mercredi 2 janvier 2008

Bruna Bruno


Ah! Les petites femmes de Paris! Ah Pigalle et ses nuits interminables! Les Folies et ses soirées Esculita! Une institution incontournable dans le milieu transgenre. On ne dit plus drag queen ni folle ni tata. La mode n'est plus au langage vert, les mots sont devenus polis, les images médicales. Pourtant, l'être humain est le même malgré la correction, malgré les interdits, fragile et cruel à la fois.
Julian Salinas ne prend pas de photos glamour. L'humain est au centre de son travail que ce soit sur les sans-abri à Paris ou les vacanciers à la plage. Son regard est à fleur de peau, quasi chirurgical, distant mais juste.
Pour ce projet, il a photographié des travestis, aligné les portraits sur des fonds neutres criants de banalité. On est loin du cliché conçu pour aguicher les touristes. Il n'y a ici ni sexe ni voyeurisme. Le maquillage trop lourd et les vêtements sexy cachent mal la fatigue et les drames endurés, la souffrance rentrée. Ce témoignage visuel est comme un partage, une main tendue vers celui qui regarde. Il retrace bien mieux qu'un long discours la volonté d'exister sous la difficulté d'être, de paraître. C'est une réalité sans fard que nous dévoile Julian Salinas, crue et pudique à la fois. Il ausculte le réel et laisse glisser sur ces peaux marquées par l'usure une troublante sensualité, un sourire, le désir...
Quelques photographies sont visibles sur le site de l'auteur mais Internet n'est pas révélateur de la chaleur ni de l'humanité que dégage le livre: le plaisir tactile atténue l'impression de distance que peut procurer un écran.

Sur le même sujet, le témoignage de Kim Harlow photographié par Bettina Rheims est à conseiller. Ce petit livre d'une grande délicatesse n'élude pas la question du fantasme véhiculé par les travestis ni l'impossibilité réelle de changer de genre...
( Kim, ouvrage à rechercher chez les bouquinistes. )

-Monsieur-

photos de Julian Salinas
textes de Aude Boissaye
aux éd. Christoph Merian Verlag
2006

1 commentaire:

anakin a dit…

Ravi que vous ayez repris votre activité aussi vite après ces derniers jours de longues agapes. Et avec un ouvrage sur la photographie en prime.
Merci.