jeudi 26 mai 2011

Je suis né ni fille ni garçon

Pour qui connaît les Éditions Eyrolles (spécialisées en informatique, techniques et management) ce genre de titre peut susciter l'étonnement. Il en va ainsi de nombreuses maisons "historiques" qui élargissent leur positionnement. Avec la collection Histoires de vie, on est dans le "trauma".

Je suis né ni fille ni garçon est un document - témoignage sur un phénomène connu depuis l'origine de l'humanité : "l'intersexuation" (on parle plus communément d'hermaphrodisme).
Dany Salomé, l'auteur de cette biographie, est né(e) avec un sexe masculin et un sexe féminin visibles mais atrophiés. Ses parents ont "dû" choisir le sexe (le genre) de leur enfant.

Dany nous raconte son parcours scolaire, l'armée, les années d'égarement, l'envie de paternité (et la vie de couple), son changement d'identité et sa conversion religieuse, les amants de passage, la trithérapie et ses effets secondaires, les rencontres sur Internet et l'âge qui apporte la sérénité... une vie chaotique mais finalement assez ordinaire.
Après avoir multiplié les traitements hormonaux, navigué d'un genre à l'autre, Dany assume enfin son "androgynie", "son unité" comme il la nomme.

Avant d'en arriver là, le lecteur a subi les poncifs de l'enfance, d'une vie de couple ennuyeuse et les schémas de genre bien définis (la fille qui s'occupe des fleurs et de la maison, le garçon qui aime la mécanique). Le tout n'a pas beaucoup d'intérêt.

Dany, en collaboration avec Cécile Potel, écrit sans pathos, avec beaucoup de pudeur, trop peut-être. Il manque des détails, de l'intime (puisque c'est le sujet). On ne connaît rien des autres, de leur contact, de leur rapport profond avec Dany, avec le corps de Dany (comment l'abordent-ils ? Comment est son corps, son sexe ? ). Bien sûr, il n'était pas question de rentrer dans le sordide mais l'écriture aurait pu, aurait dû, apporter des sentiments, de l'émotion. Un peu moins d'égocentrisme, un peu plus d'empathie n'aurait pas nui au propos. Dany n'est pas en cause, seul le style aurait pu sauver ce témoignage d'une navrante banalité. C'est raté.

Il faut toutefois souligner les deux préfaces écrites par Ariane Giacobino, médecin généticienne et Tom Reucher, psychologue clinicien. Elles tiennent en moins de vingt pages mais ne faisons pas la fine bouche. Il s'en dégage une intelligence, une humanité rare. Leur modestie par rapport à la recherche, leur expérience, leur réflexion sur la génétique, l'identité et la norme confortent l'idée qu'il aurait été plus intéressant d'avoir une étude émaillée d'exemples qu'un document brut sans analyse ni recul.

- Monsieur -

Je suis né ni fille ni garçon de Dany Salomé aux Éditions Eyrolles, 2011.

samedi 21 mai 2011

Connaissez-vous Paris ?

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau regroupe 456 questions - réponses sur la ville de Paris.

Il ne s'agira pas ici de savoir pourquoi cette plaque a été posée de cette façon :

À lire dans un miroir.

ni où se niche ce libraire magnifique :

photo en provenance du site de Stu Mead.

On n'y apprendra pas non plus le nom de la personne qui a sculpté le Génie Chercheur de la pharmacie située au numéro 20 de la rue des Écoles :

Nom du sculpteur

Queneau est mort trop tôt pour le dire... et le voir, et puis son propos est historique : c'est un analyseur de sédiments, un explorateur du temps qui passe. Il s'attache au patrimoine et remonte à la source.


 
 
Tout commença par la recherche... d'un revenu régulier : il faut bien vivre.
Raymond Queneau eut l'idée de poser trois questions par jour aux lecteurs du journal L'Intransigeant.
Très vite, il se prit au jeu et les lecteurs aussi (preuve, s'il en est encore besoin, d'un véritable amour entre Paris et ses habitants). Sa chronique dura  plus de deux ans, de 1936 à 1938. Deux ans durant lesquels il baguenauda dans les rues, voyagea de passages en bibliothèques, de stations de métro en terrains vagues. Notant les singularités, accumulant les livres (et l'on pense à Lorànt Deutsch pour l'écriture du Métronome), rectifiant les erreurs, Queneau nous lit Paris, il nous en livre les "grains" de beauté avec la passion du conteur.
Présenté par série de six questions - réponses, Connaissez-vous Paris est un condensé d'informations à petit prix.

Connaissez-vous Paris ? de Raymond Queneau, Folio Gallimard 2011.

- Monsieur -

Réponses aux questions :

- Cette plaque est un mystère, de là à imaginer que les kinés vous retournent... 
- Jacques Noël est le libraire d'Un Regard Moderne. On pourra l'approcher rue Gît le Cœur, au 10, en face du restaurant nommé Le Lutin dans le Jardin (ça ne s'invente pas).
- Mozart Guerra est l'auteur de cette curieuse sculpture.

mercredi 18 mai 2011

Paper Blossoms

Voici le cadeau idéal pour égayer vos repas solitaires ou ne plus voir grand-mère assise en face de vous : "a book of beautiful bouquets for the table".

Placez votre ouvrage au centre de la table ; avec ses cinq pop-up floraux, vous réaliserez rapidement des économies tout en changeant régulièrement  le thème de votre décoration. Vos ami(e)s seront époustouflé(e)s par le charme exubérant de vos compositions. Posées sur quelque délicieux napperon ou délicat dessous, celles-ci se maintiendront ouvertes grâce à deux élastiques placés sur les côtés du livre.
Très pratique, une fois replié, il suffira de l'incliner pour récupérer les miettes qui s'écouleront facilement le long de la tranche. Vous pourrez alors le ranger dans votre bibliothèque où il sera du plus bel effet eu égard à sa taille.


Paper Bossoms est un livre pop-up réalisé par Ray Marshall.
Concepteur de livres animés depuis plus de trente ans, sa technique est remarquable. Le choix du papier (épaisseur, rigidité) ainsi que les couleurs sont "visiblement" pensés. Le grand format ajoute un degré supplémentaire à l'intérêt de l'objet qui peut, malgré tout, paraître un tantinet kitchouille.
Paru en Juillet 2010 chez Chronicle Books,
distribution en France par Critiques Livres.

- Monsieur -

samedi 14 mai 2011

On va te faire ta fête maman !

C'est très plaisant d'accompagner la grossesse,
d'encourager la maman au moment de l'accouchement
et de suivre les premières tétées.
C'est très plaisant d'être un papa.

Pour la maman, c'est une autre paire de manche,
car, sauf exception, cette période fantastique n'est pas facile à vivre.
Il lui faudra encaisser la fatigue et les transformations physiques mais aussi, et surtout, les conseils et l'expertise des proches.
Et on repassera pour la délicatesse !

Nadège Beauvois et Florence Cestac nous en livrent une jolie sélection.
C'est du vécu, du lourd, de l'entendu, le quotidien de la femme enceinte !
Et de s'interroger si l’environnement ne pèserait pas plus lourd que l'enfant à naître...

À la façon des dessins d'humour, ou des brèves de comptoir,
chaque page illustre une réflexion qui n'amène pas de réponse.

Le ton est direct, mordant, vachard ; authentique mais pas vraiment méchant.

Le trait fait mouche et les parents s'y retrouvent.
C'est terrible mais rire de la réalité permet de relativiser.

On va te faire ta fête maman ! de Nadège Beauvois, avec Florence Cestac et ses dessins rigolos, vifs et colorés. Éditions Dargaud, 2011.

- Monsieur -

jeudi 5 mai 2011

L'oiseau canadèche

L'histoire a de quoi amuser :

Un vieil homme, incompris par les femmes qu'il ne comprend pas beaucoup mieux, est certain de rester immortel tant qu'il boira de son whisky maison, breuvage dont il tient la recette d'un indien mort dans ses bras.

Marié plusieurs fois mais jamais plus de quinze mois, Jack fut le père (absent) d'une petite fille qui, quelques années plus tard, devint, elle-même, maman. Cela fut ainsi durant treize années parce que la treizième, elle mourut noyée.
À la mort de sa mère, Titou, l'enfant, part vivre chez son grand-père, au grand dam de l'assistante sociale qui ne voit vraiment pas, même en fouillant très loin et en le voulant très fort, quelle éducation cet homme-là peut apporter à son petit-fils, hormis peut-être l'apprentissage du jeu et de la boisson.

Seulement voilà, bien que différents, les deux hommes se sont trouvés et s'aiment plus que tout au monde : fantaisie et bonheur de vivre les rapprochent.

Car Titou, lui aussi est un de drôle de numéro ! Une seule passion anime ses jours et ses nuits, depuis l'adolescence : construire des barrières. Planter des rangées absolument parfaites de pieux, partout autour du terrain du vieux. Celui-ci, totalement épris de liberté, a du mal à cerner le rejeton, mais le laisse faire.

Une rencontre du troisième type va donner un nouveau sens à leur vie : un petit canard, terrorisé par un terrible sanglier, ennemi juré de Titou (il arrache les barrières). Le jeune homme le récupère et va en faire l'un des piliers de la famille.

Baptisé Canadèche, ce canard a une sacrée personnalité, une intelligence remarquable et un appétit à faire pâlir tous les diététiciens du continent.
Volatile subtil, obèse et caractériel, il s'intègre rapidement à la maisonnée, partage les activités des deux hommes et de leur chien avec une remarquable facilité, et donne naissance à de fantastiques moments d'anthologie.

L'oiseau Canadèche est l'un des livres les plus drôles, les plus réjouissants que j'ai pu lire ces dernières années. Très court et complété par une longue postface du traducteur Nicolas Richard, il donne envie de lire rapidement Stone Junction, le seul autre roman traduit en français de Jim Dodge.


- Madame -

L'oiseau Canadèche
de Jim Dodge
Traduction de Jean-Pierre Carasso et postface de Nicolas Richard
éd. Cambourakis 2010

mardi 3 mai 2011

Rupestres !

Rupestres ! embarque quelques figures de proue de la bande dessinée contemporaine dans un curieux
voyage : six auteurs aux univers marqués et personnels, six auteurs reconnus pour leur empathie,
leur humanisme, leur quête stylistique
et leur indépendance d'esprit.
Ceux-ci partent en expédition, à la découverte de l'Art des cavernes. Ils racontent.

L'ouvrage a belle allure avec de jolies planches.
Il se lit bien : la structure narrative est fluide, ce qui est une gageure pour ce genre de "cadavre exquis" même s'il est vrai qu'on aurait souhaité un travail plus novateur, un peu plus audacieux, avec une œuvre collective totale, globale, un vrai mélange de traits et de textes plutôt que ces passages de relais entre dessinateurs ; plutôt que ce dialogue de styles (qui se marient toutefois très bien).

Cela dit, s'il n'y avait que ce regret à exprimer,  je l'aurais volontiers remisé au fond d'un trou. S'il n'y avait que ça ! Mais, il y a le discours...
atterrant ( ! ), l'impression de suivre une visite guidée où l'on subit les commentaires inutiles et lourdauds de touristes en goguette ; cette impression d'ennui et de gêne pour ceux qui les commettent.

Parfois, c'est vrai, il y a des échappées, du rêve, de l'émotion, on veut encore y croire mais tout s'écroule en quelques pages, on repasse à un autre, on recadre.
Quel gâchis ! Quelle déception de la part d'un tel collectif !

Et Dieu sait pourtant l'admiration que je porte à chacun d'eux !

Alors pourquoi ne donnent-ils qu'un carnet d'impressions ?
Pourquoi cette retenue ?
Pourquoi ne pas aller au fond des choses ?

Dans le même temps, ils s'attardent, ils regardent,
passent de l'incompréhension au doute ; jusqu'à l'admiration même !

Alors pourquoi ?
Pourquoi ne donner que des ébauches de réflexion ?
Pourquoi ne pas pousser l'analyse ?
Pourquoi ne penser qu'en terme d'illustrateur mâle ?
Pourquoi ne penser que par rapport à leur métier et à l'usage du dessin ?
Pourquoi n'élèvent-ils pas le discours ?!


Pascal Blondeaux, dans les Cahiers Dessinés (la merveilleuse revue des éditions Buchet-Chastel), avait livré une explication, une étude délicate et passionnée de l'Art rupestre, l'avait raconté avec tant de talent et de finesse, qu'à côté ces six-là font figure d'innocents.

- Monsieur -

Rupestres ! de Troubs, Pascal Rabaté, David Prudhomme, Marc-Antoine Mathieu, Emmanuel Guibert, Étienne Davodeau aux éditions Futuropolis, 2011.

vendredi 29 avril 2011

Tous à poil !

Tous à poil !
... Tous à poil ? La couverture est trompeuse car il ne s'agit pas d'un album un peu désuet sur les animaux de compagnie mais bien de l'injonction, violente, vulgaire et dominatrice lancée à la cantonade ou de façon bravade à chaque double page. Et l'on assiste à un déshabillage en règle.


Tout le monde se prête au jeu : du bébé à la maîtresse d'école en passant par un policier, sans oublier grand-mère malgré sa réticence.
Le cri jubilatoire est finalement libérateur. Le geste est volontaire, collectif, accepté pour un grand bain collectif !

Et je ne sais pas à qui s'adresse le livre...

s'il faut le prendre pour un "délire" d'auteurs ou lire en filigrane un propos
sur l'égalité, l'absence de préjugé (tout le monde est fait pareil),
sur la déculpabilisation, la "décomplexion" par rapport au corps,
sur la désacralisation de l'autorité.
Les bibliothécaires, enseignants, parents jugeront.
Les jeunes enfants seront sûrement surpris par la manière et le ton.
Les plus âgés riront peut-être de la situation.
Pour ma part, je reste sceptique mais amusé par le fait que Tous à poil ! existe.

Tous à poil !  textes de claire Franek, dessins de Marc Daniau,
paru aux Éditions du Rouergue. Avril 2011.

- Monsieur -

mardi 19 avril 2011

Madame rêve...

Madame rêve
Au ciel
Madame rêve
Au ciel
Madame rêve



D'un amour qui la flingue

Alain Bashung.

vendredi 15 avril 2011

Point 2 ? On les a vus !

Annoncés en grande pompe, les .2 sont arrivés en librairie. Nous n'avons pas pu résister à l'envie d'en parler.

Dans un premier temps, reconnaissons que l'impression est plutôt réussie et les textes lisibles.

Cela étant dit, abordons les reproches :

L'objet en soi n'est guère plus novateur que les titres proposés, par contre le prix est la hauteur de la campagne marketing.
Réduit, le format ne l'est pas assez pour se lover dans la paume.
Est-ce pratique ?
La prise en main nécessite une habitude que nous n'avons pas : remonter les feuilles vers le haut pour tourner les pages n'est pas franchement naturel d'autant que le papier est très léger, froissable.
Bien sûr, on peut le glisser dans la poche arrière du jeans mais il n'est pas dit que la couverture semi-souple résistera longtemps aux changements de position ni même au pelotage.

 


N'oublions pas de saluer le travail effectué sur les visuels. Il est tout bonnement... ahurissant ! 
Cette abstraction dans le découpage, cette absence de sens apporte un souffle nouveau à l'image, un impact minimaliste étonnant.

Voici La Route de McCarthy et les deux couvertures de Tout est sous contrôle de Hugh Laurie pour mieux comparer :














Cependant, les limites de l'objet sont atteintes avec l'adaptation de Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. La mise en page qui fait partie intégrante du récit donne pour le coup des résultats décevants tant au niveau du sens de la lecture que de la qualité du rendu.



Verdict : Gadget.

- Monsieur -

jeudi 14 avril 2011

De la nécessité d'un printemps arabe dans les métiers du Livre.

Épargnés dans un premier temps par les effets de la crise financière, les métiers du Livre ne peuvent plus y échapper. Les gens achètent moins. Certaines causes paraissent évidentes, d'autres sont ciblées depuis longtemps. Mais, pourquoi cette accélération du phénomène,
pourquoi cette accentuation ?

Quelques raisons simples :

- Le manque de temps que chaque individu peut accorder à la lecture. La possibilité de solitude : pouvoir s'isoler dans une société au rythme de vie effréné devient un luxe.
- Le manque de place dans des pays de plus en plus urbains (pour ceux qui sont attachés à l'objet livre, qui le conservent). Dans le même ordre d'idée, l'accumulation de livres est un handicap à la mobilité.
- Le manque de concentration nécessaire à la lecture dans une société où les problèmes de stress et de burn out sont des phénomènes majeurs. L'épuisement des individus empêche de lire, de comprendre une idée, de suivre un raisonnement, une réflexion. Combien de fois avons-nous
entendu : "j'aime bien lire, mais ça m'endort." (on peut d'ailleurs s'interroger sur une volonté politique à cet état de fait)
- La perte de l'habitude. La lecture est une gymnastique qui demande, au départ, un effort : "ça m'prend la tête !"
- Le manque d'argent avec la baisse évidente du pouvoir d'achat d'une large partie de la population.

D'autres raisons (discutables) sont internes au fonctionnement des métiers du Livre :

- Parmi celles-ci, il y a le prix des livres :
le livre de poche autour de 8 euros, le roman ou l'essai en nouveauté autour de 22... même si, au regard du travail et du matériau, le prix peut se justifier, au regard du pouvoir d'achat de chaque individu, il devient vite prohibitif.
D'un autre côté, les titres qui connaissent des baisses de prix, des déstockages sont de plus en plus nombreux, au risque pour l'éditeur de voir l'acheteur potentiel attendre cette démarque pour passer à l'acte. Avec l'impression pour ceux qui voient un livre à moitié prix (alors qu'ils l'ont payé au prix fort) de s'être fait avoir.
Malgré la loi sur le prix du Livre (celui-ci est fixé, unique), la revente rapide (notamment des services de presse) à des prix "abordables" (deuxième main) fausse la valeur réelle de l'objet.

- Le système d'office (nouveautés reçues par le libraire et retournables dans un délai d'un an en échange d'un crédit) est à la source d'un véritable malaise (en créant une surproduction pour couvrir les crédits sur retour) :
Plus il y a d'invendus, plus il y a de retours donc de crédits. Pour couvrir ces crédits et encaisser des dividendes, le distributeur doit augmenter sa production et proposer plus de livres au libraire.
Ce système de cavalerie ne permet plus aux éditeurs ni aux libraires de travailler correctement sur le fonds.
 
- De nombreuses séries sont abandonnées, des collections restent inachevées si elles n'atteignent pas immédiatement un seuil de rentabilité, et ce, sans ménagement ni égard pour le lecteur.

- La partie la plus visible de l'offre est insipide, consensuelle, affadie. Toute provocation, tout excès est cadré, calibré, autocensuré. Une grande part de la production est une resucée de ce qui marche chez le voisin.
Non seulement, il y a une impression de formatage et de déjà vu mais de nombreux livres ne sont plus réimprimés ou restent indisponibles alors même que leurs auteurs sont vivants !
D'une façon générale, il se dégage pour le lecteur (et les non lecteurs) une impression de mépris et de morgue... un ennui profond  par rapport au livre.

Une des causes probables de cet état de fait est que les grandes et moyennes surfaces coupent l'herbe sous le pied des petites structures en vampirisant les meilleures ventes sans prendre le risque de mettre en avant un auteur ou un éditeur pointu ou jugé difficile.

Devant l'offre pléthorique qui lui est proposée, le lecteur potentiel se trouve esseulé. Il n'y a plus de prescripteurs.
- En librairie ? Le libraire est de plus en plus remplacé par des vendeurs-manutentionnaires.
- Dans les médias ? La critique se laisse aller à la facilité en reprenant les communiqués de presse via des "couper-coller" et rares sont les plumes que l'on relit bien des années après (Vialatte, Fallet... )
- Il y a trop de copinages, de renvois d'ascenseurs et d'échanges de "bons procédés" pour pouvoir faire confiance à "l'Institution".

Une fois les problèmes posés, quelles solutions, quelles réflexions apportées pour sortir de l'ornière ?

- Éviter une législation trop stricte car les règles édictées pour protéger les petites structures et préserver l'indépendance du Livre ont été utilisées au profit d’appétits commerciaux et détournées de façon avantageuse par les grands groupes (marge, échéance, retours-crédits... ).

- Comparer ce qui se fait dans d'autres secteurs, que ce soient les plus évidents en proximité (la presse, le cinéma, l'industrie du Disque...) ou d'autres plus inattendus (l'agriculture par exemple comporte dans ses structures et son fonctionnement de nombreuses similitudes avec le milieu du Livre : le rapport avec les grandes surfaces, l'encadrement des prix, quelques gros producteurs pour une pléthore de petits qui peinent à survivre... ).

- Observer ce qui se passe à l’Étranger.
En Afrique, avec le développement du marché des smartphones, le coût de fabrication d'un livre, les marchés parallèles, le rapport de l'écrit et de l'image vis à vis de l'oralité et de l'analphabétisme...
Aux USA, avec la baisse des ventes du livre de poche, la suppression des suppléments littéraires dans la presse...

- Analyser les nouvelles formes de lecture (comportement par rapport au texte) :
via les nouveaux supports,
le mélange des médias sur un même support,
l'échange et le partage sans flux financier,
l'internationalisation des médias,
la technique de piochage, de zapping, le besoin de rapidité...

- Donner le goût du Livre ; s'interroger sur les raisons pour lesquelles les enfants décrochent de la lecture au niveau du primaire, essayer de dépasser le fait selon lequel ils seraient trop "sollicités" par d'autres activités.

-Valoriser la pensée, le livre et le lecteur. Travailler l'image "Livre" au sein de la société en mettant en avant certains éditeurs, auteurs, grands lecteurs - des voyous magnifiques, des femmes d'envergure - en cassant le mythe de l'intello imbu de lui-même et recroquevillé sur son ego.

- Redonner sens au corps et à l'esprit. Développer le corps sans négliger l'âme. Refuser la superficialité et l'uniformisation. Accepter le débat.

Quelques conclusions hâtives...

Longtemps préservés de la folie libérale, les métiers du Livre sont passés aux mains des commerciaux tout en bénéficiant d'une législation semi protectrice et en conservant un vieil esprit que l'on pourrait qualifier (même si le terme est dévoyé) de paternaliste. Le Livre a besoin de temps, le commercial fait des coups, doit aller vite ; deux logiques s'opposent.

Il y a un parallèle possible (même si les raccourcis sont dangereux et excessifs) entre nos États vieillissants, sclérosés, corrompus et népotiques et les métiers du Livre.

Les métiers du Livre ne peuvent se régénérer qu'en se confrontant à d'autres milieux, d'autres sphères. Pour faire surgir des étincelles, il faut se frotter, sortir de cet univers clos d'où l'on n'a pas le recul nécessaire pour redonner vie ( visibilité à ceux qui s'y emploient actuellement) et envie aux citoyens du Livre. Au delà de l'ouverture à l'Autre, à l'étranger (au milieu éditorial), il faudrait le faire rentrer, l'accepter avec ses différences et ses complémentarités.


 Ce texte est un pêle-mêle d'idées qu'il serait juste de nuancer ou d'approfondir même s'il cerne, je pense, une partie des questions que se posent les amoureux du Livre.

- Monsieur -

dimanche 10 avril 2011

Disney Parade

Version en français : Disney parade

For many children thoughout the world, Christmas time echoes to the magic of Disney.
It does no harm just this once, we took this opportunity to present two short videos.
They've been circulating on the Internet for many years, under so many latitudes and languages that it is really difficult to find out where they're coming from : anonymity and reappropriation are common on the Internet and unusual to us, since we're governed by the notion of copyright.

The message is spreading, isn't that the most important ?

It seems to us that we've found the oldest versions (the first one dates from June 2008, the second one from August 2008).

Unfortunately, we only have two pseudonyms to salute the hard work of documentalist and passionate these two interesting montages represent :


Walt Disney se répète !
envoyé par lesfousdelacam.



Ressemblance entre Disney - Envoyé par universdisney

Disturbing tribute, reflection of the work in the cartoon industry, astonishing recycling of « characters » and movements ? Many reflections and questions in perspective...

- Monsieur -

Translated by Mademoiselle

jeudi 7 avril 2011

C'est un comble !


Ce guide comporte des astuces et des conseils de pro à l'usage des bricoleurs. Je cite :

- Plus de 200 illustrations pour mieux comprendre les instructions.
- Pour chaque réalisation, des symboles clairs...


 Alors là, c'est clair !


Aménager et transformer les combles d'Andreas Ehrmantraut aux éditions Chantecler.

- Monsieur -

dimanche 3 avril 2011

Henry Darger

Version française : Henry Darger

What a magnificence this book is !
The black frame, practically lacquered, on which are laid Henry Darger's journal and drawings, gives thanks to this ambiguous work, a series of innumerable drawings, absolute horrific tale.
The large format, the density, everything makes this work an inescapable book.

It is divided in many parts in which Klaus Biesenbach analyses, beyond the american context, the influence of Darger on several contemporary artists and the parallels who could be made between their works.

Brooke Davis Anderson then studied with much more intelligence and in a practically surgical way the work of Darger, his steady practice, his collections, his techniques...

Michael Bonesteel, followed by Carl Watson introduced the pieces of writings of Darger by a biography which enlights many aspects of his atypical work, emphasizing the cracks and pains of his creator, his relationship with God, his childhood and elements.

In extension, a few pages of History of my Life are presented in their original form. These texts are reproduced with much care and authenticity. These journals, added to the many drawings, form an harmonious whole of Darger's works, in a same creative continuity.

The book then encloses on a short selection of past exhibitions and a brief bibliography.

A nice piece of work.

- Monsieur -

Translated by Mademoiselle

Henry Darger to Klaus Biesenbach, Prestel publishers (2009)

samedi 2 avril 2011

.2 : c'est dans la poche ?

Ceci est un "concept", une nouvelle collection à paraître le 14 avril 2011 en librairie :



Jouant l'humour en misant sur le parallèle avec les livres électroniques, la nouvelle collection du Seuil reste chère (entre 9 et 14 euros) pour une offre guère plus révolutionnaire que l'objet en lui-même.
Reste à tester la prise en main et à voir le rendu (qualité du papier, de la reliure, mise en page...) pour adhérer ou non.

- Madame et Monsieur -

Pour plus d'infos, le site éditeur :
www.editionspoint2.com 
et une critique complémentaire trouvée sur le web :
www.sobookonline.fr

mercredi 30 mars 2011

Dark Spring

Le 28 mars 2011, Christoph Niemann a signé la une du New Yorker.
Hommage au Japon, cette image est terrible, effroyablement belle ; nul besoin de sous-titre.
Toute la force, l'intelligence et la poésie d'un dessin d'actualité sont réunies dans cette couverture.

New Yorker 28 mars 2011

Nous avions déjà évoqué le talent de Christoph Niemann au sujet de l'album Petit Dragon.
Sa finesse et sa pertinence le classent parmi les plus grands.
Une partie de ses créations est visible sur le blog du New York Times : Abstract Sundays, d'autres sont disponibles à la vente sur Image Kind ou sur la boutique du New Yorker.


Concernant le Japon, la communauté CFSL, réunissant de nombreux dessins, a lancé un projet d'aide aux victimes du tsunami et de ses conséquences. Aussi beau qu'émouvant.

- Monsieur -

vendredi 25 mars 2011

L'Île mystérieuse

Ce fabuleux roman d'aventure  nous envoie à l'autre bout du monde, en plein 19e siècle, alors que la Guerre de Sécession touche à sa fin : les cinq héros sont de vaillants nordistes américains, prisonniers de guerre des sudistes. Une fuite impressionnante dans un ballon, lors d'une tempête épouvantable, les envoie malgré eux au beau milieu du Pacifique, dans une île étrange, déserte et totalement inconnue des cartographes. Effroi, peur, sentiment d'abandon pourrait être leur état d'esprit...

Mais cette île mystérieuse se trouve être parfaite pour qui possède les connaissances infaillibles d'un Cyrus Smith, l'optimisme d'un Pencroff, la science botanique d'un jeune Harbert, l'abnégation d'un Nab et le sens de l'observation allié à la réflexion d'un Gédéon Spilett.

Harbert le petit botaniste
et son père de substitution,
le bon Pencroff

La nature y est prodigieuse, l'ingéniosité des "colons" sans fin, à tel point qu'on se demande comment leur sauvetage peut avoir lieu sans leur laisser un goût amer, une nostalgie pour cet endroit paradisiaque.

Gédéon Spilett,
reporter sans frontière
Encore plus adroits que Robinson Crusoé, dont ce livre est inspiré, les personnages sont toujours "plus" : plus forts, plus ingénieux, plus réfléchis, plus passionnés, plus, plus, plus... !

Ainsi, rien de plus facile que de fabriquer du métal, du verre ou de faire du feu sans la moindre allumette : un minimum de jugeote, d'effort physique, et le tour est joué !
Ça doit sûrement lasser quelques lecteurs, moi, j'ai trouvé drôle l'exagération poussée à ce point !




La forge
Les épouvantails de la ferme
Et un moulin, un !


Atelier poterie
Pas de four sans briques,
voici la briqueterie














Un autre point que l'on pourrait reprocher à Jules Verne, si l'on ne se positionne pas à l'époque où fut rédigé ce livre, c'est le racisme que l'on découvre, vis-à-vis du personnage de Nab . Esclave libéré par son maître Cyrus Smith, il décide malgré tout de lui rester fidèle dans les pires épreuves et ce, jusqu'à la mort. Nab est un personnage d'origine africaine qui ne semble vivre que pour servir.

Mais il faut se rappeler que tous les héros sont de farouches nordistes pendant la Guerre de Sécession, ce qui veut dire que l'esclavage leur était odieux... Pas facile parfois de faire la part des choses..


L'Île mystérieuse peut se lire un peu partout :
  • Dans le métro en heure de pointe, la chaleur un peu lourde et envahissante devient alors la moiteur d'une forêt tropicale, 
  • chez le boulanger, où vous vous sentez comme Pencroff admirant les créations culinaires de Nab,
  • dans la file d'attente de votre opérateur téléphonique, interminable, où le jargon des vendeurs vous fait songer à l'ingénieux ingénieur Smith, utilisant sa science infinie pour sortir les cinq "colons" de leur précarité et leur apporter le confort perdu...
    Mais le meilleur endroit reste un encore un fauteuil confortable, un café chaud à ses côtés, si possible devant une cheminée où flambe un bon feu de bois, dans une maison calme et agréable... En bref, le cadre idéal pour se sentir bien et ne plus penser qu'à ce bout de terre inconnue et à ses cinq naufragés !

    L'Île mystérieuse non seulement vous enchantera par sa fabuleuse aventure, ses personnages inoubliables, et son environnement luxuriant, mais si vous deviez vous perdre à votre tour sur une île déserte, il pourrait vous être aussi utile qu'un couteau suisse !

    Ayrton et les colons
    surveillent la côte

    "Ohé du bateau !"
    Cyrus Smith et
    son inséparable Nab



    Les illustrations de Jules-Descartes Ferat, somptueuses, accompagnent à merveille ce roman. Les rééditions des Voyages extraordinaires de Jules Verne ont toujours été reprises avec ses dessins, ce n'est pas sans raison : sans elles, le livre perdrait de sa saveur...


    - Madame -

    L'Île mystérieuse
    de Jules Verne
    illustrations de Jules-Descartes Ferat
    éd. Folio Classique Gallimard 2010

    mercredi 23 mars 2011

    Livre Audio

    dimanche 20 mars 2011

    Le voyage à Paris

    Le quotidien du metteur à part (le manutentionnaire du Livre) est d'ouvrir des cartons, de trier la marchandise (car le livre en est une) et de remplir des cartons pour retourner les invendus. Le metteur à part devra supporter la poussière jusqu'à 65 ans - ou moins - en fonction de sa résistance.                                                                             J'accuse déjà les ans avec quinze ans de carrière.

    Mes semaines s'écoulent ainsi, mornes et répétitives, jusqu'au jour où, au détour d'un colis, un drôle de petit garçon surgit d'une enveloppe entr'ouverte :


    Fébrilement, sans me faire repérer, j'inspecte le contenu de ce courrier Fedex (un passeport, quelques lettres, une adresse et un nom : Flat Stanley). Je rattrape le bonhomme qui s'échappe dans la pièce avant de le glisser dans mon sac à dos.


    Profitant de la pause-déjeuner, je m'assieds sur un banc à deux pas de la Sorbonne. Stanley se déplie au soleil, bienheureux.
    J'apprends qu'il vient de Caroline du Nord, qu'il est passé par Ashby-de-la-Zouch en Angleterre et qu'il est écolier en vacances à Paris.


    Je lui dis qu'il a raison : s'il ne veut pas construire des universités dans le Golfe Persique ni finir dans les métiers du Livre, il vaut mieux lézarder qu'étudier. Il sourit sans rien dire. Je crois qu'il me prend pour un con.

    De retour au boulot, je me renseigne sur le Net.
    Le projet Flat Stanley a été lancé en 1995 au Canada par un professeur, Dale Hubert. Le but est d'envoyer des Flat Stanley (Clément aplati) partout dans le Monde et de suivre leurs périples. À charge pour la personne qui en reçoit de lui faire voir du pays. Ces échanges doivent permettre aux enfants de communiquer entre eux, de découvrir d'autres cultures et de faciliter l'alphabétisation.
    Je ne sais pas si Jeff Brown avait imaginé un tel parcours en créant son héros mais l'idée ne lui a sûrement pas déplu du temps de son vivant.

    Écrit en 1964, Flat Stanley (Clément aplati) est une histoire pour enfants au déroulement assez classique même si le postulat de départ repose sur une idée surréaliste : durant son sommeil, Stanley (Clément) est écrasé par un tableau tombé du mur. Il n'est pas blessé mais il est aplati. L'avantage est qu'il peut se glisser dans les enveloppes, se faufiler sous les portes... et vivre des aventures !

    De nombreux dessinateurs ont illustré ce texte, de Tomi Ungerer à Macky Pamintuan. En France, le dessin de Clément aplati a été confié à Tony Ross. Celui-ci donne une espièglerie malicieuse aux visages de ses personnages qui sied bien à l'histoire. Son univers coloré ajoute ce qu'il faut de gaieté et de peps aux aventures de Clément... 

    Je continue à "googler" et le travail n'avance pas ; l'ennui me gagne. Il est temps de rentrer à la maison.
    Éreinté par cette journée sans sueur, je vais me dégourdir les jambes. Je sors Stanley de son enveloppe pour lui montrer la TGB, "Très Grande Bibliothèque", spécialité de France. Ce coquin en profite pour dessiner un bonhomme.


    Je le remets dans mon sac et on décampe poursuivis par les gardiens de la morale républicaine. Alors, on leur tire la langue et Hop ! Pied de nez ! On prend le RER jusqu'au Pont Mirabeau (sous lequel coule la Seine...).


    Stanley rigole encore.
    Stanley est imprudent et le vent souffle fort
    Attention ! Stanley ! Attention !
    Trop tard, il n'entend plus.

    Le vent l'a emporté.

    - Monsieur -

    Pour avoir un aperçu plus consensuel et moins déviant du projet Flat Stanley, il y a  un site officiel très bien fait.
    ( Je déconseille le très laid Flat Stanley Books de Disney. )
    Pour une version francophone, je voudrais rendre hommage à une enseignante de Martinique qui a fourni une réflexion et un travail remarquable sur le projet de Clément aplati (en m'excusant auprès d'elle et de ses élèves pour l'incorrection de mon texte).

    Clément aplati de Jeff Brown et Tony Ross, éditions Gallimard, 2002.

    samedi 19 mars 2011

    Miam-Miam-Dodo

    Miam Miam Dodo est une collection de guides très utiles pour les pèlerins qui se rendent à Saint Jacques de Compostelle.
    Ses rédacteurs prennent le plus grand soin de leur lecteurs. La preuve en est dans ce détail à l'attention des randonneurs :


    Le prix, lui, ne varie pas selon l'utilité.

    Les guides Miam-Miam-Dodo aux éditions du Vieux Crayon (avec beaucoup d'humour).
    Un descriptif de chaque guide est visible sur les chemins de Compostelle.

    -Monsieur -

    mardi 15 mars 2011

    Silencer history and performance

    Il y a vraiment des livres sur tout :













    2 volumes de plus de 400 pages sur les silencieux, ça me laisse sans voix.

    Silencer history and performance volume 1 et 2, de Alan C. Paulson, édités par Paladin Press.

    - Monsieur -