mardi 29 décembre 2009

Sasmira t.2 : La fausse note (à paraître)

Nous venons d'obtenir une information importante, à côté de laquelle nous étions passés jusque là : Laurent Vicomte a travaillé le scénario du deuxième tome de Sasmira dont la sortie est prévue chez Glénat, laissant le dessin à Claude Pelet : le travail est désormais bien avancé!

Je vous laisse découvrir les premières planches sur le site de l'illustrateur, que nous avons découvert grâce à un commentaire ajouté à notre article sur le premier tome. Mille mercis à Claude!

Attendu depuis douze ans, on commençait à prendre cette suite pour l'Arlésienne. L'attente devrait être récompensée en 2010, si l'on en croit son éditeur, Claude Marguin, répondant à une discussion assez virulente à ce sujet.
Les possesseurs du premier tome édité en 1997 ne verront jamais leur collection joliment terminée chez les Humanoïdes Associés. Je trouve cela dommage. D'après moi la couverture originelle était plus marquante que la seconde chez Glénat, donnant plus de densité au mystère de Sasmira par le choix des couleurs et du sujet, mais le contenu reste le même.

Beaucoup de lecteurs devront faire un choix entre une série dépareillée ou l'acquisition du premier tome chez Glénat en plus de l'édition des Humanos, et ça agace. Rappelons toutefois que l'essentiel est de voir cette histoire aboutir : si tant de gens râlent après ces soucis éditoriaux, c'est qu'il s'agit d'une histoire passionnante, qui nous a tenus en haleine durant de longues années et a continué de toucher son public, malgré tout.

Aujourd'hui, Pelet réalise un petit exploit : celui de reprendre le dessin de Vicomte où les détails abondent et les costumes ont toute leur importance. De ce que j'en vois sur son site, tout y est; visages, têtes légèrement penchées de femmes intriguées, chapeaux, paysages... Les planches, mises en ligne en tout petit format au fur et à mesure de l'avancement du travail nous tiennent en haleine...
Vivement la parution de ce tome 2, édition initiale ou pas!

Dans l'attente de vous lire, donc, chers Vicomte et Pelet...

- Madame -

Sasmira tome1 : L'appel
Scénario et illustration : Laurent Vicomte
éd. Les Humanoïdes Associés 1997
ou éd. Glénat 2008

À paraître:
Sasmira tome 2 : La fausse note (titre provisoire)
Scénario : Laurent Vicomte
Illustration : Claude Pelet
éd. Glénat (prévue pour 2011)

dimanche 20 décembre 2009

" Cachez ce sein que je ne saurais voir "

La censure est un vaste sujet, fluctuant s'il en est: elle s'immisce partout, en tout temps et tout lieu; économique, sexuelle ou politique, son étude nécessiterait un site régulièrement remis à jour: un travail d'analystes, d'historiens, de juristes et sociologues réunis. La tache serait titanesque. La volonté nous manque moins que le temps; nous resterons modestes.

Quelle différence y-a-t-il entre cette accroche pour l' iPhone (en lien avec le site Apple-entreprise) visible sur internet la première semaine de décembre :


et Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet?


Sur la photo, la pose est suggestive, le costume ridicule, la plastique irréelle. On est dans l'imagerie publicitaire, dans le factice; on suggère le désir, on (sur)joue. Les codes sociaux des sociétés puritaines et patriarcales sont assumés. L'ordre des choses est respecté. Hypocrite, malsain, mais respecté.

Toxique n'est pas un problème. Sagan n'en est plus un. Par contre le trait de Bernard Buffet semble gêner Apple... qui censure! Je vous renvoie à ce sujet sur la République des livres -blog pour le moins intéressant.
Serait-ce le sexe qui dérange? Ou l'organique?
Serait-ce le poil, l'odeur, le vivant?
Ça grouille, ça respire, ça vit!
Le peintre est cru; le geste est sûr, sa calligraphie sincère: la nudité de l'œuvre s'oppose à la vulgarité, à l'habitude et aux convenances. Bernard Buffet est unique. Il n'a rien à perdre; il se livre. L'artiste joue son âme. Seul, il est incontrôlable.
Sagan aussi me direz-vous mais les censeurs ont des œillères, ce qui rend leurs décisions aussi arbitraires que stupides.

J'en veux pour preuve les créations du Dernier Cri qui furent bloquées à la frontière Suisse pour pornographie. Stupeur! Comme quoi, tout est question de regard. On établit des règles avec des interdits et on les interprète, on adapte.
Ainsi, de nombreux États privilégient la contrainte à l'amour, la puissance à la fragilité. Disons, avec un sourire feint, que c'est une forme de pudeur, d'extrême timidité, un carcan à l'émotion. Il n'y a d'ailleurs pas d'émotion dans le porno: on est dans le "sur-moi", le "sur-joué", l'interdiction de l'échec. On refuse la faiblesse.

Ce qui est inquiétant dans l'exemple d'Apple, c'est qu'une société privée remplace l'État de droit dans son rôle de police. Serait-ce de l'autocensure (comme cela arrive trop souvent dans l'édition française) ou un excès de zèle? De la prudence ou une application stricte et restrictive de la loi américaine?
Des créateurs français ont déjà eu des consignes (des directives) pour que leurs œuvres puissent s'exporter sans problème dans des pays plus restrictifs que le nôtre. Les possesseurs des réseaux, futurs maîtres du Monde, voudront-ils imposer leurs diktats? L'État a ses soldats.

La hiérarchie, la loi; il y a obéissance et soumission: ce sont les codes à respecter. Il est même à craindre que la féminisation des postes à responsabilité ne change rien à cette situation. Le formatage est à l'œuvre; il commence à l'école, se prolonge dans les études: tu dois te plier à la norme, à la pression sociale, être un bon petit soldat. Tu te mets de côté, tu gommes tes différences pour pouvoir t'intégrer. Être invisible, ne pas se distinguer, oublier d'être soi.

Prions avec cette déclassée, prostituée de province, qui expliquait en sortant de l'église: "Tous les dirigeants du Monde et ce, depuis l'origine du temps, ont compris qu'on tenait les Hommes par le sexe et le ventre."
L'on pourrait d'ailleurs prolonger le débat avec le calibrage des fruits et légumes...

Je vous avais prévenu: c'est un vaste sujet et je préfère clore ce chapitre aussi décousu que mon pantalon.



N'hésitez pas à vous offrir en prolongement de cet article (c'est Noël, on se fait un petit plaisir):

Toxique de Françoise Sagan illustré par Bernard Buffet aux éditions Stock. Un très beau texte dont on peut regretter la qualité (médiocre) de l'édition papier.


La Mondaine de Véronique Willemin aux éditions Hoëbeke se lit comme un roman policier. Cette enquête s'attache aux petites et grandes affaires de la brigade. Chaque chapitre retrace des histoires, des périodes, de façon concise sans tomber dans le pathos ni l'outrance. Véronique Willemin s'est attachée aux protagonistes des deux bords avec une neutralité exemplaire. Une source d'inspiration pour les auteurs en herbe avec une réalité qui dépasse souvent la fiction et une iconographie invraisemblable. C'est un comble : on se prend à fantasmer sur les archives de la police !
Une réflexion de Jacques Arnal, patron de la Mondaine de 1952 à 1955, apporte de l'eau à mon moulin : " Nous ne pouvons nous arrêter au concept du bien et du mal, alors je préfère la notion d'habitudes. Cela signifie que certains actes soulèveront un jour la réprobation uniquement parce qu'ils sont contraires aux habitudes du moment... " (page 141)
Un des meilleurs livres parus sur la police et l'histoire des mœurs. À lire et à recommander.



Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits de Bernard Joubert aux éditions du Cercle de la Librairie. Une somme! À tout point de vue (70€). Impressionnant par le nombre d'articles, illustré de très nombreuses vignettes, c'est le relevé systématique et analysé des décisions de la commission de censure depuis 1949 en France. Bernard Joubert nous ouvre les portes de son travail. Érudit, passionnant, il nous fait passer du sourire à la surprise, de la roublardise des éditeurs à l'aveuglement clinique des censeurs. À lire et relire, à consulter souvent.
Pour exemple, je cite la page 28: " Abondances. Revue de photos de femmes à grosses poitrines, quel que soit leur âge ou la grâce de leur physique [...] la Commission de surveillance émit ce commentaire [...]: Reproductions anormaux d'êtres anormaux." Tout est dit.

-Monsieur-

Toxique
de Françoise Sagan
illustrations de Bernard Buffet
éd. Stock 2009

La Mondaine
de Véronique Willemin
éd. Hoëbeke 2009

Le Dictionnaire des Livres et Journaux interdits
de Bernard Joubert
éd. du Cercle de la Librairie 2007

Le Régime Tahiti

"Avant la plage, à la rentrée, après les fêtes de fin d'année, au printemps..." *

Si le contenu est aussi sérieux que la couverture, il faut prévoir l'opération:
Et on supprime les côtes flottantes!




( * citation reprise sur le site
des Éditions Leducs)

-Monsieur-

Le Régime Tahiti de Jessica Azyadé aux Éditions Leducs.

samedi 12 décembre 2009

Épuisés

Il est des endroits où l'on s'égare parfois en se disant qu'on devrait y aller plus souvent. C'est le cas de Aaapoum Bapoum, rue Serpente à Paris. J'avouerai ne rien comprendre aux prix ni au marché de l'ancien mais quand on y trouve son compte...
Je navigue entre les bacs de livres plus ou moins défraîchis à 3, 5, 7 euros... j'oublie les versions rares, les collectors destinés à d'autres bourses, mieux garnies que la mienne. Radio classique enveloppante, les deux libraires sont beaux: lui, barbu, légèrement émacié; elle, aussi brune que lui, enceinte sous une longue robe noire. Sensation de roman russe. Je fouine, ça sent le bois et l'odeur de vieux livre, j'oublie tout. Un instant de bonheur.
Je dégotte quatre livres pour la jeunesse, quatre BD épuisées, quatre livres qui ont moins de quinze ans!

Félix contre le Nuage qui changeait tout de Fabrice Lebeault. C'est un rêve enfantin, un conte écrit par l'auteur d'Horologiom. Fabrice Lebeault se fait plaisir et c'est un vrai bonheur. Le dessin est plus souple que dans le Mangeur d'Histoires; des souplesses de langage parsèment également les dialogues. Elles ont pu effaroucher les parents sages mais les gamins (petits et grands) y trouveront leur compte de drôleries et de rebondissement naïfs.

Félix contre le Nuage qui changeait tout, éditions Delcourt, 2001.

Bouchon et l'Ogre Noir de Taymans et Di Giorgio. Une découverte et un régal. L'histoire d'un petit cochon qui se met au lit, s'endort et se retrouve dans la forêt magique. Tout est simple, limpide, le dessin comme l'histoire. Cette bande dessinée pour les grands de... quatre, cinq ans est d'une poésie qu'on ne retrouve guère dans l'offre éditoriale actuelle. Amusante, d'une gentillesse rafraîchissante, cette série qui comporte quatre tomes indépendants n'a eu ni les faveurs des critiques ni celles, apparemment, du public. Dommage.

Bouchon et l'Ogre Noir, éditions Casterman, 1997.

Monsieur Madame de Charlie Schlingo. Un vrai pastiche de la série des Monsieur Madame de Roger Hargreaves! Du pur Schlingo! Accessible à tout le monde même aux plus rétifs à son dessin! Et oui, monsieur! C'est d'une drôlerie sans nom! Et quand Madame le lit à son petit bonhomme, c'est toute la famille qui rigole!

Monsieur Madame, éditions du Seuil, 1995.

Le petit dernier? Je le cherchais depuis des années.

"C'est une BD avec deux personnages qui philosophent au bord d'une falaise. Philosopher est un bien grand mot pour désigner leur tête-à-tête. Ils se racontent le Monde de façon rationnelle, forment des explications avec leurs connaissances et leurs nombreuses lacunes. Ils s'inventent un univers qui, pour eux, tient la route. Ils analysent et se rassurent. Enfin, pas toujours..."
Présenté de cette façon, les libraires à qui je faisais part de ma requête me regardaient d'un oeil rond, retournaient à leurs papiers, m'oubliaient dans un soupir sans nom chargé de lassitude et d'exaspération.

Et là, je retrouve cet album, ce souvenir incertain au milieu de ses copains. Comme quoi le bien-être ne vient pas que du massage!

Prop et Emmanuelle: l'Univers mérite une Leçon de Alph (Alphonse Desneuves) est une conversation attachante. Les déductions sont simples, les réactions des héros enfantines. Le non-sens a une logique qu'Alph a su retranscrire. J'en profite pour souligner la jolie mise en couleurs de Yves Lencot et regretter la politique de Casterman qui a sabré son catalogue comme un hussard aveugle et sans pitié.

Prop et Emmanuelle, éditions Casterman 1995.


-Monsieur-

dimanche 6 décembre 2009

D'un Même Cœur


Il fait gris. En passant boulevard Saint Michel à Paris, je jette un œil sur les bacs à rebuts de Boulinier. Geste machinal, quasi systématique... une certaine attirance pour le vilain papier, pour les vieilles couvertures, un besoin impulsif, que sais-je encore, la maladie du livre.
Les Voyous attendent leur terrible destin: un livre aux feuilles jaunies et cassantes; un livre dépouillé de toute couverture; un livre qui s'apprête à finir sur le trottoir mouillé et dont tout le monde se fout.

- ramasseurs de mégots; récupérateurs de livres... à chacun sa misère, à chacun son époque -

Les derniers étudiants du quartier s'agglutinent autour des comptoirs à sandwichs et à crêpes d'où s'échappent des vapeurs odorantes et sucrées.
Au moindre va-et-vient, à chaque mouvement de mains, les Voyous se brisent un peu plus, leur dos fatigué se déchire; de l'avant en arrière, un curieux les redresse, belote et rebelote, comme la main balaie les touches d'un piano de bastringue, les livres dominos attendent leur prochain maître. Et dix de der! Fatalitas! C'en est fait de leur triste destin.
Un nuage de bohémiennes écoule sa litanie larmoyante dans les ruelles pavées et caresse les sacs des touristes nombreux. Les "Voyous" finiront griffés par le vent froid et quelque talon haut de parisienne égarée.

Je pense à l'automne, aux arbres dénudés... Jean Follain... pourquoi Jean Follain?

Mon regard s'arrête sur un livre relié que je ne lirai sûrement jamais ou alors un jour de grande mélancolie. Vingt centimes... je tourne quelques pages... je souris... je pars... je reviens sur mes pas: vingt centimes pour une curiosité.
Je vous fais partager quelques scans et délaisse les Voyous.













- Monsieur -

Un coeur nouveau
de Alexander Baron
Préface d'André Maurois
éd. Hachette 1950

jeudi 3 décembre 2009

Potache

Numérisation façon Google.



Dans la pièce du fond
De William Chambers Morrow
Collection Domaine Étranger
Éd. 10/18 2009

dimanche 15 novembre 2009

Livre et percée numérique: tentative d'analyse subjective de la situation. (Libre rapport sur le Milieu)

Avertissement:
Les personnes qui œuvrent dans les métiers du Livre n'y travaillent pas par hasard. La majorité d'entre-elles porte un intérêt réel au Livre. Dans cette période de confusion actuelle tant économique que conjoncturelle, le commercial tend à remplacer le professionnel du Livre; le regard n'est plus le même. La considération humaine est réduite à peau de chagrin. Le découragement latent et le dégoût de la "marchandise Livre" partout présent. Cette situation laisse à penser que les liseuses viennent à point nommer pour rétablir un équilibre, assainir un "marché" gouverné à l'aveugle sur des calculs à court terme. Les personnes qui s'attachent à une rigueur morale et intellectuelle, intègres sur le plan professionnel, ont d'autant plus de mérite qu'elles sont rares et isolées. Pourtant, on les retrouve partout quelque soit le niveau hiérarchique ou la taille de l'entreprise.
Je leur dédie ce texte.

Depuis quelques années, nous pouvons lire et entendre des personnes qui s'intéressent au numérique de par leur passion ou leur profession.

1° Il y a les progressistes qui sont loin d'être aveuglés par leur enthousiasme. Ils analysent avec justesse le mouvement actuel, dénoncent certains écueils de la numérisation mais démontrent aussi et surtout son aspect positif. Ils comparent les liseuses, leurs potentialités. Ils font un bon travail d'amateur (au sens noble du terme). Ce ne sont pas de doux rêveurs; ces passionnés, parfois professionnels du Livre, attirent l'attention sur les avantages que l'on peut tirer de ces nouveaux supports de lecture mais aussi sur les dangers que la numérisation peut engendrer si elle n'est pas abordée à sa juste valeur.
Malheureusement, les décisionnaires semblent hermétiques ou sourds à leurs discours.

2° -D'une part, les politiques entretiennent une vision archaïque d'un système qui les dépasse de par leur manque d'intérêt, les copinages et (ou) l' ignorance (de trop nombreux exemples nous ont fait rire -Chirac avec la souris- nous ont affligés -l'utilisation abusive du terme "pirate"lors du vote de la loi Hadopi ou la volonté de taxer la publicité sur internet- ont titillé notre "mauvais esprit" comme la proposition de loi sur la péremption des données "gênantes"sur internet).
-D'autre part, les éditeurs défendent leur pré carré; ils savent ce qu'ils ont à perdre et cherchent à préserver leurs intérêts. Ils se méfient de la gratuité, de l'immatérialité et d'une perte de contrôle des acteurs du Livre. La profession qui a longtemps été à l'abri de l'industrialisation, du capitalisme à court terme, a gardé dans son fonctionnement un paternalisme sclérosant. Les éditeurs écoutent mais n'entendent pas (ou le contraire) , pire ils refusent toute discussion notamment avec les auteurs. Quand ils dialoguent, c'est que les décisions sont prises.
-Chacun défend sa vision du "numérique".
Pourtant, tout en traînant des pieds, des alliances se créent, des stratégies se mettent en place, certains groupes travaillent sur des systèmes de numérisation, de vente en ligne ou de bases de données. Globalement, il ressort malheureusement un manque de vision d'avenir concernant les potentialités du support numérique et une absence de fonds lourds à investir.

Qu'en est-il des autres professionnels de la chaîne du Livre?

3° Les distributeurs (souvent liés à des groupes éditoriaux, aux mêmes conglomérats qui mettent en place les stratégies numériques à grande échelle) ont tout à perdre dans la numérisation: La distribution est une des pièces maîtresses (pour résumer de façon sommaire) dans le système de cavalerie comptable dont souffre toute la chaîne du Livre!
En effet, pour rentabiliser leurs entrepôts gigantesques, les gros trusts ont dû acheter, regrouper des maisons d'édition, les inciter à produire plus (pour remplir les entrepôts) et à développer le système d'office (envoi des nouveautés aux libraires avec possibilité de crédit sur les invendus retournés) pour faire tourner la machine. La production (facturation) augmentant pour compenser les retours (crédits), les centres arrivent à saturation, la machine s'emballe.
Ce traitement de marchandises par flux et reflux est une des spécificités de la logistique du Livre. Il engendre un système de crédit sur retour qui est une perversité comptable, une des faiblesses de l'industrie du Livre car si l'un des maillons de la chaîne se brise, c'est toute la machine qui s'enraye. Face à la dématérialisation, les distributeurs vont devoir s'adapter. Vont-ils opérer, à plus ou moins long terme, une diversification au profit d'autres marchandises ou se tourner vers d'autres marchés (particuliers, collectivités...)? Les éditeurs, diffuseurs passeront-ils par d'autres acteurs? Les plateformes logistiques retrouveront-elles une taille "humaine", à l'échelle locale notamment? Beaucoup de questions dont je n'ai pas les réponses.

Loin de l'industrie du Livre mais dépendant de celle-ci, il y a l'auteur.

4° Depuis longtemps les auteurs envisagent l'avenir par rapport aux supports de lecture.
Comme pour la musique et le cinéma, il y a quelques "privilégiés" que nous délaisseront au profit du plus grand nombre. Leurs intérêts se rapprochent généralement de celui des gros éditeurs. Ces derniers, estimant être les seuls autorisés à tenir un discours économique et juridique sérieux et cohérent sur le droit d'auteur, je vous renvoie au chapitre précédent et au site du SNE.
De nombreux auteurs, donc , testent de nouvelles approches, tant au niveau de l'écrit que de la diffusion de leur œuvre. Les essais de François Bon à ce sujet sont fort intéressants, de même que les propos des bloggueurs qui adaptent leurs créations en fonction du support (papier ou numérique).
La création se marie avec le support, profite de son format, de ses potentialités, de son ergonomie, de ses qualités et de ses défauts. Les auteurs font acte d'inventivité par rapport à la narration, au lettrage, au rythme de lecture et d'écriture, au design. Ce mouvement devrait s'accélérer avec l'arrivée des "natives" (ceux qui sont nés un ordinateur à la main) et le développement de plus en plus poussé et attractif des logiciels.
L'approche d'un nouvel outil, sa prise en main, ne fait que développer la créativité humaine sans faire table rase de l'existant: on construit "avec" pas "contre"!
Le numérique laisse aussi espérer une meilleure diffusion des œuvres de création. Il peut être utile à l'auteur pour se faire repérer, pour "prouver" qu'il existe, pour trouver ou garder un éditeur, pour être en contact direct avec son lectorat, pour s'auto-éditer à moindre risque, pour s'exprimer librement, sans trop de contrainte.

[Le personnel enseignant devrait apprendre aux enfants à se servir des outils multimédias, à en comprendre les enjeux, les risques, leurs intérêts et leurs dangers - appréhender et réfléchir-]

Un auteur peut aussi espérer voir ses œuvres épuisées à nouveau accessibles au grand public.

* Par contre les problématiques soulevées ar le numérique se situent au niveau du respect et de l'intégrité d'une œuvre, à la protection de celle-ci par rapport au pillage et au droit d'auteur (moral et pécuniaire).
Des lois existent mais les rapports à l'œuvre de création ne sont pas les mêmes selon l'histoire culturelle des régions du Monde. De plus, le terrain est miné par le combat que mènent les grandes puissances économiques entre elles.
Seule l'Unesco ou une législation internationale pourrait défendre le droit des auteurs.
Le nerf de la guerre reste l'argent, la rémunération des auteurs, car ce sont les seuls aujourd'hui à nourrir le système (internet comme les métiers du Livre) sans réussir à en vivre.
De là à envisager un salaire universel de base...

Revenons à la réalité le libraire.

5° Ceux-ci sont confrontés à de nombreux problèmes. Je ne m'étendrai pas sur les problèmes économiques.
Ils ont su s'adapter à l'arrivée des sites de vente en ligne (les libraires de livres anciens ont rebondi de façon exemplaire sur les potentialités d'internet), mais de nombreuses librairies courbent l'échine face à une concurrence massive qui possèdent une logistique qui va de pair avec une trésorerie conséquente. Depuis quelques années, on ne compte plus les fermetures, à Paris notamment, de librairies et ce ne sont ni les ouvertures ni les aides publiques qui vont inverser la situation.
Va-t-on avoir des librairies subventionnées, soutenues par les collectivités publiques (comme les cinémas de quartier) avec toutes les problématiques induites?

De plus en plus de bornes apparaissent dans les boutiques avec des offres de liseuses et lecture numérique. Le post de Charles Kermarec est très révélateur des inquiétudes à avoir pour le maillon obsolète que serait la librairie. Les librairies vendront-elles des livres "papier" et des fichiers numériques, développeront-elles une offre parallèle (poste, papeterie, salon de thé, rencontres et réunions publiques, impression à la demande...)?
Bien sûr avec les fichiers numériques, il y aura moins de manutention, pas de retours d'invendus (donc logiquement une trésorerie plus saine) mais qu'en sera-t-il du choix, du conseil?
Qu'en sera-t-il du lieu (de son importance pour le bien-être du client, sa mise en condition, en disponibilité), du lien qui se noue (du premier contact timide à la visite régulière), de la convivialité, de l'atmosphère?
La force du libraire est le conseil, sa connaissance des livres et de l'humain, sa capacité à transmette le savoir.
Pour la prescription et la présentation, rien ne remplace encore le libraire. Il suffit de fouiller sur les sites en ligne pour ressentir un profond ennui, il suffit de faire une recherche sur internet pour en constater les limites. Mais tout change, très vite.
Il leur faudra les reins solides, il leur faudra s'adapter et s'accrocher à leur savoir, il leur faudra le soutien infaillible de toute la profession, et c'est ainsi que... on peut rêver.

Plusieurs points pour finir:

1° La numérisation massive est une chance pour l'accès au savoir, pour les archives et les œuvres orphelines, pour les livres délaissés par leurs éditeurs (il est, par exemple, quasiment impossible de trouver les premières pièces d'Arrabal).
Mais la numérisation massive ne sert à rien, telle qu'elle est pratiquée actuellement pour les livres d'Art. Certaines archives sont illisibles ou inutilisables mises à disposition comme des paquets de feuilles posés sur la table. Il faudrait un travail de nettoyage, parfois de reformatage, de recadrage des œuvres présentées quitte à mettre les deux versions en parallèle ou en superposition (système de calques).
Certains éditeurs, certaines institutions se donnent les moyens humains et matériels de le faire.
Là aussi, on pourrait parler de développement durable ou raisonné.

2° La défense de la langue fait partie des devoirs de nos États. Une diffusion massive de l'anglais (les États-Unis d'Amérique sont volontairement laxistes en ce qui concerne la diffusion de leurs œuvres; celles-ci "conditionnant" les populations à un mode de vie et de pensée en vue d'acquérir de nouveaux marchés) couplée à une législation trop restrictive de notre seul pays en ce qui concerne la création francophone (ou sa majeure partie), serait (est) dramatique pour notre langue. Il n'est pas rare de ne trouver des œuvres françaises que dans leur version traduite ou sur des sites étrangers. (Et qu'on ne vienne pas me parler du droit d'auteur quand on voit le nombre de livres à prix bradés, soldés et le marché des services de presse!)

3° Les liseuses actuelles ne sont guère attrayantes, souvent archaïques et chères. Un de leurs intérêts se situe dans leur luminosité qui fatigue moins que les écrans d'ordinateur. Mais, l'arrivée prochaine de supports adaptés à des prix attractifs devrait changer la donne. Les téléphones portables sont un bel exemple de ce que l'on peut envisager: la mise en réseau, l'interactivité sont parmi les atouts de ces nouveaux outils de communication; leur actualisation (presse, ouvrage millésimé...); leurs fonctions multimédia (dictionnaire, encyclopédie...); leurs capacités (mémoire, vitesse...); leurs multiples usages (agenda, appareil photo, GPS, guide touristique...)
... j'en oublie tant les utilisations et possibilités sont nombreuses; à commencer par la lecture dans sa simplicité revigorante. Les aveugles et mal-voyants devraient bénéficier de ce mouvement. En espérant que la concurrence fasse baisser les prix, motive chercheurs et commerciaux sans nuire à l'interopérabilité ni multiplier les formats de fichiers.

4° Méfions-nous toutefois du contrôle des lectures, de la censure. De nombreux évènements nous incitent à la prudence (Apple avec la pornographie, Amazon et la suppression de fichiers, l'intérêt judiciaire porté aux bibliothèques, le développement de l'auto-censure). Le danger du "flicage" est permanent, l'accès privé ou réservé à certaines données est nécessaire.

5° Qu'en est-il du prix d'un fichier numérique présenté par l'éditeur?
-ce qui coûte moins cher: il n'y a plus de transport, de stockage physique, d'envoi de service de presse par poste ou coursier, il n'y a plus d'impression...
-ce qui coûte plus cher: la TVA est de 19.6% au lieu de 5.5% pour le format "Gutenberg".
La protection qui est à la charge du libraire pour le livre papier revient à la charge de l'éditeur pour le numérique. Dans un cas comme dans l'autre, les systèmes sont très chers pour une efficacité somme toute relative.
Les salaires dans les métiers du Livre sont très bas, ce n'est un secret pour personne. Les spécialistes employés pour tout ce qui touche au "numérique" travaillent dans un domaine de concurrence non spécifique au Livre. Leurs salaires s'alignent sur ceux du marché et sont plus élevés que ceux pratiqués généralement dans l'édition.

6° La prise de participation de la Caisse des dépôts et consignations dans le capital de Dailymotion est significative du positionnement de l'État sur une offre universelle, et sur le contrôle de celle-ci.

7° La question des abonnements dont le prix additionné devient prohibitif devrait amener à réfléchir quant à l'accès à la connaissance tant le rapport à l'argent, à la valeur des choses ou la reconnaissance du travail a perdu son sens.
Vaste sujet!


Bibliographie succincte:

Typographie du Livre français sous la direction d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Situation de l'édition et de la librairie, revue Lignes n°20
L'édition sous influence de j. et G.Brémond (Liris)
Éditeurs indépendants: de l'âge de raison vers l'offensive de Gilles Cohen (Alliance)
Édition, l'envers du décor de Martine Prosper (Nouvelles éditions lignes)
La vie du livre contemporain: étude sur l'édition littéraire de 1975 à 2005 d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Les ouvrages du Cercle de la Librairie sont tous issus d'un travail admirable. Malheureusement, leur prix est souvent proportionnel.

En PDF:

Rapport sur le livre numérique.
Le livre pour tous de Marie Lebert.
Les mutations du Livre de Marie Lebert 2007.
La bataille Hadopi par In Libro Veritas.

Quelques sites pour se tenir informé:
Association des professionnels de l'édition
Bibliobs
Actualitté
Les sites indiqués dans notre rubrique "Autour de l'écrit".

Pour finir, je renvoie sur les trois articles que j'avais écrit précédemment, tâche inachevée tant les choses évoluent rapidement.

Monsieur.

vendredi 6 novembre 2009

Le Club des Incorrigibles Optimistes

Le Club des Incorrigibles Optimistes en un mot? Délectable.
Il peut sembler impressionnant quand vous le découvrez, là, sur la table de votre libraire... il deviendra pourtant très vite la bulle d'air de votre journée:

À Paris, en 1959, des apatrides venus des pays communistes d'Europe Centrale et de l'Est ont constitué un club d'échecs dans un bistrot du Quartier Latin, le Balto.

Michel, jeune lycéen parisien, va s'immiscer dans leur Club et les écouter parler de leur histoire, de leurs origines et de ce qui les a mené là.
À Paris ils sont pauvres et semblent hors du temps, dépassés par la société. Dans leur pays d'origine ils étaient prince, chirurgien, pilote d'avion ou prof de propagande spécialisé dans l'annulation pur et simple de l'existence des ennemis d'État.
Ils ont dû reprendre à zéro une vie brisée par et pour le communisme, qu'ils aiment ou qu'ils détestent; les discussions politiques pourtant interdites dans leur Club sont fréquentes et animées: les histoires du passé ont souvent la vie dure...
Deux personnages très médiatiques de l'époque fréquente ce club, deux hommes qui ont aidés beaucoup d'étrangers dans leur situation: Joseph Kessel et Jean-Paul Sartre se joignent aux autres membres du club, travaillent dans cette atmosphère feutrée ou fête les grands événements de leur vie.

Michel, lui, subit son époque: entre sa famille affaiblie par une lutte des classes sans merci, un oncle vivant de près la fin de l'Algérie Française et un frère décidé à couper les ponts avec père, mère et copains, un ami parti combattre en Afrique du Nord et une amie aux nerfs fragiles, le Club des apatrides apparaît comme un endroit apaisant...

Passionnant, sans ralenti, le Club des Incorrigibles Optimistes est l'un des meilleurs romans de la rentrée, aux côtés de la Vaine Attente de Nadeem Aslma et de Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé.
À découvrir, donc, et à inclure dans la liste des cadeaux de Noël de vos proches!

-Madame-

Le Club des Incorrigibles Optimistes
de Jean-Michel Guenassia
éditions Albin Michel 2009


samedi 5 septembre 2009

La vaine attente

Un pays, l'Afghanistan, carrefour mondial des tragédies.
Une maison, celle de Marcus, synonyme d'abri pour ses occupants.
Quatre personnages, quatre origines, quatre destins qui s'y rejoignent et s'y entremêlent.

La vaine attente nous conte la richesse d'un pays aujourd'hui plongé dans l'horreur de la guerre et l'amour que portent ses habitants pour son passé, l'espoir (vain?) pour son avenir. Un livre bouleversant aux images tantôt dures, tantôt poétiques qui éclairent les conflits vécus par cette région du monde d'un faisceau plus large, plus cru.
La poésie de certains passages, sur des lieux, des personnages, raisonne durant toute la lecture de ce livre passionnant par-delà les tensions, les coups portés au peuple afghan et aux personnages des différents horizons se croisant dans ce carrefour des tragédies.

Pour un libraire, ce n'est pas un livre "facile à vendre", il reste pourtant l'ouvrage le plus profond et le plus intéressant de tout ceux que j'ai pu lire pour cette nouvelle rentrée littéraire.

-Madame-

La vaine attente
de Nadeem Aslam
éditions du Seuil 2009

mardi 14 juillet 2009

De la dame écouillée

Au Moyen-Âge, un seigneur laissa peu à peu les rênes du pouvoir à sa femme, tant en ce qui concerne la gestion de la maisonnée que ce qui touche l'ensemble des terres et de leurs vassaux.
La femme, au fond méchant et cruel, profita tant et si bien de la situation qu'elle devint régente à la place du régent...
Dénigrant son époux devant le monde, s'opposant systématiquement à ses décisions et invitant sa fille à faire de même avec son jeune mari, elle met les nerfs de son gendre à très rude épreuve.
Celui-ci trouve un moyen pour le moins saignant de donner une leçon mémorable à sa belle-mère...
Fabliau cruel, il me fait rire par le subterfuge utilisé et par la morale on ne peut plus misogyne.
Que les féministes sans concessions ne s'arrêtent pas à ce livre: il avait déjà fait scandale il y a quelques siècles de cela en mettant en scène la médiocrité de personnages masculins et la méchanceté de certaines femmes de la haute noblesse, idée inconcevable (et surtout inracontable) à l'époque...
À noter que la traduction depuis l'ancien français est accompagnée d'une version de cette petite fable en langue d'origine.

Concernant la Très petite collection des éditions Allia, il faut savoir qu'à très petit prix (3€), elle nous propose des textes plus fouillés que les habituels "livres de caisse" que l'on trouve en librairie...
À découvrir absolument!

-Madame-

De la dame écouillée
Anonyme
Éditions Allia
Collection Très petite

jeudi 11 juin 2009

Les âmes brûlées

Un homme, brûlé au 4e degré après un grave accident de voiture, rencontre une jeune femme, patiente en psychiatrie, persuadée de l'avoir connu il y a 700 ans de cela.

Lui: sans ne jamais être nommé, star du X, il perd sa maison de production de films érotiques et ses amis, après l'accident qui le transforme en morceau de viande brûlé.
Il souffre dans sa chair, un serpent ronge son âme, son enfance ponctuée de drames le hante.

Elle: Elle se fait appeler Marianne Engel, reste persuadée de vivre depuis 7 siècles, prétend connaître l'ancien acteur de porno, lui affirme qu'il n'en est pas à sa première expérience extrême en matière de flammes. Aujourd'hui sculpteuse de pierre, elle dit donner vie aux gargouilles habitant ses blocs de pierre. Elle s'inflige un travail titanesque, et se souvient du temps ou elle était un génie de la calligraphie allemande.

La construction de ce récit me laisse pantoise: elle me fait penser à ces danseurs sur le fil, qui se tiennent à un haut niveau et évitent les affres d'une chute. Je ne suis absolument pas fan de romans à la Da Vinci Code, j'ai eu peur jusqu'à la fin que l'histoire ne dérape et nous emmène dans des contrées pseudo-fantastiques. Or ici rien de tout cela: l'Enfer de Dante, les légendes sur les éléments, l'Allemagne des érudits émaillent le roman de bout en bout et lui donne une dimension peu courante.
Histoires d'amour, d'aventures, galeries de personnages attachants, ce roman nous fait passer de la réalité la plus crue à la poésie inspirée.

À noter également, la qualité d'écriture et de traduction qui n'enlèvent rien au très grand plaisir de lecture trouvé dans ce livre.

Un site a été développé pour présenter cet ouvrage, lesamesbrulees.fr. Attention, ce site promotionnel ne doit pas faire fuir le lecteur effrayé par les plans médias trop agressifs. Je le répète, ce roman est un petit bijou, violent parfois, voire très saignant quand on découvre par quel processus un grand brûlé est soigné, mais mérite vraiment qu'on s'y arrête.

Excellente lecture à vous!

-Madame-

Les Âmes brûlées
de Andrew Davidson
éd. Plon 2009

mardi 3 mars 2009

L'absolue perfection du crime

Marin, jeune homme tout juste sorti de prison, retrouve sa "famille", bande de criminels de bas étages dont il est tacitement le chef de bande.
Il leur propose un casse bien plus important que tout ce qu'ils ont pu réaliser jusque là, qu'il a eu largement le temps de mûrir pendant son séjour au 9m² Palace: celui du casino.

"Ce sera l'absolue perfection du crime", a murmuré l'oncle.

Mais depuis le début, cette histoire sent le vinaigre.
Le narrateur, Pierre, fait parti de cette association de malfaiteurs depuis le début, et nous fait partager son malaise devant la proposition (trop?) ambitieuse de son ami d'enfance.

C'est l'échafaudage de ce plan ainsi que les relations ambigües entre les membres de l'équipe auxquels on assiste, impuissant, presque pris de pitié pour ce qui ne devrait pas manquer de leur arriver...

La construction du récit et l'écriture de Tanguy Viel donnent tout le relief à cette histoire de gangster à la saveur de dimanches froids et humides et de vieux docks désaffectés.

-Madame-

L'absolue perfection du crime
de Tanguy Viel
éditions de Minuit 2006

mardi 24 février 2009

Tribulations d'un précaire

Il existe certains boulots qu'on ne peut faire que malgré soi. De ces jobs trop difficiles pour les tenir plus de 3 semaines sans en perdre la raison. De ces postes qu'on ne réclame que l'estomac vide, en attendant des jours meilleurs.
Et puis parfois ces emplois s'enchaînent, se donnent la main, nous entraînent dans une lente descente en enfer.
Iain Levison nous décrit dans ses Tribulations sa propre expérience, au sortir d'une fac de lettres totalement inutile (voir dangereuse) pour un CV.
Avec humour, ironie et finesse, il nous invite dans un monde qu'on voudrait croire parallèle, mais qui n'est que trop réel.


-Madame-

Tribulations d'un précaire
de Iain Levinson
éditions Liana Levi, collection Piccolo
2009