dimanche 14 juin 2009

De la dame écouillée

Au Moyen-Âge, un seigneur laissa peu à peu les rênes du pouvoir à sa femme, tant en ce qui concerne la gestion de la maisonnée que ce qui touche l'ensemble des terres et de leurs vassaux.
La femme, au fond méchant et cruel, profita tant et si bien de la situation qu'elle devint régente à la place du régent...
Dénigrant son époux devant le monde, s'opposant systématiquement à ses décisions et invitant sa fille à faire de même avec son jeune mari, elle met les nerfs de son gendre à très rude épreuve.
Celui-ci trouve un moyen pour le moins saignant de donner une leçon mémorable à sa belle-mère...
Fabliau cruel, il me fait rire par le subterfuge utilisé et par la morale on ne peut plus misogyne.
Que les féministes sans concessions ne s'arrêtent pas à ce livre: il avait déjà fait scandale il y a quelques siècles de cela en mettant en scène la médiocrité de personnages masculins et la méchanceté de certaines femmes de la haute noblesse, idée inconcevable (et surtout inracontable) à l'époque...
À noter que la traduction depuis l'ancien français est accompagnée d'une version de cette petite fable en langue d'origine.

Concernant la Très petite collection des éditions Allia, il faut savoir qu'à très petit prix (3€), elle nous propose des textes plus fouillés que les habituels "livres de caisse" que l'on trouve en librairie...
À découvrir absolument!

-Madame-

De la dame écouillée
Anonyme
Éditions Allia
Collection Très petite

jeudi 11 juin 2009

Les âmes brûlés

Un homme, brûlé au 4e degré après un grave accident de voiture, rencontre une jeune femme, patiente en psychiatrie, persuadée de l'avoir connu il y a 700 ans de cela.

Lui: sans ne jamais être nommé, star du X, il perd sa maison de production de films érotiques et ses amis, après l'accident qui le transforme en morceau de viande brûlé.
Il souffre dans sa chair, un serpent ronge son âme, son enfance ponctuée de drames le hante.

Elle: Elle se fait appeler Marianne Engel, reste persuadée de vivre depuis 7 siècles, prétend connaître l'ancien acteur de porno, lui affirme qu'il n'en est pas à sa première expérience extrême en matière de flammes. Aujourd'hui sculpteuse de pierre, elle dit donner vie aux gargouilles habitant ses blocs de pierre. Elle s'inflige un travail titanesque, et se souvient du temps ou elle était un génie de la calligraphie allemande.

La construction de ce récit me laisse pantoise: elle me fait penser à ces danseurs sur le fil, qui se tiennent à un haut niveau et évitent les affres d'une chute. Je ne suis absolument pas fan de romans à la Da Vinci Code, j'ai eu peur jusqu'à la fin que l'histoire ne dérape et nous emmène dans des contrées pseudo-fantastiques. Or ici rien de tout cela: l'Enfer de Dante, les légendes sur les éléments, l'Allemagne des érudits émaillent le roman de bout en bout et lui donne une dimension peu courante.
Histoires d'amour, d'aventures, galeries de personnages attachants, ce roman nous fait passer de la réalité la plus crue à la poésie inspirée.

À noter également, la qualité d'écriture et de traduction qui n'enlèvent rien au très grand plaisir de lecture trouvé dans ce livre.

Un site a été développé pour présenter cet ouvrage, lesamesbrulees.fr. Attention, ce site promotionnel ne doit pas faire fuir le lecteur effrayé par les plans médias trop agressifs. Je le répète, ce roman est un petit bijou, violent parfois, voire très saignant quand on découvre par quel processus un grand brûlé est soigné, mais mérite vraiment qu'on s'y arrête.

Excellente lecture à vous!

-Madame-

Les Âmes brûlées
de Andrew Davidson
éd. Plon 2009

mardi 3 mars 2009

L'absolue perfection du crime

Marin, jeune homme tout juste sorti de prison, retrouve sa "famille", bande de criminels de bas étages dont il est tacitement le chef de bande.
Il leur propose un casse bien plus important que tout ce qu'ils ont pu réaliser jusque là, qu'il a eu largement le temps de mûrir pendant son séjour au 9m² Palace: celui du casino.

"Ce sera l'absolue perfection du crime", a murmuré l'oncle.

Mais depuis le début, cette histoire sent le vinaigre.
Le narrateur, Pierre, fait parti de cette association de malfaiteurs depuis le début, et nous fait partager son malaise devant la proposition (trop?) ambitieuse de son ami d'enfance.

C'est l'échafaudage de ce plan ainsi que les relations ambigües entre les membres de l'équipe auxquels on assiste, impuissant, presque pris de pitié pour ce qui ne devrait pas manquer de leur arriver...

La construction du récit et l'écriture de Tanguy Viel donnent tout le relief à cette histoire de gangster à la saveur de dimanches froides et humides et de vieux docks désaffectés.

-Madame-

L'absolue perfection du crime
de Tanguy Viel
éditions de Minuit 2006

mardi 24 février 2009

Tribulations d'un précaire

Il existe certains boulots qu'on ne peut faire que malgré soi. De ces jobs trop difficiles pour les tenir plus de 3 semaines sans en perdre la raison. De ces postes qu'on ne réclame que l'estomac vide, en attendant des jours meilleurs.
Et puis parfois ces emplois s'enchaînent, se donnent la main, nous entraînent dans une lente descente en enfer.
Iain Levison nous décrit dans ses Tribulations sa propre expérience, au sortir d'une fac de lettres totalement inutile (voir dangereuse) pour un CV.
Avec humour, ironie et finesse, il nous invite dans un monde qu'on voudrait croire parallèle, mais qui n'est que trop réel.


-Madame-

Tribulations d'un précaire
de Iain Levinson
éditions Liana Levi, collection Piccolo
2009

lundi 1 décembre 2008

Qui touche à mon corps je le tue

Trois personnages gravitent autour de l'exécution d'une "faiseuse d'ange". Trois personnes violemment touchées par les conséquences de l'avortement bien avant sa légalisation en France, pour des raisons très différentes.

Lucie L., jeune femme à l'enfance remplie de lumière et de l'amour de sa mère, s'avorte en solitaire, loin de son mari envoyé au STO, pendant la guerre.

Marie G., condamnée à mort pour avortements multiples, et donc assassinats aux yeux de la justice française, vit sa dernière journée et revient sur sa vie, les enchaînements qui en ont fait une "sorcière", avant sa mort. Elle sera l'une des dernières femmes décapitées avant l'abolition de la peine de mort.

Enfin, Henri D., héritier de la charge d'exécuteur des hautes oeuvres, s'apprête à obéir aux ordres de l'Etat et à faire passer sur la planche à bascule le corps bientôt sans vie de Marie G., avec tout le professionalisme et les questions qu'il ne se pose plus sur le rôle que lui donne cette charge.

Une journée douloureuse, vécue avec ces trois êtres condamnés d'avance à subir les conséquences de ce qu'ils étaient, sont et sont devenus, dans un état d'esprit très clair et sans concession, dans la plus grande solitude. La violence des actes est dite sans fioritures, sans appitoiements, toute nue.

Un roman cru, touchant, violent mais sans volonté de faire voir l'horreur. Avoir les cartes en main pour réfléchir, et se demander qui des trois personnages nous pourrions être, avortée, avorteuse ou bourreau, et lequel des trois est le plus à plaindre ou à maudire.
S'il y a lieu.

-Madame-

Qui touche à mon corps je le tue
de Valentine Goby
éd. Gallimard 2008

mercredi 19 novembre 2008

Le roman de la Cité Interdite, t.1: Le Mandat du Ciel

Dans la Chine du 17e siècle, un jeune garçon issu d'une famille très pauvre, Tchouen-yun, se fait prédire un avenir des plus fastueux: la vieille sorcière de son village lui assure qu'un jour "tous les trésors existant sous le ciel se trouverait entre ses mains". Elle prédit également à l'ami de Tchouen-yun, Wen-sieou, fils de nobles du même comté, que lui reviendrait "l'écrasant destin de soutenir l'empereur".
De quoi faire rêver les plus cartésiens...
Certains de leur destinée, les deux amis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour aider leur bonne étoile.

A une époque charnière pour la Chine impériale, vieille de quatre mille ans, les deux amis vont prendre des chemins divergents, et éloignés l'un de l'autre vont voir se profiler une ère d'incertitudes et de chaos.

La difficulté de lecture, parfois rencontrée dans certains textes sur la Chine, n'a pas cours ici: Asada Jirô (auteur japonais) nous entraîne dans un ballet d'impressions, de passions et d'évènements historiques.

-Madame-

Le roman de la Cité Interdite,
tome1: Le Mandat du Ciel
de Asada Jirô
éd.Picquier 2008



dimanche 2 novembre 2008

L'ombre des voyageuses

Au 18e siècle, dans les Vosges, une jeune femme à la chevelure flamboyante, la Rouge Bête, est accusée du meurtre de deux hommes.
Elle fuit pour échapper à la vengeance des habitants de son village avec Cauvin, son ami d'enfance, qui prévoit de traverser avec elle l'Atlantique, en direction du Nouveau Monde.

Mais ce voyage ne se déroulera pas vraiment dans les conditions voulue, la Rouge Bête en sera transformée à jamais. Devenue pirate, milicienne en Louisiane, chef de bande redoutable, elle retournera en France et règlera de vieux comptes, avant de repartir à jamais.

Écrit dans la langue de l'époque, ce roman est une histoire incroyable, remarquable, qui me fait penser aux grands romans d'aventure d'Alexandre Dumas. Quel talent M. Pelot, quelles recherches vous avez dû mener, sur la langue comme sur l'Histoire de ces deux continents, la "Vieille Europe" et l'Amérique!
Rien de mieux qu'un tel roman pour rire du snobisme de certains, qui s'amusent à faire passer la drôle de rumeur de la déchéance de la culture française...

-Madame-

L'ombre des voyageuses
de Pierre Pelot
éd. Pocket 2008

vendredi 3 octobre 2008

Sous la surface des roses

Gregory Crewdson est un photographe à l'univers très particulier.
Avant la parution de ce livre en français, je l'ai cherché chez d'autres libraires parisiens, spécialisés en photos et graphisme. Je leur ai demandé s'il existait d'autres titres de cet artiste disponibles en France. Mais ni à La Chambre Claire, ni au Regard Moderne (librairie incroyable, à voir absolument si on veut se rendre compte du sentiment d'Ali Baba quand il a découvert sa caverne... le libraire est une mine de savoir et de gentillesse) Gregory Crewdson n'était représenté. Et d'après ces spécialistes, aucun autre photographe n'a d'univers similaire.
Ses clichés, à la mise en scène cinématographique, sont très colorés, la lumière est travaillée, et pourtant l'abattement des personnages rend sinistre ces prises de vues.

Les détails sont très importants chez Crewdson: chaque photo mérite plusieurs regards. A la première vision, on trouve le sujet souvent sordide, toujours triste. Puis on observe un peu mieux, on découvre que ce qu'on prenait pour de la terre recouvrant un lit et une moquette est en réalité un amas de roses. La tristesse reste, mais l'histoire n'est plus la même.
J'ai fait le test avec une collègue, qui trouvait ces clichés un peu rudes. Elle a fini par me demander ce qui avait bien pu se passer avant la prise de vue. Et après...
En librairie les clients sont curieux, ouvrent le livre et découvrent ces photos. Et les même réflexions tombent...

La préface de Russell Banks éclaire encore un peu plus le lecteur sur le travail de Crewdson, et nous permet de mieux l'appréhender.

La curiosité étant un des meilleurs défauts qui soit, laissez-vous tenter, demandez à votre libraire préféré de vous présenter ce photographe hors norme...

-Madame-

Sous la surface des roses
de Gregory Crewdson
éd. Textuel 2008

mardi 23 septembre 2008

Daphné disparue

Juan est un auteur espagnol "en vue". Le soir de son anniversaire, un accident de voiture lui fait perdre la mémoire.
A son réveil, son premier réflexe est de chercher dans son carnet des indices de son passé. Sa dernière note commence par une petite phrase: "Je suis tombé amoureux d'une inconnue..."
De là tout s'enchaîne. Juan enquête pour savoir qui il est, et de quelle femme il a pu tomber amoureux.
Les hauts personnages du monde des Lettres, des enquêteurs au service des écrivains, des serveurs empressés de restaurants littéraires, des littérateurs du dimanche... un drôle de cirque va envahir la vie de ce pauvre homme, et nous laisse enfin avec un sentiment de paranoïa et de schizophrénie aigüe...

Daphné disparue est une satyre du monde éditorial, soit-disant au service de l'art et des artistes, dans lequel certains grands éditeurs français pourraient sûrement se reconnaître.
Ce monde éditorial mis de côté, Daphné disparue est une lecture plaisante, de détente, qui n'a pas pour vocation que de critiquer un métier, mais de faire passer un agréable moment à son lecteur. Pas LE roman de la rentrée, donc, mais à souligner tout de même...

-Madame-

Daphné disparue
de José Carlos Somoza
éd. Actes Sud 2008

dimanche 14 septembre 2008

Pour Vous

Delphine se grime, se fait passer pour des disparus, remplace provisoirement des proches, va jusqu'à mettre son corps au service des autres, sous couvert de contrats signés dans sa petite entreprise de service.
Mais elle n'a que dédain pour ses clients, car les sentiments de solitude, de manque et d'infini tristesse qui les animent sont pour elle la plus grande des faiblesses de l'Homme...
On lit cette histoire et on se dit que cette femme est barge, mauvaise, que non, ce n'est pas possible, jamais on ne pourrait demander aide et assistance à ce type de personne.

Dominique Mainard sait y faire: l'ambiance indéfinissable de ce roman happe son lecteur, lui donne un curieux goût en bouche, lui fait presque aimer son personnage, pourtant détestable, et lui laisse un souvenir de grand, très grand plaisir de lecture.

J'ai adoré ce roman.
Dominique Mainard m'a offert mon coup de coeur de la rentrée, elle mérite d'être aussi reconnue que les grands noms de la littérature qui hantent les médias en cette fin d'année.
Un conseil? Ne passez pas à côté.

-Madame-

Pour vous
de Dominique Mainard
éd. Joëlle Losfeld 2008

mercredi 27 août 2008

Le Livre des Nuits

J'ai fait une pause dans la lecture des livres à paraître en cette très prochaine rentrée littéraire, pour me délecter de ce roman. Sombre, poétique, fantastique en bien des passages et pourtant ancré dans la réalité, on découvre avec Sylvie Germain de quelle façon les âmes se façonnent, l'influence des êtres humains sur leur entourage.
Il s'agit d'un texte dur, peu de sourires viennent affleurer la surface de cette histoire de famille française, rythmée par les conflits inter-générationnels et mondiaux.

Un jeune garçon, Victor-Flandrin, quitte les eaux calmes des canaux où il a toujours vécu sur le conseil de sa grand-mère, vieille fée bienfaitrice durement touchée par les épreuves qui ont jalonnées sa vie.
Après quelques années passées dans les profondeurs de la terre, après quelques temps d'errance, il arrive un jour au village de Terre-Noire, à la frontière du pays, dans ce coin où la guerre chaque fois s'annonce, et chaque fois se fait cruelle.
La ferme dans laquelle il s'arrime va devenir le nid de sa famille, là où ses enfants, tous jumeaux, vont naître, grandir et apprendre le monde en constante ébullition.
La vie de cet homme, marquée par les guerres de 1870, 14-18 et 39-45, est faite d'amour, de haine, de violence et de pleurs. Et de magie, aussi...

-Madame-

Le Livre des Nuits
de Sylvie Germain
éd. Folio Gallimard 2007
1985

mercredi 6 août 2008

La femme en vert

Dans un quartier en construction aux abords de Reykjavik, des enfants découvrent des ossements.
Le commissaire Erlendur Sveinsson, secondé par ses collègues Elinborg et Sigurdur Oli, enquête sur les causes de la mort de leur propriétaire. Cette recherche va faire remonter à la surface une sordide histoire de famille, vieille de plusieurs dizaines d'années:

Sous la violence de son mari, sous la chape de peur, intense, que celui-ci a abattu sur sa femme et ses enfants, une mère de famille tente de survivre, dans la crainte constante de se faire à nouveau tabasser, insulter.
Indridason fait résonner chaque cri de cette mère au plus profond de nous, chaque baffe nous frappe de plein fouet, chaque regard terrorisé des enfants vers leur mère nous flanque des frissons d'angoisse.
On retrouve ainsi en parallèle l'enquête du commissaire islandais et de son équipe, puis l'histoire de ses hommes et de ses femmes profondément marquées par la solitude et la famille plus que présente.

Arnaldur Indridason se plaît à nous démontrer l'importance de la Grande Histoire sur la petite, et d'un environnement difficile sur l'état d'esprit des Islandais. Au travers de son personnage central, Erlendur, qui subit lui aussi les affres de la paternité et de la vie en couple ratée, on visite une Islande noircie, sombre... et pourtant très attirante.


-Madame-

La Femme en vert
d'Arnaldur Indridason
éd. Points Seuil 2007
2001

La mesure du temps

Mamo et Lamamo, frères jumeaux nés en 1974 dans un village du Nigéria, ont un objectif très clair: devenir célèbres. Quel qu'en soit le moyen!
L'indifférence de leur père et la haine qu'ils entretiennent à son égard sera leur principal moteur.

On atteint la célébrité de bien des manières, eux choisissent de devenir soldats.
Mais Mamo est malade, seul son frère pourra fuir le village et accomplir son rêve.
Condamné à rester au village, Mamo lit et étudie pour combler l'ennui de journées d'inaction. Devenu professeur , il se lance dans l'écriture d'une Histoire de son peuple et décrit son pays: colonisation, christianisation sont des termes récurrents de cette Histoire, les grands personnages qui ont façonné l'économie et la politique du Nigéria sont souvent des blancs imbus de pouvoir, ou des noirs profitant de situations houleuses. Mamo rencontrera les descendants de ces personnages, et tentera de décrypter les documents qu'on voudra bien lui montrer.

Pendant ce temps, Lamamo traverse plusieurs pays d'Afrique en guerre. Les nouvelles qu'il envoie de loin en loin à son frère présente une autre réalité de l'Afrique, terrible, où la violence au quotidien devient presque anodine.

La mesure du temps nous décrit une Afrique quotidienne, politique, moderne , et éloigne définitivement l'image "Banania" que certains pourraient encore imaginer.
C'est un texte prenant, de ceux qui ne laissent pas insensible et se rappellent à nous à chaque évocation de ce continent.


-Madame-

La mesure du temps
de Helon Habila
éd. Actes Sud 2008

jeudi 26 juin 2008

Rituel

Deux mains fraîchement coupées sont retrouvées dans un port.
Avec l'aide de Dundas, son coéquipier, et de Caffery, tout juste débarqué de Londres à Bristol, Flea part à la quête du propriétaire de ces mains.

Des rites chamaniques africains, des enquêteurs au passé lourd, des victimes de la drogue devenues des victimes de malades tortionnaires, tous les ingrédients y sont pour en faire un bon polar, sanglant et inquiétant.

Sauf que Rituel ne m'a pas convaincu.
Une héroïne en deuil qui semble porter le monde, un commissaire violent qui ne pense qu'à la mort et à la rédemption, de petits africains qui parlent couramment le "Ya bon Banania", une froideur générale que je n'arrive pas vraiment à expliquer, et l'utilisation de clefs déjà trop souvent affectées à ce type de roman, font du dernier ouvrage de Mo Hayder un polar peu satisfaisant, à mon goût.

Je reste donc sur ma faim, mi-figue mi-raisin, et pars de ce pas à la recherche d'un prochain texte plus envoûtant...

-Madame-

Rituel
de Mo Hayder
éd. Presses de la Cité
2008

mercredi 28 mai 2008

Ouest

L'écriture hachée de Vallejo pourrait rebuter. J'ai eu un peu de mal, d'abord, à apprécier cette façon d'écrire.
Mais l'histoire est là, derrière, qui vous saisi et ne vous lâche plus:

La famille Lambert, au service du domaine des Perrières, quelque part dans l'Ouest de la France, voit arriver un nouveau maître, l'héritier du château.

Le baron de l'Aubépine. Un homme étrange, brimé toute sa vie par son père, puis par sa femme. Et qui tient sa revanche: la liberté d'action.
Ce qui inquiète un peu les Lambert, d'ailleurs. Car l'homme a de drôles de manies...
Républicain zélé sous l'Empire de Napoléon III, il teste les convictions de son garde-chasse, qui n'en a qu'une: servir le domaine, sans faire d'intrigues.
Ouest est l'histoire de cette famille, sous l'emprise d'un maître difficile à suivre et à cerner, au passé rebelle et au présent trouble.

Roman étonnant, il prend par surprise. On pense lire un récit descriptif, calme et posé comme le Lambert, on découvre des situations inquiétantes, comme ce baron de l'Aubépine.

Roman sombre, déroutant, il a déjà rencontré un très large public, depuis sa nomination au Goncourt 2007. A lire, si ce n'est déjà fait!

-Madame-

Ouest
de François Vallejo
éd. Points Seuil 2008
2007

mardi 13 mai 2008

La ballade de Baby


Baby vit à Montréal avec Jules, son père. Ils vivent dans une situation précaire, passent d'hôtels miteux en deux pièces pourris, n'ont jamais d'argent en poche, mais se portent un amour immense, plus amical que filial.
Jules n'avait que quinze ans à la naissance de Baby. La mère de celle-ci est décédée un an après, Jules doit donc s'occuper de sa fille, mais la maturité ne fait pas partie de ses qualités.
Comment élever une petite fille lorsqu'on est jeune, insouciant (voire inconscient), fragile, malade, drogué et naïf?
Baby évolue donc dans ce milieu misérable où tous les rêves sont permis, où l'avenir a des frontières, et où la démerde est le maître mot pour s'en sortir.
Adulte bien avant l'heure, au milieu d'enfants et d'adolescents aux histoires similaires, Baby est une enfant intelligente qui raconte sa vie sans pathos, avec lucidité, et avec une façon de trouver de l'optimisme là où il n'y en a plus qui allège beaucoup son histoire.
Ce roman m'a marquée. Il fait partie de ces textes qui reviennent régulièrement en mémoire, et qui ne se laissent pas abandonner dans les méandres de l'oubli...

-Madame-
La ballade de Baby
éd. 10/18 2008
2006