisodiques des œuvres en France et ne manquera pas de conforter, voire de susciter, des revendications de restitution que certains pays présentent de façon toujours plus soutenue aux archives musées et bibliothèques partout dans le monde.
- Cette décision manifeste la subordination croissante et préoccupante des politiques patrimoniales et du droit - au risque de remettre en cause l'inaliénabilité des collections publiques - à des considérations politiques, économiques ou géostratégiques.


Pour signer la pétition, rendez-vous ici.

Si vous voulez plus d'informations concernant cette "affaire", Rémi Mathis, archiviste et conservateur des bibliothèques, résume assez bien la situation sur son blog "À la Toison d'Or".

- Madame et Monsieur -

samedi 20 novembre 2010

Saint-Lô, ville martyre

Saint-Lô devrait se réjouir de voir "ses enfants" jouir d'une certaine reconnaissance.
Aïe ! Aïe ! Aïe !
Cette année, Saint-Lô est à la fête.

Commençons par le livre Bajram destructeur d'univers paru dernièrement aux éditions Soleil. Dans cet entretien avec Thierry Bellefroid, Denis Bajram déclare : "Saint-Lô, c'est l'un de ces trous du cul comme on sait en faire en France." L'auteur de BD raconte la ville sinistre et reconstruite de son enfance, l'échappatoire qu'était pour lui la bibliothèque. Il reconnaît toutefois les efforts de la municipalité pour l'embellir et lui redonner de la vitalité : "C'est plutôt agréable maintenant, c'est devenu supportable." Ouf !

Jean Teulé est aussi lapidaire dans l'émission Le Café, diffusée sur Dailymotion en juin 2010. Face à une Mazarine Pingeot insignifiante, il évoque l'arrivée de son père en Normandie pour la reconstruction : "Il est venu à Saint-Lô, chef-lieu de la Manche, ville ultra-réac à l'époque..." La suite le confirme. La mise à l'écart pour "communisme", la défiance, devrait-on dire, vis à vis de son père n'a malheureusement rien d'étonnant. Laissons le expliquer, Jean Teulé est un conteur aussi savoureux que sympathique :


JeanTeulé : à 57 ans je n'ai toujours pas choisi mon métier
envoyé par lecafe.

Continuons sur le même registre avec les membres de Da Brasilians, groupe rock dont le numéro 86 du magazine Trois Couleurs reprend les propos (pages 39-40) : "Saint-Lô, c'est petit, c'est moche, et tu t'ennuies [...] Quand on a déboulé à Paris, il y a dix ans, on arrivait en bande dans les bars, on buvait énormément, on était un peu cons, arrogants. Des saint-lois, quoi !"
N'en jetez plus !


Saint-Lô !
Malheureuse Saint-Lô qui ne s'est jamais remise des bombardements de 1944 !
Détruite à 97%, elle reste mal aimée.

Peu d'essais, peu d'études accessibles sur la reconstruction... des réflexions commencent seulement à être rendues publiques... Saint-Lô serait pourtant un cas intéressant pour comprendre l'urbanisme, le fonctionnement ou le non-fonctionnement d'une ville, l'amour ou le désamour de ses habitants, l'impact d'une architecture sur les comportements. Comprendre pour redonner vie à un lieu défiguré, violenté, martyrisé, déshumanisé.

"Saint-Lô, triste Saint-Lô !" devra-t-on répéter longtemps à moins de se laisser bercer par les Da Brasilians sur musicMe ou d'aller les écouter en concert.

On pourrait aussi se replonger dans les vieilles images de Saint-Lô sur le site des archives de la Manche et en profiter pour saluer le travail effectué par le personnel des archives ainsi que la décision du département d'en garantir l'accès gratuit.

Dans le registre de la gratuité, le magazine Trois Couleurs est distribué par les cinémas MK2, téléchargeable chaque mois sur leur site (une petite case en haut de l'écran).

Quant à Bajram destructeur d'univers, ouvrage d'entretiens forts bien menés par Thierry Bellefroid aux éditions Soleil... je ne sais qu'en penser. Pourquoi se raconter ? Pourquoi cette nécessité de s'expliquer ?
Denis Bajram est un auteur singulier qui ne laisse pas indifférent. Son franc-parler dérange. Peut-être le ton péremptoire et sans ambages de celui qui sait, une sorte de mécanisme froid de la pensée...
Ce livre permet d'écouter le démiurge, de l'approcher. Il plaira à ces fans mais ne redorera guère son blason auprès de ses détracteurs.


- Monsieur -

Nous tenons à remercier l'équipe de Trois Couleurs de nous avoir confié un lien vers le numéro 86 de leur revue.

samedi 13 novembre 2010

Cuisine avec les cercles, le coffret ou l'appellation abusive

Romain Pages a poussé le concept du coffret
au sommet du minimalisme :

Un livre à 12€50, deux emporte-pièces de même dimension (8cm) et un double film plastique pour recouvrir l'ensemble!
Ce n'est pas très beau à voir.

J'entends déjà certains grincheux : "Ah! Tu parles d'un coffret,
y a pas la boîte ni l'emballage!"
Ce à quoi nous répondrons : "Regardez en détail, les deux cercles
en option, ce n'est pas n'importe quoi, labellisés de Buyer, une vieille maison française! La tradition!
Du matériel de pro! La rondelle à ce prix-là, c'est quasiment cadeau!"

[...]

Remarquons simplement le décalage entre la photo du site éditeur et la réalité :





Coffret : Cuisine avec les Cercles de Anne Deblois, Lou Hugo,
Floriane Charron. (19€90)
Photographies de Jean-Pierre Duval.
Éditions Romain Pages, 2010.
Deux cercles de cuisine de la marque de Buyer qui semblent effectivement de très bonne qualité.

-Monsieur -

samedi 6 novembre 2010

Le livre surprise du Père Noël

C'est le moment de parler de Noël si l'on ne veut pas se retrouver hors-jeu. Jugez donc :

les morts sont à peine honorés que les chocolats et calendriers de l'Avent ont envahi les étals, les premières décorations sont posées dans les villes et les grands magasins.

Dans une ou deux semaines, les boulangers vont proposer la galette des rois avec des fèves aux couleurs de Disney. Si, si vous verrez...

Bientôt, nos champions de la mercatique prendront prétexte du développement durable pour tout laisser en place, guirlandes et sapins blancs. Noël durera un an!
Nous n'aurons plus de retard mais ça ne sera plus pareil.

Alors, avant que nos enfants ne soient totalement déboussolés et tant que la magie opère, posons nous tranquillement avec ce livre-objet consacré au distributeur de cadeaux.

Le Livre surprise du Père Noël est un... livre-objet composé par Alan Snow et façonné par Maggie Bateson.
Objet que l'on tourne, livre autour duquel on tourne. Les yeux pétillent, la mâchoire s'ouvre. Notre enfant est happé.
Un décor enneigé se déploie sur chaque double page que l'on n'hésite pas à ouvrir largement avec nos petites (grosses?) mains maladroites.
L'ouvrage en verra d'autres. Le papier est costaud, la colle résistante. Il faudra encaisser les lectures. Préparez-vous, parents!

L'enfant pose des questions, trouve des réponses, s'amuse, s'étonne, rigole.
"L'indicateur de bonne humeur" est au rendez-vous. Alan Snow nous régale.
Il pousse le détail dans les moindres recoins. Seuls quelques curieux y poseront l'œil et le doigt, ce n'est pas grave. Les chambres, ateliers, maisons, fourmillent d'objets, d'anecdotes et trouvailles amusantes.

"So British, so good" reprendrons-nous pour conclure et nous le réserverons aux enfants sages avec un boulet de charbon à balancer aux garnements.


Le Livre Surprise du Père Noël par Alan Snow.
Traduction de Anne-Maire Vassallo.
Ingénierie papier par Maggie Bateson.
Aux éditions Nathan, 2010.

Précisons que Le Livre Surprise du Père Noël est une adaptation en relief (pop-up) de La Vérité vraie sur le Père Noël paru en 2006 chez le même éditeur.
L'impact n'est pas le même entre le livre traditionnel et une image en volume dans laquelle on pénètre, chaque lecture est différente, chacune d'elles se complète. L'album (tout comme son dérivé) est un condensé de facéties et de clins d'œil malicieux. Il serait bête de s'en passer... s'il était toujours disponible.

- Monsieur -

jeudi 4 novembre 2010

Clin d'œil ou simple coïncidence?

Quel rapport y a-t-il entre un coffret de sommelier
aux éditions de La Martinière
et les policiers de la collection noire
chez Actes Sud?

...

Vous ne savez pas?
Cherchez bien...
















Et on dira que j'ai mauvais esprit.

- Monsieur -

Le coffret du Sommelier de Bettane et Desseauve
aux éditions de La Martinière, parution novembre 2010.
Avec un tablier!

vendredi 29 octobre 2010

Savoir prendre son temps est un luxe oublié.

Négocié à un clochard (...durant son sommeil),
je ramène ce livre à la maison.


À quelques jours du changement d'heure, la découverte est surprenante :


le temps est déréglé !


Qui a croqué ces montres et leurs aiguilles ainsi ?
Quelle était sa raison ?
J'en parlerais au Lapin Blanc...

s'il n'y avait ce bruit !
Une valise à roulettes passe au loin et bouscule le silence. Une maman disparaît à l'angle de la rue : "Alice ! Tu vas nous mettre en retard !"
Il n'y a pas de hasard.

Un léger décrassage, quelques photos et je remets l'ouvrage dans ma besace. Il est grand temps !

Je dois retourner travailler.

L'Homme à l'épée reprend sa place.
Je le dépose au soleil, sur le muret de mon Diogène.
Tout est en ordre.
Je retourne au turbin.

- Monsieur -

L'homme à l'épée de Jules Roy aux éditions Gallimard 1957.

Pour les amateurs d'annotations et d'inscriptions sur les livres, je suggère la lecture du Bibliofil de la librairie des colporteurs. Pour ceux que le changement d'heure agacent, je n'ai pas de solutions.

lundi 25 octobre 2010

Visual merchandising

66 Tests pour développer vos capacités paranormales.
Le sujet est délicat.
Monsieur Jacques Mandorla, l'auteur, a trop de références pour oser la raillerie.
Quant au graphiste, au vu de la couverture*, il a dû se décorporer devant son Mac
... à moins que ce ne soit un (effet de) style entre amateurisme et spectacle de foire.

*L'éclairage de la main avec l'ombre des doigts portée sur le poster de fond est le summum du "lâcher prise".

66 Tests pour développer vos capacités paranormales
de Jacques Mandorla aux Éditions Trajectoire, 2010.

- Monsieur -

mercredi 20 octobre 2010

Atelier découpage

L'odeur est trop forte. La cave, la chaleur et la rue lui seront donc fatales.
Les Mains Vides (terrible prédestination) ne s'en relèvera pas.
La gangrène du livre envahit tout, pique le nez, imprègne les tissus et les pores de la peau.
La moisissure est là!

Ma femme me gronde : "tu ne vas quand même pas récupérer tout ce que tu trouves?!"
(je me souviens ce jour de pluie)

Il faut se résigner, éviter à tout prix la contamination. Maurice Genevoix s'accroche, nous prend en quelques lignes.
... Ne pas aller plus loin, arrêter la lecture si l'on veut rester fort.


Les Mains Vides
s'échange sur les sites Internet.
J'y reviendrai un jour car j'ai de l'affection pour cet auteur qui disparaît des catalogues.

Courage! Assez de fébrilité! Je sacrifie les mots, les phrases, les idées!

JE...
garde les lettrines. Découpées, détrônées, elles deviendront un très bel alphabet.


Et puis,
je sauve aussi les planches, gravures sur bois de Constant Le Breton, très jolies elles-aussi.
Et...
Je m'arrête là.

Les Mains Vides de Maurice Genevoix, bois de Constant Le Breton.
Éditions du Livre Moderne, Ferenczi, 1931.

- Monsieur -

vendredi 15 octobre 2010

Trente-six vues de la Tour Eiffel - Thirty-Six Views of the Eiffel Tower

Henri Rivière, peintre et dessinateur très inspiré par l'art japonais, a réalisé Trente-six vues de la Tour Eiffel en 1902.

Ces lithographies, hommages aux Trente-six vues du Mont Fuji de Hokusai, sont les témoins de ce qu'étaient Paris et sa proche banlieue. Maraîchages, maisons basses et petits jardins potagers, péniches et quais de Seine dévolus au travail, grands boulevards, places, squares et toits couverts de cheminées répondent sur chaque planche à la Tour Eiffel, qu'elle soit bien en vue dans le paysage ou très discrète, repère évanescent sur la ligne d'horizon.
Certaines vues fixent le travail des ouvriers lors de la construction de la Dame de fer. La perspective aperçue au travers de ses poutrelles d'acier impressionne et donne le vertige...

Les couleurs restent dans des tons dominés par les gris-bleu, ocre, marron, noir et blanc, mais ces illustrations semblent vibrer sous le ciel de Paris, et la vie y coule comme la Seine sous ses 25 ponts (à l'époque)...

Le fac-similé que les éditions Chronicle Books viennent de publier est un très beau travail d'édition : la qualité de la reliure, le choix de la couverture (les fleurs d'iris sont embossées), du papier, la reprise aussi bien du prologue d'Arsène Alexandre (un texte aussi amusant qu'édifiant sur Henri Rivière et sur la Tour Eiffel comme elle était perçue à l'époque) que du colophon (ou achevé d'imprimer) qui précise le nom de l'imprimeur, du prote, du conducteur et du pressier - Eugène Verneau, Arthur Petit, René Toutain et Charles Vandezande (métiers de l'imprimerie aujourd'hui quasiment disparus), ajoutent au plaisir que l'on a à feuilleter cet ouvrage.
Précisons qu'une traduction anglaise du prologue et du nom des vues a été ajoutée, ce qui rend l'ouvrage accessible aux anglophones.

Un site dédié à Henri Rivière, www.henri-riviere.org, présente l'œuvre de cet artiste talentueux, ainsi qu'une vidéo réalisée à l'occasion d'une exposition sur l'artiste en 2009 à la BnF :

Exposition Henri Rivière
envoyé par BNF.

Pour fêter le centenaire des Trente-six vues de la Tour Eiffel et rendre hommage à Henri Rivière, Christian Desbois avait édité en 2002 un ouvrage éponyme dessiné par Juillard. Ce dernier a multiplié les clins d'œil à son prédécesseur jusqu'à signer chaque dessin de ses initiales dans un petit cartouche rouge !

Petit détail bassement économique : les fêtes de Noël approchent, alors n'hésitez pas à feuilleter ce livre en librairie, et si affinités à vous le procurer : son prix tout petit devrait être à la portée de la plupart des bourses, même en ces temps de crises : 18€ pour un beau livre, ce n'est pas si cher que cela...

- Madame -

Thirty-Six Views of the Eiffel Tower
de Henri Rivière
éditions Chronicle Books 2010

Henri Rivière, entre impressionnisme et japonisme
Sous la direction de Valérie Sueur-Hermel
éditions de la BnF 2009 (épuisé)


Trente-six vues de la Tour Eiffel
de André Juillard
éditions Christian Desbois 2002 (épuisé)

jeudi 14 octobre 2010

Edwarda

Edwarda porte son nom en référence à l'héroïne de Georges Bataille, prostituée déifiée par l'auteur.
Edwarda est une revue de lettrés bon chic et mauvais genre parée de photos de demoiselles dévêtues.
Elle en est à son troisième numéro ; le premier était un peu boiteux dans sa forme, un peu léger dans son papier ; une ébauche de ce qui allait devenir cette élégante revue.

Mais, au milieu de tous ces "livres-magazines" aux frontières de l'art et de la mode comment la distinguer ? Comment la retrouver ?
Deux traits de caractère l'élèvent au dessus des autres : la distinction et le propos.

Edwarda est grande, racée, impeccable (peut-être un peu trop). Elle n'a pas besoin d'en faire des tonnes, d'en rajouter : une photo suffit à habiller son titre.

Mais la beauté des formes n'est rien sans un peu d'ombre, de profondeur...


Edwarda se relève après l'acte animal dans la lumière d'un volet entr'ouvert. Elle sort heureuse et apaisée, traverse un jardin sous le soleil d'un automne parisien.
Et la mélancolie nous gagne...


Bonheur de replonger dans la lecture d'auteurs modernes à l'écriture soignée ! Classiques, classieux, mais loin des réflexions égotiques et autres formules creuses qui terrassent le lecteur, les textes sont d'une grande tenue.
De Simon Liberati qui nous tient en haleine sur deux pages à Jean Paul Civeyrac qui libère des propos terrifiants d'Amour (superbe déclaration de possession), Edwarda a tenu sa promesse en frôlant la lisière de l'ivresse, entre érotisme et décadence.
Merci.

Edwarda 3 septembre 2010, revue dirigée par Sam Guelimi.
Edwarda 4.

- Monsieur -

samedi 9 octobre 2010

Claude Mellan

Le bonheur de l'ignorance réside dans le plaisir de la découverte.
Ainsi, l'apparition du Christ au hasard d'un ouvrage relatif aux spirales et torsades :


Claude Mellan (1598-1688) a gravé la Sainte Face au burin (taille douce) d'un seul trait circulaire en partant du nez.
Le résultat est saisissant tant du point de vue de la maîtrise technique que du sens artistique.

L'alliance de l'Art et du Savoir! comme pour cette représentation de la lune réalisée en taille douce :


Suivant les indications de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et de Pierre Gassendi, Claude Mellan réalisa cette carte (la première) à l'aide d'une lunette astronomique.

Les images de la lune proviennent du Pays Dignois. Vous pourrez y trouver des informations intéressantes sur Mellan et Fabri de Peiresc, son donneur d'ordres. Certaines interrogations concernant les premières ébauches de ces gravures sont rapportées dans l'article du volume 48 de la revue belge Ciel et Terre sur les cartes lunaires peu connues d' Albert Tiberghien : L'année de réalisation (1636) ne correspondant pas aux dates indiquées sur le bandeau (1634-1635).

Une exposition fut consacrée à Claude Mellan en 1988 à la BnF. Elle se solda, au dire de son organisateur, par un flop total. Le catalogue, épuisé, est encore disponible sur Internet mais "hors catégorie" pour les petits budgets.

L'Oeil d'Or, Claude Mellan, catalogue de Maxime Préaud et de Barbara Brejon de Lavergnée édité par la BnF.

- Monsieur -

jeudi 7 octobre 2010

Manon l'Escroc

À première vue, Manon l'Escroc ressemble à un roman de gare peu sérieux, une parodie cochonne ou un pastiche grivois. Il n'en est rien. Une courte lecture suffit à se faire une idée.
Manon l'Escroc est un recueil de petits procès pittoresques que l'auteur prend plaisir à retracer.

Geo London a eu son heure de gloire dans la première moitié du XXème siècle. Journaliste, chroniqueur judiciaire, il a rencontré Capone (Deux mois avec les Bandits de Chicago) et relaté des procès d'exception (Maurras, Laval, Pétain). Homme d'esprit, ses "croquis" sont vifs et mordants : l'usage de dialogues et l'insertion de remarques moqueuses ou amusées y sont pour beaucoup.

Jugez-en :
Manon l'Escroc est le témoignage d'une époque, un exemple de littérature judiciaire peu consacrée de nos jours, à l'instar des illustrations pourtant souriantes de Georges Pavis.
Quant au fond, je me garderai bien de digresser sur l'âme humaine : "tout change mais rien n'amende" disaient les vieux normands...


Manon l'Escroc de Geo London aux Éditions de France, 1938.

Les oeuvres de Geo London sont toutes épuisées mais en fouinant un peu, on les retrouve facilement.

Pour ceux que la chronique judiciaire intéresserait, voici deux courts dossiers sur le sujet, subjectifs et complémentaires : celui de Pierrette Blanc sur le portail Persée et celui de la revue Droit et Société n°61/2005. Il existe également une association des journalistes de la presse judiciaire fondée en 1887.

- Monsieur -

dimanche 3 octobre 2010

Mosaïque d’images acoustiques de la baie de Douarnenez

Mosaïque d’images acoustiques de la baie de Douarnenez.

Ce titre est d'une grande poésie pour les non-spécialistes. Évocation musicale et maritime, on pense à la peinture. Nous voilà transportés!

Ne nous y trompons pas : cette carte provient de l'Ifremer ; l'Institut Français de la recherche pour l'Exploitation de la Mer. On ne rigole plus, c'est du sérieux. Et mon lyrisme en prend un coup.

Laissons bas!

Curieux, je m'égare... un peu hésitant, je l'avoue. Je m'enfonce dans leur site et découvre des ressources insoupçonnées comme cette vidéo d'Anita Conti qui nous parle des Racleurs d'Océans. Une grande dame à écouter et à revoir.

Mais redressons la barre et reprenons le cap.

Pour les professionnels et les amateurs de sujets pointus donc, la carte présentée ci-dessus est disponible dans l'Atlas thématique de l'environnement marin de la baie de Douarnenez aux éditions Quae.

Études improbables et ouvrages pour spécialistes se taillent une place de choix chez cet éditeur exigeant que je regarde d'un œil tout rond, à la fois étonné et admiratif .

- Monsieur -

Atlas thématique de l'environnement marin de la baie de Douarnenez
en co-édition Quae - Ifremer, coordination éditorial de Claude Augris.

mardi 28 septembre 2010

La sanction

Je ne connaissais pas Trevanian avant d'avoir ouvert La Sanction. C'est chose faite, et je ne suis pas prête de l'oublier :

Jonathan Hemlock, professeur reconnu de Beaux-Arts et alpiniste émérite, est employé régulièrement par le CII, section des services secrets américains assez minable, pour venger les agents "morts au combat". Assassin redoutable car sans scrupule et d'une intelligence qui confine au génie, il a deux désirs que le CII utilise pour le faire chanter : accumuler un maximum de tableaux de grands maîtres, volés aux plus grands musées du monde, et éliminer définitivement les rares amis qui l'ont trahi.
Il est ainsi contraint d'accepter une mission à haut risque : il doit accompagner une cordée d'alpinistes, dont l'un d'entre eux doit être "sanctionné" lors de l'une des ascensions les plus dangereuses au monde : la face nord de l'Eiger. La mission est d'autant plus compliquée qu'il ne connait pas l'alpiniste à éliminer. Sa cible, elle, l'a repéré...

Le cynisme du personnage, ses descriptions au vitriol des personnalités croisées, son sérieux et son humour en font un personnage vraiment intéressant, sinon attachant ; quant à l'alpinisme, sujet que je ne connaissais pas, ou de très très loin (de plus loin encore que ces "Oiseaux de l'Eiger"), Trevanian nous l'aborde avec un tel plaisir qu'on ne peut qu'admirer l'exploit de ces sportifs et la beauté des paysages décrits, en Suisse comme aux États-Unis.

Roman sur les grands espaces (grande spécialité des éditions Gallmeister) c'est avant tout un polar à l'humour très fin, à la construction et à l'écriture sûre et bien menée.

La sanction a fait l'objet d'un film éponyme en 1975 de Clint Eastwood, qui y joue le rôle de Hemlock.

- Madame -

La sanction
de Trevanian
coll. Totem
éd. Gallmeister 2010

dimanche 26 septembre 2010

Absence

Absences et irrégularités ont été les symptômes majeurs de ce blog depuis quelques mois. Pour reprendre en beauté, quoi de mieux qu'un panneau publicitaire : Ron English, peintre du Pop Surrealism, s'est inspiré de Van Gogh pour illustrer l'Absente, liqueur aux plantes d'Absinthe.



Vision hypnotique.
On ne peut que se ressaisir sinon gare à l'abandon...

- Madame et Monsieur -



Peu d'endroits où obtenir cette plaque... découverte à La Cour du Paradis, une épicerie fine de Villedieu les Poêles - en Normandie - (pour les petits malins qui la situeraient en Bretagne), elle est également disponible sur e-bay chez Emmanuel8107.

Précisions du revendeur : Les plaques métalliques sont en aluminium, imprimées en sérigraphie. Elles passent au four à température modérée pour fixer l'encre. Le dos des plaques est maintenu par un carton. Elles sont d'un très beau rendu.

Ajoutons que les prix peuvent varier d'un endroit à un autre.

jeudi 2 septembre 2010

Qui a vu le loup?

Une histoire à suspense pour les tout petits loups. Une histoire qui vous fera trembler de peur... et de rire, avec une chute aussi inattendue que l'intrigue est légère. De quoi réjouir les enfants qui frissonnent (blottis) dans les bras d'une étudiante au pair... mais je m'égare, grand enfant que je suis, revenons donc à nos moutons : le dessin est minimaliste (un loup), le texte aussi (une ligne), mais l'essentiel est là, à chaque page, tout est dit. Et rares sont les adultes qui referment le livre sans un sourire aux lèvres.

Qui a vu le loup? de Alex Sanders à L'École des Loisirs

- Monsieur -