Petites fiches de lecture pour partager nos coups de coeur et découvertes littéraires.
vendredi 11 avril 2008
mardi 8 avril 2008
Jules Barbey d'Aurevilly
Le bicentenaire de la naissance de Jules Barbey d'Aurevilly est l'occasion pour bien des éditeurs de revenir sur cette figure littéraire du XIXème siècle. Trop souvent occultée par l'image caricaturale du personnage-écrivain, l'œuvre mérite le détour à plus d'un titre. Trois ouvrages récemment sortis dépoussièrent l'univers de Barbey. Chaque auteur tente à sa façon de nous ouvrir les portes d'une écriture racée libérée du carcan émotionnel et partisan dans lequel l'ont confinée de nombreux analystes.
Le premier d'entre-eux, Une Nature Ardente de Dominique Bussillet, est " enluminé " par les dessins de Gilbert Bazard. L'ouvrage est un petit bijou de raffinement: la pureté des reproductions, la qualité du texte...
Il n'est que le choix du papier, sa couleur, son épaisseur pour se sentir happer par la force éclatante d'une œuvre que Dominique Bussillet nous raconte intensément. Son essai est d'une beauté d'écriture, d'un classicisme devenu rare. Les mots se nouent avec les citations, s'entremêlent, les gravures prolongent le texte plus qu'elles ne l'accompagnent... comme le lierre sur la pierre, la lumière est indissociable des herbes agitées par le vent. Barbey est organique. Dominique Bussillet nous révèle avec grâce une histoire d'Amour et de tourments; ce livre est un partage.
Une Nature Ardente
de Dominique Bussillet et de Gilbert Bazard
aux éditions Cahiers du Temps
Nathalie Colleville nous propose un entretien avec Dominique Bussiller dans le Livre-échange n°41 consultable en pdf . N'hésitez pas à vous abonner, c'est gratuit et bien écrit.
Dans un autre registre, Pierre Leberruyer nous propose une réédition enrichie et renouvelée d'un livre publié en 2002 par les éditions Manche-tourisme. Il nous prend par la main pour une promenade avec Barbey d'Aurevilly.
Pierre Leberruyer classe, explique, situe, raconte; il se fait guide, un formidable guide, érudit, fort plaisant. Son livre est émaillé de citations et de notes, de références historiques et littéraires. C'est un cadeau pour les amoureux d'un Cotentin que l'on traverse pas à pas... le cheminement d'un homme et de son œuvre.
Paysages envoûtants et demeures romantiques au pays et dans l'œuvre de Jules Barbey d'Aurevilly
de Pierre Leberruyer (textes et nombreuses photographies)
aux éditions Orep
Durant plusieurs années Michel Pinel s'est plongé dans le fonds du Musée de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Passionné, il nous dévoile avec satisfaction un grand nombre de ses découvertes.
Barbey Le Scandaleux est la somme de ces documents très souvent méconnus. En parcourant ce livre, on a l'impression d'entrer chez un ami qui étale sur la table les trésors dénichés. Michel Pinel est enthousiaste, ce qui ne nuit en rien à la rigueur de l'ouvrage. Nous apprenons Barbey, son œuvre, ses amours, ses amitiés et ses inimitiés; ses éditions et ses illustrateurs nous sont tour à tour présentés, le souvenir est prolongé. Avec cet album foisonnant, parfois proche du pêle-mêle, Michel Pinel nous offre une étude accessible et riche en images de ce grand écrivain.
(une étourderie s'est glissée page 235, conformément à ce qui est écrit page 226 Hermann Quéru est décédé en 1978 et non en 1979)
Barbey d'Aurevilly le Scandaleux
de Michel Pinel
aux éditions Eurocibles
tél:02.33.55.00.00
Signalons que Thierry Leprévost a rédigé deux articles illustrés de photos sur les traces de Barbey d'Aurevilly dans le numéro 64 de Patrimoine Normand (Barbey en Cotentin) et dans le numéro 65 de la même revue (Barbey à Caen). Trimestriel disponible aux éditions Heimdal.
Une nouvelle revue d'actualité culturelle, indépendante et gratuite, consacre, elle-aussi, quelques pages à Barbey d'Aurevilly avec de très belles photos de Guillaume Jouet (Manche Territoire d'expression).
J'ai dû en oublier... ce sera pour une prochaine fois.
-Monsieur-
Le premier d'entre-eux, Une Nature Ardente de Dominique Bussillet, est " enluminé " par les dessins de Gilbert Bazard. L'ouvrage est un petit bijou de raffinement: la pureté des reproductions, la qualité du texte...Il n'est que le choix du papier, sa couleur, son épaisseur pour se sentir happer par la force éclatante d'une œuvre que Dominique Bussillet nous raconte intensément. Son essai est d'une beauté d'écriture, d'un classicisme devenu rare. Les mots se nouent avec les citations, s'entremêlent, les gravures prolongent le texte plus qu'elles ne l'accompagnent... comme le lierre sur la pierre, la lumière est indissociable des herbes agitées par le vent. Barbey est organique. Dominique Bussillet nous révèle avec grâce une histoire d'Amour et de tourments; ce livre est un partage.
Une Nature Ardente
de Dominique Bussillet et de Gilbert Bazard
aux éditions Cahiers du Temps
Nathalie Colleville nous propose un entretien avec Dominique Bussiller dans le Livre-échange n°41 consultable en pdf . N'hésitez pas à vous abonner, c'est gratuit et bien écrit.
Dans un autre registre, Pierre Leberruyer nous propose une réédition enrichie et renouvelée d'un livre publié en 2002 par les éditions Manche-tourisme. Il nous prend par la main pour une promenade avec Barbey d'Aurevilly.Pierre Leberruyer classe, explique, situe, raconte; il se fait guide, un formidable guide, érudit, fort plaisant. Son livre est émaillé de citations et de notes, de références historiques et littéraires. C'est un cadeau pour les amoureux d'un Cotentin que l'on traverse pas à pas... le cheminement d'un homme et de son œuvre.
Paysages envoûtants et demeures romantiques au pays et dans l'œuvre de Jules Barbey d'Aurevilly
de Pierre Leberruyer (textes et nombreuses photographies)
aux éditions Orep
Durant plusieurs années Michel Pinel s'est plongé dans le fonds du Musée de Saint-Sauveur-le-Vicomte. Passionné, il nous dévoile avec satisfaction un grand nombre de ses découvertes.Barbey Le Scandaleux est la somme de ces documents très souvent méconnus. En parcourant ce livre, on a l'impression d'entrer chez un ami qui étale sur la table les trésors dénichés. Michel Pinel est enthousiaste, ce qui ne nuit en rien à la rigueur de l'ouvrage. Nous apprenons Barbey, son œuvre, ses amours, ses amitiés et ses inimitiés; ses éditions et ses illustrateurs nous sont tour à tour présentés, le souvenir est prolongé. Avec cet album foisonnant, parfois proche du pêle-mêle, Michel Pinel nous offre une étude accessible et riche en images de ce grand écrivain.
(une étourderie s'est glissée page 235, conformément à ce qui est écrit page 226 Hermann Quéru est décédé en 1978 et non en 1979)
Barbey d'Aurevilly le Scandaleux
de Michel Pinel
aux éditions Eurocibles
tél:02.33.55.00.00
Signalons que Thierry Leprévost a rédigé deux articles illustrés de photos sur les traces de Barbey d'Aurevilly dans le numéro 64 de Patrimoine Normand (Barbey en Cotentin) et dans le numéro 65 de la même revue (Barbey à Caen). Trimestriel disponible aux éditions Heimdal.
Une nouvelle revue d'actualité culturelle, indépendante et gratuite, consacre, elle-aussi, quelques pages à Barbey d'Aurevilly avec de très belles photos de Guillaume Jouet (Manche Territoire d'expression).
J'ai dû en oublier... ce sera pour une prochaine fois.
-Monsieur-
lundi 7 avril 2008
Une ombre sur le Roi - Soleil
Sous le règne de Louis XIV, l'affaire des Poisons fit scandale.Pourtant, le "Tout-Paris" ignorait le versant le plus noir de l'affaire qui n'était connu que de très peu de personnes: Louvois, Secrétaire d'Etat à la Guerre et Surintendant des Postes, La Reynie, premier Lieutenant de Police en titre (charge créée par Colbert), ainsi que Louis XIV lui-même.
Car, sous l'affaire des Poisons qui fit trembler les honnêtes maris et les amants mal-aimés, se cachaient de sordides affaires de messes noires, de sacrifices d'enfants, de devineresses qui se faisaient sorcières et de curés qui se faisaient démons.
Le Roi-Soleil voulait la grandeur de la France et la propreté de son règne. Il décida la création d'une Chambre ardente, cour judiciaire exceptionnelle, et ordonna la Question pour toutes les personnes mises en cause dans ces affaires de crimes.
Toutes? Non. Car des proches du roi étaient directement concernés. Des proches qu'il aurait été très malséant de voir condamnés publiquement au vu de l'estime que leur avait accordée le monarque divin.
Les soupçons les plus importants se portèrent sans conteste sur la Montespan, maîtresse officielle de Louis XIV et mère de sept de ses enfants.
Justice et secret d'Etat allaient-ils cohabiter?
Chaque page de cet essai aux allures de roman nous plonge dans l'effroi et l'horreur qu'ont ressenti les enquêteurs en évoluant dans les sombres recoins de Paris, où les pratiques les plus abjectes se déroulaient.
Ces agissements impliquaient toutes les classes sociales: tiers-état, clergé et noblesse étaient (in)dignement représentés dans ces funestes lieux.
Si l'on peut avoir du mal avec l'écriture de Claude Quétel, la richesse de la documentation et la construction de ce texte permettent de découvrir une de ces Grandes Affaires qui ont fait trembler le trône de France....
-Madame-
Une ombre sur le Roi-Soleil
de Claude Quétel
éditions Larousse
collection L'Histoire comme un roman
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Une ombre sur le Roi - Soleil
Le Fou
Raffi (alias Hakob Mélik Hakobian) est un auteur arménien du 19e siècle.Témoin des tourments vécus par son peuple, il s'en est fait le porte-parole, au travers de romans épiques largement lus et appréciés dans son pays.
Le Fou retrace la vie d'Arméniens chrétiens dans un petit village d'Anatolie, situé dans l'ancienne Arménie turque.
A cette époque, la pression des Turcs musulmans sur le peuple des chrétiens arméniens se fait de plus en plus forte, et annonce leur massacre par les Turcs et les Kurdes, durant la guerre de 1877-1878.
Vartan, jeune marchand ambulant, se rend au village d'O, où le maire l'accueille chez lui.
Ce jeune homme va faire venir chez le vieux Khatcho un étrange philosophe, M. Doudoukdjian, qui tente par tous les moyens de faire accepter des idées modernes aux villageois: il aimerait voir ces paysans pacifiques et soumis se révolter, prendre les armes et donner enfin de l'instruction à leurs enfants, filles et garçons.
Ces idées ne sont pas du goût de tous, et vont provoquer les foudres des autorités de cette partie de l'Anatolie.
C'est dans ce contexte que se noue une histoire d'amour dramatique:
Une jeune fille, Lala, fait tourner la tête d'hommes mûrs et inquiétants: le Fatha bey, chef des brigands kurdes de la région, et Thomas effendi, dignitaire arménien au service des Turcs ottomans.
Vartan, amoureux lui aussi de la belle Lala, rêve de l'emmener loin des dangers que font peser sur elle ces hommes de pouvoir.
Certains décrivent Raffi comme étant le "Dumas arménien". Personnellement je le rapprocherai plus de Paul Féval avec son roman "Le Bossu", par sa manière un peu emphatique de décrire ses personnages : ici chacun est soit bon, soit mauvais, pas de demi-mesure, ce qui m'a un peu refroidi au début.
Très vite toutefois, la valeur historique de ce roman m'a tenu en haleine. Les personnages sont attachants, j'ai pris de plus en plus de plaisir à suivre leurs aventures et à découvrir une culture et une Histoire que je ne connaissais que très superficiellement.
Il faut noter au passage le très bon travail des éditions Bleu Autour ( dont j'ai déjà parlé lors de ma critique de la nouvelle de Leïla Sebbar, Louisa), leur recherche de textes de qualité à travers le monde est remarquable.
A surveiller de près, donc!
-Madame-
"Le Fou"
Raffi (Hakob Mélik Hakobian)
éditions Bleu Autour 2007
collection "D'un lieu l'autre"
1880
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Raffi (Hakob Mélik Hakobian)
vendredi 4 avril 2008
mardi 1 avril 2008
Chagrin d'école
" Chagrin d'école " a trouvé ses lecteurs, il en séduira d'autres.Amateur du Pennac-romancier, je pensais, en ouvrant ce livre, passer un bon moment. Cet homme a une faconde plaisante, la bonne humeur communicative, le regard franc et le sourire facile; malheureusement...
Pennac parle de lui-même. C'est un fait. On le voit grandir, être cancre à l'école, en famille, dans le regard des autres; être cancre jusqu'au déclic inattendu: un enseignant qui l'encourage, lui fait confiance, lui donne confiance.
Les chapitres se suivent: Pennac cancre, Pennac enseignant-modèle (où sont les lauriers?), retour au cancre et aux cancres. Il édulcore mais pourquoi pas. La réalité est parfois invraisemblable et les miracles existent. On ne demande qu'à le croire, qu'à le suivre. Son optimisme fait du bien.
Mais il y a un " mais ". Imperceptiblement, le ton devient sentencieux et moralisateur. Redondant, Pennac alourdit son propos. Je tourne les pages mollement. Daniel Pennac m'ennuie.
Son essai se prolonge avec un plaidoyer pour les jeunes de banlieue, forcément blacks ou beurs, forcément cancres. Sans s'étendre sur leurs travers, il les défend en les montrant du doigt: ils sont notre futur, les génies incompris. Il reprend l'imagerie des quartiers, déborde de naïveté et d'idées reçues. Il les connaît: il enseigne (ou plutôt il a enseigné). Il tient la vérité et n'oublie pas de se jeter des fleurs au passage. C'est de bonne guerre mais ça peut agacer. Pennac tient sa revanche, le cancre fait la leçon. Le prof est sympathique. Sa vision simpliste et schématique dégouline de bons sentiments. Pennac passe de pédagogue à démagogue.
Je décroche. Trop, c'est trop. Je n'ai pas eu de " passeur " à l'école! Je ne sais pas de quoi il parle! Je feuillette les dernières pages. Je survole. Il pousse son raisonnement, progresse, devient intéressant mais je n'ai plus l'envie. Je n'ai plus l'étincelle. Il ne me reste qu'à attendre d'éventuelles retrouvailles, un livre dans quelque temps qui pourra me consoler de ce " chagrin d'école ".
J'aurais aimé que Pennac ait une parole pour les cancres isolés, ceux qui ne sont pas chefs de bande. Ceux qui s'acharnent et qui travaillent, ceux qui peinent et ne trichent pas. Obstinés, laborieux et moqués de toutes parts, ils sont là, ils existent, ils se murent: ce sont eux les exclus, ceux que personne ne veut entendre, les " débiles " qu'il vaut mieux oublier.
J'aimerais aussi comprendre pourquoi certains élèves décrochent. Pourquoi certains dévissent arrivés en sixième ou en classe de seconde? On ne naîtrait pas cancre?
Je terminerai sur un souvenir:
il y a 25 ans; les temps changent, mais il y a 25 ans les classes de rattrapage étaient des classes délaissées où s'entassaient dans un état proche de l'abandon les élèves à et en difficultés.
Il faut croire que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir M. Pennac en cours.
-Monsieur-
de Daniel Pennac
aux éditions Gallimard
2007
Pennac parle de lui-même. C'est un fait. On le voit grandir, être cancre à l'école, en famille, dans le regard des autres; être cancre jusqu'au déclic inattendu: un enseignant qui l'encourage, lui fait confiance, lui donne confiance.
Les chapitres se suivent: Pennac cancre, Pennac enseignant-modèle (où sont les lauriers?), retour au cancre et aux cancres. Il édulcore mais pourquoi pas. La réalité est parfois invraisemblable et les miracles existent. On ne demande qu'à le croire, qu'à le suivre. Son optimisme fait du bien.
Mais il y a un " mais ". Imperceptiblement, le ton devient sentencieux et moralisateur. Redondant, Pennac alourdit son propos. Je tourne les pages mollement. Daniel Pennac m'ennuie.
Son essai se prolonge avec un plaidoyer pour les jeunes de banlieue, forcément blacks ou beurs, forcément cancres. Sans s'étendre sur leurs travers, il les défend en les montrant du doigt: ils sont notre futur, les génies incompris. Il reprend l'imagerie des quartiers, déborde de naïveté et d'idées reçues. Il les connaît: il enseigne (ou plutôt il a enseigné). Il tient la vérité et n'oublie pas de se jeter des fleurs au passage. C'est de bonne guerre mais ça peut agacer. Pennac tient sa revanche, le cancre fait la leçon. Le prof est sympathique. Sa vision simpliste et schématique dégouline de bons sentiments. Pennac passe de pédagogue à démagogue.
Je décroche. Trop, c'est trop. Je n'ai pas eu de " passeur " à l'école! Je ne sais pas de quoi il parle! Je feuillette les dernières pages. Je survole. Il pousse son raisonnement, progresse, devient intéressant mais je n'ai plus l'envie. Je n'ai plus l'étincelle. Il ne me reste qu'à attendre d'éventuelles retrouvailles, un livre dans quelque temps qui pourra me consoler de ce " chagrin d'école ".
J'aurais aimé que Pennac ait une parole pour les cancres isolés, ceux qui ne sont pas chefs de bande. Ceux qui s'acharnent et qui travaillent, ceux qui peinent et ne trichent pas. Obstinés, laborieux et moqués de toutes parts, ils sont là, ils existent, ils se murent: ce sont eux les exclus, ceux que personne ne veut entendre, les " débiles " qu'il vaut mieux oublier.
J'aimerais aussi comprendre pourquoi certains élèves décrochent. Pourquoi certains dévissent arrivés en sixième ou en classe de seconde? On ne naîtrait pas cancre?
Je terminerai sur un souvenir:
il y a 25 ans; les temps changent, mais il y a 25 ans les classes de rattrapage étaient des classes délaissées où s'entassaient dans un état proche de l'abandon les élèves à et en difficultés.
Il faut croire que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir M. Pennac en cours.
-Monsieur-
de Daniel Pennac
aux éditions Gallimard
2007
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Gallimard
vendredi 14 mars 2008
Pause toujours
Nous continuons nos lectures et nos découvertes jusqu'au 30 mars 2008 afin de mieux vous les faire partager. À bientôt.
-Madame et Monsieur-
-Madame et Monsieur-
samedi 8 mars 2008
vendredi 7 mars 2008
Nona
Comment aborder ce recueil de nouvelles?-En marchant! En marchant du bout des pieds. Avec délicatesse. Avec rythme et maintien. L'esprit léger, le nez en l'air. Attention! L'auteur nous prend la main... il nous donne son accord... on embarque avec lui tout en restant à terre.
Cet oiseau-là est un drôle de poète.
Jean-Luc Coudray s'attache au quotidien. Ses chroniques sont claires; tout ce qu'il y a de plus banales et ordinaires. Et pourtant... ancrés dans le quotidien ses textes courts s'en éloignent de manière poétique, assez inattendue.
Jean-Luc Coudray affectionne la logique de l'absurde, le sourire à côté de la figure. Il pose un regard détaché sur les scènes qu'il décrit. Il sait que c'est du théâtre ou du rêve. Rien de grave en tout cas. Ses personnages sont des acteurs; ils jouent... mais pour de vrai! Ce sont des enfants dans une cour de récré et un enfant ne fait pas semblant.
" Même pas cap'! Même pas mal!"
"Pan! T'es mort. "
Fin de l'histoire. Il n'y a plus de jeu.
On passe à autre chose. Il faut serrer les rangs, reprendre le cours normal des heures qui passent et qui s'allongent. Jean-Luc Coudray s'en moque, il s'amuse. Il s'évade, sorte de chroniqueur lunaire. Il est présent mais en absence, ou plutôt en double de lui-même.
Certains s'écoutent parler, lui se (nous) regarde vivre avec un flegme et une sérénité inébranlable. Ses nouvelles sont légères comme le regard rêveur de celui qui s'arrête en pleine course pour regarder les autres.
Le monde autour de lui prend forme; les décors, les objets, la nature, le sensible, l'invisible s'humanisent. C'est comme un sentiment d'Amour mêlé d'adrénaline.
Jean-Luc Coudray s'amuse. Il nous balade, nous prend la main, on s'envole avec lui, on reste au ras du sol, on flotte à quelques centimètres, on plane au fond de nos chaussures. Ce sentiment léger est tellement agréable: ce n'est pas de l'ivresse, c'est un style.
Ce point de vue décalé dans la bascule des mots, ce maniement exquis, c'est une respiration.
-Monsieur-
de Jean-Luc Coudray (Le site est très complet mais peu fantaisiste en comparaison des livres de l'auteur.)
aux éditions de L'Amourier (un extrait du livre est disponible sur leur site)
1997
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nouvelle
jeudi 6 mars 2008
Animalia
Il est mal vu de dessiner comme un enfant et pourtant, le vrai dessin d'enfant connaît ses amateurs attendris et passionnés. Il a ses défenseurs et ses collectionneurs.Doit-on parler d'aveuglement?
Nombreux sont les enseignants qui conservent les dessins de leurs petits élèves guidés par l'enthousiasme de leurs premières années professionnelles, par sentimentalisme aussi. Et que dire des parents persuadés du génie de leur progéniture?
Sans être objet de dévotion, le dessin d'enfant est partout. Il s'égare entre les pages d'un livre, il se perd entre deux boîtes d'archives. Il se découvre quand on ne l'attend plus, réapparaît derrière un meuble ou au fond d'une armoire. Il ne se jette qu'avec regret et ne laisse pas indifférent. Il génère l'émotion.
Picasso racontait: " une chose curieuse, c'est que je n'ai jamais fait de dessins d'enfants. Jamais. " et il ajoutait: " il m'a fallu toute une vie pour dessiner comme eux. " Il était fasciné.
Car un dessin d'enfant est un mélange touchant de ratage et d'application, de faiblesse et de force. Il n'y a pas de calculs, pas de cadres; l'imagination est sans borne.
À la base du dessin d'enfant, il y a l'échange, le langage et le lien. La maladresse des débuts cache la volonté, l'acharnement à retranscrire. L'émotion pousse la main. Le cœur et la raison s'animent. On reçoit et on donne. L'enfant s'applique, insiste, il s'invente des chemins, persévère et progresse. Son expression a le trait pour génie. Il suffit pour s'en convaincre de contempler la pureté de ce dessin:

Il n'y a pas de superflu.
-Monsieur-
de Frederico (4 ans)
conception graphique: André Lemos
couverture sérigraphiée par Mike goes West
aux éditions Opuntia books
juin 2006 (imprimé à 75 exemplaires.)
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Opuntia books
mardi 4 mars 2008
100 ans d'illustration de mode
"100 ans d'illustration de mode "!Environ 400 illustrations pleine page accompagnées d'un texte sûr et concis!
Voilà un luxe dont il serait dommage de se priver.
Cally Blackman nous livre un cours magistral par son ampleur et sa justesse. Bien sûr, il y a des lacunes mais le sujet est vaste et la sélection nécessaire, forcément drastique. L'auteur le reconnaît.
Son ambition n'est pas d'être exhaustive. Elle survole un siècle, le XXème, à travers le prisme de " l'illustration de mode ". Il ne s'agit pas à proprement parler d'une histoire de la mode (la " mode " étant à comprendre au sens large, de façon générique). Ce n'est pas non plus un florilège. Il n'y a pas de parure inutile, pas de vétille. Il n'y a pas de chef-d'œuvre non plus. Chaque illustration, comme autant d'ornement, est soulignée d'un commentaire. Tout est juste, harmonieux, comme le chapeau qui équilibre les silhouettes.
100 ans. Un siècle, une époque. Quatre générations et autant de chapitres qui défilent sous nos yeux. 100 ans, c'est le reflet d'une société, de sa mentalité. C'est son évolution.
Sans nostalgie, Cally Blackmann a dégagé les grandes tendances des décennies passées. Avec à-propos et légèreté, elle a su éviter l'austérité de la leçon sans tomber dans l'artifice. Du bel ouvrage.
-Monsieur-
de Cally Blackmann
aux éditions Eyrolles
2007
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Eyrolles,
image
samedi 1 mars 2008
jeudi 28 février 2008
Papiers Nickelés n°15
La lecture des Papiers Nickelés s'accompagne toujours d'un lot de découvertes.Ainsi nous visitons le monde et le grand! Du Québec avec Albéric Bourgeois (le premier bédéiste du cru) à l'Argentine avec Ruben Sosa (récemment décédé). Nous traversons l'histoire: avec les ennuis judiciaires de Daumier au XIXème siècle et un article émouvant sur Poulbot paru en 1943 dans le " Dimanche illustré".
Nous dévorons ensuite le sujet consacré aux imprimeurs d'étiquettes.
Pour les amateurs de fromages et de belles images à qui Daniel Bordet (l'auteur du texte) aura mis l'eau à la bouche, un détour sur le site Le tyrosémiophile.com s'impose. À la fois passionnant et très complet.
Profitons également d'un entrefilet sur les suites de la désastreuse
" affaire " de l'Imprimerie Nationale pour nous rendre sur graphê (association pour la promotion de l'art typographique). Le parcours photographique proposé est un bel hommage rendu aux ouvriers du Livre.
Pour clore ce compte-rendu un peu sommaire, j'ajouterai que cette petite revue (24 pages) très dense est joyeusement illustrée; le ton y est aussi vif que le fonds est précis.
Pour les libraires qui voudraient se procurer les numéros, la diffusion se fait par Makassar. Pour les abonnements et les particuliers, je vous renvoie à notre article précédent.
-Monsieur-
aux éditions C.I.P.
2007
mercredi 27 février 2008
Ma circoncision
" Ma circoncision " est un livre autobiographique: une sorte de souvenirs troublants d'un " Petit Nicolas " de Syrie. L'auteur y témoigne du traumatisme de cette opération entourée d'intrigues et d'équivoques, de douleurs et de peur. Riad Sattouf évoque avec finesse ce sujet délicat et (ô combien) sensible. Comme à son habitude, il dénonce l'ignorance et les idées reçues, mères de toutes les bêtises.Son album conserve cependant la fraîcheur de l'enfance car si le regard est direct, sans détour, un humour empreint de fausse naïveté atténue la violence du vécu.
Cette franchise dans la description du quotidien fut pourtant mal interprétée par certains groupuscules, d'où des procès lamentables lors de la première édition au prétexte de racisme et de protection de la jeunesse.
Ces réactions extrêmes et disproportionnées soulignent la difficulté d'aborder certains thèmes et nous interpellent sur les tabous autour de la circoncision (emprise du groupe; tradition; religion; sexualité; acceptation de la différence; respect de l'intégrité des mineurs...). On est en droit de s'interroger sur cette mutilation physique qui n'a rien de médicale et de se demander si cette pratique ne devrait pas être limitée à des adultes responsables et consentants.
-Monsieur-
de Riad Sattouf
aux éditions Bréal Jeunesse
paru en 2004-épuisé
réédition à l'Association
2008
Je conseille par ailleurs la lecture du livre: " Circoncision. Le complot du silence " de Sami Aldeed Abu-Sahlieh paru aux éditions de l'Harmattan. L'auteur y explique clairement son hostilité à la circoncision.
Le site Droit au Corps apporte des informations sur le prépuce et son utilité. Actualisé en permanence, on y apprend que le Conseil de l'Europe a adopté, mardi premier octobre 2013, une résolution contre les violations de l'intégrité physique de l'enfant (tatouage, excision, circoncision...). Malgré une grande modération au sujet de la circoncision, cette décision a provoqué une levée de boucliers chez de nombreux religieux.
Alors, si vous préférez vous délasser, vous pouvez visiter un site où les nus sont représentés sans aucune discrimination et dans le respect du corps de chacun : Pour un dessin et quelques courbes.
Libellés :
Bd,
L'Association,
Ma circoncision,
Riad Sattouf
mardi 26 février 2008
Carnaval

" Carnaval couleurs et mouvements " est une invitation au voyage. Des formes endiablées nous élèvent avec elles, des gerbes de couleurs font rayonner les pages, nos pupilles se dilatent. Mattotti est grandiose. Son art est flamboyant. Ses dessins continuent de danser sous les paupières fermées.
Mais cette cavalcade est soigneusement régie, ponctuée de courts chapitres eux-mêmes rythmés en trois parties: un texte, des croquis, des " tableaux ". La cadence est rapide. Un texte, des croquis... nous voilà entraînés.
Les auteurs sont nombreux. Ils vivent le carnaval, en exposent les grandes lignes, transposent leur enthousiasme. Ils transmettent leur passion brièvement; des notions, quelques phrases. Suivent alors les croquis de Lorenzo Mattotti. Chaleureux noir et blanc très vite emporté par des scènes colorées et somptueuses.
L'ensemble est emballant mais une chose me chagrine.
Car dans ce foisonnement, une petite note de déplaisir est venue me distraire: l'austérité d'un bandeau gris qui traverse certaines pages s'est dressée devant moi. Austérité qui ne sied guère à l'exubérance d'un carnaval. Cette fantaisie obscure casse le trait, la souplesse du dessin. Elle rompt les équilibres, l'harmonie des croquis en soulignant maladroitement certaines parties de ceux-ci. Quel dommage! Aussi dommage que la transparence du papier qui laisse percevoir sous un verso blanc le recto de la page.
" Allons, Monsieur, ne soyez pas rigide. " me glisse une petite voix. Alors soit, profitons de la fête!
-Monsieur-
de Lorenzo Mattotti
aux éditions Casterman
2007
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Carnaval,
Casterman,
image,
Lorenzo Mattotti
lundi 25 février 2008
Pot pourri

La poésie de Costes est scandée, hurlée, vomie dans des orgies terribles. C'est une libération, un rite du fond des âges, le chant d'une religion ancienne.
Costes est venu au Monde. Il a ouvert les yeux. Costes est organique. L'Homme est organique. Demandez aux sages-femmes: l'accouchement est " humeurs ". Costes se débat, nu, dans le sang, le sperme et les excréments. Il a peur. La société l'agresse, le révulse par ses tabous, ses silences, son hypocrisie et ses lois. Costes est nu: il crie, il hurle, il griffe. Il est " Homme-animal "; nié, méprisé, violenté. Il ne demande qu'à vivre... et c'est un chant d'amour et de désespoir qu'il abandonne aux courants du bitume.
Costes ne joue pas, il ne ment pas. Sa volonté obsessionnelle est mal comprise, son jusqu'au boutisme effraye. Ne le jugez pas: il blasphème, il étouffe! Il est empêtré dans le carcan de la morale. Il ne peut en sortir, nos valeurs ne lui correspondent pas. Il est Autre, étranger, à l'étroit dans ce Monde.
Ne vous détournez pas, débarrassez-vous de vos oripeaux et laissez-vous malmener (bercer) par son chant. Lisez ses paroles à voix haute, laissez-vous pénétrer. Plongez dans les dessins de Anne Van Der Linden magnifiques et obscènes. Nulle autre qu'elle ne pouvait témoigner de la beauté crue de cet univers tourmenté et violent.
Par le choix des textes et leur ordonnancement, par le CD inclus, les éditions du Dernier Cri nous proposent une approche sensible de l'œuvre dramatique de Jean-Louis Costes.
-Monsieur-
Textes et CD de Jean-Louis Costes (un entretien vidéo sur Daily motion témoigne de la fragilité du personnage. Touchant)
Dessins de Anne Van Der Linden (le dessin accompagne le texte, le contraire est aussi vrai)
aux éditions du Dernier Cri
imprimé en offset et sérigraphie en novembre 2007 à 500 exemplaires.
Disponible en librairie ou sur le site eretic-art.
Libellés :
Anne Van Der Linden,
Dernier Cri,
image,
Jean-Louis Costes,
poésie,
Pot pourri
vendredi 22 février 2008
mardi 19 février 2008
Ubuweb
Prolongeons un peu la " Pause lecture " et paressons un peu...le site Ubuweb étant un peu touffu (effrayant par son offre), nous allons vous indiquer quelques petits trésors que nous y avons découverts.
-Le terme " buffering " peut parfois apparaître, cela veut dire que l'élément que vous voulez regarder ou entendre se met en mémoire tampon, se charge; il n'y a pas pas d'inquiétude à avoir.
Pour ceux qui ont découvert le " Voyage au bout de la nuit " de Céline grâce au spectacle de Fabrice Luchini, l'interprétation de Michel Simon est d'une grande sobriété. Plus posée, différente, son approche est tout aussi grandiose et indémodable.
Le reportage de Jean-Marie Drot sur Giacometti se déguste avec plaisir: c'est la télé de papa dans toute sa saveur à une époque où l'on prenait le temps.
Il ne faut pas rater non plus le surprenant " Entr'acte " de René Clair tourné en 1924 avec la participation de Man Ray, Erik Satie, Marcel Duchamp... pour en savoir un peu plus sur ce film qui fît scandale à sa sortie, il y a un court article sur wikipedia.
Un autre film incontournable Le chien andalou de Luis Bunuel et Salvador Dali. Premier grand film surréaliste (1929).
Le chant d'Amour de Jean Genet est visible sur Ubuweb. Sublime et unique. Toute la sensualité de son œuvre, de ses passions amoureuses et érotiques sont réunies dans ce film.
Dans un autre registre l'étonnant Island Song de Charlemagne Palestine que j'affectionne particulièrement.
Mais on pourra préférer entendre Apollinaire réciter des poèmes (Sous le pont Mirabeau), Alain Robe-Grillet lire un passage de Jalousie ou encore écouter une interview de Louis Aragon.
Bref, Ubuweb est un délicieux fourre-tout où il fait bon flâner.
-Monsieur-
vendredi 15 février 2008
mercredi 13 février 2008
La Voleuse du Père-Fauteuil (édition intégrale)
Ariane Liftier a tout de la jeune et jolie jouvencelle: rêveuse, elle est amoureuse d'un énigmatique cambrioleur qui fait la une des journaux. Elle contourne la rigueur parentale et part à la recherche de renseignements sur ce Fantomas des temps modernes. Très vite elle se retrouve à pourchasser l'élu de son coeur lors de ses cambrioles et à cambrioler elle-même dans un déguisement que n'aurait pas renié la belle Catwoman.La vie impose des choix: tandis que "l'homme mystère" ne vole que les modernistes, notre "Voleuse du Père-Fauteuil" détrousse les passéistes.
Car tout est politique: chaque tête de chapitre s'ouvre sur la une d'un quotidien facilement reconnaissable soit passéiste soit moderniste. Mais au delà des clivages, l'innocente voleuse découvre une réalité beaucoup moins rigide qu'il n'y paraît: l'hypocrisie et la lâcheté règnent en maitre au royaume des apparences.
La différence est au cœur de cette histoire (une journaliste homosexuelle, un cambrioleur d'un genre un peu particulier accroc à des substances chimiques secrètes, des brigands au coeur tendre, des chefs de mouvement politique complètement tordus, violents et inquiétants, une jeune fille pure qui se transforme en vamp...) et les particularités, la face cachée de tous ces personnages donnent du volume à un scénario déjà très riche en évènements.
On ne s'ennuie pas en ces pages, ça vire, virevolte, vole en tout sens, j'en raffole et vous le conseille!
-Madame-
de Eric Omond (scénario), Yoann (dessin) et Hubert (couleur)
éditions Dargaud, collection Poisson Pilote
2007
Libellés :
Dargaud,
Eric Omond,
Hubert,
La Voleuse du Père-Fauteuil,
Poisson Pilote,
Yoann
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