lundi 25 octobre 2010

Visual merchandising

66 Tests pour développer vos capacités paranormales.
Le sujet est délicat.
Monsieur Jacques Mandorla, l'auteur, a trop de références pour oser la raillerie.
Quant au graphiste, au vu de la couverture*, il a dû se décorporer devant son Mac
... à moins que ce ne soit un (effet de) style entre amateurisme et spectacle de foire.

*L'éclairage de la main avec l'ombre des doigts portée sur le poster de fond est le summum du "lâcher prise".

66 Tests pour développer vos capacités paranormales
de Jacques Mandorla aux Éditions Trajectoire, 2010.

- Monsieur -

mercredi 20 octobre 2010

Atelier découpage

L'odeur est trop forte. La cave, la chaleur et la rue lui seront donc fatales.
Les Mains Vides (terrible prédestination) ne s'en relèvera pas.
La gangrène du livre envahit tout, pique le nez, imprègne les tissus et les pores de la peau.
La moisissure est là!

Ma femme me gronde : "tu ne vas quand même pas récupérer tout ce que tu trouves?!"
(je me souviens ce jour de pluie)

Il faut se résigner, éviter à tout prix la contamination. Maurice Genevoix s'accroche, nous prend en quelques lignes.
... Ne pas aller plus loin, arrêter la lecture si l'on veut rester fort.


Les Mains Vides
s'échange sur les sites Internet.
J'y reviendrai un jour car j'ai de l'affection pour cet auteur qui disparaît des catalogues.

Courage! Assez de fébrilité! Je sacrifie les mots, les phrases, les idées!

JE...
garde les lettrines. Découpées, détrônées, elles deviendront un très bel alphabet.


Et puis,
je sauve aussi les planches, gravures sur bois de Constant Le Breton, très jolies elles-aussi.
Et...
Je m'arrête là.

Les Mains Vides de Maurice Genevoix, bois de Constant Le Breton.
Éditions du Livre Moderne, Ferenczi, 1931.

- Monsieur -

vendredi 15 octobre 2010

Trente-six vues de la Tour Eiffel - Thirty-Six Views of the Eiffel Tower

Henri Rivière, peintre et dessinateur très inspiré par l'art japonais, a réalisé Trente-six vues de la Tour Eiffel en 1902.

Ces lithographies, hommages aux Trente-six vues du Mont Fuji de Hokusai, sont les témoins de ce qu'étaient Paris et sa proche banlieue. Maraîchages, maisons basses et petits jardins potagers, péniches et quais de Seine dévolus au travail, grands boulevards, places, squares et toits couverts de cheminées répondent sur chaque planche à la Tour Eiffel, qu'elle soit bien en vue dans le paysage ou très discrète, repère évanescent sur la ligne d'horizon.
Certaines vues fixent le travail des ouvriers lors de la construction de la Dame de fer. La perspective aperçue au travers de ses poutrelles d'acier impressionne et donne le vertige...

Les couleurs restent dans des tons dominés par les gris-bleu, ocre, marron, noir et blanc, mais ces illustrations semblent vibrer sous le ciel de Paris, et la vie y coule comme la Seine sous ses 25 ponts (à l'époque)...

Le fac-similé que les éditions Chronicle Books viennent de publier est un très beau travail d'édition : la qualité de la reliure, le choix de la couverture (les fleurs d'iris sont embossées), du papier, la reprise aussi bien du prologue d'Arsène Alexandre (un texte aussi amusant qu'édifiant sur Henri Rivière et sur la Tour Eiffel comme elle était perçue à l'époque) que du colophon (ou achevé d'imprimer) qui précise le nom de l'imprimeur, du prote, du conducteur et du pressier - Eugène Verneau, Arthur Petit, René Toutain et Charles Vandezande (métiers de l'imprimerie aujourd'hui quasiment disparus), ajoutent au plaisir que l'on a à feuilleter cet ouvrage.
Précisons qu'une traduction anglaise du prologue et du nom des vues a été ajoutée, ce qui rend l'ouvrage accessible aux anglophones.

Un site dédié à Henri Rivière, www.henri-riviere.org, présente l'œuvre de cet artiste talentueux, ainsi qu'une vidéo réalisée à l'occasion d'une exposition sur l'artiste en 2009 à la BnF :

Exposition Henri Rivière
envoyé par BNF.

Pour fêter le centenaire des Trente-six vues de la Tour Eiffel et rendre hommage à Henri Rivière, Christian Desbois avait édité en 2002 un ouvrage éponyme dessiné par Juillard. Ce dernier a multiplié les clins d'œil à son prédécesseur jusqu'à signer chaque dessin de ses initiales dans un petit cartouche rouge !

Petit détail bassement économique : les fêtes de Noël approchent, alors n'hésitez pas à feuilleter ce livre en librairie, et si affinités à vous le procurer : son prix tout petit devrait être à la portée de la plupart des bourses, même en ces temps de crises : 18€ pour un beau livre, ce n'est pas si cher que cela...

- Madame -

Thirty-Six Views of the Eiffel Tower
de Henri Rivière
éditions Chronicle Books 2010

Henri Rivière, entre impressionnisme et japonisme
Sous la direction de Valérie Sueur-Hermel
éditions de la BnF 2009 (épuisé)


Trente-six vues de la Tour Eiffel
de André Juillard
éditions Christian Desbois 2002 (épuisé)

jeudi 14 octobre 2010

Edwarda

Edwarda porte son nom en référence à l'héroïne de Georges Bataille, prostituée déifiée par l'auteur.
Edwarda est une revue de lettrés bon chic et mauvais genre parée de photos de demoiselles dévêtues.
Elle en est à son troisième numéro ; le premier était un peu boiteux dans sa forme, un peu léger dans son papier ; une ébauche de ce qui allait devenir cette élégante revue.

Mais, au milieu de tous ces "livres-magazines" aux frontières de l'art et de la mode comment la distinguer ? Comment la retrouver ?
Deux traits de caractère l'élèvent au dessus des autres : la distinction et le propos.

Edwarda est grande, racée, impeccable (peut-être un peu trop). Elle n'a pas besoin d'en faire des tonnes, d'en rajouter : une photo suffit à habiller son titre.

Mais la beauté des formes n'est rien sans un peu d'ombre, de profondeur...


Edwarda se relève après l'acte animal dans la lumière d'un volet entr'ouvert. Elle sort heureuse et apaisée, traverse un jardin sous le soleil d'un automne parisien.
Et la mélancolie nous gagne...


Bonheur de replonger dans la lecture d'auteurs modernes à l'écriture soignée ! Classiques, classieux, mais loin des réflexions égotiques et autres formules creuses qui terrassent le lecteur, les textes sont d'une grande tenue.
De Simon Liberati qui nous tient en haleine sur deux pages à Jean Paul Civeyrac qui libère des propos terrifiants d'Amour (superbe déclaration de possession), Edwarda a tenu sa promesse en frôlant la lisière de l'ivresse, entre érotisme et décadence.
Merci.

Edwarda 3 septembre 2010, revue dirigée par Sam Guelimi.
Edwarda 4.

- Monsieur -

samedi 9 octobre 2010

Claude Mellan

Le bonheur de l'ignorance réside dans le plaisir de la découverte.
Ainsi, l'apparition du Christ au hasard d'un ouvrage relatif aux spirales et torsades :


Claude Mellan (1598-1688) a gravé la Sainte Face au burin (taille douce) d'un seul trait circulaire en partant du nez.
Le résultat est saisissant tant du point de vue de la maîtrise technique que du sens artistique.

L'alliance de l'Art et du Savoir! comme pour cette représentation de la lune réalisée en taille douce :


Suivant les indications de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et de Pierre Gassendi, Claude Mellan réalisa cette carte (la première) à l'aide d'une lunette astronomique.

Les images de la lune proviennent du Pays Dignois. Vous pourrez y trouver des informations intéressantes sur Mellan et Fabri de Peiresc, son donneur d'ordres. Certaines interrogations concernant les premières ébauches de ces gravures sont rapportées dans l'article du volume 48 de la revue belge Ciel et Terre sur les cartes lunaires peu connues d' Albert Tiberghien : L'année de réalisation (1636) ne correspondant pas aux dates indiquées sur le bandeau (1634-1635).

Une exposition fut consacrée à Claude Mellan en 1988 à la BnF. Elle se solda, au dire de son organisateur, par un flop total. Le catalogue, épuisé, est encore disponible sur Internet mais "hors catégorie" pour les petits budgets.

L'Oeil d'Or, Claude Mellan, catalogue de Maxime Préaud et de Barbara Brejon de Lavergnée édité par la BnF.

- Monsieur -

jeudi 7 octobre 2010

Manon l'Escroc

À première vue, Manon l'Escroc ressemble à un roman de gare peu sérieux, une parodie cochonne ou un pastiche grivois. Il n'en est rien. Une courte lecture suffit à se faire une idée.
Manon l'Escroc est un recueil de petits procès pittoresques que l'auteur prend plaisir à retracer.

Geo London a eu son heure de gloire dans la première moitié du XXème siècle. Journaliste, chroniqueur judiciaire, il a rencontré Capone (Deux mois avec les Bandits de Chicago) et relaté des procès d'exception (Maurras, Laval, Pétain). Homme d'esprit, ses "croquis" sont vifs et mordants : l'usage de dialogues et l'insertion de remarques moqueuses ou amusées y sont pour beaucoup.

Jugez-en :
Manon l'Escroc est le témoignage d'une époque, un exemple de littérature judiciaire peu consacrée de nos jours, à l'instar des illustrations pourtant souriantes de Georges Pavis.
Quant au fond, je me garderai bien de digresser sur l'âme humaine : "tout change mais rien n'amende" disaient les vieux normands...


Manon l'Escroc de Geo London aux Éditions de France, 1938.

Les oeuvres de Geo London sont toutes épuisées mais en fouinant un peu, on les retrouve facilement.

Pour ceux que la chronique judiciaire intéresserait, voici deux courts dossiers sur le sujet, subjectifs et complémentaires : celui de Pierrette Blanc sur le portail Persée et celui de la revue Droit et Société n°61/2005. Il existe également une association des journalistes de la presse judiciaire fondée en 1887.

- Monsieur -

dimanche 3 octobre 2010

Mosaïque d’images acoustiques de la baie de Douarnenez

Mosaïque d’images acoustiques de la baie de Douarnenez.

Ce titre est d'une grande poésie pour les non-spécialistes. Évocation musicale et maritime, on pense à la peinture. Nous voilà transportés!

Ne nous y trompons pas : cette carte provient de l'Ifremer ; l'Institut Français de la recherche pour l'Exploitation de la Mer. On ne rigole plus, c'est du sérieux. Et mon lyrisme en prend un coup.

Laissons bas!

Curieux, je m'égare... un peu hésitant, je l'avoue. Je m'enfonce dans leur site et découvre des ressources insoupçonnées comme cette vidéo d'Anita Conti qui nous parle des Racleurs d'Océans. Une grande dame à écouter et à revoir.

Mais redressons la barre et reprenons le cap.

Pour les professionnels et les amateurs de sujets pointus donc, la carte présentée ci-dessus est disponible dans l'Atlas thématique de l'environnement marin de la baie de Douarnenez aux éditions Quae.

Études improbables et ouvrages pour spécialistes se taillent une place de choix chez cet éditeur exigeant que je regarde d'un œil tout rond, à la fois étonné et admiratif .

- Monsieur -

Atlas thématique de l'environnement marin de la baie de Douarnenez
en co-édition Quae - Ifremer, coordination éditorial de Claude Augris.

mardi 28 septembre 2010

La sanction

Je ne connaissais pas Trevanian avant d'avoir ouvert La Sanction. C'est chose faite, et je ne suis pas prête de l'oublier :

Jonathan Hemlock, professeur reconnu de Beaux-Arts et alpiniste émérite, est employé régulièrement par le CII, section des services secrets américains assez minable, pour venger les agents "morts au combat". Assassin redoutable car sans scrupule et d'une intelligence qui confine au génie, il a deux désirs que le CII utilise pour le faire chanter : accumuler un maximum de tableaux de grands maîtres, volés aux plus grands musées du monde, et éliminer définitivement les rares amis qui l'ont trahi.
Il est ainsi contraint d'accepter une mission à haut risque : il doit accompagner une cordée d'alpinistes, dont l'un d'entre eux doit être "sanctionné" lors de l'une des ascensions les plus dangereuses au monde : la face nord de l'Eiger. La mission est d'autant plus compliquée qu'il ne connait pas l'alpiniste à éliminer. Sa cible, elle, l'a repéré...

Le cynisme du personnage, ses descriptions au vitriol des personnalités croisées, son sérieux et son humour en font un personnage vraiment intéressant, sinon attachant ; quant à l'alpinisme, sujet que je ne connaissais pas, ou de très très loin (de plus loin encore que ces "Oiseaux de l'Eiger"), Trevanian nous l'aborde avec un tel plaisir qu'on ne peut qu'admirer l'exploit de ces sportifs et la beauté des paysages décrits, en Suisse comme aux États-Unis.

Roman sur les grands espaces (grande spécialité des éditions Gallmeister) c'est avant tout un polar à l'humour très fin, à la construction et à l'écriture sûre et bien menée.

La sanction a fait l'objet d'un film éponyme en 1975 de Clint Eastwood, qui y joue le rôle de Hemlock.

- Madame -

La sanction
de Trevanian
coll. Totem
éd. Gallmeister 2010

dimanche 26 septembre 2010

Absence

Absences et irrégularités ont été les symptômes majeurs de ce blog depuis quelques mois. Pour reprendre en beauté, quoi de mieux qu'un panneau publicitaire : Ron English, peintre du Pop Surrealism, s'est inspiré de Van Gogh pour illustrer l'Absente, liqueur aux plantes d'Absinthe.



Vision hypnotique.
On ne peut que se ressaisir sinon gare à l'abandon...

- Madame et Monsieur -



Peu d'endroits où obtenir cette plaque... découverte à La Cour du Paradis, une épicerie fine de Villedieu les Poêles - en Normandie - (pour les petits malins qui la situeraient en Bretagne), elle est également disponible sur e-bay chez Emmanuel8107.

Précisions du revendeur : Les plaques métalliques sont en aluminium, imprimées en sérigraphie. Elles passent au four à température modérée pour fixer l'encre. Le dos des plaques est maintenu par un carton. Elles sont d'un très beau rendu.

Ajoutons que les prix peuvent varier d'un endroit à un autre.

jeudi 2 septembre 2010

Qui a vu le loup?

Une histoire à suspense pour les tout petits loups. Une histoire qui vous fera trembler de peur... et de rire, avec une chute aussi inattendue que l'intrigue est légère. De quoi réjouir les enfants qui frissonnent (blottis) dans les bras d'une étudiante au pair... mais je m'égare, grand enfant que je suis, revenons donc à nos moutons : le dessin est minimaliste (un loup), le texte aussi (une ligne), mais l'essentiel est là, à chaque page, tout est dit. Et rares sont les adultes qui referment le livre sans un sourire aux lèvres.

Qui a vu le loup? de Alex Sanders à L'École des Loisirs

- Monsieur -

mardi 17 août 2010

Martin le Malin

Cette histoire commença par de bons sentiments... bien sûr, il y avait l'inspiration de départ, indéniable, reconnue par l'auteur...

Joseph Hans Koeleman arriva en 1950 à Amsterdam pour s'inscrire à l'école des Beaux-Arts. Il logeait chez son frère qui avait deux enfants de 6 et 7 ans. Joseph se rendit compte que les BD de ses neveux étaient difficiles à lire pour des enfants de leur âge; ni une ni deux, il décida d'en écrire.

Le dessin est rapide, simplifié, parfois même très léger. Les histoires reprennent des trames de Tintin... des scénarios dans l'air du temps. Cette série pleine de défauts, de naïveté et de rebondissements invraisemblables se laisse tout de même lire de bon cœur.

Malheureusement, les deux premières aventures, publiées à compte d'auteur, ne trouvèrent pas un public suffisant.

Qu'à cela ne tienne, un éditeur s'en empara, publia les albums, usant le filon jusqu'au bout. Il fallait du papier, du feuilleton, agir vite : ni respect des créateurs, ni respect des droits, ni respect des histoires... pour combler le lecteur en attente!

Joseph Hans Koeleman arrêta. Poussé par la demande et devant le succès, l'éditeur dût embaucher un dessinateur, Alexo Overeijnder, qui décalqua des centaines de dessins d'Hergé. Les soucis dépassèrent le succès. Berend Dam prit la relève mais il était trop tard.

Hergé porta plainte pour plagiat et Koeleman pour caviardage (son éditeur n'ayant pas hésité à reprendre des dessins pour de nouveaux tirages) ...

Ce fut la fin.


Toutes ces péripéties sont très bien expliquées sur le site de Martin le Malin qui, comble du luxe, propose les albums de Martin en intégrale et en analyse.

J'avoue que je ne connaissais pas ce petit héros hollandais apparemment très célèbre en dehors des pays francophones (il est parfois bon de gratter ses poches et de devoir courir les brocantes pour assouvir ses besoins de lecture) mais j'ai passé un bon moment à suivre ses aventures rocambolesques et fantastiques, plus fantasques que celles de son modèle.

Martin le Malin Producteur de films
de Koeleman aux éditions du Gai Moulin.

- Monsieur -

jeudi 12 août 2010

Les Braises

Une amitié entre deux hommes qu'on croyait indéfectible a été mise à l'épreuve, et a cédé. Brutalement. Ont suivi quarante et une années et quarante-trois jours avant qu'ils ne se revoient.

L'un de ces deux hommes, Henri, est le fils d'un militaire magyare, lui-même capitaine des armées. Soutenu par une famille de sang bleu, riche, c'est un homme enraciné dans son château hongrois, passionné de chasse et profondément blessé par cette amitié perdue. Il en a fait sa seule raison de vivre, et espère pouvoir se venger.

Conrad, lui, est issu d'une famille pauvre de Galicie. Placé enfant à l'École Militaire de Vienne, il y rencontre Henri, et fait lui aussi carrière dans l'armée malgré un tempérament plus mélancolique et une passion dévorante pour la musique.
Fier et orgueilleux, il ne doit rien à personne. Il s'est fait tout seul, et s'est détruit tout seul.

Leur fin à tous les deux est proche mais, avant de mourir, ils savent qu'une explication est nécessaire, qu'ils ont besoin de se revoir une dernière fois pour vider leur sac, partir l'esprit tranquillisé.
Cette rencontre aura lieu au château d'Henri, remis en ordre, comme au dernier soir passé ensemble, par la précieuse (et très vieille) Nini, soutien maternel du vieux châtelain.

L'ambiance est masculine, sombre comme un sous-bois dense, pleine du faste révolu de la noblesse austro-hongroise. Elle laisse sourdre la douleur du passé, la nostalgie de l'Empire d'Autriche-Hongrie dans une Europe bousculée par les guerres mondiales qu'on aperçoit en filigrane. Elle me fait penser à certains romans de Stefan Zweig, ou encore à Ouest de François Vallejo.

Écrit dans une langue précise et sûre, ce petit roman fait partie des classiques de la littérature des pays d'Europe Centrale, interdit dans son pays jusqu'en 1990. Les descriptions ne représentent qu'une petite partie du texte, plutôt orienté vers les personnages, mais on s'imagine tout à fait les décors de cette histoire.

Le huis-clos entre les deux vieillards n'est pas étouffant, contrairement à d'autres romans construit sur le même principe, les flashbacks laissant le lecteur vagabonder vers d'autres lieux, très éloignés de cette forêt ; c'est un roman prenant, qu'il faut pouvoir lire rapidement pour mieux savourer le mystère de cette longue séparation.

À découvrir d'urgence, avant de se pencher sur les autres textes de Sàndor Màrai. Ce que je m'empresse de faire !

- Madame -

Les Braises
de Sàndor Màrai
éd. Le Livre de Poche
2003

mardi 10 août 2010

Barabbas

Il y a certains livres qu'on hésite à relever.
Barabbas est de ceux-là. Trouvé rue du " somme rare ",
il porte en lui les stigmates de l'indifférence :

Il pue autant qu'un vieux chien incontinent.


"Assez mangé d'herbe et de foin :
Quitte les vieilles choses - et va! ... "
est-il écrit en exergue.

Son état est en adéquation, en harmonie pourrait- on dire,
avec l'histoire qu'il porte en lui : il est le reflet de son âme.

"Mon cher Steinlein, précise l'auteur, il n'y a pas d'erreur :
vous allez dessiner pour Barrabas un chemin de croix [...]


[...] pour faire comprendre au Vilain Homme que notre désir est de l'accompagner fraternellement sur les routes et non pas de l'en balayer."


Citons quelques extraits qui valent bien des images :

- Janvier. Temps mou, ciel humide, pavé gras.
L'Avenue des Ternes à l'heure où les femmes font leurs provisions elles - mêmes, en longs manteaux et voilettes épaisses, cachant le négligé des dessous et la rouille du teint.


- La vermine a du bon : l'homme n'est pas fait pour vivre seul.


- La route offre tout de même plus de distractions qu'autrefois... C'est tantôt un accident d'automobile et tantôt une chute d'aéroplane,... sans compter l'imprévu...


- La majesté des arbres, la seule que je reconnaisse, est inviolable. On peut pisser dessus, on peut les embrener...; un mot exprimera toujours la vénération qu'ils inspirent : l'homme crève, l'arbre meurt.


- Je suis la place publique, salie par les passants, lavée par les pluies, condamnée à tout oublier, et malheureuse comme la prostitution!


Barabbas Paroles dans la Vallée, de Lucien Descaves
Dessins de Steinlein
Eugène Rey, libraire - éditeur, 1914.


L'on pourra retrouver des informations concernant Lucien Descaves sur le site de ses " amis ", l'homme et l'auteur en valent le détour.


Certains de ses romans ont été réédités par la Part Commune ;
il existe aussi un ouvrage consacré à son roman Les Emmurés publié en braille et gros caractères par les Âmes d'Atala!.


Peut-être, un jour, un colporteur d'histoires... Cornélius (leur travail sur le roman U - 713 de Mac Orlan illustré par Gus Bofa est remarquable), Attila (des éditeurs soigneux) ou un autre redonnera une chance à Barabbas...



- Monsieur -

lundi 9 août 2010

Quelques belles images encore...

Le Capitaine Bassinoire
de J. Girardin
avec les gravures (Hilpibrand) dessinées par Tofani
Bibliothèque des Écoles et des Familles
huitième édition, 1914
Librairie Hachette.


- Monsieur -

jeudi 5 août 2010

Les belles images

L'abandon des livres est un grand classique des départs en vacances.
Les plus chanceux sont vendus ou échangés, certains sont récupérés ou recyclés, d'autres finissent sur le trottoir des grandes capitales.
Il n'en faut pas plus pour laisser parler mon cœur et les conduire dans mon refuge au grand dam de ma famille qui se sent à l'étroit... chez nos livres.

" En récompense pour sa bonne conduite et ses progrès "









Prix municipal de la Ville de Paris, 1912
Chez Bon Papa par Jean Français, éditions Larousse
Dessins de Gerlier, par Rougeron-Vignerot.


- Monsieur -