Avertissement:
Les personnes qui œuvrent dans les métiers du Livre n'y travaillent pas par hasard. La majorité d'entre-elles porte un intérêt réel au Livre. Dans cette période de confusion actuelle tant économique que conjoncturelle, le commercial tend à remplacer le professionnel du Livre; le regard n'est plus le même. La considération humaine est réduite à peau de chagrin. Le découragement latent et le dégoût de la "marchandise Livre" partout présent. Cette situation laisse à penser que les liseuses viennent à point nommer pour rétablir un équilibre, assainir un "marché" gouverné à l'aveugle sur des calculs à court terme. Les personnes qui s'attachent à une rigueur morale et intellectuelle, intègres sur le plan professionnel, ont d'autant plus de mérite qu'elles sont rares et isolées. Pourtant, on les retrouve partout quelque soit le niveau hiérarchique ou la taille de l'entreprise.
Je leur dédie ce texte.
Depuis quelques années, nous pouvons lire et entendre des personnes qui s'intéressent au numérique de par leur passion ou leur profession.
1° Il y a les progressistes qui sont loin d'être aveuglés par leur enthousiasme. Ils analysent avec justesse le mouvement actuel, dénoncent certains écueils de la numérisation mais démontrent aussi et surtout son aspect positif. Ils comparent les liseuses, leurs potentialités. Ils font un bon travail d'amateur (au sens noble du terme). Ce ne sont pas de doux rêveurs; ces passionnés, parfois professionnels du Livre, attirent l'attention sur les avantages que l'on peut tirer de ces nouveaux supports de lecture mais aussi sur les dangers que la numérisation peut engendrer si elle n'est pas abordée à sa juste valeur.
Malheureusement, les décisionnaires semblent hermétiques ou sourds à leurs discours.
2° -D'une part, les politiques entretiennent une vision archaïque d'un système qui les dépasse de par leur manque d'intérêt, les copinages et (ou) l' ignorance (de trop nombreux exemples nous ont fait rire -Chirac avec la souris- nous ont affligés -l'utilisation abusive du terme "pirate"lors du vote de la loi Hadopi ou la volonté de taxer la publicité sur internet- ont titillé notre "mauvais esprit" comme la proposition de loi sur la péremption des données "gênantes"sur internet).
-D'autre part, les éditeurs défendent leur pré carré; ils savent ce qu'ils ont à perdre et cherchent à préserver leurs intérêts. Ils se méfient de la gratuité, de l'immatérialité et d'une perte de contrôle des acteurs du Livre. La profession qui a longtemps été à l'abri de l'industrialisation, du capitalisme à court terme, a gardé dans son fonctionnement un paternalisme sclérosant. Les éditeurs écoutent mais n'entendent pas (ou le contraire) , pire ils refusent toute discussion notamment avec les auteurs. Quand ils dialoguent, c'est que les décisions sont prises.
-Chacun défend sa vision du "numérique".
Pourtant, tout en traînant des pieds, des alliances se créent, des stratégies se mettent en place, certains groupes travaillent sur des systèmes de numérisation, de vente en ligne ou de bases de données. Globalement, il ressort malheureusement un manque de vision d'avenir concernant les potentialités du support numérique et une absence de fonds lourds à investir.
Qu'en est-il des autres professionnels de la chaîne du Livre?
3° Les distributeurs (souvent liés à des groupes éditoriaux, aux mêmes conglomérats qui mettent en place les stratégies numériques à grande échelle) ont tout à perdre dans la numérisation: La distribution est une des pièces maîtresses (pour résumer de façon sommaire) dans le système de cavalerie comptable dont souffre toute la chaîne du Livre!
En effet, pour rentabiliser leurs entrepôts gigantesques, les gros trusts ont dû acheter, regrouper des maisons d'édition, les inciter à produire plus (pour remplir les entrepôts) et à développer le système d'office (envoi des nouveautés aux libraires avec possibilité de crédit sur les invendus retournés) pour faire tourner la machine. La production (facturation) augmentant pour compenser les retours (crédits), les centres arrivent à saturation, la machine s'emballe.
Ce traitement de marchandises par flux et reflux est une des spécificités de la logistique du Livre. Il engendre un système de crédit sur retour qui est une perversité comptable, une des faiblesses de l'industrie du Livre car si l'un des maillons de la chaîne se brise, c'est toute la machine qui s'enraye. Face à la dématérialisation, les distributeurs vont devoir s'adapter. Vont-ils opérer, à plus ou moins long terme, une diversification au profit d'autres marchandises ou se tourner vers d'autres marchés (particuliers, collectivités...)? Les éditeurs, diffuseurs passeront-ils par d'autres acteurs? Les plateformes logistiques retrouveront-elles une taille "humaine", à l'échelle locale notamment? Beaucoup de questions dont je n'ai pas les réponses.
Loin de l'industrie du Livre mais dépendant de celle-ci, il y a l'auteur.
4° Depuis longtemps les auteurs envisagent l'avenir par rapport aux supports de lecture.
Comme pour la musique et le cinéma, il y a quelques "privilégiés" que nous délaisseront au profit du plus grand nombre. Leurs intérêts se rapprochent généralement de celui des gros éditeurs. Ces derniers, estimant être les seuls autorisés à tenir un discours économique et juridique sérieux et cohérent sur le droit d'auteur, je vous renvoie au chapitre précédent et au site du SNE.
De nombreux auteurs, donc , testent de nouvelles approches, tant au niveau de l'écrit que de la diffusion de leur œuvre. Les essais de François Bon à ce sujet sont fort intéressants, de même que les propos des bloggueurs qui adaptent leurs créations en fonction du support (papier ou numérique).
La création se marie avec le support, profite de son format, de ses potentialités, de son ergonomie, de ses qualités et de ses défauts. Les auteurs font acte d'inventivité par rapport à la narration, au lettrage, au rythme de lecture et d'écriture, au design. Ce mouvement devrait s'accélérer avec l'arrivée des "natives" (ceux qui sont nés un ordinateur à la main) et le développement de plus en plus poussé et attractif des logiciels.
L'approche d'un nouvel outil, sa prise en main, ne fait que développer la créativité humaine sans faire table rase de l'existant: on construit "avec" pas "contre"!
Le numérique laisse aussi espérer une meilleure diffusion des œuvres de création. Il peut être utile à l'auteur pour se faire repérer, pour "prouver" qu'il existe, pour trouver ou garder un éditeur, pour être en contact direct avec son lectorat, pour s'auto-éditer à moindre risque, pour s'exprimer librement, sans trop de contrainte.
[Le personnel enseignant devrait apprendre aux enfants à se servir des outils multimédias, à en comprendre les enjeux, les risques, leurs intérêts et leurs dangers - appréhender et réfléchir-]
Un auteur peut aussi espérer voir ses œuvres épuisées à nouveau accessibles au grand public.
* Par contre les problématiques soulevées ar le numérique se situent au niveau du respect et de l'intégrité d'une œuvre, à la protection de celle-ci par rapport au pillage et au droit d'auteur (moral et pécuniaire).
Des lois existent mais les rapports à l'œuvre de création ne sont pas les mêmes selon l'histoire culturelle des régions du Monde. De plus, le terrain est miné par le combat que mènent les grandes puissances économiques entre elles.
Seule l'Unesco ou une législation internationale pourrait défendre le droit des auteurs.
Le nerf de la guerre reste l'argent, la rémunération des auteurs, car ce sont les seuls aujourd'hui à nourrir le système (internet comme les métiers du Livre) sans réussir à en vivre.
De là à envisager un salaire universel de base...
Revenons à la réalité le libraire.
5° Ceux-ci sont confrontés à de nombreux problèmes. Je ne m'étendrai pas sur les problèmes économiques.
Ils ont su s'adapter à l'arrivée des sites de vente en ligne (les libraires de livres anciens ont rebondi de façon exemplaire sur les potentialités d'internet), mais de nombreuses librairies courbent l'échine face à une concurrence massive qui possèdent une logistique qui va de pair avec une trésorerie conséquente. Depuis quelques années, on ne compte plus les fermetures, à Paris notamment, de librairies et ce ne sont ni les ouvertures ni les aides publiques qui vont inverser la situation.
Va-t-on avoir des librairies subventionnées, soutenues par les collectivités publiques (comme les cinémas de quartier) avec toutes les problématiques induites?
De plus en plus de bornes apparaissent dans les boutiques avec des offres de liseuses et lecture numérique. Le post de Charles Kermarec est très révélateur des inquiétudes à avoir pour le maillon obsolète que serait la librairie. Les librairies vendront-elles des livres "papier" et des fichiers numériques, développeront-elles une offre parallèle (poste, papeterie, salon de thé, rencontres et réunions publiques, impression à la demande...)?
Bien sûr avec les fichiers numériques, il y aura moins de manutention, pas de retours d'invendus (donc logiquement une trésorerie plus saine) mais qu'en sera-t-il du choix, du conseil?
Qu'en sera-t-il du lieu (de son importance pour le bien-être du client, sa mise en condition, en disponibilité), du lien qui se noue (du premier contact timide à la visite régulière), de la convivialité, de l'atmosphère?
La force du libraire est le conseil, sa connaissance des livres et de l'humain, sa capacité à transmette le savoir.
Pour la prescription et la présentation, rien ne remplace encore le libraire. Il suffit de fouiller sur les sites en ligne pour ressentir un profond ennui, il suffit de faire une recherche sur internet pour en constater les limites. Mais tout change, très vite.
Il leur faudra les reins solides, il leur faudra s'adapter et s'accrocher à leur savoir, il leur faudra le soutien infaillible de toute la profession, et c'est ainsi que... on peut rêver.
Plusieurs points pour finir:
1° La numérisation massive est une chance pour l'accès au savoir, pour les archives et les œuvres orphelines, pour les livres délaissés par leurs éditeurs (il est, par exemple, quasiment impossible de trouver les premières pièces d'Arrabal).
Mais la numérisation massive ne sert à rien, telle qu'elle est pratiquée actuellement pour les livres d'Art. Certaines archives sont illisibles ou inutilisables mises à disposition comme des paquets de feuilles posés sur la table. Il faudrait un travail de nettoyage, parfois de reformatage, de recadrage des œuvres présentées quitte à mettre les deux versions en parallèle ou en superposition (système de calques).
Certains éditeurs, certaines institutions se donnent les moyens humains et matériels de le faire.
Là aussi, on pourrait parler de développement durable ou raisonné.
2° La défense de la langue fait partie des devoirs de nos États. Une diffusion massive de l'anglais (les États-Unis d'Amérique sont volontairement laxistes en ce qui concerne la diffusion de leurs œuvres; celles-ci "conditionnant" les populations à un mode de vie et de pensée en vue d'acquérir de nouveaux marchés) couplée à une législation trop restrictive de notre seul pays en ce qui concerne la création francophone (ou sa majeure partie), serait (est) dramatique pour notre langue. Il n'est pas rare de ne trouver des œuvres françaises que dans leur version traduite ou sur des sites étrangers. (Et qu'on ne vienne pas me parler du droit d'auteur quand on voit le nombre de livres à prix bradés, soldés et le marché des services de presse!)
3° Les liseuses actuelles ne sont guère attrayantes, souvent archaïques et chères. Un de leurs intérêts se situe dans leur luminosité qui fatigue moins que les écrans d'ordinateur. Mais, l'arrivée prochaine de supports adaptés à des prix attractifs devrait changer la donne. Les téléphones portables sont un bel exemple de ce que l'on peut envisager: la mise en réseau, l'interactivité sont parmi les atouts de ces nouveaux outils de communication; leur actualisation (presse, ouvrage millésimé...); leurs fonctions multimédia (dictionnaire, encyclopédie...); leurs capacités (mémoire, vitesse...); leurs multiples usages (agenda, appareil photo, GPS, guide touristique...)
... j'en oublie tant les utilisations et possibilités sont nombreuses; à commencer par la lecture dans sa simplicité revigorante. Les aveugles et mal-voyants devraient bénéficier de ce mouvement. En espérant que la concurrence fasse baisser les prix, motive chercheurs et commerciaux sans nuire à l'interopérabilité ni multiplier les formats de fichiers.
4° Méfions-nous toutefois du contrôle des lectures, de la censure. De nombreux évènements nous incitent à la prudence (Apple avec la pornographie, Amazon et la suppression de fichiers, l'intérêt judiciaire porté aux bibliothèques, le développement de l'auto-censure). Le danger du "flicage" est permanent, l'accès privé ou réservé à certaines données est nécessaire.
5° Qu'en est-il du prix d'un fichier numérique présenté par l'éditeur?
-ce qui coûte moins cher: il n'y a plus de transport, de stockage physique, d'envoi de service de presse par poste ou coursier, il n'y a plus d'impression...
-ce qui coûte plus cher: la TVA est de 19.6% au lieu de 5.5% pour le format "Gutenberg".
La protection qui est à la charge du libraire pour le livre papier revient à la charge de l'éditeur pour le numérique. Dans un cas comme dans l'autre, les systèmes sont très chers pour une efficacité somme toute relative.
Les salaires dans les métiers du Livre sont très bas, ce n'est un secret pour personne. Les spécialistes employés pour tout ce qui touche au "numérique" travaillent dans un domaine de concurrence non spécifique au Livre. Leurs salaires s'alignent sur ceux du marché et sont plus élevés que ceux pratiqués généralement dans l'édition.
6° La prise de participation de la Caisse des dépôts et consignations dans le capital de Dailymotion est significative du positionnement de l'État sur une offre universelle, et sur le contrôle de celle-ci.
7° La question des abonnements dont le prix additionné devient prohibitif devrait amener à réfléchir quant à l'accès à la connaissance tant le rapport à l'argent, à la valeur des choses ou la reconnaissance du travail a perdu son sens.
Vaste sujet!
Bibliographie succincte:
Typographie du Livre français sous la direction d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Situation de l'édition et de la librairie, revue Lignes n°20
L'édition sous influence de j. et G.Brémond (Liris)
Éditeurs indépendants: de l'âge de raison vers l'offensive de Gilles Cohen (Alliance)
Édition, l'envers du décor de Martine Prosper (Nouvelles éditions lignes)
La vie du livre contemporain: étude sur l'édition littéraire de 1975 à 2005 d'Olivier Bessard-Banquy (Presses Universitaires de Bordeaux)
Les ouvrages du Cercle de la Librairie sont tous issus d'un travail admirable. Malheureusement, leur prix est souvent proportionnel.
En PDF:
Rapport sur le livre numérique.
Le livre pour tous de Marie Lebert.
Les mutations du Livre de Marie Lebert 2007.
La bataille Hadopi par In Libro Veritas.
Quelques sites pour se tenir informé:
Association des professionnels de l'édition
Bibliobs
Actualitté
Les sites indiqués dans notre rubrique "Autour de l'écrit".
Pour finir, je renvoie sur les trois articles que j'avais écrit précédemment, tâche inachevée tant les choses évoluent rapidement.
Monsieur.
dimanche 15 novembre 2009
Livre et percée numérique: tentative d'analyse subjective de la situation. (Libre rapport sur le Milieu)
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vendredi 6 novembre 2009
Le Club des Incorrigibles Optimistes
Le Club des Incorrigibles Optimistes en un mot? Délectable.Il peut sembler impressionnant quand vous le découvrez, là, sur la table de votre libraire... il deviendra pourtant très vite la bulle d'air de votre journée:
À Paris, en 1959, des apatrides venus des pays communistes d'Europe Centrale et de l'Est ont constitué un club d'échecs dans un bistrot du Quartier Latin, le Balto.
Michel, jeune lycéen parisien, va s'immiscer dans leur Club et les écouter parler de leur histoire, de leurs origines et de ce qui les a mené là.
À Paris ils sont pauvres et semblent hors du temps, dépassés par la société. Dans leur pays d'origine ils étaient prince, chirurgien, pilote d'avion ou prof de propagande spécialisé dans l'annulation pur et simple de l'existence des ennemis d'État.
Ils ont dû reprendre à zéro une vie brisée par et pour le communisme, qu'ils aiment ou qu'ils détestent; les discussions politiques pourtant interdites dans leur Club sont fréquentes et animées: les histoires du passé ont souvent la vie dure...
Deux personnages très médiatiques de l'époque fréquente ce club, deux hommes qui ont aidés beaucoup d'étrangers dans leur situation: Joseph Kessel et Jean-Paul Sartre se joignent aux autres membres du club, travaillent dans cette atmosphère feutrée ou fête les grands événements de leur vie.
Michel, lui, subit son époque: entre sa famille affaiblie par une lutte des classes sans merci, un oncle vivant de près la fin de l'Algérie Française et un frère décidé à couper les ponts avec père, mère et copains, un ami parti combattre en Afrique du Nord et une amie aux nerfs fragiles, le Club des apatrides apparaît comme un endroit apaisant...
Passionnant, sans ralenti, le Club des Incorrigibles Optimistes est l'un des meilleurs romans de la rentrée, aux côtés de la Vaine Attente de Nadeem Aslma et de Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé.
À découvrir, donc, et à inclure dans la liste des cadeaux de Noël de vos proches!
-Madame-
Le Club des Incorrigibles Optimistes
de Jean-Michel Guenassia
éditions Albin Michel 2009
samedi 5 septembre 2009
La vaine attente
Un pays, l'Afghanistan, carrefour mondial des tragédies.Une maison, celle de Marcus, synonyme d'abri pour ses occupants.
Quatre personnages, quatre origines, quatre destins qui s'y rejoignent et s'y entremêlent.
La vaine attente nous conte la richesse d'un pays aujourd'hui plongé dans l'horreur de la guerre et l'amour que portent ses habitants pour son passé, l'espoir (vain?) pour son avenir. Un livre bouleversant aux images tantôt dures, tantôt poétiques qui éclairent les conflits vécus par cette région du monde d'un faisceau plus large, plus cru.
La poésie de certains passages, sur des lieux, des personnages, raisonne durant toute la lecture de ce livre passionnant par-delà les tensions, les coups portés au peuple afghan et aux personnages des différents horizons se croisant dans ce carrefour des tragédies.
Pour un libraire, ce n'est pas un livre "facile à vendre", il reste pourtant l'ouvrage le plus profond et le plus intéressant de tout ceux que j'ai pu lire pour cette nouvelle rentrée littéraire.
-Madame-
La vaine attente
de Nadeem Aslam
éditions du Seuil 2009
mardi 14 juillet 2009
De la dame écouillée
Au Moyen-Âge, un seigneur laissa peu à peu les rênes du pouvoir à sa femme, tant en ce qui concerne la gestion de la maisonnée que ce qui touche l'ensemble des terres et de leurs vassaux.La femme, au fond méchant et cruel, profita tant et si bien de la situation qu'elle devint régente à la place du régent...
Dénigrant son époux devant le monde, s'opposant systématiquement à ses décisions et invitant sa fille à faire de même avec son jeune mari, elle met les nerfs de son gendre à très rude épreuve.
Celui-ci trouve un moyen pour le moins saignant de donner une leçon mémorable à sa belle-mère...
Fabliau cruel, il me fait rire par le subterfuge utilisé et par la morale on ne peut plus misogyne.
Que les féministes sans concessions ne s'arrêtent pas à ce livre: il avait déjà fait scandale il y a quelques siècles de cela en mettant en scène la médiocrité de personnages masculins et la méchanceté de certaines femmes de la haute noblesse, idée inconcevable (et surtout inracontable) à l'époque...
À noter que la traduction depuis l'ancien français est accompagnée d'une version de cette petite fable en langue d'origine.
À découvrir absolument!
-Madame-
De la dame écouillée
Anonyme
Éditions Allia
Collection Très petite
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jeudi 11 juin 2009
Les âmes brûlés
Un homme, brûlé au 4e degré après un grave accident de voiture, rencontre une jeune femme, patiente en psychiatrie, persuadée de l'avoir connu il y a 700 ans de cela.Lui: sans ne jamais être nommé, star du X, il perd sa maison de production de films érotiques et ses amis, après l'accident qui le transforme en morceau de viande brûlé.
Il souffre dans sa chair, un serpent ronge son âme, son enfance ponctuée de drames le hante.
Elle: Elle se fait appeler Marianne Engel, reste persuadée de vivre depuis 7 siècles, prétend connaître l'ancien acteur de porno, lui affirme qu'il n'en est pas à sa première expérience extrême en matière de flammes. Aujourd'hui sculpteuse de pierre, elle dit donner vie aux gargouilles habitant ses blocs de pierre. Elle s'inflige un travail titanesque, et se souvient du temps ou elle était un génie de la calligraphie allemande.
La construction de ce récit me laisse pantoise: elle me fait penser à ces danseurs sur le fil, qui se tiennent à un haut niveau et évitent les affres d'une chute. Je ne suis absolument pas fan de romans à la Da Vinci Code, j'ai eu peur jusqu'à la fin que l'histoire ne dérape et nous emmène dans des contrées pseudo-fantastiques. Or ici rien de tout cela: l'Enfer de Dante, les légendes sur les éléments, l'Allemagne des érudits émaillent le roman de bout en bout et lui donne une dimension peu courante.
Histoires d'amour, d'aventures, galeries de personnages attachants, ce roman nous fait passer de la réalité la plus crue à la poésie inspirée.
À noter également, la qualité d'écriture et de traduction qui n'enlèvent rien au très grand plaisir de lecture trouvé dans ce livre.
Un site a été développé pour présenter cet ouvrage, lesamesbrulees.fr. Attention, ce site promotionnel ne doit pas faire fuir le lecteur effrayé par les plans médias trop agressifs. Je le répète, ce roman est un petit bijou, violent parfois, voire très saignant quand on découvre par quel processus un grand brûlé est soigné, mais mérite vraiment qu'on s'y arrête.
Excellente lecture à vous!
-Madame-
Les Âmes brûlées
de Andrew Davidson
éd. Plon 2009
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mardi 3 mars 2009
L'absolue perfection du crime
Marin, jeune homme tout juste sorti de prison, retrouve sa "famille", bande de criminels de bas étages dont il est tacitement le chef de bande.Il leur propose un casse bien plus important que tout ce qu'ils ont pu réaliser jusque là, qu'il a eu largement le temps de mûrir pendant son séjour au 9m² Palace: celui du casino.
"Ce sera l'absolue perfection du crime", a murmuré l'oncle.
Mais depuis le début, cette histoire sent le vinaigre.
Le narrateur, Pierre, fait parti de cette association de malfaiteurs depuis le début, et nous fait partager son malaise devant la proposition (trop?) ambitieuse de son ami d'enfance.
C'est l'échafaudage de ce plan ainsi que les relations ambigües entre les membres de l'équipe auxquels on assiste, impuissant, presque pris de pitié pour ce qui ne devrait pas manquer de leur arriver...
La construction du récit et l'écriture de Tanguy Viel donnent tout le relief à cette histoire de gangster à la saveur de dimanches froids et humides et de vieux docks désaffectés.
-Madame-
L'absolue perfection du crime
de Tanguy Viel
éditions de Minuit 2006
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mardi 24 février 2009
Tribulations d'un précaire
Il existe certains boulots qu'on ne peut faire que malgré soi. De ces jobs trop difficiles pour les tenir plus de 3 semaines sans en perdre la raison. De ces postes qu'on ne réclame que l'estomac vide, en attendant des jours meilleurs.Et puis parfois ces emplois s'enchaînent, se donnent la main, nous entraînent dans une lente descente en enfer.
Iain Levison nous décrit dans ses Tribulations sa propre expérience, au sortir d'une fac de lettres totalement inutile (voir dangereuse) pour un CV.
Avec humour, ironie et finesse, il nous invite dans un monde qu'on voudrait croire parallèle, mais qui n'est que trop réel.
-Madame-
Tribulations d'un précaire
de Iain Levinson
éditions Liana Levi, collection Piccolo
2009
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Tribulations d'un précaire
lundi 1 décembre 2008
Qui touche à mon corps je le tue
Trois personnages gravitent autour de l'exécution d'une "faiseuse d'ange". Trois personnes violemment touchées par les conséquences de l'avortement bien avant sa légalisation en France, pour des raisons très différentes.Lucie L., jeune femme à l'enfance remplie de lumière et de l'amour de sa mère, s'avorte en solitaire, loin de son mari envoyé au STO, pendant la guerre.
Marie G., condamnée à mort pour avortements multiples, et donc assassinats aux yeux de la justice française, vit sa dernière journée et revient sur sa vie, les enchaînements qui en ont fait une "sorcière", avant sa mort. Elle sera l'une des dernières femmes décapitées avant l'abolition de la peine de mort.
Enfin, Henri D., héritier de la charge d'exécuteur des hautes oeuvres, s'apprête à obéir aux ordres de l'Etat et à faire passer sur la planche à bascule le corps bientôt sans vie de Marie G., avec tout le professionalisme et les questions qu'il ne se pose plus sur le rôle que lui donne cette charge.
Une journée douloureuse, vécue avec ces trois êtres condamnés d'avance à subir les conséquences de ce qu'ils étaient, sont et sont devenus, dans un état d'esprit très clair et sans concession, dans la plus grande solitude. La violence des actes est dite sans fioritures, sans appitoiements, toute nue.
Un roman cru, touchant, violent mais sans volonté de faire voir l'horreur. Avoir les cartes en main pour réfléchir, et se demander qui des trois personnages nous pourrions être, avortée, avorteuse ou bourreau, et lequel des trois est le plus à plaindre ou à maudire.
S'il y a lieu.
-Madame-
Qui touche à mon corps je le tue
de Valentine Goby
éd. Gallimard 2008
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mercredi 19 novembre 2008
Le roman de la Cité Interdite, t.1: Le Mandat du Ciel

Dans la Chine du 17e siècle, un jeune garçon issu d'une famille très pauvre, Tchouen-yun, se fait prédire un avenir des plus fastueux: la vieille sorcière de son village lui assure qu'un jour "tous les trésors existant sous le ciel se trouverait entre ses mains". Elle prédit également à l'ami de Tchouen-yun, Wen-sieou, fils de nobles du même comté, que lui reviendrait "l'écrasant destin de soutenir l'empereur".
De quoi faire rêver les plus cartésiens...
Certains de leur destinée, les deux amis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leur bonne étoile.
A une époque charnière pour la Chine impériale, vieille de quatre mille ans, les deux amis vont prendre des chemins divergents, et éloignés l'un de l'autre vont voir se profiler une ère d'incertitudes et de chaos.
La difficulté de lecture, parfois rencontrée dans certains textes sur la Chine, n'a pas cours ici: Asada Jirô (auteur japonais) nous entraîne dans un ballet d'impressions, de passions et d'évènements historiques.
-Madame-
Le roman de la Cité Interdite,
tome1: Le Mandat du Ciel
de Asada Jirô
éd.Picquier 2008
Certains de leur destinée, les deux amis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leur bonne étoile.
A une époque charnière pour la Chine impériale, vieille de quatre mille ans, les deux amis vont prendre des chemins divergents, et éloignés l'un de l'autre vont voir se profiler une ère d'incertitudes et de chaos.
La difficulté de lecture, parfois rencontrée dans certains textes sur la Chine, n'a pas cours ici: Asada Jirô (auteur japonais) nous entraîne dans un ballet d'impressions, de passions et d'évènements historiques.
-Madame-
Le roman de la Cité Interdite,
tome1: Le Mandat du Ciel
de Asada Jirô
éd.Picquier 2008
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dimanche 2 novembre 2008
L'ombre des voyageuses
Au 18e siècle, dans les Vosges, une jeune femme à la chevelure flamboyante, la Rouge Bête, est accusée du meurtre de deux hommes.Elle fuit pour échapper à la vengeance des habitants de son village avec Cauvin, son ami d'enfance, qui prévoit de traverser avec elle l'Atlantique, en direction du Nouveau Monde.
Mais ce voyage ne se déroulera pas vraiment dans les conditions voulue, la Rouge Bête en sera transformée à jamais. Devenue pirate, milicienne en Louisiane, chef de bande redoutable, elle retournera en France et règlera de vieux comptes, avant de repartir à jamais.
Rien de mieux qu'un tel roman pour rire du snobisme de certains, qui s'amusent à faire passer la drôle de rumeur de la déchéance de la culture française...
-Madame-
L'ombre des voyageuses
de Pierre Pelot
éd. Pocket 2008
-Madame-
L'ombre des voyageuses
de Pierre Pelot
éd. Pocket 2008
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vendredi 3 octobre 2008
Sous la surface des roses
Gregory Crewdson est un photographe à l'univers très particulier.Avant la parution de ce livre en français, je l'ai cherché chez d'autres libraires parisiens, spécialisés en photos et graphisme. Je leur ai demandé s'il existait d'autres titres de cet artiste disponibles en France. Mais ni à La Chambre Claire, ni au Regard Moderne (librairie incroyable, à voir absolument si on veut se rendre compte du sentiment d'Ali Baba quand il a découvert sa caverne... le libraire est une mine de savoir et de gentillesse) Gregory Crewdson n'était représenté. Et d'après ces spécialistes, aucun autre photographe n'a d'univers similaire.
Les détails sont très importants chez Crewdson: chaque photo mérite plusieurs regards. A la première vision, on trouve le sujet souvent sordide, toujours triste. Puis on observe un peu mieux, on découvre que ce qu'on prenait pour de la terre recouvrant un lit et une moquette est en réalité un amas de roses. La tristesse reste, mais l'histoire n'est plus la même.
J'ai fait le test avec une collègue, qui trouvait ces clichés un peu rudes. Elle a fini par me demander ce qui avait bien pu se passer avant la prise de vue. Et après...
En librairie les clients sont curieux, ouvrent le livre et découvrent ces photos. Et les même réflexions tombent...
La préface de Russell Banks éclaire encore un peu plus le lecteur sur le travail de Crewdson, et nous permet de mieux l'appréhender.
La curiosité étant un des meilleurs défauts qui soit, laissez-vous tenter, demandez à votre libraire préféré de vous présenter ce photographe hors norme...
-Madame-
Sous la surface des roses
de Gregory Crewdson
éd. Textuel 2008
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Textuel
mardi 23 septembre 2008
Daphné disparue
Juan est un auteur espagnol "en vue". Le soir de son anniversaire, un accident de voiture lui fait perdre la mémoire.A son réveil, son premier réflexe est de chercher dans son carnet des indices de son passé. Sa dernière note commence par une petite phrase: "Je suis tombé amoureux d'une inconnue..."
De là tout s'enchaîne. Juan enquête pour savoir qui il est, et de quelle femme il a pu tomber amoureux.
Les hauts personnages du monde des Lettres, des enquêteurs au service des écrivains, des serveurs empressés de restaurants littéraires, des littérateurs du dimanche... un drôle de cirque va envahir la vie de ce pauvre homme, et nous laisse enfin avec un sentiment de paranoïa et de schizophrénie aigüe...
Daphné disparue est une satyre du monde éditorial, soit-disant au service de l'art et des artistes, dans lequel certains grands éditeurs français pourraient sûrement se reconnaître.
Ce monde éditorial mis de côté, Daphné disparue est une lecture plaisante, de détente, qui n'a pas pour vocation que de critiquer un métier, mais de faire passer un agréable moment à son lecteur. Pas LE roman de la rentrée, donc, mais à souligner tout de même...
-Madame-
Daphné disparue
de José Carlos Somoza
éd. Actes Sud 2008
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roman
dimanche 14 septembre 2008
Pour Vous
Delphine se grime, se fait passer pour des disparus, remplace provisoirement des proches, va jusqu'à mettre son corps au service des autres, sous couvert de contrats signés dans sa petite entreprise de service.On lit cette histoire et on se dit que cette femme est barge, mauvaise, que non, ce n'est pas possible, jamais on ne pourrait demander aide et assistance à ce type de personne.
Dominique Mainard sait y faire: l'ambiance indéfinissable de ce roman happe son lecteur, lui donne un curieux goût en bouche, lui fait presque aimer son personnage, pourtant détestable, et lui laisse un souvenir de grand, très grand plaisir de lecture.
J'ai adoré ce roman.
Dominique Mainard m'a offert mon coup de coeur de la rentrée, elle mérite d'être aussi reconnue que les grands noms de la littérature qui hantent les médias en cette fin d'année.
Un conseil? Ne passez pas à côté.
Un conseil? Ne passez pas à côté.
-Madame-
Pour vous
de Dominique Mainard
éd. Joëlle Losfeld 2008
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Pour Vous,
roman
mercredi 27 août 2008
Le Livre des Nuits
J'ai fait une pause dans la lecture des livres à paraître en cette très prochaine rentrée littéraire, pour me délecter de ce roman. Sombre, poétique, fantastique en bien des passages et pourtant ancré dans la réalité, on découvre avec Sylvie Germain de quelle façon les âmes se façonnent, l'influence des êtres humains sur leur entourage.Il s'agit d'un texte dur, peu de sourires viennent affleurer la surface de cette histoire de famille française, rythmée par les conflits inter-générationnels et mondiaux.
Un jeune garçon, Victor-Flandrin, quitte les eaux calmes des canaux où il a toujours vécu sur le conseil de sa grand-mère, vieille fée bienfaitrice durement touchée par les épreuves qui ont jalonnées sa vie.
Après quelques années passées dans les profondeurs de la terre, après quelques temps d'errance, il arrive un jour au village de Terre-Noire, à la frontière du pays, dans ce coin où la guerre chaque fois s'annonce, et chaque fois se fait cruelle.
La ferme dans laquelle il s'arrime va devenir le nid de sa famille, là où ses enfants, tous jumeaux, vont naître, grandir et apprendre le monde en constante ébullition.
La vie de cet homme, marquée par les guerres de 1870, 14-18 et 39-45, est faite d'amour, de haine, de violence et de pleurs. Et de magie, aussi...
-Madame-
Le Livre des Nuits
de Sylvie Germain
éd. Folio Gallimard 2007
1985
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Sylvie Germain
mercredi 6 août 2008
La femme en vert
Dans un quartier en construction aux abords de Reykjavik, des enfants découvrent des ossements.Le commissaire Erlendur Sveinsson, secondé par ses collègues Elinborg et Sigurdur Oli, enquête sur les causes de la mort de leur propriétaire. Cette recherche va faire remonter à la surface une sordide histoire de famille, vieille de plusieurs dizaines d'années:
Sous la violence de son mari, sous la chape de peur, intense, que celui-ci a abattu sur sa femme et ses enfants, une mère de famille tente de survivre, dans la crainte constante de se faire à nouveau tabasser, insulter.
Indridason fait résonner chaque cri de cette mère au plus profond de nous, chaque baffe nous frappe de plein fouet, chaque regard terrorisé des enfants vers leur mère nous flanque des frissons d'angoisse.
On retrouve ainsi en parallèle l'enquête du commissaire islandais et de son équipe, puis l'histoire de ses hommes et de ses femmes profondément marquées par la solitude et la famille plus que présente.
Arnaldur Indridason se plaît à nous démontrer l'importance de la Grande Histoire sur la petite, et d'un environnement difficile sur l'état d'esprit des Islandais. Au travers de son personnage central, Erlendur, qui subit lui aussi les affres de la paternité et de la vie en couple ratée, on visite une Islande noircie, sombre... et pourtant très attirante.
-Madame-
La Femme en vert
d'Arnaldur Indridason
éd. Points Seuil 2007
2001
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La mesure du temps
Mamo et Lamamo, frères jumeaux nés en 1974 dans un village du Nigéria, ont un objectif très clair: devenir célèbres. Quel qu'en soit le moyen!L'indifférence de leur père et la haine qu'ils entretiennent à son égard sera leur principal moteur.
On atteint la célébrité de bien des manières, eux choisissent de devenir soldats.
Mais Mamo est malade, seul son frère pourra fuir le village et accomplir son rêve.
Condamné à rester au village, Mamo lit et étudie pour combler l'ennui de journées d'inaction. Devenu professeur , il se lance dans l'écriture d'une Histoire de son peuple et décrit son pays: colonisation, christianisation sont des termes récurrents de cette Histoire, les grands personnages qui ont façonné l'économie et la politique du Nigéria sont souvent des blancs imbus de pouvoir, ou des noirs profitant de situations houleuses. Mamo rencontrera les descendants de ces personnages, et tentera de décrypter les documents qu'on voudra bien lui montrer.
Pendant ce temps, Lamamo traverse plusieurs pays d'Afrique en guerre. Les nouvelles qu'il envoie de loin en loin à son frère présente une autre réalité de l'Afrique, terrible, où la violence au quotidien devient presque anodine.
La mesure du temps nous décrit une Afrique quotidienne, politique, moderne , et éloigne définitivement l'image "Banania" que certains pourraient encore imaginer.
C'est un texte prenant, de ceux qui ne laissent pas insensible et se rappellent à nous à chaque évocation de ce continent.
-Madame-
La mesure du temps
de Helon Habila
éd. Actes Sud 2008
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